La prévision policière (développé aux États-Unis sous le nom de predictive policing) fait référence à l'application des techniques de prévision et d'analyse, notamment des données, à la prévention de la criminalité.

La prévision policière s’inscrit dans la continuité du « hotspots policing » qui, depuis les années 90, incarne un modèle de police proactive intervenant dans les zones où se concentrent les crimes, et ce avant d’y être appelée.

Les évolutions en cours pour la police prédictive utilisent des solutions logicielles mettant en œuvre l'intelligence artificielle en complément de calcul statistique base de la prévision.

Outils

La police predictive prend souvent la forme d’un outil cartographique permettant de mobiliser les patrouilles de police sur le terrain. Elle a été saluée par les médias comme une innovation révolutionnaire capable d’arrêter le crime avant qu'il n'ait lieuJoel Rubin. "Stopping crime before it starts". The Los Angeles Times. Consulté le: 19 décembre 2013., ce qui évoque le film d'anticipation dystopique Minority Report réalisé en 2002 par Steven Spielberg.

Le logiciel Predpol, un des premiers utilisé aux USA, présente ses résultats sur une cartographie qui situe les crimes potentiels dans l’espace, dans certaines zones, et le temps à partir de modèles qui viennent de la physique statistiques. Il emploie une technique ayant son origine dans la simulation des tremblements de terre. Ainsi la prévision policière repose sur un système de répétition du crime dans la même zone comme les répliques sismiques et de contagion du crime à d'autres zones. S'appuyant sur les enquêtes de victimation, les algorithmes de prévision policière repose sur l'apprentissage automatique de l'algorithme via l'absorption de données récurrentes ( Machine learning). Cette technique est une méthode mise en œuvre dans le domaine de l'intelligence artificielle.

Une autre approche est centrée sur les individus. On cherche à identifier des individus ayant le plus de riques d'être auteurs de crimes(ou victimes ?) via des scores individuels calculés. Le Royaume-Uni développe un programme de "prédiction des meurtres" fonctionnant à l'aide de l'intelligence artificielle. Le programme ... Aux États-Unis, les logiciels de Palantir suivant cette approche repose sur l’élaboration des fiches « Chronic Offenders Bulletins » (COB) (soit « bulletins de délinquants réguliers »). Les critères pris en compte lors de leurs générations ne sont pas publics.

La police predictive peut être une composante technologique du concept de la « safe city ».

Prémices

Les logiciels de prévision policière s’inscrivent dans la continuité du système CompStat déployé par la police de New York dans les années 1990, jugé depuis anticonstitutionnel et qui a été amplement réformé. Compstat est un dispositif de management visant à rendre la police proactive en responsabilisant l’ensemble des échelons. Ainsi, des quotas de contrôle ont été mises en place.

En 2010 les chercheurs proposèrent qu'il serait possible de prévoir certains délits, de la même manière que les savants prévoient les répliques sismiques. En 2008 le chef de la police de Los Angeles s'est mis à collaborer avec les directeurs du bureau d'aide légale (BJA) et l'institut national de justice (NIJ) en vue d'élaborer le concept de la prévision policière pour prévenir la criminalité. En , le magazine TIME désigna la prévision policière comme une des 50 meilleures découvertes de l'année "The 50 Bestj Inventions". Time (magazine). Consulté le 19 décembre 2013.. Les services de police de plusieurs États américains (tels que la Californie, le Washington, la Caroline du Sud, l'Arizona, la Tennessee et l'Illinois) ont mis en œuvre la prévision policière.

La ville de Santa Cruz (Californie) a été la première à se doter, en juillet 2011, du programme PredPol, l'abréviation de predictive policing, un algorithme conçu pour prédire où et quand un crime va se produire. PredPol a conquis plusieurs villes américaines : Los Angeles (Californie), Memphis (Tennessee), Charleston (Caroline du Sud) et New York (État de New York)..

Deux modèles de prévisions policière, se distinguent : le modèle de police prédictive reposant, à partir de données historiques, sur l'analyse de l'espace et du temps afin d'identifier des zones criminogènes et d'allouer les ressources policières vers ces zones. C'est notamment ce modèle qui sera mise en place à Los Angeles via le logiciel Predpol de l'entreprise du même nom.. Puis, le modèle de prédiction policières centré sur l'individu associé aux événements et données qui lui sont rattachés, permet l'identification des individus ayant la probabilité d'être des victimes de crimes ou d'être auteurs de crimes via des scores de risques individuels. C'est notamment ce modèle qui sera mis en œuvre à Chicago..

La police prédictive est remise en cause par par les inspections internes des services de police de Los Angeles (et de Chicago). La police de Los Angeles trouve néanmoins cette technique deux fois plus précise que ses pratiques courantes Zach Friend. "Predictive Policing: Using Technology to Reduce Crime". Federal Bureau of Investigation. Consulté le 19 décembre 2013.. Le modèle de prévision policière sera progressivement démantelé dans ces villes pionnières. À Santa Cruz (Californie), la mise en œuvre des méthodes de la prévision policière sur une période de six mois fit baisser les cambriolages de 19 %. À Kent, 8,5 % de la criminalité de rue eut lieu dans les endroits prévus par PredPol, surpassant les 5 % des analystes criminels.

En 2018, la mise en pratique est relancée, la police municipale de Los Angeles (LAPD) utilise les services de Palantir pour l’un de ses programmes de police prédictive. Le principe de fonctionnement est simple : ..

