Cet article traite de la littérature néerlandaise à partir de la seconde moitié du .
Justification vignette|Van Maarseveen, le sultan Hamid II et Hatta signent l'accord impliquant le transfert par les Pays-Bas de la souveraineté sur le territoire des anciennes Indes néerlandaises à la république des États-Unis d'Indonésie en 1949. La limite initiale, dans le temps, de cet article sera parfois dépassée dans l'intérêt de la cohérence de l'article, conçu comme la suite de celui sur la littérature néerlandaise de la première moitié du . Le choix d'une date qui apparaît de prime abord comme arbitraire, et non comme une rupture, est toutefois justifié du fait des événements qui se produisent vers cette époque, notamment la reconstruction d'après-guerre, l'adoption d'une nouvelle orthographe néerlandaise (en Flandre en 1946 et aux Pays-Bas en 1947), l'effondrement de l'empire colonial néerlandais après le transfert de la souveraineté des Indes orientales néerlandaises à l'Indonésie (le ), l'avènement d'une nouvelle génération littéraire, celle des (les « cinquantards »), en 1949 et, pour ce qui est des événements à l'échelle internationale, parmi d'autres faits de l'histoire de l'après-guerre, le début de la guerre froide, qui conduit à la division de l'Europe en deux entités – l'une occidentale et capitaliste, et l'autre orientale et communiste –, un processus illustré par la création de deux États allemands : la République démocratique allemande et la République fédérale d'Allemagne en 1949.
Dans cet article, dans la plupart des cas, la date accompagnant la traduction française du titre d'un ouvrage néerlandais correspond à celle de la publication de la première édition, non pas à celle de la conception de l'œuvre littéraire. La littérature néerlandaise à partir de la seconde moitié du vignette|Statue d'Anne Frank (1977) par Mari Andriessen, à l'extérieur de la d'Amsterdam.vignette|Marga Minco, photographiée en 1981.vignette|Plaque commémorative, apposée à la façade de la maison natale de Simon Vestdijk à Harlingen.vignette|Gerrit Kouwenaar, photographié en 1978.vignette|Le lycée de Batavia, fréquenté par Hella S. Haasse dans les années 1930.vignette|Adriaan van Dis.vignette|Jeroen Brouwers, photographié par Michiel Hendryckx en 2010.vignette|Rudy Kousbroek, photographié en 1987.vignette|Helga Ruebsamen, au milieu, au congrès de la littérature des Indes néerlandaises à La Haye en 2011. vignette|Jef Geeraerts et sa femme, Eleonore Vigenon, photographiés par Koen Broos.vignette|Les frères Van het Reve et leur mère, vers 1929. Gerard (à gauche) deviendra un prosateur et poète ; Karel (au milieu), un philologue, traducteur, essayiste et billetiste. vignette|Harry Mulisch.vignette|Willem Frederik Hermans, photographié le .vignette|Jan G. Elburg, photographié en 1976.vignette|Simon Vinkenoog (à gauche) et la rédaction de la revue en 1982.vignette|Sybren Polet, photographié en 1978.vignette|Ward Ruyslinck, photographié par Michiel Hendryckx en 2006, et la première impression de son roman (La Réserve, de 1964).vignette|Jos Vandeloo, photographié en 1982.vignette|J. Bernlef, photographié en 2008.vignette|I.K. Bonset, un des noms de plume de Christian Emile Marie Küpper, dont le « nom de pinceau » est Theo van Doesburg.vignette|Lucebert, photographié en 1987.vignette|Une Nature morte aux asperges d'Adriaen Coorte, un peintre dont raffole le poète Hans Faverey.vignette|Gerrit Komrij, photographié par Michiel Hendryckx en 1994.vignette|De la poésie sculptée de Rutger Kopland à Veendam.vignette|Joost Zwagerman.vignette|Johnny van Doorn, photographié par Tom Ordelman.vignette|Tsead Bruinja, photographié par Hartmut Salmen au LesArt.Festival à Dortmund en 2010.vignette|Simon Carmiggelt, photographié en 1982.vignette|Willem Brakman, photographié en 1979.vignette|Mensje van Keulen, photographié en 1983.vignette|Tom Lanoye et Herman Brusselmans, photographiés par Michiel Hendryckx en 1989.vignette|Ramsey Nasr, le deuxième poète urbain attitré d'Anvers, photographié par Michiel