La Paléographie musicale est une série de publications, composée principalement des photographies et des fac-similés de manuscrits, et fondée auprès de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes en 1889 par Dom André Mocquereau, afin de promouvoir les études scientifiques et la restauration du chant grégorien.

Son titre complet est la Paléographie musicale, les principaux manuscrits de chant grégorien, ambrosien, mozarabe, gallican, publiés en fac-similés phototypiques par bénédictins de Solesmes.. En dépit de plus de cent ans des publications, la plupart des tomes sont encore disponibles auprès des Éditions de Solesmes.

Histoire Situation du chant grégorien après le congrès d'Arezzo

Le milieu du s'illustrait d'un mouvement dynamique de la restauration du chant grégorien, à la suite des découverts des chercheurs tels Félix Danjou, Louis Lambillotte. En 1860, le premier congrès fut tenu à Paris.. Pareillement, après avoir rétabli la liturgie traditionnelle, l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes avait accueilli les deux moines qui étaient capables d'étudier ce chant, Dom Paul Jausions en 1854 et Dom Joseph Pothier en 1858p. 53 - 55. Puis en 1882, le congrès européen du chant liturgique eut lieu à Arezzo.

D'ailleurs, auprès du Vatican, quoiqu'il ne s'agît jamais de chant officiel, l'Édition de Ratisbonne selon la maison d'édition Pustet de Ratisbonne ou néo-médicéenne, version remaniée (1871) de l'Édition médicéenne au , était singulièrement autorisée, avec 30 ans de privilège octroyé en 1870. Ainsi l'édition opposait-elle toujours à la restauration de SolesmesEugène Cardine, Vue d'ensemble sur le chant grégorien, p. 25, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes : « C'était en fait une simple reproduction de l'édition médicéenne, qu'Edmond Duval avait déjà fait paraître en 1848 à Malines chez Hanicq, mais en y apportant des corrections discutables. ».

Si ce colloque d'Arezzo était considéré en tant que champ de bataille entre la restauration du chant et l'Édition de Ratisbonne, le congrès se distinguait surtout de plusieurs communications scientifiques de Dom Pothier et des offices célébrés selon les chants restaurés et choisis dans le futur Liber gradualis dont la publication était attendue. La conférence se termina en adoptant sa conclusion en faveur de la restauration ainsi qu'en souhaitant que le Vatican ratifie ses propositionsCharles-Émile Ruelle, Le congrès européen d'Arezzo pour l'étudie et l'amélioration du chant liturgique, compte rendu non officiel suivi d'un appendice bibliographique, Librairie de Firmin-Didot, Paris 1884, 48p..

Le Saint-Siège sortit nonobstant le En général, ce décret date le 10 avril. Cependant, selon l'Histoire de la restauration du chant grégorien de Dom Combe de Solesmes, celui-ci ne fut promulgué qu'au 26 avril. le décret en désapprouvant les vœux du congrès d'Arezzo et, à nouveau, approuva l'Édition de Ratisbonne. En dépit de ce bouleversement décevant, l'abbé Charles Couturier a fait preuve de persévérance et de prudence de sorte que les publications des livres de chant grégorien restauré se continuèrent, en évitant soigneusement le conflit avec Rome. Par exemple, le Liber gradualis fut étrenné le , le jour de la fête de saint Benoît de Nursie, autorisé par son ordre et réservé uniquement à l'usage des monastères bénédictins en France. Ce livre de chant était exactement ce que l'Édition néo-médicéenne voulait changer.

Création

La particularité de Dom Mocquereau, c'était sa carrière avant d'arriver à Solesmes. Le , il naquit à la Tessoualle, dans une famille très cultivée et son père était médecin. Le jeune André devint un violoncelliste talentueux, consacré à la musique de chambre de Joseph Haydn, de Mozartp. 122 - 123. À Cholet, il était un membre de l'orchestre d'amateurs, dirigé par Charles Dancla qui souhaitait que ce jeune musicien vienne au Conservatoire de Paris. Par ailleurs, une de ses sœurs devint moniale, ainsi qu'organiste, de l'abbaye Sainte-Cécile de Solesmes en 1873. Enfin, ce musicien aussi frappa à la porte de Solesmes, le , à l'âge de 26 ansPierre Combe, Histoire de la restauration du chant grégorien d'après des documents inédits, Solesmes et l'Édition Vaticane, p. 120, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 1969.

