La notion de radiosensibilité individuelle au rayonnement ou d'hypersensibilité au rayonnement est une hypersensibilité aux rayonnements ionisants.

Selon l'ASN, « La radiosensibilité individuelle (variabilité de l’effet d’une même dose en fonction de l’individu qui la reçoit) est encore un domaine de recherche » Rapport (2013) sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France (voir : La sûreté nucléaire et la radioprotection en France en 2013 () ;.

Cette radiosensibilité individuelle pourrait varier d'un facteur 1 à 10 selon les individus (5 à 15 % de la population seraient plus radiosensible) et pose une question de santé publiqueBourguignon M, Foray N & Colin C (2012) La radiosensibilité individuelle. Revue générale nucléaire, (4), 22-24. (résumé). Elle pourrait au moins en grande partie être induite par une efficacité différente selon la génétique et l'histoire des individus de leurs mécanismes de réparation des lésions radioinduites de l’ADN (mécanismes complexes et nombreux, qui font intervenir de nombreux gènes)Le Guen, B. Les Cancers Radio-Induits (PDF, 9 pp).. On cherche maintenant à identifier des sous-populations (ou sous-groupes de patientsMalone S, Szanto J, Alsbeith G, Szumacher E, Souhami L, Gray R, ... & Grimard L (2003) Radiosensibilité et séquelles neurologiques tardives à la suite de la radiochirurgie de malformation artérioveineuse: la SF2 comme nouveau facteur prédictif. Cancer/Radiothérapie, 7(4), 225-230.) hypersensibles (par des marqueurs génétiquesDelaloge S & Marsiglia H (2005) Bases génétiques de la radiosensibilité des cancers du sein. Cancer/Radiothérapie, 9(2), 77-86.) afin d'avoir éventuellement la capacité de par des tests ad hoc.

Histoire du concept On sait depuis longtemps que les individus, en partie pour des raisons génétiques sont plus ou moins vulnérables aux coups de soleil induits par le rayonnement UV solaire ou aux effets cancérigènes de ce rayonnement (localement exacerbé par le trou de la couche d'ozone);

Une radiosensibilité individuelle aux fortes doses de rayonnements ionisants est Bourguignon M, Foray N, Colin C & Pauwels E (2012) Radiosensibilité individuelle et risque aux faibles doses médicales. Médecine Nucléaire, 36(7), 424-428 (résumé).

La médecine, et en particulier la médecine nucléaire s'intéresse aussi à la radiosensibilité cellulaire, qui peut d'ailleurs être utilisée pour traiter par radiothérapie certains cancersVogin G (2011) Radiosensibilité, radiocurabilité et réparation. Cancer/Radiothérapie, 15(4), 294-306.. Le fait que les expériences de laboratoire utilisent des souris, rats ou cobayes de mêmes souches et génétiquement très proches ont pu cacher une partie des radiosensibilités individuelles (génétique notamment) chez ces animaux.

Depuis les années 1990 au moins, quelques indices plaidaient pour l'existence d'un syndrome d'hypersensibilité, ou de sensibilité aux faibles doses d'irradiation chez certains patients ou individus.

Des chercheurs essayent depuis plus de 30 ans de mettre au point et améliorer des tests de radiosensibilité (cellulaire, tumorale, individuels...). Ces tests étaient encore très imparfaits dans les années 1990 Cosset JM & Moustacchi E. (1998) Radiosensibilité tumorale et individuelle. Une introduction. Cancer/Radiothérapie, 2(5), 523-529., mais ils ont ensuite bénéficié des progrès de la radiobiologie et de .

Grâce à l'immunofluorescence, on a montré par l'exposition de cellules d’épithélium mammaire humain en culture à des faibles doses que selon Bourguignon et al..

Au début des années 2000, la question de l’impact du facteur individuel dans la réponse aux faibles doses de radiations est encore discutéeJoubert A, Vogin G, Devic C, Granzotto A, Viau M Maalouf M, ... & Foray N (2011) Biologie des radiations: avancées majeures et perspectives pour la radiothérapie. Cancer/Radiothérapie, 15(5), 348-354. résumé, mais de nouveaux moyens de mieux comprendre les réponses moléculaires, cellulaires et tissulaires apparaissent. Ils permettent aussi de poser des hypothèses explicatives aux effets létaux et carcinogènes différenciés, plus précoces ou plus aigus chez certains patients exposés à des radiations ionisantes.

Fin 2013, l'ASN a organisé un séminaire intitulé « Radiosensibilité individuelle : une notion ancienne et son avenir »Séminaire ASN 2013 « Radiosensibilité individuelle : une notion ancienne et son avenir » (16 décembre 2013), ayant réuni environ 60 spécialistes des radiations ionisantes utilisées à faible dose ou à fortes doses (radiologues, médecins nucléaires, radiothérapeutes) ou représentants des institutions concernées et des associations de patients pour .

