La Rhétie (en latin Raetia), aussi appelée Rhétie-Vindélicie, est une province de l'Empire romain, habitée dans l'actuelle Tyrol par les Rhètes et en actuelle Bavière par les Vindéliciens ; elle correspond de nos jours aux cantons actuels des Grisons et du Valais, au Tyrol, au Vorarlberg, au Sud de la Bavière, à l'Est du Wurtemberg et au Nord de la Lombardie (Valteline).

Conquise en 15 par Drusus et Tibère, la province impériale de Rhétie est divisée au entre la Rhétie (capitale Coire) et la Rhétie (capitale Augusta Vindelicorum). Excentrée et peu développée économiquement, la Rhétie est une proie facile pour les Alamans qui occupent le territoire avant d'envahir la rive gauche du Rhin pour y créer leur propre royaume. Au , elle est envahie par les Alains et les Vandales avant d'être prise par Théodoric, roi des Ostrogoths. Elle est occupée au début du par les Bavarii qui y créent le premier duché de Bavière, lequel sera annexé par Charlemagne. Des îlots de romanisation persistent pendant quelques siècles autour de l’évêché d'Augsbourg et jusqu’à nos jours en Suisse dans le canton des Grisons, antérieurement appelé canton de Rhétie, où subsiste une langue latine, le « rhéto-roman » ou « romanche ». thumb|220px|alt=carte des provinces romaines|Carte des provinces romaines (en jaune la Rhétie) d'après l'Historicher Handatlas de Droysen, 1886.

Géographie La frontière nord de la province constituait également la frontière entre l’Empire romain et la Germanie connue sous le nom Germania Magna. À l'ouest, la Rhétie était limitrophe de la province de la Gaule belgique (Gallia Belgica), puis après sa division sous Domitien (81-96) à la Germanie supérieure ou Haute-Germanie (Germania superior), qui devint la Séquaine (Maxima Sequanorum). Plus au sud-ouest, elle touchait les Alpes pennines (Vallis Poenina ou Alpes Graiae et Poeninae). À l’est elle faisait frontière avec la Norique (Noricum). Au sud se trouvait le diocèse d’Italie qui comprenait les Alpes cisalpines (Gallia transpadana), la Vénétie (Venetia) et l’Istrie (Histria)Pour une description détaillée du tracé de la frontière, voir Imperiumromanum.com.

La conquête romaine Les premiers habitants vignette|alt=les provinces romaines à la mort d'Auguste|Les provinces romaines des Alpes à la mort d'Auguste.

Les noms de la province ainsi que ceux de ses subdivisions subséquentes et de ses capitales administratives reflètent les noms des tribus qui, selon les sources romaines, habitaient la majeure partie de la province c’est-à-dire les Rhètes pour la Rhétie et les Vendéliques (aussi appelés Vindélices ou Vindéliciens) pour la VendéliqueHorace, Odes, , 4. avant la conquête de ces territoires par Drusus et Tibère lors de la bataille de Constance en 15 Voir Horace, Odes, , 4 et 14..

Les Rhètes étaient établis au nord de la ligne Côme-Vérone dans les AlpesStrabon, Géographie , 6,8 en ligne. Certains auteurs dans l’Antiquité les croyaient apparentés aux Étrusques, ce que tend à confirmer de nos jours diverses analyses comparées d’inscriptions étrusques et rhètes. Cependant, on exclut maintenant l'hypothèse qu’il se fût agi d’un peuple celte (ou même non indo-européen). Les auteurs romains les décrivent comme « guerriers », enclins à faire des razzias chez les peuples voisins, ce qui paraît un motif insuffisant pour expliquer les campagnes militaires romaines dans les Alpes« Die Via Claudia Augusta » dans Geschichte Tirol en ligne.

Sur le même territoire auraient également habité des Celtes comme les Venostes (dans l’actuel Vinschgau)D'après une inscription sur le Tropaea Augusti ; CIL 7817; Plin. HN 3,136. ou les Vénètes (peuple indo-européen mais non celte) qui auraient donné leur nom à la Vénétie (arrière-pays de Venise), quoique la région du Bodensee (Lac de Constance) soit parfois aussi appelé Lacus VenetusA.M.A. Siran, Courses archéologiques et historiques dans le département de l’Ain, Milliet-Bottier, Bourg-en-Bresse, 1846, en ligne.

