La guerre du Donbass est une guerre hybride opposant, d' à , le gouvernement ukrainien à des séparatistes prorusses et à la Russie. C'est une phase de la guerre russo-ukrainienne se déroulant dans l'est de l'Ukraine (Ukraine orientale), principalement au Donbass. Entre et , ce conflit a causé plus de selon l'Organisation des Nations unies (, des forces ukrainiennes et des groupes armés prorusses). et le déplacement de près d'un million et demi de personnes..
Elle débute en dans le contexte des manifestations de l'Euromaïdan dénonçant la corruption du pouvoir en place.. La révolution ukrainienne de février qui s'ensuit entraîne le renversement du gouvernement prorusse de Viktor Ianoukovytch et l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement intérimaire dirigé par les proeuropéens Oleksandr Tourtchynov (le ) et Arseni Iatseniouk (nommé Premier ministre le ).
Le , des troubles prorusses et des manifestations anti-Maïdan éclatent, principalement dans l'est de l'Ukraine et notamment à Kharkiv, la plus grande ville d’Ukraine après Kiev.
À partir du , date qui préfigure l'annexion de la Crimée, des troupes russes s'emparent de cette péninsule qui fait partie de l'Ukraine.. Rapidement, un référendum local, dont la légalité n'est pas reconnue par l'Ukraine ni la grande majorité de la communauté internationale, se tient le sur le rattachement de la Crimée à la Russie. L'indépendance de la Crimée avait été déclarée par le vice-Premier ministre de la région dix jours avant le référendum.
Au début d', dans la région du Donbass appartenant à l'Ukraine, composée des oblasts de Donetsk et de Louhansk, et dans ses régions limitrophes, les manifestations anti-Maïdan évoluent en insurrection armée des prorusses contre le nouveau gouvernement ukrainien. Cette insurrection armée devient séparatiste et deux entités non reconnues internationalement sont proclamées : la « république populaire de Donetsk » (le ), puis la « république populaire de Lougansk » (le )... Dès le , l'armée ukrainienne intervient dans l'est du pays. Elle y progresse en et avant d'être stoppée, puis de finalement reculer face aux séparatistes. La Russie, pays frontalier, est accusée de soutenir militairement les insurgés en y menant une guerre hybride.....
Le , un premier accord de Minsk est négocié et signé pour faire cesser la guerre du Donbass. Toutefois cet accord en douze points, censé établir un cessez-le-feu, ne dure que quelques semaines.. En , les combats s'intensifient et l'armée séparatiste prorusse progresse.
Les et , François Hollande et Angela Merkel se déplacent en Russie et en Ukraine pour négocier un nouveau plan de paix élaboré dans le cadre d'un règlement global. Le , ils signent à Minsk, en présence de Petro Porochenko, président de l'Ukraine, et de Vladimir Poutine, président russe, un nouvel accord de cessez-le-feu (communément appelé ) prévoyant l'arrêt des combats, contre l'engagement des différentes parties sur une feuille de route en treize points.. Le conflit baisse alors d’intensité mais des combats sporadiques ont encore lieu jusqu’en . L’accord reste la référence pour résoudre le conflit de façon durable : elle est encore au centre des discussions lors de la rencontre de , dite au format Normandie, en présence du nouveau président ukrainien, Volodymyr Zelensky.
Du au , l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) constate une augmentation accrue d'incidents armés et d'explosions dans les deux républiques du Donbass, les deux parties du conflit s'en rejetant mutuellement la responsabilité.
Le , la Russie reconnaît l'indépendance — vis-à-vis de l'Ukraine — et la souveraineté des deux républiques séparatistes autoproclamées, la république populaire de Donetsk (RPD) et la république populaire de Lougansk (RPL). Les accords conclus entre la Russie et ces deux républiques mentionnent notamment un devoir de coopération et d'entraide.. Selon l'OSCE et l'Union européenne (UE), ces accords constituent une violation du droit international.. et, selon le secrétaire général des Nations unies, ainsi qu'une décision . ; ils entraînent de facto une rupture de l'accord par la Russie..
