Sous la Cinquième République en France, le front républicain ou barrage républicain désigne une coalition formée lors d'une élection par plusieurs partis politiques pour empêcher la victoire de partis d'extrême droite. Le principal parti concerné étant le Front national (FN), devenu Rassemblement national (RN) en 2018, considéré par ses adversaires comme opposé au régime républicain.

Ce concept tire ses origines de diverses coalitions ou stratégies ayant visé à défendre le régime républicain et à faire barrage à l'extrême droite depuis la Troisième République : la plus citée est celle, homonyme, du Front républicain de 1956. Selon L'Express, cette formule date de la fin de la Quatrième République et, de Jacques Chirac à Emmanuel Macron, a correspondu , hormis à des époques ponctuellesEric Mandonnet, Le front-republicain une expression qui n'a jamais correspondu a une réalité, L'Express, 18 avril 2022 .

Le front républicain est diversement appliqué depuis l'émergence électorale du FN dans les années 1980 et davantage ancré à gauche qu'à droite, la droite de gouvernement ayant parfois passé des alliances locales avec l'extrême droite. La droite justifie notamment sa stratégie à l'égard du FN en invoquant les alliances des socialistes et des communistes. Le second tour de l'élection présidentielle de 2002, qui opposa Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen, est considéré comme le point culminant de la stratégie de front républicain, avec un report massif des voix des électeurs de gauche sur le candidat de droite pour faire barrage au frontiste.

Son efficacité et sa légitimité sont régulièrement contestées, en particulier depuis le regain électoral du FN à l'orée des années 2010 accompagné d'une stratégie de dédiabolisation entreprise par Marine Le Pen. De nombreux acteurs et observateurs politiques ont conclu à sa après l'adoption par l'UMP de la doctrine dite du « ni-ni » (ni PS, ni FN) en 2011. Le front républicain a néanmoins rempli son rôle pour les élections présidentielles de 2017 et 2022 en permettant l'élection d'Emmanuel Macron contre la candidate du Rassemblement (Front) national, tout en continuant de s'affaiblir. Son retour au premier plan est relevé à l'occasion du second tour des élections législatives de 2024 : si Les Républicains et certaines personnalités de la majorité présidentielle n'y ont pas participé, ces mouvements en ont néanmoins tiré bénéfices en nombre d'élus....

Définition

L'expression désigne le rassemblement, lors d'une élection, de partis politiques de droite et de gauche au second tour ou lors de l'élection des exécutifs pour faire barrage à une victoire du Front national (FN), devenu Rassemblement national, considéré dans cette configuration comme un parti d'opposition au régime républicain.. On parle aussi d'« arc républicain ».. ou de « pacte républicain »... qui n'ont pas la même portée.

Pour le chercheur Joël Gombin, la notion de front républicain et comporte une ambiguïté en ce .

Le linguiste Philippe Blanchet estime que le front républicain est et que l'appellation de ..

La question de l'adhésion du FN au régime républicain ne fait pas l'unanimité parmi les universitaires ; certains d'entre eux contestent la consistance même du concept de régime républicain.....Christophe Prochasson dans l'émission « Du grain à moudre » du 31 mai 2012 sur France Culture, à partir de 30:33. Accessible sur « Débats sur le « Front républicain », Fragments sur les temps présents..

La stratégie voisine dite du « cordon sanitaire » ou de la « digue républicaine »... sur le FN, d'après la définition de Jean-Yves Camus.. Selon Eugénie Bastié, . L'universitaire Pierre Ecuvillon souligne qu'elle est issue du vocabulaire de la médecine, domaine dans lequel il : il en déduit que cette formule .

Historique L'historien Nicolas Lebourg et les politologues Pascal Perrineau, Philippe Braud, Joël Gombin et Marc Crapez. estiment que la stratégie du front républicain ne fait l'objet d'aucune tradition alors qu'elle est couramment présentée comme telle. Pour Nicolas Lebourg, .. Pour Pascal Perrineau, .. Pour Philippe Braud, le front républicain est un concept qui et qui n'a jamais été . Pour Joël Gombin, le front républicain a et . Pierre Ecuvillon considère que .

Origines De nombreux observateurs font remonter ses origines au Front républicain de 1956, une coalition électorale de centre gauche nouée en France à l'occasion des élections législatives de janvier 1956 afin de contrer le mouvement poujadiste et de trouver une issue à la guerre d'Algérie.....

thumb|210px|right|Pour certains analystes, le front républicain trouve ses origines dans la « défense républicaine » qui s'organise notamment face au mouvement mené par le général Boulanger à la fin des années 1880.

Philippe Braud et Olivier Dard relient le front républicain à la « défense républicaine » des premiers temps de la Troisième République, une formule visant à conclure une alliance électorale la plus large possible (des conservateurs républicains aux socialistes) pour faire barrage aux monarchistes, aux bonapartistes et aux anti-dreyfusards, à une époque où le régime est encore mal assuré de sa pérennité.. En 1887, pour s'opposer au général Boulanger se forme ainsi un gouvernement de « concentration républicaine » entre républicains opportunistes et radicaux. Étudiant l'attitude des socialistes face à la crise boulangiste, Denis Lefebvre indique que . Il estime que la Société des droits de l'homme et du citoyen, fondée en par Georges Clemenceau, Jules Joffrin et Arthur Ranc en se donnant pour objet : , est , et que le Front national .. En 1899, pendant l'affaire Dreyfus, le cabinet Waldeck-Rousseau se présente comme le gouvernement de « défense républicaine », ralliant radicaux, républicains modérés et un socialiste...

