La loge Volney est une loge maçonnique fondée à Laval en 1912, affiliée au Grand Orient de France. Elle joue un rôle important dans la vie maçonnique, sociale et politique du département de la Mayenne au , notamment dans les débats sur la laïcité, l’éducation et la défense républicaine

Contexte historique Une période de tensions en Mayenne Les vingt années suivant la mise en sommeil de la loge Le Ralliement (dernière loge maçonnique active en Mayenne avant la Loge Volney) sont marquées par des tensions politiques et religieuses intenses en France, et particulièrement dans le département de la MayenneHistoire de la Franc-maçonnerie dans la Mayenne (1756-1951). Le Mans, Imprimerie Monnoyer, 1951, p. 273-287. (Marius Lepage, avec la collaboration d'André Bouton). L'Affaire Dreyfus, l'Affaire des fiches, et l’application de la Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État divisent profondément la société française. En Mayenne, ces tensions sont exacerbées par la forte influence de l’Église catholique et par la personnalité de Mgr Pierre Geay, évêque de Laval.

Pendant cette période, aucune loge maçonnique n’est active en Mayenne, ce qui, avec le recul, est parfois considéré comme une chance : une loge aurait probablement été entraînée dans les luttes politiques locales, rendant plus difficile la position de neutralité et de courtoisie que la loge Volney adoptera plus tard. Un département conservateur Au début du , la Mayenne est un bastion conservateur : ses cinq députés et trois sénateurs sont royalistes ou conservateurs. Les francs-maçons mayennais, dispersés, se répartissent entre les loges de Rennes, Le Mans ou Alençon.

À Mayenne, un groupe se forme autour du frère Roche, professeur à l'École d’agriculture de Beauchêne, et fonde l'Union démocratique mayennaise ainsi qu’une filiale de la Ligue des droits de l’homme. On trouve les frères Fortin, boulanger, Lebourlier des Postes, télégraphes et téléphones, Boittin, et Louis Lesaint. Auxquels viennent bientôt se joindre à eux les frères Colle, juge d'instruction, Capdet, avoué, Fauvel, inspecteur primaire, Plumail et Launay ex-instituteurs, Lair, instituteur à Jublains, Davoust, boulanger à Pré-en-Pail et Léon Goupy.

À Laval, les maçons se sont unis autour du frère Gaignant, secrétaire de l'inspection académique. Avec lui, se trouvent les frères Louis Bretonnière, industriel, Amand Férard, inspecteur primaire, Ménager employé à la préfecture, Godin, Rabin, Peslier (de Couptrain), Gustave Catois de Sainte-Gemmes-le-Robert, Pavis de Congrier, Guerrier de la Bazouge de Chemeré, instituteurs, Charpentier, secrétaire de la mairie d'Evron.

Fondation de la Loge Volney L'initiative de Sébastien Etcheberry La création d’une loge à Laval est rendue possible par l’arrivée du frère Sébastien Etcheberry, un maçon méridional, entreprenant et charismatique. Il fédère les francs-maçons dispersés du département et infuse une nouvelle énergie au projet. Malgré les difficultés, notamment le manque de local. Une réunion constitutive se tient dans la salle Jean Macé à Laval, sous la présidence du frère Louis Bretonnière, élu vénérable à titre temporaire. Celui-ci met à disposition un immeuble situé à l’intersection des rues de Beauvais et Haute-Follis, qui deviendra plus tard local de la loge.

Le choix du nom « Volney » L’origine du nom « Volney » est attribuée au frère Fauvel, inspecteur primaire à Mayenne. Le choix s’explique par la renommée révolutionnaire et anticléricale de Constantin-François Chassebœuf de La Giraudais, comte Volney, philosophe et homme politique du . Cependant, cette désignation a parfois prêté à confusion, laissant croire à tort que Volney est franc-maçon.