Au cours de son expédition dans les Alpes, Drusus rencontra en 15 les Breuni qui devaient donner leur nom au Col de Brenne. Strabon les décrit comme des IllyriensStrabon, Geographie , 6, 8. en ligne (peuple indo-européen mais non celte). Du point de vue archéologique, ceux-ci peuvent aussi être assimilés aux RhètesVoir « Frontiers in the Roman World » dans Impact of Empire, vol. 13, en ligne, lesquels furent pendant un certain temps considérés comme un mélange de Celtes et d'Illyriens (contrairement aux dernières analyses linguistiques). Il serait effectivement possible d’affirmer que les Breuni tout comme les Vénètes pourraient avoir été des ethnies apparentées aux Rhètes selon les différentes interprétations possibles du concept « Rhètes »Richard Heuberger a analysé les différentes variantes (Rhaitoi, Raeti, Rhaeti) que l’on trouve dans les sources antiques. Voir Heuberger, Richard. « Die Räter » dans Zeitschrift des Deutschen Alpenvereins, Bruckmann, München 1939, ). Horace pour sa part considère les Breuni comme des Vindéliciens (Horace, Carm. , 14 en ligne.

Les Vindéliciens (aussi appelés Vindéliques ou Vindélices) étaient établis dans ce qui est aujourd’hui le Vorarlberg et l'Allgäu et leur territoire s’étendait possiblement jusqu'à l'Inn et au Danube. Les conquérants romains les considéraient comme des Celtes. Plusieurs tribus étaient inféodées aux Vendéliciens parmi lesquelles les Brigantii (dans la région de Bregenz), les Estiones (région de Kempten), les Licates (vallée du Lech) et plus à l'est les Catenates, les Cosuanetes et les Rucinates. Tout comme les Rhètes et les Breuni, ils étaient considérés comme particulièrement belliqueux et voleurs.

Une des pierres du Tropaeum Alpium (Trophée des Alpes) érigé près de ce qui est aujourd’hui Monaco donne la liste des peuples des Alpes occidentales soumis par Auguste (), liste que Pline l'Ancien a retranscrite de la façon suivantePline l'Ancien. Naturalis Historia, Livre , 24. :

Traduction :

La progression vers le Danube après 25 av. J.-C. La frontière nord de la province de Gaule cisalpine dans le nord de l’Italie fut progressivement repoussée à partir de 25 des vallées de l’Adda et de l’Adige jusqu’à ce qui est aujourd'hui Bolzano dans le Haut Adige. Le général romain Drusus conduisit une armée en 15 par les cols de Brenne et de Resia sur le territoire au nord des Alpes après avoir vaincu une forte résistance des Isarques du Valle Isarko près de TrenteTirol Geschichte Tirol : Römische Invasion en ligne. La même année, Tibère (son frère et futur empereur), se dirigea vers le lac de Constance par la vallée du Rhin où il dut faire face aux Vindéliciens. Selon Strabon, la bataille se déroula sur une île située au milieu du lacStrabon, Geographie , 1.5. en ligne . En 51 , Jules César avait déjà fait du Rhin la frontière naturelle de l’Empire romain. De 35 à 28 , Octave et Marcus Licinius Crassus repoussèrent cette frontière jusqu'aux Balkans et au Danube. L'année suivante, Octave devenait Auguste. Il conçut le plan de relier ces deux fleuves et d'en faire une défense naturelle pour l’Italie. L’invasion de l’an 15 réussit également à soumettre le royaume celte de Norique à l'est de la Rhétie ; dans les années 12 et 9 , Drusus et Tibère envahirent la Pannonie, voisine de la Rhétie. Les Romains s’établissaient ainsi sur le Danube qui prolongera dans les siècles subséquents la frontière du RhinVoir articles « Marcomans » et « Quades »..