En 2013, pour l'ASN, des travaux de recherches sont encore nécessaires pour détecter d'éventuels biais et confirmer les premiers résultats, mais l'Agence invite dans son rapport annuel 2013 à envisager de nouvelles questions socio-éthiques (voir plus bas)

Enjeux Une meilleure compréhension des phénomènes de radiosensibilité individuelle a au moins les enjeux suivants : protéger ces personnes hypersensibles contre certaines expositions, mieux comprendre la "radiosensibilité" qui semble variable de certaines cellules tumorales, et qui est déterminante en radiothérapie. mieux protéger les tissus sains périphériques aux zones ciblées par la radiothérapie, et ainsi produire des traitements plus efficaces contre les cancers éliminer une source de biais statistique et de difficultés dans l'appréciation des risques liés aux expositions professionnelles, thérapeutiques ou accidentelle (Bishay K (2001) Analyse, chez l'homme, de la variabilité inter-individuelle de la sensibilité à l'irradiation gamma: recherche de marqueurs prédictifs d'un phénotype sensible ou résistant thèse soutenue en 2001 ; Notice Inist-CNRS) Des enjeux écoépidémiologiques existent aussi en matière de radioprotection (pour le gibier, le bétail et la biodiversité en général ; la protection des faisant désormais également partie des recommandations de la CIPR (CIPR 103)

Questions sociétales et éthiques L'arrivée sur le marché de tests de détection d'une hyper-radiosensibilité individuelle (ou des tests prédictifs de radiosensibilité des tissus sains) pourrait se faire à courte échéance. Ils pourraient alors changer les pratiques des radiothérapeutesLacombe J, Riou O, Solassol J, Mangé A, Bourgier C, Fenoglietto P ... & Azria D (2013). Radiosensibilité individuelle: les tests vont changer nos pratiques. Cancer/Radiothérapie, 17(5), 337-343 (http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1278321813003119 résumé]).), mais aussi poser de nouvelles questions d'éthique biomédicale, voire d'éthique environnementale : Faudra-t-il alors recommander un dépistage avant toute radiothérapie ou succession d'examens de scanographie ? Faut-il rechercher les hypersensibilités éventuelles de travailleurs pouvant être exposés aux rayonnements ionisants dans le cadre de leur métier ? Faudra-t-il de nouvelles dispositions réglementaires pour protéger les personnes hypersensibles aux rayonnements ionisants ? Comment alors éviter ou compenser un risque de discrimination dans l'accès à certains emplois ?

Recommandations En 2013, l'ASN recommande de ne pas exposer inutilement les personnes aux rayonnements ionisants,

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Bourguignon M, Foray N, Colin C & Pauwels E (2012) Radiosensibilité individuelle et risque aux faibles doses médicales. Médecine Nucléaire, 36(7), 424-428 (résumé). Bishay K (2001) Analyse, chez l'homme, de la variabilité inter-individuelle de la sensibilité à l'irradiation gamma: recherche de marqueurs prédictifs d'un phénotype sensible ou résistant (Doctoral dissertation). Note(s): 190 p. (bibl.: 259 ref.) (Année de soutenance : 2001) Notice Inist-CNRS. Bishay K, Olivier MF, Ory K, Lebeau J, Dutrillaux B & Chevillard S. (2002) La variabilité de la radiosensibilité individuelle chez l’homme – Journée EDF 2002 Cosset JM & Moustacchi E. (1998) Radiosensibilité tumorale et individuelle. Une introduction. Cancer/Radiothérapie, 2(5), 523-529. Denis F & Letellier C (2012) Théorie du chaos: un concept fascinant pour l’oncologue. Cancer/Radiothérapie, 16(3), 230-236 (résumé). Dossou J ... & Parmentier C (1998) P17 Dosimétrie biologique et physique après irradiation corporelle totale: évaluation de la radiosensibilité individuelle de patients atteints d'hémopathie maligne. Cancer/Radiothérapie, 2(5), 551. Feinendengen L.E., Bond V. P., Sondh aus C.A. & Altman K.I. (1999) Cellular adaptation with dam age control at low doses versus t he predominance of DNA damage at high doses ; CR Acad Sci. (serie 3), 322, 245-251 Jeggo PA (1998) Identification of genes involved in repair of DNA double stand breaks in mamalian cells ; Radiat. Res. 150 (sup5, S80-91). Le Guen, B. Les Cancers Radio-Induits (PDF, 9 pp). Nascimento A. (2010), Produire la santé, produire la sécurité : développer une culture collective de sécurité en radiothérapie, Thèse de doctorat en Ergonomie, CNAM, Paris (résumé) Nagasawa H & Little JB (1999) Unexpected sensitivity to the induction of mutations by very low doses of alpha-particle radiation : Evidence for a bystander effect. Radiation research, .152, 552-557. Schieber C & Cordoliani YS (2004) Réflexions du groupe de travail de la Société française de radioprotection sur l'évolution du système de radioprotection proposée par la CIPR. Radioprotection, 39(02), 255-267.

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