vignette|La Sogdiane vers 300

Les Sogdiens sont un peuple antique de langue indo-européenne de la branche des langues iraniennes qui a vécu dans une région recouvrant une partie des actuels Turkménistan oriental, Ouzbékistan, Tadjikistan occidental et Afghanistan septentrional, région à laquelle ils ont donné leur nom : la Sogdiane. Important peuple de commerçants, autour de leur capitale Samarcande, les Sogdiens jouent un rôle essentiel dans le développement de la route de la soie et des routes commerciales de l'Asie centrale. Ils connaissent leur apogée entre le début du et le .

Les Sogdiens passent sous la domination des Perses achéménides au milieu du puis des Grecs avec les conquêtes d'Alexandre le Grand. Un temps sous la tutelle des Séleucides, ils passent ensuite sous celle du royaume gréco-bactrien jusqu'au milieu du , date à laquelle ils subissent l'invasion des nomades Yuezhi. Par la suite ils restent indépendants de l'Empire kouchan. Ils sont dominés un temps par des peuples turciques puis finalement par les Arabes au cours du .

Histoire Antiquité vignette|redresse=1.5|Sogdiens offrant un tribut à Darius, bas-relief de Persépolis,

La première mention des Sukhda, ou Sogdiens, se trouve dans l'Avesta, le texte sacré du mazdéisme. Ce sont les Sogdiens qui ont donné leur nom à la Sogdiane. Une autre mention de la Sogdiane est visible dans les inscriptions de Darius à Behistun en Iran qui datent de la fin du Les Sogdiens sont à l'origine des Sakas, un peuple scythique qui s'est sédentarisé au début du millénaire dans les régions méridionales de l'Asie centrale. Les Sakas se sont principalement établis au nord de la Bactriane, à l'est de la mer d'Aral, entre les fleuves Iaxarte (aujourd'hui le Syr-Daria) et Oxos (aujourd'hui l'Amou-Daria)F. Grenet dans « Sogdiens » dans . Dans ces régions les vallées alluviales et les oasis sont favorables à l'agriculture tandis que le reste du territoire, plus aride, ne permet que l'élevage extensif nomade, traditionnellement pratiqué par les peuples cavaliers des steppes eurasiennes. Les Sogdiens ne disposent pas d'un territoire limité par des frontières précisément bornées mais forment un réseau de comptoirs qui, d'une oasis à l'autre, court le long des routes qui relient la Sogdiane à Constantinople vers l'ouest, à l'Inde vers le sud, et à la Chine vers l'est.

Les Sogdiens sont divisés en tribus et en petits États, principalement centrés autour de Samarcande, leur capitale. La présence du fleuve comme frontière explique que les Grecs appellent Transoxiane la Sogdiane de l'Est. Leurs villes principales sont Samarcande, Boukhara, Khodjent et Kesh. Sur la route de la Soie, la cité de Samarcande, fondation sogdienne sous le nom de Marakanda, est une étape de premier ordre. C'est un grand marché, le point le plus oriental de la plupart des caravanes arméniennes, syriennes, égyptiennes, arabes et romaines d'orient et le point le plus occidental de la plupart des caravanes chinoises.

Dominations perse et grecque Dans les années 540 , la Sogdiane est soumise par Cyrus le Grand qui fonde la ville de Cyropolis. Sur l'inscription de Behistun, la Sogdiane est indiquée comme étant la dix-huitième satrapie. Les historiens estiment que la région est en réalité gouvernée par le satrape de Bactriane. Les Sogdiens sont enregistrés dans les archives perses comme offrant en tribut du lapis-lazuli et de la cornaline. Darius y introduit le système d'écriture araméen et la monnaie et incorpore des Sogdiens dans son armée. Un contingent de soldats sogdiens combat dans l'armée perse durant la deuxième guerre médique.

