Le Busard de Maillard (Circus maillardi), également appelé Papangue à La Réunion, est le dernier rapace diurne nicheur endémique de l’île de La Réunion après la disparition du Faucon de Dubois (Falco duboisi) en 1670. Il est considéré comme « En danger d'extinction » selon les critères de l’Union internationale de la conservation de la nature (UICN) avec une "population et une répartition extrêmement petite, dont l'habitat est en constante baisse et dégradation".

L'espèce a fait l'objet d'une forte pression de destruction avec la colonisation de l'île par l'homme au et au . Il n'a été retiré de la catégorie "vermine" qu'en 1966, dans laquelle il était classé depuis la colonisation. La chasse et la capture ont, elles, été officiellement interdites en 1974. Protégé par arrêté ministériel depuis 1989, le Papangue est le busard le plus menacé de la zone afro-malgache, dont l'aire de répartition est la plus réduite.

La principale menace pesant aujourd'hui sur le Papangue est l'ingestion de rongeurs empoisonnés par des produits rodenticides, qui finissent par intoxiquer également ce prédateur. Les collisions avec des infrastructures ou des véhicules routiers constituent une autre cause de mortalité.

Un Plan National d'Actions rédigé et animé par la Société d'études ornithologiques de la Réunion est en cours pour coordonner la conservation de l'espèce.

Description vignette|droite|Papangue femelle dans le Parc national de La Réunion.|340x340px L’espèce présente un dimorphisme sexuel marqué au niveau du plumage adulte mais peu visible chez les jeunes.

Adultes, les mâles ont un plumage noir, blanc et gris, très contrasté. La tête, le dos et le bout des ailes sont noirs, le ventre et le dessous des ailes blancs à l’exception de leur extrémité. La queue est blanche tirant sur le gris. Les pattes et les iris sont jaunes.

Les femelles ont un plumage brun sur le dessus à l’exception du croupion qui est blanc. Le dessous est plus clair, strié de brun. Les pattes et l’iris sont également jaunes.

Les jeunes présentent un plumage plus uni, brun sombre tirant sur le roux au niveau de l’abdomen et des culottes. Les pattes sont jaunes et l’iris marron Clouet, M. 1978. Le Busard de Maillard (Circus aeroginus maillardi) de l’île de La Réunion. L’Oiseau et la Revue Française d’Ornithologie 48(2) : 95-106.. Une transition vers le plumage adulte s'effectue progressivement durant la deuxième et la troisième année. Des plumes blanches apparaissent alors dans le plumage des mâles et des stries brunes sur celui des femelles. Le plumage adulte est acquis vers la quatrième année.

Ce rapace possède une silhouette imposante avec de grandes ailes et une longue queue, ce qui rend la confusion avec une autre espèce de La Réunion impossible. L’envergure varie entre et la longueur entre . Comme chez la plupart des rapaces, les femelles sont plus grandes et plus lourdes que les mâles Ferguson-Lee, J. & D. Christie. 2008. Guide des rapaces diurnes du monde. Édition française, Delachaux et Niestlé SA, Paris. 320 p.. En moyenne, elles pèsent environ contre pour les mâles Grondin, V. & J.S. Philippe. 2011. Plan de conservation du Busard de Maillard (Circus maillardi). SEOR et BIOTOPE pour la DEAL, la Région Réunion, Aérowatt et la Ville de l’Etang-Salé, 81p. (et atlas cartographique). Leurs ailes sont également plus larges et leurs tarses plus longs.

