vignette|Façade de la cathédrale Saint-Trophime d'Arles.

En histoire de l'art, la période de l'art roman est celle qui s'étend du début du au , entre l'art préroman et l'art gothique, en Europe. L'expression « art roman » est forgée en 1818 par l'archéologue français Charles de Gerville et passe dans l'usage courant à partir de 1835.

L'art roman regroupe aussi bien l'architecture romane que la sculpture, la peinture ou la statuaire romane de la même époque.

Se développant lors d'une période d'expansion économique, il n'a pas été le produit d'une seule nationalité ou d'une seule région, mais est apparu progressivement et presque simultanément dans plusieurs régions d'Europe occidentale. Dans chacune d'elles, il a des caractéristiques propres (par exemple : l'utilisation de pierres différentes dans chaque région), bien qu'avec une unité suffisante pour être considéré comme le premier style international, avec un cadre européen. Son domaine d'expression est essentiellement religieux avec notamment l'adoption du plan basilical pour les églises et la généralisation de l'emploi de la voûte en berceau.

Origine et diffusion du terme L'inventeur de l'adjectif « roman » appliqué à l'art médiéval est l'érudit normand Charles de Gerville qui, après un séjour en Angleterre, s'aperçoit que les « antiquaires » anglais appellent « saxon » le style architectural qui domine dans ce pays, avant sa conquête par les Normands en 1066, et « norman » le style depuis la conquête jusqu'à la fin du . En France, les savants appliquent, pour les œuvres architecturales de cette période, les dénominations de « normand », « lombard » , « byzantin », parfois précédées de l'appellation « gothique » (dans le sens initial péjoratif d' « art des Goths »), ou la dénomination de gothique ancien. Animé d'une volonté d'unification et de classification universelle propre aux érudits du , Gerville recherche une dénomination commune. Selon la tradition historiographiqueLe professeur d'histoire de l'art Jean Nayrolles remet en cause cette historiographie en mentionnant l'existence d'un manuscrit de Gerville contenant deux notes qui remontent probablement à l'été 1818, et qui propose déjà le terme « roman » pour l'architecture. Cf ., il invente l'expression « architecture romane » dans une lettre adressée le à son confrère et ami Auguste Le Prévost.. Il justifie le choix de ce terme pour désigner l'architecture chrétienne d'Occident allant du règne de Charlemagne jusqu'à la fin du ou au commencement du , d'une part par analogie aux langues romanes, d'autre part afin de souligner sa supposéeL'art romain, et plus précisément celui de l'Antiquité tardive, n'est que l'une des sources d'inspiration et de référence des artistes romans. En dehors de cette influence, relayée par l'art carolingien, il existe des influences ornementales venues des peuples germaniques (art wisigoth), des influences byzantines. Cf . filiation avec l'architecture romaine, établissant une relation entre l'aire de diffusion de cette architecture et celle des langues romanes..

La dénomination d'« art roman » est vulgarisée au . En France, le père de l'archéologie médiévale Arcisse de Caumont., et des auteurs comme Victor Hugo, Stendhal ou Mérimée l'imposent après 1860 au détriment de « saxon », « normand », « lombard », « byzantin ». Comme Gerville, ces archéologues et écrivains de la génération romantique qui cherchent à réhabiliter le Moyen Âge, voient dans l'art roman une de l'art romain en raison de la dégradation des traditions et de l'effondrement de la civilisation antique, et différencient l'art gothique laïc caractérisé par son élan vertical, de l'art roman monastique chez qui l'horizontalité l'emporte, et dont les édifices ont des affinités avec l'art antique qui a exalté la puissance des empereurs romains.. Jules Quicherat en restreint fort justement l'acception aux édifices du .

Le parcours terminologique du terme « roman » dans divers pays européens, permet de . Les termes romanisch en Allemagne, Romanesque art en Grande-Bretagne, Arte románico en Espagne, Arte romanica en Italie, ont fait comme en France .

Historiographie Roman et gothique : rupture ou transition ?

vignette|Un des nombreux clichés romantiquesCe cliché s'est répandu d'autant plus facilement que, si au , de nombreux projets architecturaux romans voient le jour, reflétant une véritable politique destinée à impressionner par l'ampleur des constructions, . Cf . auxquels les réminiscences scolaires et littéraires ont été sensibles, veut que l'église romane soit petite, basse, maladroitement construite, massive en raison de ses murs épais percés de petites fenêtres pour supporter sa lourde voûte, ce qui la rend humide et sombre. L'exemple de l'abbaye Saint-Georges de Boscherville montre que cette architecture romane ne se résume pas à ce type d'édifice. vignette|Complexe monastique de Marmashen (). L'architecture romane aurait peut-être été influencée par l'architecture arménienneL'architecture arménienne serait peut-être l'une des origines de l'art roman occidental, certaines églises arméniennes du ressemblent énormément aux églises romanes du , par exemple..

