vignette|redresse|Albert Camus en , l'année suivant son Appel pour une trêve civile.
LAppel pour une trêve civile est un discours rédigé et prononcé par Albert Camus le à Alger. Il s'inscrit dans l'histoire de la guerre d'Algérie en tant que tentative de réconciliation entre les communautés européennes et musulmanes, autour de l'initiative pacifiste des libéraux d'Algérie.
Contexte historique À l'automne , une année s'est écoulée depuis l'insurrection du , date de déclenchement du conflit algérien. Les émeutes d' viennent d'avoir lieu dans le Constantinois, en particulier à Philippeville (Skikda) où surviennent de terribles massacres de civils de part et d'autre des communautés. S'ensuit une répression aveugle de l'armée française, qui donne au conflit une tournure radicale. Le fossé entre européens et musulmans se creuse irrémédiablement. De nombreux historiens estiment que cet épisode marque un point de non-retour dans le conflit.
C'est dans ce climat extrêmement dégradé que le cercle des libéraux algérois met en place l'initiative d'un appel pour la paix en Algérie. À ce moment précis, Camus est perçu parmi les libéraux comme l'homme de la dernière chance, celui qui pourrait encore redresser la situation s'il entrait dans l'arène politique. Sa collaboration au journal L'Express avec ses articles sur la question algérienne et son soutien à la candidature de Pierre Mendès France font entrevoir la possibilité d'un engagement politique.
Préparatifs de la conférence du À Alger, durant les derniers mois de l'année , les libéraux proches d'Albert Camus se mobilisent pour faire entendre la voix de l'apaisement. Des réunions ont lieu, les premières parmi les libéraux européens, puis dans une arrière-salle du Café de la Marsa face à l'Amirauté et dans la Casbah, pour convaincre les représentants musulmans, à la demande de Camus, de participer au dialogue.
Le , Camus donne son accord de principe à son ami algérois Charles Poncet, sur une conférence à Alger en . Il lui écrit ces lignes :
Le maire d'Alger Jacques Chevallier, sympathisant des libéraux, met à disposition la salle des fêtes de sa Mairie, puis sous les menaces provenant des « ultras », futurs membres de l'OAS, il retire son offre. Le groupe des libéraux se rabat sur le Cercle du Progrès près de la place du Gouvernement et va devoir se charger de l'organisation de l’évènement, la sécurité des orateurs, le filtrage du public, le service d'ordre, ceci dans une ambiance enfiévrée et délétère.
Discours de lAppel pour une trêve civile Albert Camus arrive à Alger le . En dépit des menaces reçues, il descend à l'hôtel Saint-George, où il consacre ses matinées à la rédaction du discours. Pendant les trois jours qui précèdent la conférence, les réunions se succèdent entre les différents interlocuteurs. Il est entouré par les libéraux de la première heure, intellectuels, artistes, hommes d'Église, des personnalités algéroises comme l'écrivain Emmanuel Roblès, l'éditeur Edmond Charlot, son ami de longue date Charles Poncet, les architectes Jean de Maisonseul, Louis Miquel, Roland Simounet, la journaliste aux services de presse américains Évelyne Chauvin, les peintres René Sintès et Louis Bénisti, le docteur Abdelaziz Khaldi, l'abbé Tissot, représentant de l'archevêché d'Alger, envoyé par le Cardinal Duval, le pasteur , représentant de l'Église protestante, le Père Blanc , les avocats Yves Dechézelles et Ahmed Chentouf, le sociologue Abdelmalek Sayad élève de Pierre Bourdieu, le fonctionnaire Maurice Perrin.. Parmi les dirigeants musulmans concertés se trouvent Ferhat Abbas, Mohamed Lebjaoui, Amar Ouzegane, Boualem Moussaoui, Mouloud Amrane. Ceux-ci s'engagent par ailleurs à assurer le service d'ordre de la conférence face aux menaces des insurgés « ultras » contre les membres du comité.
Le , dans une atmosphère au comble de la tension, la mouvance des libéraux revêt sa première forme visible et audible. Camus lance son appel emblématique à la raison et à l'humanisme, avec pour requête primordiale, celle d'épargner la vie des civils dans les affrontements entre les deux camps. Il propose dans son Appel :
Durant le discours devant une salle comble de sympathisants au courant libéral, l'édifice du Cercle du Progrès est la cible d'insultes, cris, jets de pierres et menaces proférées par les « ultras » retenus au dehors par le service d'ordre. Les réactions de haine vont s’enchainer, autant dans la presse locale qu'à travers les violences urbaines, et fermeront définitivement toute possibilité de dialogue. C'est dans ce repli que se cristallise l'opinion de la majeure partie de la population européenne envers les libéraux, qui se verront pris pour cible par les futurs extrémistes de l'OAS..
Parutions Le texte du discours est publié en chez Gallimard dans le dActuelles, intitulé Chroniques algériennes, . Il est également publié en dans Albert Camus, Essais à la Bibliothèque de la Pléiade. La première page du manuscrit du discours, articles de journaux et laissez-passer du jour de la conférence sont reproduits en dans lAlbum Camus de la Bibliothèque de la Pléiade.. Le discours est traduit en anglais en à l'occasion du centenaire de la naissance d'Albert Camus sous le nom de dans paru aux éditions (Belknap Press)....
Bibliographie
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Publications du texte de l'Appel :
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Références
Articles connexes Algérie française, Pieds-noirs, Guerre d'Algérie, Libéraux d'Algérie Albert Camus Edmond Charlot Jean de Maisonseul René Sintès Roland Simounet Emmanuel Roblès
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