Guillaume Guizot (BNF et SUDOC donnent plutôt la date du 12 janvier 1833 à Paris - dans sa propriété de Rocheferrand, commune de Saint-Siffret, près d'Uzès)Société de l'histoire du protestantisme français, Bulletin historique et littéraire, , Paris, 1892, . est un juriste, traducteur, professeur de lettres et haut fonctionnaire français de la seconde moitié du .
Biographie Origines familiales Guillaume Maurice Guizot naît le à Paris. Il est le fils de François Guizot, ministre sous la monarchie de Juillet, et de sa seconde épouse Élisa Dillon, femme de lettres qui meurt quelques semaines après sa naissance de fièvre puerpérale.
Par son père, il descend de la bourgeoisie cévenole aisée et calviniste, liée aux camisards et dont les membres risquent leur vie dans les assemblées du Désert. Son grand-père André Guizot, avocat partisan des Girondins, est guillotiné à Nîmes le , à l'âge de 27 ans, laissant Elisabeth Sophie Bonicel veuve avec deux jeunes enfants à charge, son père et son oncle Jean-Jacques. Son arrière-grand-père Jean Guizot est pasteur au Désert.
Par sa mère, il descend de l'aristocratie militaire et financière du , libérale, déiste et très fortunée jusqu'à la Révolution. Sa grand-mère Henriette de Meulan, sœur de la femme de lettres Pauline de Meulan, première épouse de François Guizot, se remarie avec Jean-Marie de Vaines, préfet en disponibilité et père de son oncle, le peintre Maurice de Vaines. Son grand-père Jacques de la Croix Dillon est un ingénieur d'origine irlandaise et l'un des constructeurs du pont des Arts à Paris. Ses arrières-grands-parents sont le comte Charles de Meulan, conseiller du roi puis receveur général des finances de la généralité de Paris et Marguerite de Saint-Chamans., issue de la vieille noblesse périgourdine.
Ses sœurs aînées sont Henriette, née le et Pauline, née le .
Une relation difficile au père Deux mois après sa naissance, son père écrit à Pauline Decourt, sœur d'Elisa : .
François Guizot fils, fils brillant chéri de François Guizot et de sa première épouse Pauline de Meulan ayant réussi le concours de Polytechnique et se préparant à la magistrature, meurt de pleurésie le à l'âge de 22 ans. Ce double deuil pèse durablement sur l'affection portée par l'homme d’État à son fils survivant. En , son père écrit à Laure de Gasparin : . En , son père écrit à sa grand-mère Bonicel : .
Le , alors que Guillaume a 7 ans, son père devient ministre des Affaires étrangères, un poste qu'il occupe jusqu'au . Guillaume, enfant sensible, souffre de l'absence de son père qui pourtant consacre le peu de temps libre dont il dispose à ses enfants, passionné qu'il est par les questions d'éducation et notamment par les méthodes pédagogiques novatrices de Johann Heinrich Pestalozzi inspirées de l'Émile de Rousseau qu'il diffuse dans le périodique Annales de l'Education entre 1811 et 1814 avec sa première épouse.. Ce père qui a perdu en quelques années ses deux épouses, son frère Jean-Jacques, son fils et deux belles-sœurs s'inquiète particulièrement de la santé de ses enfants : « Comment ne pas trembler, la santé est un si grand mystère. Que se passe-t-il dans ce sanctuaire impénétrable de la vie ? ». Il convoque fréquemment les médecins Louis Béhier rue de La Ville-l'Evêque, Hue de Lisieux au Val-Richer, voire Gabriel Andral, gendre de Pierre-Paul Royer-Collard et successeur de François Broussais. Il organise les deux bains mensuels, encourage le régime au lait d'ânesse, insiste sur l'importance de la propreté de la chevelure et d'une alimentation consistante. Il écrit à sa mère depuis son ambassade à Londres en 1840 : et réclame qu'aux enfants, on . François Guizot encourage l'activité physique : . L'enfance des enfants Guizot est heureuse : .
Henriette recopie pour son père à Londres le poème écrit par le garçon de 7 ans :« Que ne suis-je en Normandie,
Cette deuxième patrie,
Avec mes deux amies,
Mes sœurs chéries,
Ainsi que mon bon père,
Et ma bonne grand-mère ».
