Le judaïsme massorti ou judaïsme conservateur () est un courant du judaïsme se voulant issu de la tradition massorète. Développé sur les bases du judaïsme positif-historique défini par Zacharias Frankel, il revendique une Halakha (loi juive) évolutive, adaptée aux contraintes de la vie moderne et conservant un cadre traditionnel notamment quant au culte, la liturgie et les rituels.
Ce mouvement a acquis au une position privilégiée dans les deux régions ayant la plus grande concentration de juifs : les Amériques et Israël. Il possède également plusieurs synagogues en France. Une majorité des communautés massorties est regroupée dans le Conseil mondial des synagogues. Selon un recensement du Conseil publié en 2025, il aurait de membres World Union for Progressive Judaism, About Us, masortiolami.org, consulté le 16 août 2025. et dans le monde World Union for Progressive Judaism, Masorti Olami Worldwide Presence Maps, masortiolami.org, consulté le 16 août 2025..
Le judaïsme massorti, attaché à la continuité de la tradition tout en intégrant les réalités contemporaines, se distingue par une diversité d’interprétations et de pratiques au sein même de ses communautés. Cette pluralité interne a donné lieu à des évolutions institutionnelles et à l’émergence de courants distincts comme en 1963 avec la création du judaïsme reconstructionniste par Mordecai Kaplan, ou vingt ans plus tard avec la création de l par David Weiss Halivni.
Origines Dans le contexte historique d'émancipation des Juifs en Europe, suite aux mouvements des lumières; les tensions entre société moderne et mode de vie traditionnel des communautés juives étaient devenues plus aiguës. Naquirent alors divers courants encourageant les Juifs à embrasser la modernité et à se mêler à la société extérieure dans tous les domaines.
Aussi, des rabbins occidentaux, formés aux idées du mouvement des lumières juives (la Haskala), ont cherché à concilier le judaïsme et les normes en constantes évolution qui entourent les juifs. L'un d'entre eux, le rabbin allemand Zacharias Frankel (1801-1875), fonda en 1854 le premier séminaire rabbinique moderne, liant étude traditionnelle juive et cursus universitaire : le Séminaire théologique juif () de Breslau. Devenu un modèle du genre, ce séminaire donna naissance au mouvement massorti, appelé également « historique positiviste » puis « conservateur ». Massorti est un nom forgé à partir du radical hébreu MSR (מסר) qui signifie à la fois « tradition » et « transmission ».
Le mouvement massorti se distingue aussi bien du mouvement réformé, ayant peu retenu les règles Halakhiques (système juridique de la Loi orale fondée sur le Talmud), que des haredis, qui préfèrent des changements minimaux à l'interprétation déjà existante de la halakha.
Le rabbin protomassorti Frankel soutenait que la Halakha devait absolument être observée, mais que son interprétation se doit de répondre à une adaptation optimale des Juifs aux besoins des temps qu'ielles habitent. Il trouvait la justification de cette position, définie comme historique et positive, dans l'histoire du judaïsme, dans laquelle on peut observer que la loi a fait l'objet de nombreuses interprétations différentes avant d'être figée par certains groupes à partir du Moyen Âge. Dans l'approche massorti du judaïsme, la recherche historique tient un rôle important et Zacharias Frankel associa l'historien Heinrich Graetz à la création du séminaire rabbinique de Breslau.
Le séminaire de Breslau fondé par Zacharias Frankel eut une très forte influence sur le judaïsme européen et un grand nombre de rabbins de toute l'Europe y firent leur formation, y compris quelques rabbins germanophones du consistoire français. Mais si ce séminaire créait un état d'esprit, il ne créait pas encore un mouvement organisé. Le séminaire de Breslau servit de modèle à d'autres séminaires rabbiniques, notamment le séminaire de Budapest qui ne cessa de fonctionner jusqu'à aujourd’hui et fut à l’origine du courant néologue hongrois. De la sorte, l'état d'esprit de Breslau, celui d'un judaïsme à la fois traditionnel et moderne, était dominant dans toute une partie du judaïsme européen avant la Shoah.
Il correspondait au judaïsme d'un penseur comme Franz Rosenzweig qui influença beaucoup la pensée massorti.
Le mouvement massorti ne devint vraiment organisé sous le nom de Conservative Judaism qu'avec son implantation aux États-Unis, marquée par la restructuration en 1902 du Jewish Theological Seminary of America de New York par le rabbin Solomon Schechter, sommité talmudique d'origine européenne, venu dynamiser le judaïsme américain en plein essor démographique du fait des grandes vagues d'immigration en provenance d'Europe de l'Est.
Rabbi Solomon Schechter parvint à attirer nombre de grands chercheurs et érudits juifs de l'époque et fit ainsi du l'institution juive universitaire la plus prestigieuse pour plusieurs décennies. Les enseignants au les plus fameux furent notamment : Solomon Schechter, Louis Ginzberg, Alexander Marx, Saul Lieberman, , Mordecai Kaplan, Simon Greenberg, Chaïm Potok, David Weiss Halivni.
Le mouvement massorti se développe en 1902 avec la restructuration du Jewish Theological Seminary of America de New York par le rabbin Solomon Schechter Glenda Abramson, Encyclopedia of Modern Jewish Culture, Taylor & Francis, Abingdon-on-Thames, 2004, p. 173.. Le terme conservative (conservateur) exprime le désir de conserver les règles de la Halakha comme gouvernance de la vie juive et les rites traditionnels en opposition au mouvement du judaïsme réformiste. Le nom de Masorti (massorti en français), issu de l'hébreu (chaîne de transmission, tradition), est préféré en dehors des États-Unis.
En 1913, Schechter préside la fondation de la .
