Pierre des Maisons est un architecte français, né le à Paris, où il est mort le . Son grand œuvre reste la reconstruction du palais de justice de Paris.
Biographie Il appartient à une famille d'entrepreneurs parisiens. Il est le fils de Nicolas Desmaisons, maître maçon, entrepreneur de bâtiments, et de Marguerite MonyÀ sa naissance, le ménage résidait rue de Bourbon (de Lille).. Il s'est marié en 1736 avec Marie-Madeleine Sinson, née en 1696, fille aînée de Pierre Sinson, maître charpentier originaire d'Orléans, juré-expert en charpenterie, négociant en bois. Pierre Sinson a transmis à sa fille la maison qu'il s'était fait construire par Philippe Roy au rue de VerneuilDominique Leborgne, Saint-Germain des Prés et son faubourg. Évolution d'un paysage urbain, , Parigramme, Paris, 2005 . Il a acquis très tôt une réputation de technicien habile. Il est architecte juré du roi, expert des bâtiments par office du . thumb|left|Hôtel de Jaucourt ou Portalis. La même année, il fournit les plans de l'hôtel de Jaucourt appelé aussi hôtel Portalis, à l'angle des rues Croix-des-Petits-Champs et de la Vrillière sur un terrain prévu pour construire l'hôtel du maréchal de La Feuillade mais que ses héritiers ont dû vendre pour payer les dettes, après l'édification des soubassements du bâtiment sur des plans de Jules Hardouin-MansartIsabelle Dubois, Alexandre Gady, Hendrik Ziegler, Place des Victoires: histoire, architecture, société, , Éditions de la Maison des sciences de l'homme, Paris, 2003 lire en ligne. Les trompes sont d'Hardouin-Mansart. L'hôtel définitif a été construit pour la comtesse Pierre de Jaucourt, née Marie-Josèphe de Graves. Le devis et le marché signés le indiquent que l'hôtel doit être construit par le maître maçon Sébastien Charpentier sur les plans de Pierre DesmaisonsJean-François Cabestan, La conquête du plain-pied. L'immeuble à Paris au siècle, , Éditions A. & J. Picard, Paris, 2004 . Outre le traitement habile de cette parcelle en angle avec deux avant-corps cylindriques sur trompes, on remarque l'abondance de sa ferronnerie rocaille. Sous l'Empire, l'hôtel fut la propriété du baron Portalis, l'un des rédacteurs du Code civil. thumb|Façade du rue de Lille. vignette|gauche|Façade du passage des Théatins sur le quai. Les Théatins, ordre fondé à Rome en 1524, sont arrivés à Paris en 1644. Grâce à l'appui du cardinal Mazarin, ils ont pu acquérir une maison à l'emplacement actuel du 23 quai Voltaire (à l'époque, partie occidentale du quai Malaquais). Le , ils font bénir une chapelle provisoire dédiée à Sainte-Anne-la-Royale. Ils entreprennent de construire une église entre le quai Voltaire et la rue de Lille (alors rue de Bourbon) à partir de 1661. En , le général des théatins a envoyé le père Guarino Guarini pour en faire les plans. En 1666, Guarini quitte le chantier alors que l'église n'est pas terminée, seuls les murs du transept ont été construits. Le manque de ressources financières conduit les théatins à réduire leur projet et à se limiter à couvrir ce qui était déjà édifié, puis à construire des passages permettant d'accéder à l'église sous des maisons de rapport élevées quai Voltaire et rue de Lille. Pierre Desmaisons fournit le plan de la façade du passage du quai Voltaire en 1746, construit grâce à la générosité de Jean-François Boyer, ancien évêque de Mirepoix et ancien supérieur des théatins. Jacques-François Blondel l'a décrite dans l'Architecture françaisetome I, p. 290 et s. ; s'il complimente Desmaisons pour son talent manifesté précocement, il est plutôt critique à propos de ce portail sur le quai (à l'époque où il écrit, celui sur la rue de Lille n'est pas construit). Il trouve maladroit et un peu lourd cet entassement de colonnes au rez-de-chaussée et aux étagesvoir gravure sur Gallica, d'autant que ces étages sont faits de logements privés, et préférerait des pilastres à ce niveau. Le , le chapitre conventuel approuve le projet de Pierre Desmaisons pour la façade du passage situé au 26 rue de Lille, qui subsiste, contrairement à celui sur le quai. Il a visiblement tenu compte des critiques de Blondel en variant les niveaux et en faisant disparaître les colonnes, remplacées aux étages par des pilastres et au rez-de-chaussée par de très civils bossages. Mais Blondel a peut-être été un peu injuste avec l'entrée du quai Voltaire, car Desmaisons avait réussi la gageure de la faire passer pour un portail d'église tout en dissimulant sous une grande verrière centrale imitant un vitrail deux niveaux d'habitation. Les travaux ont été longs et n'ont été achevés qu'en 1780. thumb|left|Château de Button à Gif-sur-Yvette. thumb|Château de Forges. En 1754, Claude de Mérault, lieutenant du roi au gouvernement du comté de Bourgogne, a hérité de la terre de Gif-sur-Yvette. Il confia à Pierre Desmaisons la construction du château de Button sur cette terre. La construction du château a été terminée en 1777 par Charles-Louis Debonnaire (1756-1830), cousin de Claude de Mérault mort en 1757. Le château est depuis la dernière guerre la propriété du CNRSlire en ligne.