Comportement

Alimentation Espèce opportuniste et généraliste, le régime alimentaire du Papangue a été influencé par la colonisation humaine. Ses tarses plus courts et ses serres plus longues que ceux du Busard de Madagascar (C. macrosceles) traduisent une capacité à capturer des proies de plus fortes tailles et davantage d’oiseaux et d’insectes, et ce dans un milieu fermé de type forestierWattel J. 1973. Geographical diferenciation in the genus Accipiter. Publ. Nuttal. Ornith. Cl., .. Sa technique de chasse, le survol à faible hauteur de la végétation rase ou de la canopée, lui permet de fondre sur ses proies par surprise. Aujourd’hui, les espèces introduites représentent une part importante de son alimentation malgré ses adaptations morphologiques. Cette alimentation est fortement influencée par le contexte d'habitat et la disponibilité alimentaire des proies. De nombreuses espèces entrent dans le régime alimentaire de ce busard. Les mammifères (rats, souris et musaraignes) et les reptiles (agames, caméléons) seraient consommés en plus forte proportion que les oiseaux. Sur certaines localités de l'île telles que Grand Etang, le Papangue serait même suffisamment adroit pour pêcher les poissons de surface. L'espèce présente également un comportement charognard.

Territoire Dans les zones à forte densité, un couple partage généralement son domaine vital avec les autres couples installés à proximité sans présenter de forte territorialité (poursuite accompagnée de cris lorsque l'aire du nid est survolée par un étranger). La taille de ce domaine est estimée à et jusqu’à lorsque ces zones sont installées en altitudes élevées. Peu d'informations sont toutefois disponibles sur la taille des domaines vitaux de l'espèce. Plus récemment, une pré-étude basée sur le suivi GPS de six mâles issus de différentes localisations de l'île a permis d'affiner ces estimations. Celles-ci présentent de plus fortes variations, avec des valeurs comprises entre 2,3 et et une moyenne de , estimée sur la base de 18 domaines vitaux pendant et hors période de reproduction sur plusieurs annéesLeclerc K. (2019). Mémoire de fin d'études de l'Ecole nationale supérieure des sciences agronomiques de Bordeaux - Etude préliminaire des domaines vitaux et de la sélection de l'habitat par le Busard de Maillard (Circus maillardi) à l'île de La Réunion - 46pp. Sa localisation sur l'île, la diversité et la qualité des milieux, mais aussi la qualité individuelle des oiseaux sont autant de facteurs pouvant influencer la variation inter-annuelle de la taille des domaines vitaux.

Reproduction Le Busard de Maillard est une espèce non migratrice, c'est-à-dire qu'elle est présente aussi bien en période d'été que d'hiver austral. Son activité reproductrice a été observée sur toute l’année à l’échelle de l’île. Toutefois, elle est à son maximum de mars à juillet avec une baisse de septembre à décembre. Elle commence avec la parade du mâle qui effectue des séries de vrilles en plongeant et en remontant, parade à laquelle la femelle va venir prendre part en suivant le mâle. Les voltiges se complexifient à l'approche du sol et le mâle finit en atterrissant sur une ébauche de nid suivi quelques secondes après par la femelle. Il peut y déposer une proie sur laquelle la femelle va venir se poser. Il monte alors sur elle et l’accouplement a lieu. Celui-ci dure environ Gonin J. 2001. Le « Papangue », un endémique rare et méconnu. Rapport de BTS Gestion et Protection de la Nature, Programme de recherche des oiseaux terrestres de la Réunion SEOR. 38 p.. Le nid est ensuite renforcé par les deux individus. Ces parades peuvent s'étaler pendant plusieurs mois sans synchronisation des couples entre eux.

Nidification Les nids sont constitués d’un amas de branches, de tiges et d’herbes sèches d’environ de diamètre. Ils sont installés sur le sol, à faible hauteur dans de petits buissons ou au sommet d'arbres recouverts par des lianes, très souvent dans une végétation exotique. La femelle pond deux à trois œufs blanc-uniforme qu’elle incube ensuite pendant . Durant cette période, le mâle s’occupe de la ravitailler. L’échange de proie entre les deux partenaires s’effectue le plus souvent en vol. L’envol des jeunes a lieu après la ponte mais ils restent et sont nourris par les parents pendant encore deux mois avant d’être repoussés au début de la saison de reproduction suivante. Le succès reproducteur du Busard de Maillard est estimé entre 1,2Rochet M., Ghestemme T., Salamolard M. 2000. Étude sur les populations, l’écologie de 9 espèces d’oiseaux indigènes de La Réunion des menaces qui pèsent sur elles, et des mesures à mettre en place. Bilan des activités et résultats préliminaires de la période du 22 juin au 22 septembre 2000. SEOR. 16 p. et 1,4 jeune par couple et par an.