Le premier abbé Dom Prosper Guéranger était décédé en janvier. Pour le nouvel abbé Dom Charles Couturier, la valeur du jeune moine était effectivement bienveillante. Avant la création de la schola ainsi que la nomination de Dom Mocquereau comme maître de chœur par l'abbé en 1889, ce moine commença à intensifier ses recherches de manière plus systématique, plus précisément, à compléter un catalogue des principaux manuscrits notés ainsi qu'à ressembler des traités de musique de l'antiquité. Vraisemblablement, lAlbum paléographique de la Société de l'École des chartes., sorti en 1887, avait inspiré la méthode scientifique à Dom Mocquereau.

L'idée principale de ce dernier était la publication de ces manuscrits. Mais celle-ci provoqua de nombreuses résistances et même de contradictions auprès du monastère, car, en sortant et préparant plusieurs livres de chant en grégorien, les finances de l'abbaye n'étaient pas favorables pour lancer un projet incertain ; on comprend que beaucoup de moines aient hésité à publier cette série. L'abbaye avait sorti l’Hymnarius et l’Office de Noël en 1885, l’Office de la Semaine Sainte en 1886, l’Office des morts en 1887, le Processionnal et les Variae preces en 1888, qui étaient recommandés, mais non officiels, à l'exception du Liber gradualis (1883) qui était autorisé pour l'usage des abbayes bénédictines en France. Il est vrai que si la série n'avait pas gagné assez de lecteurs, l'abbaye aurait subi une considérable difficulté de financement.À Solesmes, presque même situation existait déjà dans les années 1870. http://palmus.free.fr/session_2003.pdf Dom Daniel Saulnier, Session de chant grégorien I (2003), p. 31. Dom Pothier, quant à lui, était aussi opposant, notamment en craignant que ses ouvrages dont le Liber gradualis ne soient corrigés. Cette opposition était tellement forte que le directeur de la série, autorisée grâce au courage de l'abbé Couturier, dut rendre hommage à Sainte Vierge, en lui promettant, si le succès la couronnait, d'en offrir le premier volume à Notre Dame de Chartres. L'abbé ratifia et répartit volontairement ce vœup. 130 ; selon l'évêque de Chartres Louis Eugène Regnault et le chanoine Goussard, maître de chapelle.

Si Dom Couturier avait pu décider d’autoriser la publication, c'était grâce aux interventions et soutien de quelques bénédictins importants. Parmi eux, le cardinal Jean-Baptiste-François Pitra applaudit avec enthousiasme, à Rome. Il y décéda juste après la première publication. Dom Fernand Cabrol et Dom Paul Cagin n'hésitèrent pas à intervenir.

Par précaution, Dom Mocquereau demanda à Alexandre Guilmant s'il valait mieux publier la collection de la paléographie. Ce musicologue répondit le en lui écrivant : « J'approuve de toutes mes forces l'idée de publier ce Recueil de Paléographie musicale et je ferai tous mes efforts pour vous procurer des souscripteurs. » Guilmant y fit souscrire le Comité de la société des compositeurs de musique.

La première Paléographie musicale en tant que recueil trimestriel fut sortie en . Les huit premiers recueils ( - ) furent intégrés en un volume de livre, déjà en 1889. Jusqu'en 1956, ces deux formes coexistaientp. xii - xiv.

En 1890, l'abbé Dom Couturier décéda. Le , le nouvel abbé Dom Paul Delatte et Dom Mocquereau arrivèrent à la cathédrale de Chartres, en y apportant et déposant dans le trésor au pied de la châsse le premier volume orné d'une splendide reliure, afin d'accomplir le vœu de l'abbé Dom Couturier.

