La Gagaouzie (en ; en ; en , ou ), officiellement l'unité territoriale autonome de Gagaouzie (UTAG, en ; en ; en ), est une région autonome du sud de la Moldavie. Elle succède à la République gagaouze.

Géographie Le territoire gagaouze, qui s'étend sur répartis sur quatre territoires non contigus, regroupe une quinzaine de communes regroupées en trois districts (dolay) : Comrat, Ceadîr-Lunga et Vulcănești.

Histoire upright|vignette|Carte de la Gagaouzie avec les trois dolay de Comrat, Ceadîr-Lunga et Vulcănești ; les noms figurent en roumain, gagaouze et russe translittéré en caractères latins. vignette|Panneau marquant l'entrée dans le territoire autonome de Gagaouzie.

Origines

Empire russe Jusqu'en 1812, les Gökoğuz (« Oghouzes du ciel bleu » en turc), Гаговцъ (Gagovtsy) en bulgare (et russe), Găgăuți en roumain, vivaient dans la région de Dobroudja au Sud des bouches du Danube, dépendaient religieusement de l'exarchat de Brăila du patriarcat de Constantinople et utilisaient l'alphabet grec pour transcrire leur langue.

En 1812, à la suite de l'annexion par l'Empire russe du Boudjak situé au nord des bouches du Danube (au traité de Bucarest), un échange de populations eut lieu : les Tatars et les Turcs du Boudjak, musulmans, furent expulsés vers la Dobroudja restée ottomane (aujourd'hui partagée entre la Roumanie et la Bulgarie) tandis que des Gagaouzes et des Bulgares de Dobroudja, orthodoxes, vinrent s'installer à leur place dans le Boudjak, dans la nouvelle province russe de Bessarabie (aujourd'hui partagée entre la Moldavie et l'Ukraine)..

Là, les Gagaouzes relevaient désormais (et jusqu'à nos jours) du patriarcat de Moscou. Des écoles en langue russe furent ouvertes pour eux et en 1895, une variante de l'alphabet cyrillique fut créée par Mihail Çakir pour leur langue. Petit à petit, la langue turque gök-oğuze recule face au russe et au bulgare, sans disparaître totalement. C'est pourquoi le nombre de Gagaouzes, dans les recensements russes et roumains des , fluctue souvent, les Gagaouzes étant parfois comptés comme Bulgares ou comme Russes.

Royaume de la Grande Roumanie En 1918, lorsque la république démocratique moldave nouvellement proclamée s'unit à la Roumanie, les Gagaouzes passèrent à l'alphabet roumain, puis à l'alphabet Çakir latin, pour finalement repasser, après l'annexion de la région par l'URSS en 1940, à l'alphabet cyrillique (sous diverses formes, russe ou moldave). Aujourd'hui, ils utilisent l'alphabet gagaouze moderne, proche de celui utilisé par le turc.

La période entre 1918 et 1940 fut une période faste pour la minorité gagaouze : de nombreuses personnalités se distinguent dans la vie politique, sociale et culturelle de la Roumanie. L'académicien Ștefan Ciobanu les a caractérisés comme suit : « De toutes les minorités de Bessarabie, la population gagaouze est celle qui se rapproche le plus du peuple roumain par ses qualités spirituelles, par sa loyauté et par la douceur de sa nature. Tous les Gagaouzes parlent parfaitement le roumain. »

Union soviétique Après 1944, les Gagaouzes ont été soumis à une russification forcée par les occupants russes, combinée à un isolement forcé des Roumains, de sorte que non seulement ils ont oublié la langue roumaine, mais ils ne connaissent plus non plus leur propre langue, la gagaouze.

Le nationalisme gagaouze a commencé comme un mouvement intellectuel dans les années 1980. Le mouvement s'est renforcé à la fin de la décennie, lorsque l'Union soviétique commence à adopter les idéaux démocratiques sous Gorbachev.

En 1988, des militants intellectuels locaux, unis à d'autres minorités ethniques, créent un mouvement connu sous le nom de « Peuple de Gagaouzie ». Un an plus tard, la première assemblée de ce mouvement a eu lieu, au cours de laquelle une résolution a été adoptée appelant à la création d'un territoire autonome dans le sud de la Moldavie, avec capitale à Comrat.