En 1778, André-Charles Debonnaire (1740-1793), frère de Charles-Louis, commande à Pierre Desmaisons les plans d'un château à l’emplacement d’un ancien manoir féodal à Forges en Seine-et-Marne. André-Charles Debonnaire, qui appartient à une importante famille de noblesse de robe, avec des alliances Le Pelletier de Liancourt, Choppin d'Arnouville, Joly de Fleury, Bertier de Sauvigny et Pasquier, va jouer un rôle auprès de Pierre Desmaisons à travers ses fonctions et son réseau (voir infra). Le château que lui construit ce dernier ne comprend à l’origine que la partie centrale avec ses deux avancées. Il a été agrandi au . Dans les années 2020, il est l'objet d'une grande campagne de restaurationlire en ligne.
Après son travail pour les théatins, Pierre Desmaisons a conçu des édifices importants pour d'autres communautés religieuses : chapitre de Saint-Denis de l'Estrée, couvent des Grands Augustins, collégiale Saint-Honoré de la rue Croix-des-Petits-Champs. Il s'agit là encore de répondre à leurs besoins propres mais aussi de leur procurer des ressources. Comme expert-bourgeois, il a évalué le palais de l'Élysée pour les héritiers La Tour d'Auvergne avant la vente à Madame de Pompadour, en 1753. Deux ans plus tard, il hérite de son père Nicolas un immeuble locatif rue d'Anjou, loué à la pièce (18 au total, sur trois niveaux). Il décide de l'adapter à l'évolution du quartier et au goût du jour en créant un appartement par étage, comportant salon, salle à manger et deux chambreslire en ligne sur Persée. Membre de l'Académie royale d'architecture à partir de 1762, il est anobli en 1769 avec le titre de baron. En 1773, il est fait chevalier de l'Ordre de Saint-Michel et en , le roi le choisit pour l'élévation à la première classe de l'AcadémieProcès-verbaux de l'Académie royale d'architecture, publiés par Henry Lemonnier, tome VIII, p. 280-281.
thumb|Coupe de l'escalier de l'archevêché de Paris thumb|gauche|Portail de l'archevêché de Paris (1770) Desmaisons a été l'architecte de Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, pour l'ancien archevêché, entre la Seine et la cathédrale Notre-Dame, où il a poursuivi les travaux de Robert de Cotte. Il a refait vers 1770 ses salles de réception et édifié un escalier d'honneur remarqué ; il comprend une volée centrale suivie de deux volées en retour dans un vestibule orné de nombreuses sculptures dans des niches. Luc-Vincent Thiéry dit que le grand escalier dessiné par Desmaisons est un ouvrage estimé des connaisseursLuc-Vincent Thiéry, Guide des amateurs et étrangers voyageurs à Paris, tome II, 1787, p. 75. L'accès se fait par un portail qui rappelle ceux des théatins : deux paires de colonnes au rez-de-chaussée et pilastres à l'étageCes détails sont connus parce qu'il a fait graver les plans de l'escalier et de la façade dans l'atelier de Jean-Charles Le Vasseur. Ils ont été publiés en 1781 dans le recueil : Ouvrages d'architecture des sieurs Desprez et Panseron. Jean-Louis Desprez a été l'élève de DesmaisonsUne petite huile du musée Carnavalet, figurant en 2023 dans l'exposition du Trésor de Notre-Dame au Louvre, montre la seconde cour de l'archevêché avec au centre la sacristie et à gauche la nouvelle entrée du palais épiscopal (cat. p. 180). Il a par ailleurs beaucoup travaillé dans le château de Conflans de l'archevêque, à Charenton-le-Pont. Il y a édifié de nouveaux bâtiments qui complètent ceux venant des Villandry : un grand corps de logis qui surplombe la Seine, une fabrique au bord de l'eau à la limite du parc de Bercy, et un imposant portail d'entrée (1777) qui est un des rares vestiges subsistants de cet ensemble, mais quelque peu incongru au milieu des grands immeublesvoir photo.