Les historiens de l'art ont longtemps opposé l'art roman, produit d'une société soumise à un Dieu effrayant, et l'art gothique empreint d'un optimisme triomphant d'une société glorifiant le Créateur. Ils ont également longuement réduit le premier à une architecture religieuse d'église qui a laissé de nombreux témoins dans un état de bonne conservation alors que les vestiges artistiques civils ou militaires sont plus rares, que la peinture ou la sculpture sont moins bien conservées, et que les manuscrits conservés dans l'abri des réserves sont plus difficilement accessibles. Ils l'ont associé à un art de moines, savant et religieux, ou un art issu de l'expression populaire de milieux villageois rassemblés autour de leur projet d'église rurale construite par une main-d'œuvre modeste, locale et anonyme, aidée par les corvées bénévoles de la paroisse. Certains ont diffusé l'opposition entre une architecture romane austère (absence de couleurs et de décors sculptés ou peints). Cf monastiqueL'architecture romane a dépassé largement le cadre monastique au contraire de ce qu'a légué la période préromane. et rurale, et une architecture gothique laïque, urbaine et riche. Les historiens romantiques Augustin Thierry et Jules Michelet qui ont fortement contribué à la construction du roman national, voient dans l'art roman un héritage du Moyen Âge sombre confisqué par un clergé conservateur, auquel succède . Les études ont depuis fortement nuancé cette idée reçue voulant que l'art roman se caractérise par le rejet la couleur et le dépouillement de ses sanctuairesL'image d'églises dénudées, sans ornement, omet les restaurations successives dont elles ont été l'objet et qui ont souvent conduit à les rendre à la pierre nue, pour leur redonner une supposée pureté originelle. En outre, l'idée de dépouillement n'est pas étrangère à l'esprit du concile Vatican II. qu'il n'a pas connus à ce point au moment de son plein épanouissement.

De même, , voudrait que le style roman soit reconnaissable par la forme de ses arcs, son élévation modeste et sa voûte en berceau. Or de nombreux édifices de l'époque romane adoptent très tôt la croisée d'ogives et l’observation attentive des bâtiments dément la thèse de la rupture : au , pendant la phase de naissance et d'expérimentation du style gothique, des éléments romans subsistent dans les nouvelles cathédrales. au sud de l'Europe, le roman se perpétue au ; par exemple, la cathédrale d'Albi présente une silhouette très massive et peu de vitraux tandis que les cathédrales du Nord connaissent l'élan gothique ; Colette Deremble évoque plutôt une Colette Deremble, L’Art et la foi au Moyen Âge, .. en Angleterre, l'art gothique arrive de France dès la fin du . Dans l'est de l'Europe, des formes romanes persistent jusqu'au . d'autre part, les premiers édifices gothiques apparaissent vers 1130-1150 en Île-de-France. Les contemporains les qualifient d' ou d' (en ). Le mot « gothique » est une expression due aux Italiens de la Renaissance (voir architecture gothique). Le qualificatif choisi pour cette architecture comporte une allusion de retour en arrière, avec une nuance plutôt péjorative : l'art gothique est l'art des Goths, autrement dit des « barbares », c'est-à-dire de ceux qui méprisent et oublient les techniques et les canons romains antiques. Un certain nombre d'historiens de l'art comme Willibald Sauerländer réfutent aujourd'hui ce jugement et montrent que l'architecture gothique n'est pas en rupture avec l'architecture romane mais en est une importante évolution.

Périodisation vignette|La basilique Notre-Dame d'Avesnières, à Laval, 1040–1170, représentative du deuxième art roman. La périodisation de l'époque romane, basée sur son architecture (la périodisation des autres formes d'arts romans se heurtant à de lourdes difficultés), s'est construite selon des critères esthétiques ou artistiques qui ont une part d'arbitraire. L'histoire de l'art a pris conscience des apories liées à ce processus nécessaire de classement qui s'appuie sur la chronologie permettant d'organiser le temps de façon intelligible. Cette construction imaginaire a longtemps reposé implicitement sur l'idée d'un progrès des arts, fruit d'une interprétation évolutionniste fondée sur l'idée anthropomorphe qu'il y aurait une jeunesse ou enfance (période d'expérimentations), une maturité (apogée de cet art, moment où les typologies monumentales semblent s'être fixées) puis une vieillesse ou un déclin des arts. vignette|Santissima Trinità di Delia en Sicile, 1140–1160, arcs brisés d'origine arabe. Cette interprétation, . D'autre part quelques formes gothiques dans le Sud de l'Italie ont appliqué prématures ou parallel, comme éléments de l'architecture arabo-normande. vignette|Cathédrale de Cosenza, consacrée en 1220 en présence de l'Empereur Frédéric II. Les historiens ont ainsi proposé plusieurs périodisations, imaginant la plupart du temps un premier art roman (phase expérimentale), puis des phases stylistiques successives jusqu'à un art roman tardif. La plupart ont subdivisé l'époque en trois époques stylistiques (premier art roman, art roman central ou roman florissant, et roman tardif). Selon Henri Focillon, il y a un art préroman (premier art roman), un art roman classique (deuxième art roman), un art roman baroque (troisième art roman). D'autres plus récemment ont proposé deux âges romansNikolaus Pevsner distingue : le premier art roman, correspondant à la période allant de l'an mille à la première croisade vers 1100 ; le roman classique, qui succède à la période précédente, soit de 1100 jusqu'au triomphe du gothique vers 1200. Gabrielle Démians d'Archimbaud identifie un premier âge et un deuxième âge roman, de part et d'autre du milieu du : le premier âge roman se développe en Italie, dans la région de Côme, et en Espagne, en Catalogne (Lérida, Gérone et Barcelone), en Navarre et en Aragon (spécialement dans la province de Huesca), entre 950 et 1060-1070. Les allées et venues des « maestri comacini », des « Lombards », partis de Côme, de Milan, de Pavie, vont durer deux siècles ; leur champ d'action s'étend à toute l'Europe depuis l'Espagne jusqu'à la Saxe et à la Scandinavie ; le deuxième âge roman se développe plus généralement en France, de 1060-1070 à 1130., périodisation qui est loin de faire l'unanimité chez les historiens de l'art.

De plus, la périodisation de l'époque romane signifie en fixer le début et la fin. .

Ce type de périodisation qui privilégie la chronologie à la diachronie reste un instrument pédagogique de premier choix mais manque de pertinence selon beaucoup d'historiens de l'art car cette construction reste sujette à débats et soumise à des découpages variables. Aussi, ces derniers . L'historiographie du dernier tiers du a ainsi failli faire disparaître la dénomination d'art roman .