Michel Cailliau, né le et mort le ., est le premier chef du mouvement de résistance des prisonniers de guerre à l'occupation allemande. Neveu du général de Gaulle, il entre en résistance dès sa captivité au camp de Fallingbostel. À la suite de son évasion, il développe un réseau très important pour faciliter l'entrée en résistance des prisonniers de guerre à leur retour en France.
Il poursuit le combat contre l'occupant nazi pendant toute la Seconde Guerre mondiale. Son réseau, le plus important de la résistance française, réunit des personnalités de premier plan. Sa vocation est de défendre les prisonniers de guerre pendant la captivité et de les insérer dans la résistance dès leur retour sur le territoire national. À la fin de la guerre, son rôle éminent n'est pas reconnu à sa juste valeur.
Malgré des appuis solides et de premier rang, il ne parvient pas à s'opposer à l'ascension rapide de François Mitterrand. À Vichy, ce dernier travaillait sous les ordres de Maurice Pinot officiellement chargé de rallier les prisonniers de guerre à la cause du maréchal Pétain. Ils aidaient certains prisonniers a s'évader. Opposé à Laval, Pinot est renvoyé en 1942 et Mitterrand, devient Giraudiste. Lorsque de Gaulle exige la fusion des mouvements de résistance des prisonniers de guerre, il choisit d'abord son neveu pour les diriger. Mais Mitterrand fait jouer la masse de son réseau, capitalisée au Commissariat aux prisonniers de guerre du régime de Vichy, pour se proposer de prendre la tête de l'ensemble des prisonniers de guerre et de réunir la faction pétainisto/giraudiste à la faction gaulliste. Mitterrand évince Michel Cailliau et prend la direction du mouvement.
Biographie Entrée dans la Résistance La mère de Michel Cailliau est Marie-Agnès de Gaulle (1889-1982), sœur aînée de Charles de Gaulle. Son père est l'ingénieur belge Alfred Cailliau (1877-1956). Dès les premières heures de l'armistice du Maréchal Pétain, alors même qu'il est prisonnier en Allemagne, Michel participe à la construction de la Résistance. Peu après son évasion, son réseau, tissé pendant les mois de captivité, grâce au concours de personnalités d'une valeur exceptionnelle, prend une part sans cesse plus importante dans la libération de la France.
Toute sa famille se donne, sans limites, au combat. Son second frère, Charles Cailliau (né le ), a été tué sur le front près de Charleroi le Frédérique Neau-Dufour, Geneviève de Gaulle-Anthonioz: l'autre De Gaulle, 2004, page 69.. Son troisième frère, Pierre Cailliau partira pour résister à Alger, puis participera au débarquement de Provence et à la Libération de la France. De deux ans son cadet, Henri Cailliau (né le ), parachutiste dans les FFL, sera officier de liaison des Américains lors de la campagne de France et d'Allemagne.
Michel Cailliau est fait prisonnier à Domremy en Lorraine. Il est déporté au Stalag XI B de Fallingbostel, entre Brême et Hanovre. Avec André Ulmann et Charles Bonnet, il fonde en juin 1941 le noyau dur de ce qui deviendra en France le Mouvement de Résistance des Prisonniers de Guerre et Déportés (MRPGD). Le MRPGD rassemble des prisonniers qui vont avoir un grand avenir dans la Résistance, comme dans la France d'après-guerre ; en particulier : Combes, Hartmann, Cornil, Delarue, Beau, Durand, Le Moign', Duprat-Geneau, Kahn, Kauffmann, Gans, Mougenot, Lancien, Goës, Méré, Dubois… Certains membres du mouvement, comme Philippe Dechartre, deviendront ministres. D'autres, comme Edgar Morin, prendront place parmi les plus grandes figures de la pensée française.
À ce sujet, Pierre Péan écrit () : la France a Pierre Péan, une jeunesse française, Fayard, 1994, et 478..
C'est un grand combattant alsacien, Marcel Kahn, interprète à l'Arbeitsamt du stalag VII 1, qui rend possible « l’évasion » des prisonniers de guerre. Dans le bureau d’un des médecins du Stalag, Marcel a monté un petit atelier de fabrication de papiers pour de faux-malades. « Les dossiers étaient rédigés de son écriture et revêtus de vrais ou de faux cachets »Michel Cailliau, Histoire du M.R.P.G.D., Presses bretonnes 1987, .. Quand il reviendra en France, Marcel usera de ses talents pour fabriquer de faux certificats de P.G., au bénéfice des résistants du MRPGD astreints au Service du Travail Obligatoire.
Michel Goldschmidt et Suzanne Tenand Ulmann ont consacré un livre à rassembler l'action qu'a menée André UlmannM. Goldschmidt, S. Tenand Ulmann, André Ulmann ou le juste combat, préface Maurice Schumann, Société des Éditions Internationales, Paris, 1982. auprès de Michel Cailliau. Dans ce livre, Charles Bonnet, dit Charles Moulin, raconte en 1977 (page 115): « Ces évadés en puissance ont été pour la plupart préparés aux tâches qui les attendent : maintenir les contacts avec le camp, fournir aux dirigeants des informations précises sur la situation et l’état d’esprit en France, envoyer des papiers officiels en blanc, contacter les anciens prisonniers déjà rapatriés ou évadés pour amorcer des regroupements en vue d’une résistance active… C’est ainsi que Michel Cailliau et le dieppois Watteau, purent commencer à jeter des bases solides qui permirent un lancement rapide du MRPGD…. Ce n’est là ni de l’histoire, ni un compte-rendu, ni même des impressions, mais un témoignage secret, que je voulais garder enfermé en moi-même et que je livre ici, trente cinq ans après, douloureusement retrouvé… pour lui ».