Hendryckx.vignette|Enny Meunier et Coba Kelling dans une retransmission télévisée de 1959 d'une pièce de Hugo Claus, (Andréa ou la Fiancée du matin, de 1953).vignette|Jan Fabre (au centre), photographié en 2008. vignette|David van Reybrouck, photographié, le , à la Nuit de l'histoire, où il remporte le prix littéraire de l'histoire Libris.vignette|Kristien Hemmerechts, photographiée à Alken le .vignette|Erwin Mortier, photographié par Michiel Hendryckx.vignette|Anja Meulenbelt, écrivaine et femme politique socialiste.vignette|Nelleke Noordervliet, photographiée en 2008.vignette|Margriet de Moor, photographiée en 2011.vignette|Maarten 't Hart, photographié lors d'une séance de dédicace au Bijenkorf à Amsterdam en 2011.vignette|Jan Wolkers, photographié par Harry Cock.vignette|Jan Cremer.vignette|Louis Ferron, photographié en 1981.vignette|Annie M.G. Schmidt, photographiée en 1989, lors d'une émission de télévision.vignette|Carry Slee.vignette|Peter van Gestel, photographié lors du décernement du prix Reina Prinsen Geerligs.vignette|Connie Palmen, photographiée au festival international des écrivains à La Haye en 2014.vignette|Pieter Frans Thomése, photographié peu après avoir donné une lecture à l'Association des étudiants réformés de Groningue.vignette|Dimitri Verhulst au Foire internationale du livre à Prague en 2011.vignette|Charlotte Mutsaers, photographiée par Michiel Hendryckx.vignette|Kader Abdolah, photographié en .vignette|Kluun, photographié en 2011.vignette|Heleen van Royen, photographiée par William Rutten.vignette|Ronald Giphart, photographié par Sebastiaan ter Burg en 2007. La Seconde Guerre mondiale, l'après-guerre et la décolonisation La Seconde Guerre mondiale : thème et rupture
Si beaucoup de gens préfèrent oublier la guerre aussi vite que possible, dans la littérature, on s'en souvient. Dans la littérature des années 1940 et 1950, la Seconde Guerre mondiale joue un rôle de premier plan.
Certains ouvrages sur la guerre connaissent même une très large diffusion, comme (Le Journal d'Anne Frank) (publié à titre posthume dans l'édition d'Otto Frank, en 1947). Ce livre est lu assidûment aux Pays-Bas, surtout après avoir obtenu beaucoup de succès aux États-UnisEn 1957, on instaure un prix Anne-Frank, décerné pour la première fois à Cees Nooteboom pour son roman (Philippe et les autres, de 1955). Voir : Magdalena Geertruida Schenk, Paspoort voor de lezer: Nederlandse en Vlaamse auteurs van nu, Bussum, Van Dischoeck, Van Holkema & Warendorf, 1968, .. (Les Herbes amères, de 1957), la petite chronique de la persécution des Juifs de Marga Minco, racontée du point de vue d'une jeune femme juive, connaît plusieurs réimpressions.
Pour de nombreux auteurs, la guerre est un thème incontournable. Leurs ouvrages ne sont souvent qu'en partie fictionnels, ou sont même basés sur des faits réels. Louis Paul Boon, par exemple, évoque, dans des contes proches du reportage, comme (Ma petite guerre, de 1946), l'atmosphère des années de guerre. Et comme Anne Frank, beaucoup écrivent des journaux de guerre. Les expériences de la guerre semblent déterminer l'écriture de beaucoup de jeunes auteurs devenus adultes pendant la guerre.
C'est de toute façon ce qu'a déclaré Willem Frederik Hermans dans une interview : « Toute mon enfance a été marquée par la menace de guerre. Quand j'étais garçon, ma liberté d'action était plutôt limitée. Mes parents étaient très stricts. Au moment où mes études devaient commencer, après avoir passé mon examen de fin d'études au lycée classique, la guerre a éclaté, et ces années-là ont également été gâchées Cité de Willem Frederik Hermans, Scheppend nihilisme, Amsterdam, Loeb & van der Velden, 1979, .. » La prose narrative de Hermans est en effet indissolublement liée à la guerre, non seulement dans des histoires se déroulant pendant la guerre, comme (La Chambre noire de Damoclès, de 1958) et (La Maison préservée, de 1953), mais également lorsqu'il n'est qu'indirectement question des événements historiques survenus entre 1939 et 1945.