En 1860, à 27 ans, Guillaume écrit à sa sœur Henriette : . Son anniversaire, qui est aussi aux yeux de sa famille celui de la mort d'Elisa, n'est pas fêté. Le , il reçoit ces mots de son père : .
Des études brillantes Dès l'âge de 13 ans, Guillaume remporte des prix au grands concours (ou concours généraux). François Guizot écrit à la princesse de Lieven au sujet du dîner du grand concours en chez le ministre de l'Instruction publique Narcisse-Achille de Salvandy : .
Il étudie au collège de Bourbon (aujourd'hui lycée Condorcet), où il se lie à Hippolyte Taine, à Anatole Prévost-Paradol et à Cornélis de Witt avec lequel il partage les leçons particulières de Camille Rousset, jeune professeur d'histoire. À partir de 1846, Cornélis et son frère Conrad de Witt fréquentent l'appartement du ministère des Affaires étrangères boulevard des Capucines où résident les Guizot et où ils rencontrent Henriette et Pauline.
A 15 ans, ses études sont brièvement interrompues par la Révolution française de 1848, qui contraint les Guizot à l'exil à Londres. Son père lui sert de répétiteur : « Je tâcherai de remplacer le collège pour mon fils. Je rapprendrai ce qu'il a à apprendre. Nous avons déjà recommencé à lire ensemble Tacite et Thucydide ». Le , Pauline écrit au peintre Ary Scheffer, ami de la famille : « [mon père] s'occupe beaucoup de Guillaume, qui devient pour lui un véritable ami ; je crois qu'il ne lui dirait plus comme il le faisait quelque temps après la mort de François : ''Oh mon petit, tu es trop petit''. Il y avait là-dedans bien des choses ; mais j'espère que chaque jour davantage mon frère sera pour son père ce qu'était ce fils qui est parti ». Le , à 16 ans, Guillaume écrit à son père : « Il me semble que je ne fais pas ce que je devrais faire, et alors je suis inquiet de ce que tu voudrais me voir faire. Je voudrais t'être plus utile, servir plus à ton bonheur et à ton repos. […] Je n'ai jamais osé te parler de mon pauvre frère François ; mais je sais combien de tendresse, de confiance pour le présent pour l'avenir tu avais placé en lui. Ce n'est pas sa place que je voudrais prendre : le cœur, n'est-ce pas ? n'a pas besoin de chasser un sentiment pour en admettre un autre ». A cette lettre, le père répond cinq jours plus tard : « Ta lettre de jeudi m'a été au cœur. […] J'aime ton frère François comme s'il était toujours là, et je t'aime, toi, comme si tu avais toujours été mon seul fils. Je te dirai combien il était excellent et charmant, et pourquoi je fondais sur lui tant d'espérances. Ce sera toi, mon cher enfant, qui seras chargé de les réaliser. J'y compte, et je t'y aiderai en te donnant, en toute occasion, mes sincères avertissements et conseils ». Selon son père, Guillaume est d'un « naturel aimable », a « l'esprit distingué » et a « très bon coeur ».
Guillaume est de retour à Paris en 1849. Très à l'aise en langues anciennes et modernes, il brille en classes de première et de rhétorique. Il poursuit ensuite des études de droit, qui l'ennuient, dans les premières années du Second Empire et sort titulaire d'une licence en 1857.
Une jeunesse frivole Le , sa sœur Henriette épouse son ami Conrad de Witt. Le , c'est Pauline qui épouse quant à elle Cornélis de Witt.
Guillaume mène une vie de gandin, consacrant une grande partie de son temps aux femmes, aux cigares et aux jeux de hasard. Il sort dîner au Café de Foy avec ses amis Arthur de Boissieu, Victor Figarol, Cerfberr, Desportes, Nau de Champlouis, Arsène Houssaye, Eugène Pelletan, l'éditeur Michel Lévy. Il fait la fête avec des actrices, notamment Rachel Félix.