Répartition et habitat Le Busard de Maillard est endémique à l’île de La Réunion située à environ à l’est de Madagascar, dans l’océan Indien. Autrefois présente également sur l’île Maurice, située à de La Réunion, l’espèce y est éteinte. Aujourd'hui, l'intégralité des effectifs nicheurs se concentre sur .

Habitat Le Busard de Maillard s'observe toute l’année sur l’ensemble de l’île, à l'exception des zones de haute altitude où les probabilités de présence sont très faibles mais les passages possibles. Les couples nichent entre 0 et d’altitude Ghestemme, T. Portier, E. & M. Le Corre. 1998. Recensement de la population de Papangues de la Réunion, Circus maillardi, densité et distribution des couples reproducteurs. SEOR. 14 p et Annexes 10 p.Bretagnolle, V. Thiollay, J.M. & C. Attié. 2000a. Status of Reunion Marsh Harrier Circus maillardi on Reunion island. Chancellor, R. D. & B. U. Meyburg (eds). Raptors at risk. World Working Group on Birds of Prey and Owls, Berlin, and Hancock House, Blaine, WA U.S.A. mais se concentrent principalement entre 0 et d'altitude. en dehors des zones urbanisées et sans végétation, avec des variations de densité de population. À l’origine, il occupait les milieux forestiers, mais face à la modification de son habitat naturel avec la colonisation de l’île, il a dû s’adapter. Aujourd’hui, il fréquente une mosaïque d’habitats comme la forêt, les fourrés et les friches et utilise les zones impénétrables et inaccessibles de son territoire telles que les pentes raides et de végétation dense pour y installer son nid. Il utilise les zones ouvertes (pâturages, friches, savanes) ainsi que les forêts comme lieu de chasse et peut se cantonner dans des zones humides comme l'Etang de Saint-Paul, Grand Etang et l'Etang de Bois-Rouge. Il peut également parfois être aperçu survolant des zones urbaines pour rejoindre des territoires plus propices à la chasse. Cette sélection d’habitat est principalement liée à l’abondance et l’accessibilité de ses proies.

État de la population Avant l’arrivée de l’homme sur l’île de La Réunion, qui consomma de manière intensive et irrémédiable la faune dans son ensemble, la population de Busard de Maillard devait être plus importante qu’à l’heure actuelle. Les premières estimations de la population du Busard de Maillard réalisées dans les années 1980 et 90 font état de Cheke, A. 1987. The ecology and distribution of native land birds of Reunion. Reunion Harrier (Circus maillardi) Verreaux. In Diamond A. W. Edition Studies of Mascarene Island birds. Cambridge University Press, .Barré, N., Barau, A. & C. Jouanin 1996. Oiseaux de la Réunion. Édition du Pacifique, Paris. 207 p.. Cependant, ces estimations ont été réalisées sur des zones localisées de l’île et à l’aide de méthodes non standardisées. À la fin des années 1990, la première évaluation de la population à l’échelle de l’île a estimé entre 400 et 600 le nombre d’individus présents dont moins de . Entre 2009 et 2010, 430 individus ont été observés dont 150 couples estimés. De nouveaux recensement ont été effectués entre 2017 et 2019 lors desquels 96 couples reproducteurs ont été dénombrés en moyenne et jusqu'à 170 couples comptabilisés sur cette période. Ces effectifs ne doivent toutefois pas être interprétés comme l'estimation de la population reproductrice totale présente sur l'île de La Réunion.