Le mouvement national gagaouze s'intensifie lorsque le roumain est accepté comme langue officielle de la république de Moldavie en , remplaçant le russe imposé après la seconde guerre mondiale. Mais une partie de la population multiethnique du sud de la Moldavie considère cette décision comme précipitée et exprime un manque de confiance dans le gouvernement central de Chișinău.

République de Moldavie En 1990, l'enjeu est la fédéralisation de la république de Moldavie sur la base de trois sujets égaux : la Moldavie, la Transnistrie et la Gagaouzie sous une sorte de protectorat tacite de la Russie.thumb|left|180px|Revendications gagaouzes sur le territoire moldave, formulées par Stepan Topal en 1991. En décembre 1990, alors que les roumanophones moldaves revendiquent la réunification avec la Roumanie à la fin du communisme soviétique, des émissaires des cercles conservateurs soviétiques convainquent Stepan Topal, le leader séparatiste Gagauz Halkı (« le peuple gagaouze »), avec le soutien tacite de Moscou, de proclamer unilatéralement une République gagaouze dont la revendication essentielle est de rester membre de l'URSS au cas où la Moldavie s'en détacherait (la République gagaouze s'étend en Moldavie, mais il y a également des villages à majorité gagaouze en Ukraine, juste de l'autre côté de la frontière).

Effectivement, lorsque le , la Moldavie proclame son indépendance, Stepan Topal, chef du mouvement national gagaouze, et l'assemblée des soviets gagaouzes ruraux à majorité communiste conservatrice proclament également la leur.

Mais entre-temps les dirigeants soviétiques avaient quant à eux renoncé à l'idée de maintenir l'existence de l'URSS. C'est pourquoi, alors que la Moldavie est internationalement reconnue, même par la Russie, la République gagaouze n'est reconnue par personne et se retrouve isolée.

Le fait est que, contrairement à la Transnistrie (qui avait suivi la même logique politique), la Gagaouzie ne dispose alors d'aucun atout industriel ou stratégique : ni centrale hydroélectrique, ni usine d'armement, ni contrôle des voies de communication vers Odessa. Son seul atout économique était l'exportation de tabac, dont l'occident entend réduire la consommation donc l'importation. C'est pourquoi, Stepan Topal, contrairement à son homologue transnistrien Igor Smirnov, doit renoncer à l'indépendance et accepter un statut d'autonomie au sein de la MoldavieJean-Baptiste Naudet « URSS, le rêve turc des Gagaouzes », Le Monde, ..

Les négociations aboutissent donc et le Parlement moldave reconnait officiellement l'autonomie de la Gagaouzie en décembre 1994, en échange de l’abandon des velléités indépendantistes. Toutes les villes peuplées à plus de 50 % de Gagaouzes sont incluses dans le territoire. Les dénominations Gagovtsy () devenue péjorative et Gökoğuz jugée trop proche du nationalisme turc, sont remplacées par celles de ou et de ou désormais politiquement correctes.

Le démocrate réformateur gagaouze Dumitru Croitor, ministre moldave des Affaires étrangères, est gouverneur de 1999 à 2002. Il parvient à doubler le budget de la région et, dans le domaine de l'agriculture, à faire valider le programme Earth, financé par l'USAID. Cela permet de rembourser une partie de la dette gagaouze et relancer les investissements, en particulier ceux de la Turquie, de l'Italie et de la Russie, créant de nouveaux emplois et de commencer à freiner l'émigration. En 2001, les conservateurs communistes reviennent en force en Moldavie (avec 50 %) et en Gagouzie (avec 80 %). Objet de pressions, Dumitru Croitor démissionne mais la Moldavie le nomme représentant de la République moldave auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Début 2002, la tension remonte. Les conservateurs communistes gagaouzes adoptent un comportement provocateur après la détérioration des relations entre la République moldave et les indépendantistes transnistriens en 2001 au sujet de l'application de nouvelles règles de commerce international déplaisant au Kremlin. Ils déclarent ne plus autoriser les députés de Chisinau à venir dans la région sans l'autorisation des autorités gagaouzes.