François Guizot déplore que son fils « ne [fasse] à peu près rien, et surtout sans suite ». Il écrit à Henriette du Val-Richer le : « Cornélis m'a donné hier des détails qui me donnent lieu de croire que tes appréhensions ne sont pas sans fondement ; je vais tâcher de faire, d'ici, quelque chose pour qu'il ne s'engage pas dans quelque grand tort et grand embarras ». A Paris, il fait presque tous les jours à son fils une conférence pour « extirper les mauvais germes de la mauvaise philosophie » auxquels il serait exposé et introduire dans son esprit « l'harmonie entre la pensée enseignée et la pensée libre ». Malheureusement, l'exhortation paternelle semble sans effet : « je ne suis pas sûr qu'elle soit aussi efficace que je le voudrais ». En , Guillaume écrit à un camarade : « Je suis ma politique de rester souvent à la maison jusqu'à 8 heures et demie du soir. J'y trouve mon compte, étant plus libre que jamais. On me demande plus où je vais ni ce que je fais. Le saurait-on ? ». François Guizot déplore le peu de lettres que Guillaume lui écrit. Ainsi le , Guillaume s'en défend : « Je t'ai toujours trouvé le plus indulgent, le plus facile, le plus libéral que j'aie jamais vu. Mais cela ne m'empêche pas de savoir que tu as, à part toi et pour ton propre compte, des idées très sévères, des principes très arrêtés, des règles invariables. […] Je t'aurais parlé de bien des choses, n'était la crainte que mon père n'en parlât à M. Guizot ». Le , le père insiste : « Mets-toi à l'œuvre, à tes œuvres diverses. Ne perds point de temps ; ne retombe dans aucune ornière ; ne change pas, à tout moment, de chemin ».
Un mariage tardif et inespéré Un premier projet d'union, à propos duquel on ne sait rien, n'aboutit pas.
A la fin de l'année 1851, un mariage est envisagé avec Amélie Hottinguer, fille du baron protestant Henri Hottinguer, chef de la banque Hottinguer & Cie et régent de la Banque de France, et de Stéphanie Delessert, fille du banquier lui aussi protestant et député sous la monarchie de Juillet François Delessert, régent et président de la Caisse d'épargne de Paris, et nièce des banquiers Benjamin et Gabriel Delessert. Amélie et Guillaume se connaissent depuis l'adolescence, se baignent ensemble à Trouville. La perspective réjouit François Guizot : . Début , la grand-mère d'Amélie, Julie Delessert, rend visite à Pauline de Witt et s'inquiète de la familiarité entre Amélie et Guillaume. François Guizot rend visite à Henri Hottinguer deux jours plus tard rue Bergère : . Le baron lui répond que le jeune âge de Guillaume, qui n'a alors que 18 ans, empêche toute union. Pour consoler son fils, François l'envoie à Rome auprès d'Henriette et Conrad de Witt auxquels il a également offert le voyage après la mort à 4 mois de leur première fille le .
Pendant plusieurs années, il n'est plus question de mariage dont, d'ailleurs, il se soucie « comme d'un fêtu ». Fin 1856, il constate : .
En 1856, Guillaume débute une liaison « coupable et dangereuse » avec une certaine Elizabeth : . À cause de la pression de sa famille, il rompt en . Sa sœur Pauline lui dit : . À son ami Victor Figarol, il écrit : . Un enfant mort né pourrait être né de cette union, comme le suppose Laurent Theis à la lecture d'une lettre à Cornélis de Witt.
En 1859, la famille envisage Mathilde d'Haussonville, petite-fille de Victor de Broglie, Julia Dassier, fille d'un banquier protestant établi dans les compagnies de chemin de fer et d'assurances, la demoiselle bordelaise Poupillier, deux nièces jumelles du député Edouard Roger du Nord.
Le , une rencontre est organisée à Nîmes entre Guillaume et Gabrielle Verdier de Flaux, née le et issue d'une riche famille nîmoise liée aux Guizot : sa sœur aînée Berthe est mariée à Emile Abric, fils d'un camarade de François Guizot à Genève, sa mère Louise-Philippine est issue d'une dynastie de négociants de la soie. Il la décrit à sa famille : . Le , Guillaume épouse Gabrielle au grand temple de Nîmes, mariage célébré par le pasteur Jean Monod. La dot est de 500 000 francs, la succession doit atteindre un million. Il écrit à Victor Figarol : . Gabrielle est proche de son beau-père, avec lequel elle entretient une correspondance soutenue. Guillaume écrit des vers à son épouse mais ne parvient pas à s'attacher ses beaux-parents. Le , François écrit : . Le couple n'a pas d'enfants.
Homme de lettres et professeur