La déportation des peuples en URSS est une des formes de répression politique en URSS Вестник Архива Президента Российской Федерации. 1995, № 1. — С. 123—130; Хрестоматия по отечественной истории (1946—1995): Учебное пособие / Под ред. А. Ф. Киселёва, Э. М. Щагина. — М.: ВЛАДОС, 1996. — С. 310—323.(écrits de la commission du Comité central du PC. liés à la répression dans les années 1930-1940 réunis par A. Kiseliova). Les particularités de ces déportations étaient, d'une part, l'absence fréquente de procédure judiciaire (parfois des procédures expéditives et, pour les responsables politiques, des procès pour trahison à grand spectacle étaient tenus, après d'invraisemblables aveux obtenus par la torture) et, d'autre part, leur caractère aléatoire : elles pouvaient toucher aussi bien des personnes accusées d'actions concrètes, supposées hostiles, mais de manière absurde (par exemple, accusées de pour la fourniture comme papier-toilette des pages de journal comportant des photos de Staline ou d'autres dirigeants), que des groupes de personnes préalablement définis comme ou (sur divers critères : sociaux, économiques, ethniques ou religieux)S. Melgounov dans La terreur rouge, 1924, cite Ian Sodrabs dit Latzis (la « Pravda » du 23 août 1923) expliquant la déportation par catégories : .
thumb|right|300px|Diversité des peuples de l'Union soviétique en 1974.
Les citoyens concernés étaient déportés par familles en wagons à bestiaux, puis à pied vers des lieux géographiques éloignés, souvent dans un environnement dangereux, soit comme détenus au Goulag (dans ce cas hommes, femmes et enfants étaient séparés), soit en assignation à résidence (les familles pouvaient alors se maintenir) (déportations et ethnicité).. L'objectif de ces déportations était quadruple : terroriser les citoyens et s'assurer ainsi de leur obéissance ; éloigner les réfractaires, contestataires, dissidents et leurs proches ; peupler des régions éloignées, désertiques ou glacées où même des salaires élevés ne motivaient pas suffisamment de citoyens volontaires, et assurer une main d'œuvre à faible longévité et rendement, mais presque gratuite et facile à renouveler, pour les grands travaux d'infrastructures de ces régions isolées Nikolaï Feodorovitch Bougaï, La déportation des peuples de l'URSS sur Николай Бугай - Депортация народов.
Histoire Selon l'historien Pavel Polian, outre les citoyens déportés par catégories sociales, économiques ou culturelles comme les dits « koulaks » (paysans possédant du bétail ou un lopin de terre familial) de différentes nationalités, une douzaine de peuples d'URSS ont subi des déportations en raison de leur ethnicité : parmi eux, les Allemands de la mer Noire, ceux des pays Baltes et ceux de la Volga, les Balkars, les Coréens de l'Extrême-Orient russe, les Finnois d'Ingrie, les Ingouches, les Kalmouks, les Karatchaïs, les MeskhètesActuellement le nom Meskhétie est devenu Samtskhé-Djavakhétie, le peuple tchétchène et les Tatars de Crimée. Parmi ceux-ci, sept peuples perdent leurs territoires autonomes du fait de leur déportation : les Allemands de la Volga, les Karatchaïs, les Kalmouks, les Tchétchènes, les Ingouches, les Balkars et les Tatars de Crimée.
La déportation frappe aussi en URSS une multitude d'autres citoyens soviétiques, ou devenus soviétiques à la suite de l'annexion de leurs pays, de différentes origines : des Arméniens (dont les « Dachnaks » de la Fédération révolutionnaire arménienne), des Azéris, des Bulgares et Gagaouzes du Boudjak, des Moldaves, des Polonais d'Ukraine et de Biélorussie, des Cosaques, des citoyens des pays Baltes, des Grecs de la mer Noire, des Ouroums, des Hémichis, des Iraniens du Caucase, des Juifs-Iraniens également caucasiens, les Kabardes, des Kurdes d'Arménie et du Nakhitchevan, des Tadjiks, des Peuples turcs d'Asie centrale, des Ukrainiens d'Ukraine occidentale épargnés par le stalinisme jusqu'en 1940 et réfractaires au totalitarisme, des Chinois de l'extrême-orient et d'autres. Un cas particulier est celui des Coréens de Mandchourie auxquels on a assimilé de force les prisonniers et colons japonais du Mandchoukouo capturés en 1945 par l'Armée rouge et déportés ensemble au Kazakhstan Депортация народов в СССР. Справка |url=http://ria.ru/society/20091114/193419498.html |издание=РИА Новости |année=14 ноября 2009 года (déportation de peuples d'URSS) et Kyio Nibungakkaï, Депортация корейцев в ССР : как это было, 3-52 (12), Sapporo 1992..
Conformément à la « loi sur la réhabilitation des peuples opprimés », adoptée le par le Soviet suprême de la république socialiste fédérative soviétique de Russie, sont reconnus comme peuples opprimés au sens de la loi : les nations, nationalités ou groupes ethniques, et autres communautés de personnes composant un groupe ethnique et culturel (comme les Cosaques par exemple), à l'encontre desquels une politique gouvernementale de diffamation ou de génocide a été menée du seul fait de leur nationalité ou d'un autre lien d'appartenance, s'accompagnant de déplacements forcés de populations, de suppressions de leurs structures politiques étatiques, de redécoupages des frontières des territoires, d'instauration d'un régime de terreur et de violences, et encore de création de zones de non-droit particulières. Malgré les requêtes réitérées de la fondation « Mémorial », les citoyens déportés sur d'autres critères que ceux de la « nationalité » (qui, en URSS, signifiait ethnicité, et non « citoyenneté ») ne sont pas concernés par cette loi., calquée sur la définition internationale des génocides.