Alexandre le Grand fait la conquête de la Sogdiane en 329. La région subit d'importantes destructions du fait de la rébellion de Spitaménès. En 327, Alexandre épouse une princesse sogdienne, Roxane. Après la mort d'Alexandre, l'un de ses Diadoques, Séleucos, prend le contrôle de la Sogdiane entre 310 et 308. À la mort d'Antiochos II, en 246, le satrape grec de Bactriane et de Sogdiane, Diodore, se proclame indépendant et fonde le royaume gréco-bactrien« La Bactriane de l'hellénisme au bouddhisme », Dossiers d'archéologie, n° 211, octobre 1996.Paul Bernard, « The Seleucids in Central Asia », in : János Harmatta (dir.), History of civilizations of Central Asia, vol. 2 : The development of sedentary and nomadic civilizations: 700 B.C. to A.D. 250, éditions de l'UNESCO, 1996, pp. 88-97.. Sous le règne d’Euthydème , le deuxième successeur de Diodote, le roi séleucide Antiochos III tente de reprendre possession de la Bactriane, mais il échoue et doit reconnaître l’indépendance de ce royaume. Un important développement urbain caractérise la Sogdiane durant la période hellénistique. À Samarcande, un rempart grec est superposé aux anciennes fortifications.

Relations avec les Yuezhi et les Kouchans

Vers 130 , le royaume gréco-bactrien est victime d'une invasion des Yuezhi, un confédération de peuples probablement tokhariens. Les Yuezhi parviennent en Bactriane peu avant 128 et y reconstituent un puissant État : les Sogdiens leur sont très probablement soumis. Les Chinois envoient chez les Yuezhi un ambassadeur, Zhang Qian, qui arrive à destination vers 128. Il effectue une description de ce qui est aujourd’hui l'Ouzbékistan, mais n'y mentionne pas nommément les Sogdiens ; en revanche, il parle d'un pays appelé Kangju. Certains auteurs ont voulu y voir la Sogdiane, mais selon Zhang Qian, « les gens du Kangju étaient nomades et semblables aux Yuezhi par leurs coutumes », alors que les Sogdiens sont des sédentaires pratiquant une agriculture irriguée. Le territoire du Kangju se serait plutôt trouvé dans la région de Tachkent.

Au cours du , la domination des Yuezhi passe aux Kouchans, une tribu des Yuezhi ayant pris le dessus sur les autres. Les Kouchans fondent un empire également centré sur la Bactriane. Bien que les Sogdiens soient leurs voisins septentrionaux, ils n'y sont pas intégrés. Les oasis de Samarcande et de Boukhara connaissent un important développement, amplifié par le commerce avec les autres parties de l'Asie par la route de la soie. Les pièces de monnaie frappées à Samarcande portent alors des légendes en sogdien et en grec, mais les secondes ont tendance à se raréfier ou même à disparaître au profit des premières. Le remplacement du grec par le sogdien est aussi observé à Boukhara.

Pour la première fois, des documents appelés « Lettres Anciennes » permettent de connaître la société sogdienne, composée de trois classes, les aristocrates (āzāt, āzātkār), les marchands (xvākar) et les paysans et artisans libres (kārikār). Outre ces trois classes libres, beaucoup d’esclaves y vivent et ne sont pas considérés comme des membres de la cité (le nāf). Les āzāt sont propriétaires des terres et des villages et les āzātkār sont des personnes libres associées aux āzāt en un système clientéliste. Les « Lettres Anciennes » n’ont pas été trouvées en Sogdiane, mais dans une tour de la frontière chinoise de cette époque, à Dunhuang. Elles témoignent de l’activité marchande et de la société des Sogdiens, qui ont aussi laissé quelques centaines de courtes inscriptions sur roche au nord de l’actuel Pakistan, sur une autre voie commerciale. Un exemple de ces graffitis est « Bōxsāk, fils de Vanxarak, citoyen de Paykand », sachant que la ville de Paykand se trouve au sud-ouest de Boukhara.

Du début de l'ère chrétienne à l'apogée commercial vignette|Un négociant sogdien sur un chameau de Bactriane, figurine chinoise, période Tang, .