Dans le train de la Croix-Rouge qui rapatrie en France le , comme faux-malades, Roger Harou, Robert Beau et Michel Cailliau, les premiers plans de développement en France du MRPGD sont élaborés. À Lyon est recruté le capitaine Thomas-Duffort, dit Massart, de la Direction générale des Prisonniers de Guerre. La suite est très rapide. Grâce à leur action, le MRPGD se développe partout en France et prend une très grande ampleur. Lors d'un voyage à Londres, la décision est prise de fonder une avant-garde pour la résistance sous nom de « Réseau Charette »Frédérique Neau-Dufour, Geneviève de Gaulle-Anthonioz: l'autre De Gaulle, 2004, ..
Le réseau Charette Michel Cailliau retrace l'historique de son réseau dans Histoire du Mouvement de résistance des prisonniers de guerre et des déportés (MRPGD) de 1941 à 1945 : durant la première phase de son existence, le MRPGD consacre l'essentiel de son activité au renseignement. La résistance armée n’est pas à l’ordre du jour. Elle serait dangereuse pour la population civile et peu efficace dans la guerre globale qui est menée sur le plan mondial.
Le MRPGD va donner naissance à l’un des plus grands réseaux du renseignement français. Son activité ne concerne pas seulement la France. Il a de solides antennes dans l’Allemagne nazie via notamment le mouvement antinazi Freies Deutschland, auquel appartient Pierre Vanhaeren.
Pierre Vanhaeren exerce de multiples fonctions au sein du MRPGD. Son vrai nom est Gérard Kratzat. Il est allemand d'origine. Son père habite Berlin. Ses deux frères vont mourir dans la Wehrmacht. Ancien de la guerre d'Espagne, réfugié en France, il est interné, avec son ami allemande Heinz Preis au camp de Recébédou en Haute-Garonne de 1940 à 1941.
À la veille d’être livrés à la Gestapo par le gouvernement de Vichy, Heinz et Pierre s’évadent et trouvent refuge à Pechbonnieu, village proche de Toulouse. Là ils font la connaissance d'Henriette Rolls et Clara Malraux. Née Goldschmidt, Clara Malraux est aussi d’origine allemande. Leurs relations se développent. Le groupe adhère au MRPGD en . Pierre devient responsable de la zone sud. On l’appelle « Jean l’Allemand ».
Le , Clara Malraux présente Edgar Morin et sa future femme, Violette Chapellaubeau, à André Ulmann. Tous deux adhérent au MRPGD. Edgar Morin écrit : « Au moment où nous devions partir pour le S.T.O., Ulmann nous donna de faux papiers de P.G. rapatriés. Nous étions entrés dans l’illégalité. Désormais nous étions des permanents appointés par MRPGD ». Après l’arrestation d’Ulman en , Edgar Morin prend contact avec Jean l’Allemand. Il organise un secteur de propagande et recueille des informations sur les soldats allemands : tout un groupe s’occupait des déserteurs.
Les renseignements collectés grâce à Freies Deutschland et transmis au B.C.R.A. (Bureau Central de Renseignement et d'Action dirigé à Londres par le colonel Passy) sont très appréciés. Le , Michel écrit à Jean l’Allemand (page 87) : « J’ai fait partir tout le courrier Renseignement Allemagne pour Londres et pour Le Maraîcher. L’ensemble était de valeur, surtout les renseignements aviation… ». Jean lui répond le : « J’ai vu un des chefs du mouvement oppositionnel allemand ‘Soldat am Mittelmeer’, groupe de plusieurs centaines de réfugiés politiques qui s’occupe aussi de la propagande anti-hitlérienne parmi les soldats allemands et l’armée d’occupation. Ils vivent dans la plus profonde illégalité… Entre 2000 et 4000. Beaucoup de soldats allemands posent la question : ‘Que dois-je faire pour quitter l’uniforme ?’ Nous avons la possibilité de porter un coup décisif au moral des troupes allemandes ».
Jean est arrêté peu après. Déféré devant un tribunal militaire allemand, il sera fusillé le au Fort de Côte-Lorette, dans la banlieue lyonnaise.
Michel Cailliau décrit dans son livre (précité page 38) son premier voyage à Londres : « Par la lune du 24 au , un bimoteur Hudson, piloté par Verity, colonel néo-zélandais de la RAF, ayant le français Livry-Level pour officier navigant, s'est posé sur le terrain clandestin 'Figue', près de Saint-Vulbas dans l'Ain. L'avion fait un détour par Blida en Algérie, puis par Gibraltar et enfin se pose à Londres ».
Après plusieurs entretiens, avec notamment Passy et Pierre Bloch, la création du « Réseau Charette » est décidée. Michel prend contact avec le SOE (le service anglais chargé d'appuyer les mouvements de résistance dans les territoires occupés). Le réseau reçoit un code sophistiqué imprimé sur soie pour chiffrer les messages venant de France (sur l'usage de la soie dans les services secrets britanniques voir le livre de Leo Marks : Between Silk and Cyanide). Maurice Schumann cède le micro de la BBC à Michel Cailliau durant une soirée entière pour qu'il puisse s'adresser aux résistants et prisonniers de guerre. Puis, Michel rentre en France en passant par Alger, où il réside à la villa « les Oliviers » en compagnie de son oncle, le Général de Gaulle. Ensemble, ils évoquent le rôle et l'organisation de la résistance en France. Il est convenu que Duprat-Geneau (futur Dechartre) et André Ulmann représenteront le MRPGD à l'Assemblée Consultative.