Son succès Cette publication connut finalement un grand succèsVoici la liste des souscripteurs en 1889 (Pierre Combe, Histoire de la restauration du chant grégorien d'après des documents inédits, Solesmes et l'Édition Vaticane, p. 140 : « le nom du Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, qui avait souscrit pour 50 exemplaires, était suivi de ceux de huit cardinaux, du Nonce Apostolique à Paris, de dix-neuf évêques, de trois Princes ou Princesses, de dix-sept Académies ou Bibliothèques d'État et de vingt-quatre autres bibliothèques, enfin de nombreux autres souscripteurs. » . Car, de nombreuses académies européennes furent convaincues avec sa valeur scientifique. Surtout, grâce aux tomes II et III, l'irrégularité de l'Édition néo-médicéenne, faussement attribuée à Giovanni Pierluigi da Palestrina, était devenu évidente, en comparaison d'une immense uniformité des manuscrits anciens présentée par Dom Mocquereau - 135.

Onze ans après de la parution de série, mais avant l'expiration du privilège de Ratisbonne, Jules Combarieu dénonça déjà le triomphe de la Paléographie musicale, dans sa thèse :

Pour cette réussité, il fallait aussi les soutiens des spécialistes. Ainsi, en tant qu'ancien élève de l'École nationale des chartes, Pierre Aubry, jeune professeur de l'Institut catholique de Paris, aidait l'atelier jusqu'à son décès inattendu en 1910. Jules Combarieu était également l'un des défendeurs les plus importants de la Paléographie musicalehttp://www.musicologie.org/theses/combarieu_musique_moyen_age.html Jules combarieu, La musique au Moyen-âge dans la Revue de synthèse, tome I (1900), voir -I-. Le Peter Wagner, futur membre allemand de la commission pontificale formée en 1904 pour l'Édition Vaticane en grégorien, venait à Solesmes afin d'encourager les travaux de l'atelier ; il écrivit : « On ne peut qu'appeler de tous ses vœux la continuation de la Paléographie Musicale. La science en retirera sans aucun doute le plus large profit, et c'est en son nom que nous saluons l'entreprise le plus chaleureusement possible. ». Grâce à ces collaborations ainsi qu'à la publication trimestrielle, la restauration du chant grégorien sortit effectivement de son anonymat.

Donc, cette série fonctionnait également comme revue du chant grégorien. En 1927, lorsque Dom Mocquereau sortit son deuxième tome du Nombre musical grégorien ou rythmique grégorienne, il avait écrit dans l'avant-propos : « Au cours de l'impression de ce volume, nous nous sommes décidés à supprimer, non sans regrets, plusieurs chapitres importants sur les Cursus métrique et tonique, les liquescences, la Psalmodie, l'Hymnodie, etc. […] Ce qui nous rassure et nous console, c'est que plusieurs ont été déjà amplement traités dans les volumes parus de la Paléographie musicale, ou même dans la Revue grégorienne, plus à portée de la masse des lecteursAndré Mocquereau, Le nombre musical grégorien ou rythmique grégorienne, tome II, avant-propos, p. xxii, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, 1927. »

Période difficile

Ne pouvant plus sortir la série lui-même, à partir du tome VII, l'atelier devait confier sa publication aux Éditions Desclée en Belgique, jusqu'à ce qu'arrive la Deuxième Guerre mondiale, c'est-à-dire jusqu'au tome XV sorti en 1937. Cette édition religieuse était heureusement située non seulement près de la frontière, à Tournai, mais aussi des abbayes auxquelles les religieux de la congrégation de Solesmes étaient réfugiés. Il fallait que la publication de tous les deux tomes VII et VIII soit effectuée en 1901, en tant qu'un seul volume. Nonobstant, la situation non favorable obligea l'atelier à repousser les pages des phototypies jusqu'en 1905. C'est la raison pour laquelle furent exceptionnellement imprimées les années « 1901 - 1905 » sur la couverture du tome VIII.