Le , les troupes russes entrent en Ukraine et poursuivent leur invasion depuis les territoires séparatistes, la Biélorussie, la Russie et le territoire de la Crimée..
Contexte
Tensions post-soviétiques
Bien que l'Ukraine ait été reconnue par l'ONU dans ses frontières actuelles après son indépendance prise lors de l'éclatement de l'URSS en , Vladimir Poutine affirme dès regretter que la Crimée ait été séparée de la Russie lors de cet évènement. En , l'ancien espion du KGB exprime sa nostalgie : la fin de l’URSS est pour lui . Alors que l'Ukraine cherche à se rapprocher d'un modèle occidental et des valeurs démocratiques, la Russie, à l'inverse, s'en éloigne à partir des années avec l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. L'Ukraine est perçue par les dirigeants russes comme faisant partie de leur sphère d'influence en raison de son passé soviétique. Poutine tente d'enrayer cet élan démocratique populaire initié par les révolutions de couleur dans différents pays de l'ex-URSS, comme la révolution orange en Ukraine en , qu'il craint de voir arriver dans son pays. Le mouvement conservateur russe, dont Poutine est le leader, voit dans ces révolutions la main de l'occident, niant ainsi leur libre-arbitre aux peuples de ces pays. D'importantes manifestations portées par l'opposition s'organisent à partir de fin en Russie à la suite d'élections truquées, dont Poutine sort vainqueur, et sont réprimées par le pouvoir. En 2008, la Russie attise le séparatisme dans les régions géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie-du-Sud avant d'envahir ces deux régions puis de reconnaitre leur indépendance. Les occidentaux ne réagissent que faiblement face à l'invasion de la Géorgie par la Russie (suivie par le ), et face aux crimes de guerre de Bachar El-Assad en Syrie en 2013. Vladimir Poutine voit dans cette absence de réaction des occidentaux une faiblesse de leur part, et saisira l'occasion d'envahir l'Ukraine en 2014.
Les crises du gaz de 2006 à 2009, en partie dues à une hausse des prix du gaz par la Russie qui considère l'Ukraine comme déloyale à la suite de la révolution orange, conduisent la Russie à construire le gazoduc Nord Stream en 2011 en mer Baltique, afin que son gaz à destination de l'Europe transite moins par l'Ukraine. Cela amoindrit les revenus de l'Ukraine (dont l'économie, alors faible, est fortement dépendante des droits de passage du gaz russe vers l'Europe) ainsi que sa position stratégique vis-à-vis de l'Europe.
Euromaïdan
La guerre du Donbass prend son origine en à la suite des manifestations de l'Euromaïdan débutées en dénonçant la corruption du pouvoir en place. Le gouvernement ukrainien avait en effet rompu un accord d'association avec l'Union Européenne, à quelques jours seulement de sa signature, au profit d'un accord avec la Russie pour rejoindre la future Union économique eurasiatique.. Le virage autoritaire pris par Ianoukovitch fin conduit à la révolution ukrainienne de février lors de laquelle éclatent d'importantes violences entre manifestants et forces de l'ordre. Ces violences culminent avec le massacre du Maïdan le lors duquel 48 manifestants et 4 policiers trouvent la mort. Ianoukovitch fuit alors le pays vers la Russie et est lâché par ses soutiens.