Le , la loi XV modifie l'article 111 de la Constitution moldave qui organise le fonctionnement de l'Unité territoriale autonome de Gagaouzie (UTAG).

Toutefois, ce compromis reste fragile. Les tentatives de la Moldavie de se rapprocher de l'Union européenne provoquent chaque fois la réaction agacée du Kremlin à travers les dirigeants transnistriens. et gagaouzes qui lui sont restés fidèles : ces derniers déclarent chaque fois vouloir se rapprocher de la Russie et organisent des référendums ad hoc donnant toujours les mêmes résultats anti-européens.

Entre 2005 et 2009, les conservateurs communistes prônent d'abord un rapprochement avec l'Europe des Vingt-Huit. Moscou suspend ses importations de fruits et légumes en 2005 pour « raisons sanitaires » puis de vin moldave en .

En 2009, l'Alliance moldave pro-européenne, une coalition de quatre formations militant pour l'adhésion à l'UE, remporte les élections en Moldavie. Le Premier ministre, Iurie Leanca, réduit les déficits et réoriente les exportations vers l'Europe.

La réaction du Kremlin ne se fait pas attendre : Moscou suspend ses importations de fruits, légumes, vin moldaves pour .

Les conservateurs communistes gagaouzes prônent soudain le rapprochement avec l'Union douanière eurasiatique fondée en 2009 par la Russie avec la Biélorussie et le Kazakhstan.

En 2013, juste avant la signature de l'accord de Partenariat de la Moldavie avec l'Union européenne, la tension monte encore. Mikhaïl Formouzal, bachkan (gouverneur) de Gagaouzie depuis 2006, organise un référendum ad hoc et affirme :

Le , 97 % des votants gagaouzes se prononcent par référendum contre le rapprochement de la Moldavie avec l'Union européenne, 98 % pour une adhésion à l'Union douanière eurasiatique et 98,9 % se prononcent pour le droit de la Gagaouzie à déclarer son indépendance si la Moldavie devait être rattachée à la Roumanie. Le taux de participation varie selon les sources, entre 53 % (Radio Free Europe) et 72 % (Zimpul Timpul). Quoi qu'il en soit, Moscou lève partiellement son embargo sur les vins moldaves de Gagaouzie.

Le but avoué est bien de faire peser dans les décisions moldaves la menace de sécession de la Gagaouzie de la Moldavie... Cependant, ce scrutin n'a pas été reconnu par les autorités moldaves du fait de son inconstitutionnalité. Le quotidien Adevarul Moldova affirme :

L'accord d'association entre la Moldavie et l'Union européenne est signé le .

— , ainsi qu'à l'Eurorégion Siret-Prut-Nistre à cheval sur la Moldavie et la Roumanie.

En 2014 toujours, la révolution de Maïdan à Kiev puis l'annexion de la Crimée par la Russie rendent le gouvernement moldave très prudent mais aussi les Gagaouzes.

Depuis, le développement économique a fait de la Gagaouzie une des régions les plus dynamiques de Moldavie, avec une agriculture diversifiée et des échanges commerciaux internationaux intenses, dans l'augmentation desquels les capitaux turcs, via l'Organisation de coopération économique de la mer Noire, jouent un rôle important.

Chronologie Dates clés dans l'histoire de la Gagaouzie 1812 : venus de Dobrogée des Gök-Oğuz et des Bulgares s'installent dans le sud de la Bessarabie après son annexion par la Russie : ils y remplacent les Tatars partis s'installer en Dobrogée. 1856 : à la suite de la défaite russe lors de la guerre de Crimée, la région repasse sous administration de la principauté de Moldavie (qui s'unit en 1859 à la principauté de Valachie pour former la Roumanie). 1878 : la Russie regagne les zones perdues en 1856 à la suite du congrès de Berlin.. 1906 : insurrection paysanne liée à la révolution de 1905 ; république de Comrat. 1907 : premiers livres en langue gagaouze publiés sous l'impulsion de Mihail Çakir. 1917 : les députés Gagaouzes au Sfatul Țării de Bessarabie votent l'indépendance de la première République démocratique moldave, et quelques mois après, son rattachement à la Roumanie.