Création et expansion de la province,

vignette|alt=Provinces romaines des Alpes vers 150 ap. J.-C.|Provinces romaines des Alpes vers 150

Sous le règne de l’empereur Tibère (14-37 ) ou sous celui de Claude (41-54 ), les territoires situés entre la partie occidentale du lac de Constance, le Danube et l’Inn, de même que le nord du Tyrol, furent réunis, d’abord en un district militaire, puis en une province qui prit le nom de « Rhétie et Vindélicie », et par la suite de « Rhétie ». Sous l’empereur Claude, pour défendre la frontière du Danube, fut construite une série de châteaux forts sur la rive sud du fleuve allant de sa source jusqu'aux environs de Ravensbourg, appelée Via iuxta Danuvium. Elle était reliée directement à Augsbourg et au Nord de l'Italie par la Via Claudia. Vers 43, le Valais qui faisait partie de la province en fut détaché pour former la province dite Vallis Poenina (Alpes pennines) souvent reliée aux Alpes Graiae (Alpes grées).

Dans les années subséquentes, la Rhétie se développa en annexant progressivement le territoire dit des Champs Décumates entre le Rhin et le Danube (voir cartes). À partir de Domitien (81-96), on entreprit la construction du limes de Rhétie (Rätischen Limes en allemand), frontière protégeant les territoires revendiqués par Rome non signalée par des cours d’eau ou autres caractéristiques géographiques identifiables. Vers 90, fut construit le camp fortifié de Gunzenhausen, le point le plus au nord du limes, aujourd’hui en Bavière. La construction fut achevée sous Antonin le Pieux (138-161).

Ainsi, la Rhétie s'étendit non seulement pour couvrir le territoire des Vindéliciens et plus au nord sur le territoire où s'étaient vraisemblablement établis les Rhètes, mais également et encore plus peut-être au sud de la vallée de la Inn dans les territoires proprement italiens (l’ancienne Gallia cisalpina). C’est ainsi qu’elle annexa la Valteline (vallée de la rivière Adda et de ses affluents) qui forma plus tard la province de Gallia transpadana et la région connue aujourd'hui comme le Trentin-Tyrol du sud, divisée par la suite pour constituer la Vénétie et l’IstrieVoir « Tirol » dans Roma Victrix en ligne . Ces derniers faisaient déjà partie des territoires conquis avant le passage des Alpes en 15 ). C’est probablement sous l’empereur Trajan (98-117), que la ville d'Augusta Vindelicorum (ou Augusta Vindelicum, aujourd’hui Augsbourg) devint la capitale de la Rhétie. On croit que le siège du gouverneur était jusqu'à cette date situé à Cambodunum, aujourd’hui Kempten. Une légion romaine (Legio Italica) y fut stationnée sous l’empereur Marc Aurèle, au plus tard en 180. Le gouverneur fut au siècle suivant un sénateur ayant rang de légat d'Auguste propréteur.

Liste de villes et agglomérations

L’invasion des Alamans,

À partir du , la Rhétie se trouva directement exposée aux attaques germaniques, principalement des Alamans. Lors des premiers affrontements en 213 et, par la suite, en 233-235, Caracalla puis Maximin le Thrace leur infligèrent des défaites telles qu'ils mirent une génération avant d'attaquer de nouveauVoir articles sur ces deux empereurs..

Toutefois, la crise que traversa l’empire au conduisit à une retraite des points les plus avancés de la frontière. Les troupes stationnées en Rhétie furent réduites pour aller rejoindre les forces combattant les Goths et les Sassanides à l'est de l’empire. En 258, les Alamans détruisirent les fortins du limes rhéno-danubien et lancèrent des raids dévastateurs en Gaule, en Espagne et en Italie. Au printemps 259, Gallien les battit près de Milan, mais dut leur abandonner les Champs Décumates : les Alamans s'installèrent dans ce saillant d'où ils passèrent facilement le Rhin ou le Danube menaçant directement la Gaule de l'Est, la Rhétie et l'Italie du Nord. La frontière fut progressivement ramenée de facto au Danube au nord, à l'Iller à l'ouest jusqu'au lac de Constance et au Haut-Rhin. Les troupes qui y furent stationnées près de Güntzbourg y demeurèrent jusqu’à ce qu’Odoacre ordonne leur départ en 488.

La division de la province,

Au , les Alamans dirigèrent leurs assauts vers la rive gauche du Rhin où ils fondèrent le royaume alaman, offrant ainsi un répit à la Rhétie.