En avril 2020, la police de Los Angeles a stoppé l’utilisation du logiciel predpol, à l’origine d’une stigmatisation de certains quartiers et certaines populationsPolice prédictive, LegalTech: les algorithmes font-ils la lois ? sur France Culture, Radio France, 8 octobre 2021..

Critiques La prévision policière a fait l’objet de nombreuses critiques, à commencer par Predpol. Il a été reproché à l’entreprise californienne de ne jamais avoir soumis son algorithme à une évaluation indépendante et d’avoir, à la place, établi une méthode de communication agressive. Ainsi, le contrat, passé entre la firme et la police de Modesto et révélé par le site publicintelligence.net en 2014, stipule que les agents de police s’engagent à réaliser une communication positive autour de l’outil en échange d’un prix soldé. De plus, se démarquant des autres prestataires, Predpol propose également la prise en charge des serveurs permettant le stockage des données et leur analyse, posant ainsi la question de la souveraineté et du contrôle de données sensibles. L’une des critiques récurrentes autour des logiciels de police prédictive est la confirmation des biais raciaux. En effet à Los Angeles l’utilisation du Predpol (police prédictive) fonctionne par l'identification des zones criminogènes via des données historiques biaisées (dépôt de plaintes par exemple) mais s'inscrivant dans un contexte social et racial particulier. Cela provoque une mise en place d'une logique de production de rapport, un cycle d’arrestations et de contrôle policier et donc une allocation des ressources policières dans cette même zone. Tout cela renseigné dans la base de données de l’algorithme. Ainsi l’algorithme alimente un cercle vicieux, où les zones identifiées comme les zones à forte criminalité ou délinquance se retrouvent avec une surveillance policière disproportionnée occasionnant une plus forte identification de cette zone en tant que zone criminogène, une plus forte production de rapports ouvrant à un cycle toujours plus fort de répression et de surveillance policières dans ces zones. C'est donc un phénomène d'auto-réalisation créant un biais de confirmation au sein des services policiers. Les logiciels de police prédictive sont donc accusés d'alimenter le contrôle au faciès et le profilage ethnique. Ainsi, l'Union américaine pour les libertés civiles a critiqué cet aspect de la police prédictive dans un article de 2016.

À Los Angeles cela s’est concrétisé par une plus forte surveillance des quartiers afro-américains et hispaniques c’est cette problématique qui a motivé la ville de Los Angeles à abandonner la politique de mise en place d'algorithmes de police prédictive. Ainsi, pour beaucoup de spécialistes les logiciels ne tiennent pas compte de la spécificité historique, économique, sociale et politique des dynamiques de délinquance et de criminalité. L’arrêt de PredPol en 2020 survient après des semaines de contestation portée par la coalition citoyenne "Stop LAPD Spying".

En 2018, la mise en pratique est relancée par la police municipale de Los Angeles (LAPD) par l'utilisation des logiciels Palantir. Les critiques portent sur le secret qui entoure le programme « Laser ». Les détails de fonctionnement sont inconnus. Les biais des bases de données utilisés proviennent des informations collectées lors des émeutes des quartier noirs. L'application policière « Laser » . Les critères pris en compte lors de l’élaboration des fiches « Chronic Offenders Bulletins » (COB) (soit « bulletins de délinquants réguliers ») ne sont pas publics.

Au Royaume-Uni le projet de recherche d'abord intitulé "Projet de prédiction des homicides", a été qualifié d’"effrayant et dystopique" par Sofia Lyall, chercheuse pour Statewatch. Les individus figurant dans les bases de données utilisées sont associés à leurs données personnelles "de base" (nom, sexe, date de naissance), l'origine ethnique et des "marqueurs de santé" indiquant si la personne souffre de problèmes de santé mentale tels que l'addiction, des comportements autodestructeurs, des pensées suicidaires ou toute autre vulnérabilité ou handicap.

En France, la police prédictive fait l'objet de fortes réserves de la part d'un collectif de chercheurs grenoblois qui lui reproche, notamment, de déplacer les zones de criminalité, hors des territoires criminogènes identifiés par Predpol. D'autre part, ils affirment avec étude à l'appui, que l’algorithme de la société américaine predpol prédit surtout des résultats déjà connus des services de police. Un rapport de 2019 de l’Institut Paris Région (IPR), ex-Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) d’Ile-de-France cité dans cet article concernant la videosurveillance et la police prédictive pointe les atteintes à la vie privée « Le risque, tel que l’identifient les associations de défense des libertés individuelles, est celui d’une surenchère de dispositifs de contrôle et un renforcement des logiques de surveillance massive.»

Plus généralement, Bilel Bendouzid explique que les systèmes de prévision policière, en particulier Predpol au travers de son système de traçage basé sur le GPS des voitures de police, est avant tout un moyen de rationalisation fonctionnelle et économique des services de police dans l’esprit du new public management. Selon l’auteur, « au travers des plateformes de police prédictive, le travail policier est ainsi mis en équivalence et organisé à partir d’indices de productivité basés sur le niveau de criminalité ». Le traçage numérique offrirait donc de nouveau moyen de gestion du travail.

Enfin, certaines critiques évoquent le fait que cette évolution de la police n’ait pas été le fruit d’un débat politique sur la réforme des institutions policières, mais plutôt le résultat de logiques économiques. Ces systèmes sont donc symptomatiques de la place de plus en plus importante prise par les entreprises de matériels informatiques dans les processus de gouvernance des villes.