Le parlement, destitue alors Ianoukovitch, en prenant certains raccourcis et violant ainsi la constitution ukrainienne. La destitution est en effet votée à l'unanimité mais avec 328 voix sur 450 contre 338 nécessaires à la majorité des trois quarts requise par la constitution. Le président ukrainien prorusse Viktor Ianoukovytch est destitué par le Parlement qui élit un gouvernement intérimaire dirigé par les proeuropéens Oleksandr Tourtchynov (le ) et Arseni Iatseniouk (nommé Premier ministre le ). La Russie ne reconnait pas le nouveau gouvernement et considère le processus de destitution comme totalement illégitime. À l'inverse, les Ukrainiens pro-Maïdan et la majorité des pays de l'ONU reconnaissent le nouveau gouvernement et voient ce processus comme un compromis à la vacance du pouvoir laissée par la fuite de Ianoukovitch, une majorité claire s'étant exprimée au parlement ukrainien, avec seulement quelques voix manquantes pour atteindre la majorité constitutionnelle des trois quarts. Des élections anticipées associées à l'installation de ce nouveau gouvernement sont de plus prévues pour juin.
Le , des manifestations anti-Maïdan éclatent principalement dans l'est de l'Ukraine notamment à Kharkiv, la seconde plus grande ville d’Ukraine.
Après la fuite de Viktor Ianoukovytch et la nomination le de Tourtchynov comme président par intérim (il sera remplacé le par Petro Porochenko), l'Ukraine reste fortement divisée entre l’Ouest qui soutient le nouveau pouvoir élu démocratiquement en et l'Est du pays où réside en majorité sa minorité russophone (17,2 % de sa population totale en ). La possibilité d'une future partition de l'Ukraine est même envisagée pour la première fois dans les médias..
Suppression du statut de langue officielle en février 2014
Bien qu’elle soit influencée par la Russie depuis les années 1990, l’identité des habitants du Donbass est alors moins marquée par l’ethnicité et la langue russes que par l’activité industrielle minière de la région, une nostalgie soviétique, et un attachement régional l’emportant sur le national. Cependant, hormis quelques rares mouvements d’indépendance, la volonté populaire de rester dans l’Ukraine est longtemps restée globalement forte. Mais l'influence russe s’intensifie en 2004 avec un support au parti de Ianoukovitch en réaction à la révolution orange, puis en 2013 avec l’Euromaïdan.
Le , la controversée au sein du Parlement et dans la population ukrainienne, permettant d'utiliser le russe comme seconde langue officielle dans certaines régions., est abrogée. La Rada (Parlement) retire ainsi le statut de langue officielle au russe (comme au roumain, au hongrois et au tatar criméen) dans 13 des ukrainiennes (essentiellement réparties au sud et à l'est du pays).. Face à cette mesure législative, l'émotion dans la population russophone d'Ukraine est importante, car près de 30% de la population ukrainienne parle le russe (bien que seulement 1% ne comprenne pas l'ukrainien et 1% ne comprenne pas le russe.), de 58 à 91 % dans les oblasts de Crimée, de Dnipropetrovsk, de Donetsk, de Mykolaïv, de Louhansk, de Kharkiv, d'Odessa et de Zaporijjia.
Soulèvement prorusse au sud-est
Le , en réaction, des brigades d'autodéfense commencent à se former dans le sud-est de l'Ukraine, notamment à Sébastopol en Crimée où un maire prorusse est imposé par des manifestants« En Crimée, bastion prorusse : “Kiev a été prise par des fascistes” », LeMonde.fr, ; consulté le .. Le , la Russie engage des manœuvres militaires de son armée de terre dans ses zones frontalières avec l'Ukraine. vignette|Patrouille armée de soldats surnommés les « petits hommes verts », en uniforme sans insigne, à Simferopol en .|gauche Vladimir Poutine se sert de la fuite de Ianoukovitch comme prétexte pour s'emparer de la Crimée. Le , des hommes en armes, alors non identifiés, prennent le contrôle de l'aéroport de Simferopol, en CriméePrise de contrôle de l'aéroport de Simferopol, source : dépêche de l'agence Interfax Ukraine.. Ils sont surnommés les par les Ukrainiens du fait de la couleur de leur treillis. Le président Russe reconnaitra le qu'ils étaient bien russes : .
Finalement le même jour, aux fins de désamorcer les tensions, le président par intérim Tourtchynov ne ratifie pas l'abrogation de la loi sur les langues régionales et remet cette loi en vigueur.