vignette|Illustration du pronom à l'intersection des pronoms masculin et féminin en suédois. est un pronom personnel de la troisième personne singulier désignant une personne de manière non genrée en suédois.. Néologisme créé dans les années 1960 par des linguistes et promu par des groupes féministes, il est entré en 2015 dans le dictionnaire de l'Académie suédoise après avoir suscité une importante controverse.

Contexte linguistique En suédois, les formes du masculin et du féminin ont fusionné pour ne plus former qu'un seul genre grammatical, le genre commun, à côté duquel subsiste le genre neutre (cf. l'article sur la grammaire suédoise). Le pronom personnel de la troisième personne singulier suit cette logique pour les choses et les concepts abstraits, en présentant les formes « den » et « det ». Pour les personnes, des pronoms distincts sont cependant utilisés qui ne suivent pas le genre grammatical, à savoir (elle) et (il). Le pronom est un pronom du genre neutre à la troisième personne du singulier.

La question ne se pose pas au pluriel, puisque les pronoms personnels de la troisième personne du pluriel, et , sont neutres.

peut être utilisé à la fois pour se référer à quelqu'un dont on ne connaît pas le genre, ou dont le genre n'a pas d'importance, et pour désigner une personne non binaire.

Histoire Le pronom a été introduit dans la langue suédoise en 1966, sur une proposition du journaliste du quotidien Rolf Dunås, qui avait remarqué l'usage du pronom sans genre dans la langue finnoise.. En 1976, le linguiste critique l'utilisation du masculin générique en suédois, qui contribue à invisibiliser les femmes. Cette position est également soutenue par la même année, qui estime que l'utilisation systématique du (« il ») dans les textes de lois constituait une atteinte au principe d’égalité des sexes.

Dans les années 1960, le néologisme est promu par des groupes féministes« Il ne faut pas occulter les premières réflexions et actions des milieux féministes » dans la promotion du pronom hen, même si le terme ne commence à se diffuser réellement que dès les années 2000, Nathalie Le Bouteillec, « Hen et la quête de l’égalité en Suède », Cahiers du Genre, 2020/2 (n° 69), p. 205-229. DOI : 10.3917/cdge.069.0205, lire en ligne. D'abord d'usage très marginal (restreint notamment à un cercle de linguistes et d'universitaires), il s'est progressivement répandu, surtout depuis les années 2000, dans les cercles LGBT+ et au-delà.

En 2012, il est employé dans un livre pour enfants pour qualifier le protagoniste principal de l'histoire. Son utilisation provoque un débat autour du langage non genré dans les médias suédois. D'un côté, ses partisans estiment que les enfants sont très influencés par les catégories genrés, et qu'un pronom neutre permet aux enfants de développer leur imagination plus librement. De l'autre, les opposants affirment qu'être un garçon ou une fille est une fierté et craignent une perte de repère pour les plus jeunes. Certains journaux interdisent à leurs journalistes d'employer le pronom, et le conseil des langues de Suède préconise en 2012 de ne pas l'utiliser.

Parmi d'autres arguments présentés contre l'utilisation de ce pronom, ont été avancés le caractère de la division en deux genres masculin/féminin, ou encore la crainte d'une remise en question de la biologie. Certains groupes de féministes ont également dénoncé un effacement des femmes par ce pronom. En réponse, les partisans du pronom neutre expliquent que son utilisation permet d'éviter des doubles formulations (, « il/elle ») et rendent la lecture plus fluide.

En 2013, le conseil des langues de Suède met à jour sa recommandation et indique que peut être utilisé. L'Académie suédoise annonce en que fera son entrée dans la quatorzième édition du , texte faisant de facto autorité sur les normes linguistiques, qui paraît en 2015..

Le pronom peut être employé jusque dans les textes officiels, même si en 2016 Garnam et al. notent que son utilisation dans l'administration reste très réduite. Il est davantage présent dans les médias, et son emploi a beaucoup augmenté au début des années 2010.

Avec les années, son utilisation s'est répandue et son usage a cessé d'évoquer la connotation militante qui était la sienne initialement.

Usages sociaux

L'usage du pronom véhicule en quelque sorte un message politique. Revendiqué par les partisans de la prise en compte des problématiques de genre à l'école et de la lutte contre la construction des stéréotypes, ce pronom a beaucoup attiré l'attention, qu'il s'agisse de critiques positives ou négatives..

Quelques écoles maternelles en Suède intègrent fortement la pratique du dans leur programme éducatif .

Autre usage parfois sujet à controverse, les personnes non binaires en ont fait pronom..

s'utilise lorsque l'orateur ne connaît pas le sexe de la personne à laquelle il se réfère ou tient à éviter une référence sexuée, notamment en cas d'usage générique. L'usage de ce pronom évite d'utiliser des locutions sexuées ou plus complexes comme ou , respectivement en français et .

Effets produits par l'utilisation de ce pronom Une étude de 2013 auprès de 150 personnes lisant une histoire sur quelqu'un, tantôt désigné au masculin, au féminin, les deux, ou avec le pronom , a montré que l'utilisation de ce pronom neutre était celle qui entraînait le moins l'identification du personnage avec le genre masculin. Ce personnage fictif avait également plus de chances d'être perçu comme transgenre lorsque le pronom est utilisé pour le désigner.

Une étude de 2019 publiée dans la revue Proceedings de la National Academy of Sciences par Efren O. Perez, professeur de science politique à l'Université de Californie, suggère que l'emploi de ce pronom neutre réduit les biais exclusivement favorables aux hommes : .

Notes et références

Annexes

Bibliographie

Articles connexes Genre neutre en français moderne et contemporain They singulier Ri, le pronom équivalent en espéranto Féminisation linguistique

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