En 230 ap. J.-C., le roi perse Ardachir , fondateur de la dynastie des Sassanides, annexe la partie occidentale de l'empire des Kouchans. Les Sogdiens sont également attaqués, mais leur territoire n'est pas occupé. Les événements qui se produisent ensuite ne sont pas bien connus. Entre 350 et 400, un peuple désigné par le nom de « Hun » (xwn en sogdien) élimine le souverain de la Sogdiane. Le terme de « Huns » a désigné plusieurs peuples nomades en Asie centrale. Il s'agit peut-être d'un peuple appelé Kidarite par les Grecs, Chionites par les auteurs latins et Huna par les Indiens. Ils sont mentionnés pour la première fois vers 350, comme alliés des Sassanides, et leur nom grec provient apparemment d'un roi qui s'appelle Kidara. Il est certain que les Kidarites s'emparent de la Bactriane, qui prend alors le nom de Tokharistan. Leur présence en Sogdiane n'est qu'hypothétique. Sept pièces de monnaie portant l'inscription kydr (Kidara) ont été retrouvées.

Les Sassanides, s'étant brouillés avec les Kidarites, les attaquent à partir de 442. Cette campagne s'achève en 467 avec la prise par les Perses de la capitale des Kidarites (peut-être la ville de Balkh ), au Tokharistan. Les Perses ont alors un nouvel allié, les Hephthalites, qui sont de redoutables guerriers et qui se sont illustrés plus tard par de terribles massacres, notamment en Inde du Nord. Eux aussi, sont qualifiés de Huns. Partis du nord de Tourfan, dans l'actuelle province chinoise du Xinjiang, ils se constituent un empire et s'emparent de la Sogdiane vers 509. Les Chinois reçoivent alors une « ambassade » envoyée par les Hephthalites, qui sont surtout constituée de marchands sogdiens. C'est à partir de la Sogdiane que les Hephthalites lancent leurs attaques contre leurs anciens alliés, les Sassanides.

Les Hephthalites sont balayés entre 557 et 561 par un nouvel empire nomade, fondé à partir de la Mongolie par les Turcs Bleus (Göktürks, Tujue en chinois). À cette époque, un tyran appelé Abrui règne sur l'oasis de Boukhara. Il est originaire de la ville de Paykand, citée plus haut. Fuyant sa brutalité, des nobles et des marchands s'installent au sud-est de l'actuel Kazakhstan, sur le cours du fleuve Ili (dans une région appelée le Semiretchie). Les citoyens restants réclament l'aide des Turcs, qui renversent Abrui. Les émigrés ont dû passer par la région de Tachkent, d'où les gens du Kangju sont partis (vaincus par les Kidarites ?) et qui est devenue sogdienne. Cette expansion aide les Sogdiens à contrôler les routes commerciales. Elle sert aussi les intérêts des Turcs, qui purent compter sur les diplomates sogdiens pour rendre les routes aussi sûres que possible. Ces derniers sont alors alliés des Sassanides. Ils se partarge les territoires laissés par les Hephthalites. La Sogdiane revient aux Turcs, mais les Sogdiens ont avec les Turcs une relation beaucoup plus d'amitié que de soumission. Le sogdien devient la langue officielle de l'administration turque. Au début du , un mariage a lieu entre le roi de Samarcande et la fille d'un empereur turc.

Les Turcs fondent leur premier empire en 552. Il est partagé en une aile orientale, en Mongolie, et une aile occidentale, au nord de l'actuelle région autonome chinoise du Xinjiang. Les Chinois détruisent la première en 630 et la seconde en 657. Ils prennent, en théorie, possession de tous les territoires turcs, ce qui fait tomber la Sogdiane dans leur giron, mais elle se trouve trop loin pour qu'ils puissent y exercer un contrôle effectif. L'empire turc est reconstitué à partir des années 680, grâce notamment à un ministre exceptionnel, Tonyuquq. En 711, les Turcs défont un autre peuple turc, les Türgesh, et poursuivent les fuyards jusqu'en Sogdiane. Mais dans la région de Samarcande, ils se heurtent à des nouveaux venus : les Arabes.

Les Sogdiens face aux Arabes vignette|redresse=1.5|Le Khorassan et la Transoxiane vers 750.