thumb|gauche|Hôtel Deruey, 1 rue du Mail thumb|gauche|Immeuble Choppin d'Arnouville Après la guerre de Sept Ans, une fièvre immobilière s'est emparée de Paris. L'arrêt du accorde des conditions favorables à la construction privée. Un de ses articles stipule qu'en cas de faillite une déclaration préalable à la Chambre des Bâtiments permet aux bailleurs de prétendre à la propriété du chantier. Cela a permis de faire de l'immobilier un placement populaire dans toutes les classes de la sociétéJean-François Cabestan, La conquête du plain-pied, et consacré l'essor de l'immeuble de rapport que décrit Jean-François Cabestan dans son ouvrage La conquête du plain-piedlire en ligne sur Persée. thumb|Immeuble de Montholon.
Il a construit dans les années 1770Michel Gallet, Demeures parisiennes à l'époque de Louis XVI, Éditions du Temps, Paris, 1964. : l'hôtel Deruey au rue du Mail, l'hôtel Lepaige de Quincy, rue Sainte-ApollineJean-François Cabestan, Mutations architecturales, , dans Les grands boulevards. Un parcours d'innovation et de modernité Action artistique de la Ville de Paris, Paris, 2000 l'immeuble Choppin d'Arnouville, 61 rue Dauphine, construit à la demande de René V Choppin d'Arnouville (maître des requêtes et premier président de la Cour des monnaies de Paris), qui montre l'adhésion inconditionnelle de son auteur au "goût grec"Jean-François Cabestan, La conquête du plain-pied, p. 258. Depuis, hôtel le Régent. l'immeuble de Montholon au carrefour de Buci, au rue Dauphine et rue Mazarine, haussmannien avant l'heure, qui représente une des toutes premières adaptations à l'échelle monumentale de l'habitat bourgeois... La qualité du grand appareil est confirmée par l'existence d'un balcon continu sur trompes d'un modèle et d'une conception très rares à ParisJean-François Cabestan, La conquête du plain-pied, p. 198. On remarquera aussi la présence de huit croisées feintes sur la rue Mazarine et autant sur la rue Dauphine. Ces fenêtres simulées correspondent à la nécessité de l'ordonnancement des façades mais offrent aussi la possibilité d'éclairer les locaux au gré des besoins. Jean-François Cabestan conclut : Desmaisons a exploité la conjonction d'une situation urbaine d'exception et d'un programme d'habitation novateur pour faire accéder l'édifice à une monumentalité remarquableJean-François Cabestan, La conquête du plain-pied, p. 200.
Il intervient en 1776 pour expertiser les premières fissures qui étaient apparues à la base des piliers de l'église Sainte-Geneviève que construit son collègue Jacques-Germain Soufflot (futur Panthéon). Comme Desmaisons a dit à Soufflot que cette expertise lui était commandée « du plus haut », Soufflot rappelle que Desmaisons était l'architecte de Madame Louise ; il a de fait construit les bâtiments réguliers du Carmel de Saint-Denis, dont elle était la prieure, sauf la chapelle qui est de Richard Mique. Les conclusions de son rapport seront plutôt rassurantes et n'arrêteront pas le chantierMichel Gallet, in Bulletin de la société d'histoire de l'art pour 1959, p. 97.vignette|Venue du roi au Palais de Justice, gravure de Nicolas Ransonnette d'après Pierre Desmaisons thumb|gauche|Palais de Justice, façade sur la cour du Mai.