Les métopes du Parthénon sont un ensemble de quatre-vingt-douze plaques sculptées carrées en marbre du Pentélique originellement situées au-dessus des colonnes du péristyle du Parthénon, sur l'Acropole d'Athènes. Si elles ont été réalisées par plusieurs artistes, le maître d'œuvre fut certainement Phidias. Elles furent sculptées entre 447 ou 446 av. J.-C. et au plus tard 438 av. J.-C., avec 442 av. J.-C. comme date probable d'achèvement. Elles sont pour la plupart très endommagées. Le plus souvent, il n'y a que deux personnages par métope.

Les interprétations de ces métopes ne sont que des conjectures, à partir de silhouettes parfois à peine discernables, par comparaison avec d'autres représentations contemporaines (vases principalement). Il y aurait un thème par côté du bâtiment, représentant un combat à chaque fois : amazonomachie à l'ouest, chute de Troie au nord, gigantomachie à l'est et combat des Centaures et des Lapithes au sud. Les métopes ont un thème uniquement guerrier, comme le décor de la statue chryséléphantine d'Athéna Parthénos abritée dans le Parthénon. Il semble être une évocation de l'opposition entre l'ordre et le chaos, entre l'humain et l'animal (parfois les tendances animales dans l'humain), entre la civilisation et la barbarie, voire l'Occident et l'Orient. Ce thème général est considéré comme une métaphore des guerres médiques et donc une mise en valeur de la cité d'Athènes.

La majeure partie des métopes a été systématiquement détruite par les chrétiens au moment de la transformation du Parthénon en église vers le . Une poudrière installée dans le bâtiment par les Ottomans explosa lors du siège d'Athènes par les Vénitiens en septembre 1687, poursuivant la destruction. Les métopes sud sont les mieux conservées. Quatorze d'entre elles sont au British Museum de Londres et une se trouve au Louvre. Celles des autres côtés, très endommagées, sont à Athènes, parfois même encore en place sur le bâtiment.

Le Parthénon vignette|gauche|upright=1.5|alt=Plan numéroté du Parthénon|Plan du Parthénon :1) Pronaos (côté est)2) Naos hécatompédos (côté est)3) Statue chryséléphantine d'Athéna Parthénos4) Parthénon (salle des vierges, trésor) (côté ouest)5) Opisthodome (côté ouest)

En 480 av. J.-C., les Perses saccagèrent l'Acropole d'Athènes dont un « pré-Parthénon » alors en construction. Après leurs victoires de Salamine et Platées, les Athéniens auraient juré de ne pas achever les temples détruits mais de les laisser tels quels, en souvenir de la « barbarie » perse.

La puissance d'Athènes grandit ensuite peu à peu, principalement au sein de la ligue de Délos qu'elle contrôlait de façon de plus en plus hégémonique. D'ailleurs, en 454 av. J.-C., le trésor de la ligue fut transféré de Délos à Athènes. Un vaste programme de constructions fut alors lancé, financé par ce trésor ; parmi celles-ci, le Parthénon. Ce bâtiment nouveau n'était pas prévu pour devenir un temple, mais un trésor destiné à accueillir la colossale statue chryséléphantine d'Athéna Parthénos.

Le Parthénon fut érigé entre 447 et 438 av. J.-C.. Le « pré-Parthénon » (peu connu) était hexastyle. Son successeur, plus grand, fut octostyle (huit colonnes en façade et dix-sept sur les côtés du péristyle) et mesurait de large pour de long. Le sékos (partie fermée entourée du péristyle) en lui-même avait une largeur de . Ainsi, deux grandes salles purent être créées : l'une, à l'est, pour accueillir la statue d'une douzaine de mètres de haut ; l'autre, à l'ouest, pour abriter le trésor de la ligue de Délos. Le chantier fut confié à Ictinos, Callicratès et Phidias. Le projet de décor était à la fois traditionnel dans sa forme (frontons et métopes) et inédit dans son ampleur. Les frontons furent plus grands et plus complexes que ce qui avait été fait jusque-là. Le nombre de métopes (92), toutes sculptées, était sans précédent, et ne fut jamais renouvelé. Enfin, alors que le temple était d'ordre dorique, le décor autour du sékos (normalement composé de métopes et triglyphes) fut remplacé par une frise d'ordre ionique.