Cela s'applique aussi aux principaux auteurs d'après-guerre, tels que Gerrit Kouwenaar, qui publie, en 1951, le roman de guerre (Je n'étais pas un soldat), et Gerard Reve. À propos des (Les Soirs, de 1947) de Reve, on a souvent observé que la guerre n'y joue aucun rôle, exception faite d'une seule allusion. À juste titre, l'écrivain K. Schippers y rajoute : « Quand je relis le livre, il me semble que la guerre figure à chaque page. Ce livre est un monument de la dissimulation Cité de K. Schippers, pseudonyme de Gerard Stigter), Museo Sentimental: verhalen en beschouwingen, Amsterdam, Querido’s Uitgeverij B.V., c.1989, 2013.. »
Pour les écrivains, autant que pour les lecteurs, la littérature peut servir de remède aux traumatismes. Mais la littérature est aussi l'un des moyens par lesquels nous comprenons, préservons et façonnons notre passé. Depuis 1945, des romans et des histoires contribuent, dans une large mesure, à créer l'image de la guerre. Hormis ceux mentionnés ci-dessus, d'autres auteurs apportent également une contribution à cette image : Theun de Vries (, ou La Fille aux cheveux rouges, de 1956) et Simon Vestdijk (, de 1948). Mais même plus tard, la guerre continue de constituer un thème important de la littérature néerlandaise, comme dans l'œuvre majeure de Hugo Claus, (Le Chagrin des Belges, de 1983).
La Seconde Guerre mondiale ne marque pas seulement de son empreinte le développement de la prose néerlandaise, mais également celui de la poésie néerlandaise. On peut dire qu'il est le facteur déterminant de la poésie de tous ces poètes de l'après-guerre que l'on compte parmi la génération des années 1950, les « », par exemple dans l'œuvre de l'écrivain-poète Lucebert. De quelques années après la Seconde Guerre mondiale datent ces vers de Lucebert : . L'expression « en ce temps », employée dans ce fameux vers, doit se référer aux horreurs de la guerre : c'est dans cet incendie que la « beauté » a brûlé son visageVers cités dans : Pierre Vaydat (réd.), Mélanges offerts à Paul Colonge, Lille, université Charles-de-Gaulle – Lille III, 2008 , . Il s'agit d'une traduction de ces vers originaux : , cités de Lucebert, Verzamelde gedichten, éd. de Victor Schiferli, Amsterdam, De Bezige Bij, 2002 , . . De toute évidence, Lucebert n'a pas une haute idée de cette « beauté », ou plutôt de ce que l'on appelait toujours ainsi ; la répétition sarcastique est révélatrice. Lucebert constate ici que des épithètes telles que « propre » et « beau » sont devenues creuses ; celui qui, après l'incendie mondial, se soucierait encore de la « beauté » ferait l'autruche.
« Écrire un poème après Auschwitz est barbare », écrit Adorno en 1949, Adorno, cité par Moshe Zuckermann, Theodor W. Adorno, Göttingen, Wallstein Verlag, 2004 , .. C'est un énoncé souvent cité, que nous ne devons sans doute pas comprendre comme une interdiction perpétuelle d'écrire de la poésie, mais plutôt comme la prise de conscience du poète de l'après-guerre, qui se rend compte que la poésie, s'étant brûlée le visage, n'est pas un moyen de communication innocent. L'univers concentrationnaire signifie la fin de la poésie telle que nous la connaissions : après la Shoah, les poèmes prétentieux et leurs attributs sentimentaux ne sont plus de mise. Lucebert est le poète néerlandais qui a formulé dans les termes les plus sévères que l'écriture de la poésie du genre apprécié avant la guerre impliquerait, après 1945, que l'on affirme, dans toute sa beauté ingénue, une culture en faillite. À cette culture, Lucebert oppose son contraire : la barbarie.