Reconnaissance officielle Le , le Grand Orient de France accorde sa patente de constitution à la nouvelle loge. La loge Volney est créée à Laval le , après la loge qui existe de 1887 à 1889.. Elle porte le nom de Volney en hommage à Constantin-François Chassebœuf de La Giraudais, comte Volney Société des lettres, sciences et arts du Saumurois, février 1964, , R.G Marnot : Un historien angevin méconnu, le Comte de Volney (1757-1820), natif de la Mayenne et incroyant notoire.

La cérémonie d’installation a lieu le , sous la présidence du frère Jean-Maurice Lahy, membre du Conseil de l’Ordre, en présence de nombreuses loges de l’Ouest. Sébastien Etcheberry est élu premier vénérable de la loge Volney. La naissance d'une nouvelle loge à Laval après une si longue interruption provoque des réactions jamais connues par les loges précédentes du département. La presse locale faisant preuve d'une grande violence envers cette création.

On trouve à la fondation.: Louis Bretonnière., industriel ; Gustave CatoisL'église et la République en Mayenne: 1896-1906 , vol. 3 , , éd. Institut de Recherches Historiques de Rennes, 1967, instituteur ; Etienne Charpentier, secrétaire de la mairie d’Évron ; Amand Férard, inspecteur primaire ; Adolphe-Pierre Gaignant, secrétaire de l’inspection académique ; Godin, instituteur ; Eugène Guerrier; Ménager, employé de préfecture ; Pavis ; Peslier, instituteur ; François Rabin, instituteur.

Activités et engagements

Une loge républicaine et laïque Dès sa fondation, la loge Volney s’affirme comme un bastion républicain et laïque, proche du Parti radical. Ses membres s’engagent activement dans la défense de l’école publique et laïque, face à la forte influence de l’Église catholique en Mayenne. La guerre scolaire est alors particulièrement brûlante, et la loge participe à des campagnes de protestation, de distribution de tracts, et d’affichage public.

Pendant la Première Guerre mondiale La mobilisation française de 1914 en , envoie de nombreux frères au front. Ceux qui restent maintiennent les travaux de la loge, rendent visite aux frères hospitalisés, et préservent les liens maçonniques. La guerre frappe durement la loge : plusieurs frères sont tués, dont Sébastien Etcheberry, grièvement blessé en usine à Saint-Calais et mort le . Pendant tout le reste de la Première Guerre mondiale, le frère Charpentier, premier surveillant, assumera par intérim les fonctions de vénérable.

Entre-deux-guerres : évolution et renouveau Après la guerre, la loge connaît une recrudescence d’activité. Elle est en éveil, elle élève des protestations pour défendre la République, anime le Comité de défense laïque, fait apposer des affiches, distribuer des tracts. Le frère Gustave Catois, membre du Comité départemental de l'Instruction publique, est sans cesse sur la brèche et mène alors un ardent et tenace combat pour la laïcité.

Les frères Amand Férard (inspecteur primaire) puis Louis Lesaint (instituteur) en 1926 sont élus vénérables. La loge accueille des personnalités comme le général Augustin Gérard, président du Conseil de l’Ordre, qui insiste sur la nécessité de veiller à la moralité des nouveaux initiés et à la défense laïque.

À partir de 1929, sous l’influence de Marius Lepage, la loge s’oriente vers une recherche philosophique plus poussée, sans délaisser les études sociales. Les conférences se multiplient, et les frères s’attachent à approfondir la signification des rites et des symboles maçonniques. Le , le vénérable Louis Lesaint, quittant définitivement la Mayenne est remplacé par le frère Auguste Maulavé, instituteur à Ernée. Le , le Frère André Château lui succède mais doit se démettre de ses fonctions en raison de sa participation aux campagnes électorales du moment. Le , le frère François Huet, pharmacien à Montaudin prend la direction de l'Atelier maçonnique.