La et des communautés de divers pays fondent le Conseil mondial des synagogues en 1957 à New York, aux États-Unis JTA, Convention of Conservative Jewry Adopts Code on Synagogue Practice, jta.org, 20 novembre 1957..
En 1962, le jeune rabbin Marshall Meyer fonde le à Buenos Aires, qui allait servir de base à l'expansion du judaïsme conservateur en Amérique du Sud Pamela S. Nadell, Marc Raphael, Conservative Judaism in America: A Biographical Dictionary and Sourcebook, ABC-CLIO, USA, 1988, p. 187..
Le rabbin Louis Jacobs fonde la première communauté massorti d’Angleterre, la New London Synagogue à Londres en 1964, après avoir été destitué du rabbinat orthodoxe britannique pour avoir défendu une interprétation non littérale de la Torah..
En 1979, quatre communautés forment le Mouvement massorti d'Israël Sara E. Karesh, Mitchell M. Hurvitz, Encyclopedia of Judaism, Infobase Publishing, USA, 2005, p. 315..
Selon un recensement du Conseil publié en 2025, il aurait 2 millions de membres et 830 congrégations dans le monde.
Croyances Attachement à la Halakha Le mouvement massorti considère que le devenir spirituel repose sur l'observation des mitzvot (commandements divins) rituels et moraux et que la Halakha est une composante essentielle de l'observance préconisée par la Torah. Pour le mouvement massorti, il existe une obligation religieuse de respecter le système des mitzvot. Néanmoins, la Halakha est intrinsèquement dynamique et en changement. Il faut constamment tenir compte dans son observance des nouveaux contextes socio-historiques. C'est pourquoi le mouvement massorti s'oppose à une vision trop conservatrice de la Halakha et considère que certaines questions importantes (comme la situation des femmes dans le judaïsme) doivent être discutées sur les bases anciennes mais dans une perspective nouvelle. Le judaïsme massorti prône l'observance des différentes règles rituelles : respect du Shabbat, de la cacherout, des divers rites synagogaux et familiaux. Il existe aux États-Unis un Committee on Jewish Law and Standards, comité rabbinique qui est chargé depuis 1920 de statuer sur diverses questions de la Halakha ; ce comité a rédigé de nombreuses responsa sur les sujets les plus divers..
Place des femmes Dans le respect du dynamisme propre de la Halakha, pour refléter la position de plus en plus active des femmes dans la société, le mouvement massorti tend à leur offrir une plus grande représentativité et responsabilité dans la vie religieuse et sociale ; dans les synagogues massorti, les offices sont mixtes et les femmes participent de manière égalitaire à la lecture de la Torah. Depuis les années 1980, il existe des femmes rabbins massorti. En 1985, Rabbi Amy Eilberg est devenue la première femme rabbin dans le judaïsme massorti. Depuis, 187 femmes ont été ordonnées rabbins par le mouvement (chiffres de 2011). Cependant, ce point ne fait pas l'unanimité du mouvement et il existe quelques synagogues massorti refusant l'égalitarisme et l’ordination des femmes.
La controverse sur la position des femmes dans le judaïsme a soulevé de grands débats au sein du mouvement massorti. Une importante littérature a été écrite à ce sujet, notamment dans le domaine de la Halakha où des dizaines de responsa ont été écrites par les décisionnaires massorti.
Ordination Depuis , le mouvement massorti d'Israël approuve l'ordination des rabbins LGBTQ, toujours dans un souci de compréhension des enjeux de la société pour le judaïsme.. Ainsi donc, deux ans plus tard, Mikie Goldstein devenait le premier rabbin gay d'Israël. Il œuvre à Rehovot en Israël.
Mariage En 2012, le Conseil mondial des synagogues a adopté une résolution soutenant le mariage entre personnes de même sexe Emily McAvan, The Jewish case for marriage equality in Australia, sbs.com.au, 23 janvier 2017..
Divorce Le mouvement massorti a également cherché à prévenir le problème des Agunot (femme dont le mari refuse ou ne peut donner le Guet, acte de divorce) et préconise l'introduction d'une clause avant les kedouchin (mariage religieux) permettant le cas échéant d'annuler celui-ci. Dans le mouvement massorti, le divorce se fait de façon classique avec la remise d'un Guet écrit selon les exigences de la Halakha.
Approche intellectuelle du judaïsme La liberté de conscience et d'expression étant un droit fondamental et inaliénable et la probité intellectuelle un devoir, l'utilisation de méthodes modernes et scientifiques dans l'approche des textes traditionnels est admise, et le libre examen des normes et des idées est encouragé. Cela offre aux rabbins du courant massorti une grande liberté intellectuelle et de ton. Un rabbin massorti a une formation qui intègre la recherche historique et archéologique. Le mouvement Massorti a créé plusieurs institutions de recherche universitaire du judaïsme (séminaires de Breslau, de Budapest, de New-York, de Los Angeles, de Jérusalem) et cultive des relations étroites avec le monde universitaire.
Vision humaniste Le mouvement massorti, conformément à sa vision humaniste du judaïsme, encourage les rapports de convivialité et d'entraide avec les non-juifs, tout en s'opposant à l'assimilation. Il est engagé dans le dialogue inter-religieux qu'il cherche à promouvoir. Le rabbin Abraham Heschel fut à la pointe du dialogue avec l'Église à l'approche de Vatican II et rencontra le Pape en ce sens. En France, le rabbin Rivon Krygier fut le premier rabbin officiellement invité à intervenir pour une conférence à la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Sur la question de la conversion au judaïsme, le mouvement massorti considère ce phénomène naturel et positif et ne cherche pas à faire obstacle aux candidats à la conversion au judaïsme tout en exigeant l'application des normes de la Halakha classique dans le processus de conversion.
Sionisme