Joël Gombin oppose l'absence de à la , du , à savoir .

Le politologue Laurent Bouvet et l'historien Jérôme Grondeux renvoient à l'antifascisme des années 1930. L'historien Nicolas Lebourg fait lui aussi référence à ce dernier mais comme partie intégrante, à partir de la crise du 6 février 1934, de la « discipline républicaine », une tradition plus ancienne qui s’est imposée au sein de la gauche durant la Troisième République (élargie au PCF lors des élections municipales de 1935 et des élections législatives de 1936) et consistant à soutenir au second tour la formation la mieux placée à l’issue du premier tour. Plus particulièrement, Damon Mayaffre, spécialiste de l'analyse du discours politique, considère en 2000 que atteste des , et qui n'ont pourtant ..

Marc Crapez affirme que le front républicain est contraire à qui consiste à faire barrage à l'extrême droite comme à l'extrême gauche et qui a été .

Avant la Cinquième République, les républicains du centre et de la droite ne sont implicitement pas compris dans ce rassemblement des « forces républicaines ». Les gaullistes du Rassemblement du peuple français (RPF) sont, sous la Quatrième République, eux aussi perçus comme une menace et se voient alors dénier l'appartenance à l'arc républicain. Pour Jérôme Grondeux, . Joël Gombin relève également que les coalitions de défense du régime républicain, depuis la Troisième République jusqu'au Front républicain de 1956, .

Selon Jérôme Grondeux, .

Une stratégie inverse de 1977 à 1986 : l'alliance des droites

Lors des élections municipales de 1977, des membres du FN, le plus souvent d'anciens militants de l’Algérie française, participent à quelques listes des Républicains indépendants dans le Sud.. Lors des élections municipales de 1983, une liste réunissant centristes, chiraquiens et lepénistes l'emporte à Dreux : l'alliance, largement soutenue à droite, est publiquement approuvée par Jacques Chirac, Valéry Giscard d'Estaing, Alain Juppé, Michel Poniatowski, Jean-Claude Gaudin, Bernard Pons ou encore Claude Labbé. Seuls Simone Veil et Bernard Stasi manifestent leur désapprobation... C'est pourtant à cette occasion que se forge le principe du front républicain d'après le politologue Pascal Perrineau, ou qu'il resurgit aux yeux de son confrère Philippe Braud. Le , Michel Rocard, alors ministre de l’Agriculture, et Pierre Juquin participent à une manifestation à Dreux même « pour la démocratie ». Pour Patrick Roger, journaliste au Monde, Michel Rocard représente le premier , , à suggérer, lors des élections cantonales de 1985, . Il contredit alors son propre camp et son gouvernement..

C'est ainsi à partir de l'année 1983 que les ententes électorales entre le FN et la droite modérée, qui se limitent à la gestion des collectivités locales, sont justifiées ou relativisées par les dirigeants de cette dernière en invoquant l’alliance gouvernementale et « idéologique » des socialistes avec le PC, plus rarement en reprenant le thème du barrage à opposer au communisme : .

thumb|150px|Charles Pasqua est l'un des principaux défenseurs de l'alliance des droites jusqu'en 1986.

Cette stratégie d'alliance des droites est défendue en particulier par Charles Pasqua, dont la garde rapprochée est composée d’anciens militants d’extrême droite, et qui déclare à l'occasion des municipales de 1983 : . Quelques mois avant les européennes de 1984 (lors desquelles le FN dépasse les 10 %), Pasqua et Le Pen, qui se rencontrent souvent, envisagent le lancement d’un « appel », signé par leurs proches, à une « alliance » entre le RPR et le FN, mais ce projet est finalement abandonné. Lors des cantonales de 1985, plusieurs candidats FN sont soutenus en sous-main par Pasqua et ses hommes, notamment Marie-Caroline Le Pen dans le canton de Neuilly-sur-Seine-Nord face à Nicolas Sarkozy. La même année, Jacques Chirac déclare au Quotidien de Paris : .. En 1986, il accepte l’alliance conclue lors des régionales entre le FN et Jean-Claude Gaudin en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, et propose un programme aux législatives qui s'avère proche de celui du FN. D'après Jean-Marie Le Pen, cette stratégie .

Joël Gombin met en avant qui pendant cette période et a cherché à . Il cite notamment l'instauration du scrutin proportionnel pour les élections législatives de 1986, qui a permis la création d'un groupe FN à l'Assemblée nationale.

Du « cordon sanitaire » au front républicain (1986-2010) Une stratégie nouvelle et encore hésitante (1986-1998) thumb|left|Jacques Chirac met en place un « cordon sanitaire » contre le FN à partir de la première cohabitation.

En 1986, Laurent Fabius évoque la possibilité d'un désistement républicain contre le FN en vue de la préparation des élections législatives, mais l'idée est peu reprise.. L'expression du « cordon sanitaire » apparaît pour la première fois en France dans un manifeste publié dans Le Monde en 1987, rédigé par Jean-Christophe Cambadélis et signé par 122 personnalités. L'universitaire Pierre Ecuvillon considère qu'il prend sur les . Il estime qu'il s'agit de , sans être pour autant . Lionel Jospin et Jean-Pierre Chevènement prennent leurs distances à l'égard de ce manifeste.