Loge mixte Louis Lesaint est à l'origine de la fondation à Laval d'une loge mixte relevant de l'Ordre maçonnique mixte international « le Droit humain ». Un triangle fonctionnera à partir du , puis est transformé en loge régulièreN° 919. le . Celle-ci prend à partir de le titre distinctif de . La loge est très active de 1934 jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale. Elle est relevée après la Seconde Guerre mondiale, par la sœur Gradeau, sans toutefois pouvoir retrouver son état d'avant-guerre.

Seconde Guerre mondiale : épreuves et résistance La déclaration de guerre de la France à l'Allemagne trouve la loge Volney en plein essor, tant concernant le recrutement que le travail intellectuel. L'atelier, qui comprend une très grosse majorité de mobilisables, est presque vidé de tous ses membres. Quelques tenues seulement peuvent avoir lieu, lorsque le hasard des permissions ramène simultanément en Mayenne des frères de la loge.

Sous l’Occupation et Vichy

L'occupation de la France par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale et le régime de Vichy frappent durement la loge. Dès 1940, les locaux sont pillés, les meubles vendus, la bibliothèque dispersée. Les lois d'exception promulguées contre les francs-maçons atteignent trois des membres révoqués : les frères Marie, chef de la division des Finances à la préfecture ; Blanche, instituteur à Averton ; Levallois lui aussi instituteur dans la région parisienne.

Plusieurs membres de la loge sont dans la liste établie par la loi du qui ordonne la publication au Journal officiel des noms et des rangs des dignitaires et hauts gradés de la franc-maçonnerie. Cette loi prive des milliers de francs-maçons de leur emploi et de leur mandat d'élu.

À la Feldkommandantur de Laval, un maçon des loges allemandes dissoutes montrant la solidarité de la maçonnerie universelle s'ingénie à rendre service à ses frères, avec prudence, car il est lui-même suspect d'antinazisme. Il n'est d'ailleurs sauvé du conseil de guerre que par la défaite allemande. Plusieurs frères sont révoqués ou déportés. Le frère Narcisse Tascher, gardien du temple, est déporté pour avoir refusé de livrer les noms des frères de la loge. D’autres frères perdent des proches, fusillés ou déportés.

Reconstruction et renouveau À la libération de la France, le temple est en ruines. Sous l’autorité du frère François Huet, une dizaine de frères se mobilisent pour reconstruire provisoirement le temple. Dès le , les travaux maçonniques reprennent. La loge se renouvelle, se recentre sur l’éducation maçonnique et la pratique régulière des rites, abandonnant toute orientation partisane.

Après 1945 : une loge apolitique et philosophique La loge Volney, après les épreuves de la guerre, se consacre davantage à l’éducation maçonnique et à la recherche philosophique. Elle accueille des frères de toutes sensibilités et se distingue par une ambiance de tolérance et de fraternité. Le frère Marius Lepage, élu vénérable le , incarne cette nouvelle orientation.

La fin du XXe siècle La conférence du père Riquet

En 1961, à l'époque où se prépare le concile œcuménique Vatican II, Marius Lepage organise à Laval une conférence en loge, réservée aux francs-maçons, durant laquelle le père jésuite Michel Riquet vient présenter le point de vue des catholiques sur l’athéisme Le Figaro littéraire, 25 mars 1961, Le Père Riquet à la loge Volney. L'organisation de cette conférence reçoit l'accord de l'évêque de Laval ainsi que celui du Grand Orient de France. Toutefois le Grand Orient, à la suite de l'émotion suscitée dans ses rangs après l'écho donné par la presse nationale autour de l'événement, demande que la conférence prenne la forme d'une simple réunion à caractère privé et qu'il n'y soit fait aucun usage de cérémonial maçonniqueLouis Pérouas, Michel Laguionie, Roger Mériglier, Franc-maçonnerie et antimaçonnisme en Limousin: amorces d'un dialogue, , éd. Presses Univ. Limoges, 2002, ..