Description générale thumb|alt=Bâtiment antique : haut des colonnes, entablement et toit. Décor sculpté en bas relief en haut et en arrière plan des colonnes cannelées|Détail de l'angle nord-ouest du Parthénon. Au-dessus des colonnes : la frise de style dorique, avec alternance de métopes et triglyphes. En arrière de la colonnade : la frise ionique qui entoure le naos, dite « frise des Panathénées ».

Structure d'ensemble Sur les bâtiments doriques en marbre, les métopes décoraient l'entablement au-dessus de l'architrave, en alternance avec les triglyphes. Ces dernières étaient une réminiscence des poutres de bois qui soutenaient le toit. La partie entre les triglyphes, d'abord simple espace de pierre vierge, fut rapidement utilisée pour recevoir un décor sculpté.

Le Parthénon comptait quatre-vingt-douze métopes polychromes : quatorze sur chacune des façades est et ouest et trente-deux sur chacun des côtés nord et sud. Pour les désigner, les spécialistes les numérotent habituellement de gauche à droite avec des chiffres romains. Elles furent sculptées sur des plaques de marbre du Pentélique pratiquement carrées : de haut pour une largeur variable, mais en moyenne de . À l'origine, le bloc de marbre mesurait d'épaisseur : les sculptures furent réalisées en haut-relief, voire en très haut-relief à la limite de la ronde-bosse, se détachant d'environ . Les métopes se trouvaient à une douzaine de mètres de hauteur et comptaient en moyenne deux personnages chacune.

Aucun bâtiment grec antique n'a jamais été orné d'un nombre aussi important de métopes, et de métopes avec un décor sculpté, ni avant ni après la construction du Parthénon. Sur le temple de Zeus à Olympie, plus ancien, seules celles du porche intérieur ont été sculptées ; sur le « Théséion », contemporain, seules celles de la façade est, et les quatre dernières (vers l'est) sur les côtés nord et sud, ont été sculptées.

Thèmes et interprétations Il n'existe pas de description antique des métopes qui pourrait aussi en donner une interprétation définitive. La première évocation littéraire du décor sculpté du Parthénon fut écrite par Pausanias au ; il ne décrit cependant que les frontons. Malgré tout, un travail de comparaison avec les thèmes de la céramique attique contemporaine peut donner des pistes d'interprétation.

Le thème général des quatre-vingt-douze métopes est purement guerrier, comme pour la statue chryséléphantine d'AthénaSur le bouclier : à l'extérieur, des Amazones attaquent l'Acropole ; à l'intérieur, une gigantomachie. Sur les semelles des sandales : un combat entre Centaures et Lapithes. , mais en contraste avec les frontons et la frise. Il semble s'agir d'une opposition entre l'ordre et le chaos, entre l'humain et l'animal (parfois entre les différentes tendances animales dans l'humain), entre la civilisation et la barbarie, voire entre l'Occident et l'Orient. L'ensemble est souvent considéré comme une métaphore des guerres médiques. Un thème sous-jacent pourrait être celui du mariage et le fait que la rupture de son harmonie entraîne le chaosHarmonie des couples divins luttant côte à côte lors de la gigantomachie ; contre-exemple des Amazones refusant le rôle habituel des femmes ; combat des Centaures et des Lapithes lors du mariage de Pirithoos ; Guerre de Troie causée par l'enlèvement d'Hélène. . Dès lors, on retrouverait comme ailleurs sur le Parthénon la célébration des valeurs civiques dont le mariage entre citoyens et filles de citoyens étaient un des fondements.