La déportation politique soviétique est beaucoup plus large, frappe en premier lieu les Russes eux-mêmes et débute par les soldats des Armées blanches, des Cosaques du Terek et des propriétaires terriens dans les années 1918-1925 (1918-1925 : déportation politique des Cosaques et des importants propriétaires terriens) : le mot крупный a souvent été traduit par la propagande soviétique en langues étrangères par big, gros ou gran, laissant ainsi entendre qu'il s'agissait d'aristocrates ou de gros propriétaires, alors qu'il a en russe un sens beaucoup plus flou, plus proche d'« important », permettant une interprétation élargie selon laquelle le moindre possesseur d'une vache laitière, ayant commercialisé son lait, devenait « крупный »..
Les premières victimes des déportations soviétiques sont les Cosaques du Terek (de la lignée des Cosaques sounjentsy) qui, en 1920, sont déportés vers la Ciscaucasie, dans l'oblast de Donetsk (Donbass) et aussi vers la Région du Nord (Russie). Leurs terres sont données aux Tchétchènes et aux Ingouches. En 1921 ce sont des Russes du Jetyssou (appelée Sémirietché, en russe Семиречье), déplacés depuis le Turkestan, qui sont victimes de la politique soviétique des nationalités (selon Moshe Lewin, Staline aurait déclaré en 1922, alors qu'il dirigeait l'Orgburo, que ).
Politique des nations durant les années 1930 en URSS Vers 1933, l'URSS compte soviets nationaux dans 250 raïons. Rien que dans le seul oblast de Léningrad, il existe 57 soviets nationaux et 3 raïons (Carélie, Finlande et des Vepses). Des écoles fonctionnent dans lesquelles l'enseignement se fait dans les langues nationales. À Saint-Pétersbourg, au début des années 1930, des journaux sont édités en 40 langues différentes, parmi lesquelles le chinois. Des émissions radiophoniques existent en finnois (à Leningrad et dans l'oblast de Leningrad vivent, à l'époque, Finnois). Les ethnologues soviétiques inventent des systèmes d'écriture pour les langues orales, en grande partie inspirés de l'alphabet latin. Les noms russes des peuples sont, en outre, remplacés par leurs endonymes (noms qu'ils se donnaient eux-mêmes)Les endonymes des peuples de Russie adoptés dans les années 1925-1930 sont : Finnois, Carèles et Vepses au lieu de Tchoudes, Ukrainiens, Ruthènes ou Houtsoules au lieu de Petits-Russes (Malorusses), Roumains au lieu de Moldaves, Grecs ou lieu de Bondiki ou Ouroums, Arméniens en Crimée au lieu de Tcherkessogaïs, Adygues au lieu de Circassiens du Kouban, Romanès au lieu de Tsiganes, Komis et Permes au lieu de Zyrianes, Samonénètses au lieu de Yourakes, Nénètses au lieu de Samoyèdes, Khantis au lieu d’Ostiaks, Mansis au lieu de Vogoules, Nganassanes au lieu de Boyagres, Kètes au lieu de Tchapoguires, Evenkis et Goldes au lieu de Toungouses, Oïrats au lieu de Kalmouks, Karakalpaks au lieu de Kyzylkoums, Kazakhs au lieu de Kirguiz des plaines, Touvas au lieu de Soïotes, Sakhas au lieu de Yakoutes, Nanaïs, Nivches et Oudegueïs au lieu de d’Orotches, Tchouktches au lieu d’Anadyres, Koryaks au lieu de Kamtchatkes, Aïnous au lieu de Kourils, Innuits au lieu d’Eskimos, Neguidales et Oulches au lieu de Guiliaks, Daures, Meneguires et Solones au lieu de Mandchous. Pour la plupart, ces endonymes sont restés officiels après 1938 (aux Finnois, Roumains, Oïrats et Sakhas près)..
À partir du milieu des années 1930, le régime cesse cette politique « autochtoniste », comme en témoigne l'élimination de l'autonomie culturelle (et, dans certains cas, politique) de groupes ethniques distincts, et l'uniformisation des écritures par l'alphabet cyrillique plus ou moins adapté aux langues locales, désormais cantonnées aux écoles primaires. En général, cela se produit sur fond de centralisation du pouvoir dans le pays, passant d'organisation du territoire à la gestion de branches d'activités et à la répression contre l'opposition réelle, potentielle ou imaginée par le NKVD.
Au milieu des années 1930, à Leningrad, beaucoup d'Estoniens, Lettons, Lituaniens, Polonais, Finnois et Allemands, tous citoyens soviétiques et pour la plupart communistes, sont arrêtés. À partir du printemps 1935, un décret secret est édicté par le commissaire du peuple pour les affaires intérieures, Guenrikh Iagoda, en vertu duquel, depuis le , ils sont bannis des régions frontalières du nord-ouest, au cas où il y aurait parmi eux des espions ou des sympathisants de leurs pays d'origine, situés dans le . Les Finnois d'Ingrie sont particulièrement visés.
À la même époque, familles (environ personnes) de « nationalité » polonaise et allemande (dans le sens ethnique que ce terme a en URSS, mais citoyens soviétiques) sont déportées depuis l'Ukraine occidentale et d'autres territoires se trouvant à la frontière polonaise vers le Nord-Kazakhstan et l'oblast de Karaganda.