Les métopes des côtés est, nord et ouest ont beaucoup souffert principalement d'une destruction systématique par les chrétiens autour des : il est donc difficile de savoir avec précision ce qu'elles représentaient. À l'est, côté le plus important religieusement, le thème des métopes serait la gigantomachie. Zeus et Héra (ou Athéna) seraient représentés sur les métopes centrales, les combats s'organisant symétriquement autour d'elles. À l'ouest, elles représentaient des Grecs combattant des adversaires en costume oriental. L'interprétation la plus courante est qu'il s'agit de l'amazonomachie ; cependant, les métopes ont subi de tels dégâts qu'il est difficile de savoir si les adversaires des Grecs sont de sexe masculin ou féminin. S'il s'agissait d'hommes, alors il pourrait s'agir de Perses ; cependant, il existe peu de représentations de Perses à cheval. Lors du siège d'Athènes par les Vénitiens de Francesco Morosini en 1687, les métopes du côté nord furent très endommagées par l'explosion de la réserve de poudre installée dans le Parthénon. Cependant, des identifications ont été proposées : une des métopes représenterait Ménélas et sa voisine Hélène ; une autre encore Énée et Anchise. Le thème général de ce côté pourrait donc être la chute de Troie. Enfin, les métopes sud n'ont pas été endommagées par l'iconoclasme chrétien, mais ont souffert de l'explosion de 1687. Les dernières qui restent, situées à chaque extrémité du Parthénon, représentent le combat des Centaures et des Lapithes, mais les métopes centrales, connues uniquement par des dessins attribués à Jacques Carrey suscitent des controverses d'interprétation. Certains archéologues considèrent qu'il pourrait s'agir d'un combat purement athénien entre humains et centaures.

Sculpture et peinture La sculpture des métopes du Parthénon s'effectuait en plusieurs étapes. L'artiste commençait par dessiner les contours de ses personnages ; il enlevait ensuite le marbre en dehors du dessin, jusqu'au « fond » de la métope ; il continuait en détachant la figure du fond ; il terminait en affinant les personnages eux-mêmes. Il est possible que plusieurs sculpteurs, chacun spécialisé dans une de ces étapes, aient pu collaborer. Le travail de sculpture a dû être réalisé au sol, avant que les métopes fussent mises en place, au sommet des murs. Les sculpteurs, nécessairement nombreux, commencèrent sûrement à travailler dès 447 ou 446 av. J.-C. pour achever leur œuvre avant 438 av. J.-C., date à laquelle les travaux pour le toit commencèrent ; 442 av. J.-C. ou un peu après est une date d'achèvement probable. De plus, s'il fallait que le décor sculpté fût fini, il n'en était pas de même pour la peinture ou les ornements en métal qui pouvaient être ajoutés plus tard. Certains artistes ont pu travailler sur plusieurs métopes. Ainsi, pour la métope est VI, Poséidon est dans la même position que le Lapithe sur la métope sud II, tandis que le géant en train de tomber est très proche du Lapithe sur la métope sud VIII, ce qui pourrait signifier qu'elles sont de la même main ; à moins qu'il n'y ait qu'inspiration et imitation.

Aucun nom de sculpteur n'a été conservé. Cependant, comme il existe de grandes différences de qualité et de style entre les métopes, il est fort probable qu'elles furent réalisées par plusieurs sculpteurs. Certaines d'entre elles apparaissent « anciennes », semblant dues à des artistes plus vieux ou plus conservateurs ; mais elles pourraient aussi avoir été réalisées en premier. Celles dont la qualité n'est pas au niveau des autres suggèrent aussi que devant l'ampleur du chantier, il a fallu employer tous les sculpteurs dont on disposait. Une dernière hypothèse fait la synthèse de toutes les autres : au début du chantier, de nombreux artistes furent embauchés ; mais au fur et à mesure de l'avancement des travaux, les moins bons furent peu à peu écartés, non sans avoir déjà produit les premières métopes, de moins bonne qualité. Plusieurs métopes sud sont d'une telle qualité qu'il a été conclu qu'elles devaient avoir été sculptées parmi les dernièresC'est même certain pour sud V, XXVII, XXVIII et XIX. ; dans certains cas, des noms de sculpteurs comme Myron, Alcamène ou Phidias lui-même ont été évoqués. Robert Spenser Stanier a proposé en 1953 une estimation d'un coût total de pour la réalisation des métopes.