vignette|Des Huîtriers pie se nourrissent de moules sur les rochers à marée basse.

L'Huîtrier pie (Haematopus ostralegus), aussi appelé Pie de mer, est une espèce d'oiseaux Charadriiformes de la famille des Haematopodidae.

Seul huîtrier vivant en Europe, il est très reconnaissable à son plumage noir sur le dessus et blanc sur le dessous et à son long bec orange vif. Mesurant environ de long et d'envergure, il présente un léger dimorphisme sexuel, les femelles étant souvent un peu plus imposantes que les mâles, avec un bec plus long et fin.

Le bec de l'Huîtrier pie a fait l'objet de nombreuses études : sa croissance rapide et sa forme sont étroitement corrélées à son régime alimentaire. Un bec long et fin signale un individu qui se nourrit principalement de vers marins et de petits coquillages, tandis qu'un bec émoussé signale un individu qui se nourrit de gros coquillages martelés, d'autres individus enfin possédant des formes intermédiaires.

Noms et étymologie Son nom scientifique Haematopus ostralegus, donné par Carl von Linné, se rapporte à son régime alimentaire et à son apparence. Le nom de genre Haematopus vient du grec ancien « sang », et « pied ». L'épithète spécifique ostralegus vient du latin « huître » et « ramasser, cueillir ». Ce nom signifie donc ..

En français, son plumage noir et blanc a donné le nom . Il est aussi appelé , notamment en Bretagne, ainsi que et .

Son nom se rapporte à l'huître dans plusieurs langues : en espagnol, en anglais, en allemand. Il est en revanche appelé , « bécasse de mer », en italien. vignette|Pornichet (France).

Description Dimensions et poids L'Huîtrier pie mesure de longueur, avec une envergure de .. Certaines sources rapportent que les mâles et les femelles sont absolument identiques, mais des statistiques précises montrent que la femelle est en général légèrement plus grande et plus lourde que le mâle, avec un bec plus long. Ces observations ne sont cependant pas absolues et le dimorphisme peut varier selon l'âge des individus ou l'environnement, ce qui remet en cause la reconnaissance des mâles ou des femelles d'après ces seuls critères physiques..

Le poids varie, selon les sources, entre , ou . Triplet et Goss-Custard précisent que le poids varie considérablement selon que les oiseaux ont l'estomac vide ou plein, le contenu de celui-ci pouvant représenter 20% de leur masse totale, et estiment la masse la plus fréquente entre . Des variations de poids sont à noter selon la localisation, la saison, l'âge et le sexe : les oiseaux pèsent généralement plus lourds en hiver et les femelles pèsent plus lourd d'une manière générale, en moyenne de plus que les mâles.

Plumage Son plumage reconnaissable est bicolore, noir sur la tête, le dos, le dessus des ailes et la gorge, et blanc sur le ventre, le dessous des ailes, le croupion et la queue, à l'exception d'une bande noire terminale sur celle-ci. Le dessus des ailes portent des bandes blanches très visibles en vol. La couleur des rémiges primaires peut varier, avec un blanchissement chez les jeunes individus. Les pattes sont rose pâle ou grisâtre chez les juvéniles et rose foncé chez les adultes. L'iris varie entre marron, orange et rouge, et l'œil est entouré d'un cercle jaune sombre, orange ou rouge.

Chez les individus matures, la gorge est entièrement noire en période nuptiale et porte un collier blanc en hiver. S'il est présent en été, ce collier blanc caractérise des juvéniles et des individus non-reproducteurs.

L'Huîtrier pie connaît deux périodes de mue, l'une après la reproduction, de juillet à l'automne, et l'autre, moins complète, de janvier à mars.

Variations du bec alt=Photographie de la tête d'un Huîtrier pie, avec son bec en détail.|vignette|Détail du bec d'un Huîtrier pie (Île de Noderney, Allemagne, 2024). Le bec de l'Huîtrier pie a fait l'objet de nombreuses études. Il mesure généralement entre et est souvent plus long et plus fin chez la femelle.. Quelques cas de becs plus longs que la normale ont été recensés, certains allant jusqu'à , une anomalie probablement liée à une surproduction de kératine. Le bec peut aussi être sujet de malformation, comme une mandibule sensiblement plus longue que l'autre.

Le bec croît de par jour, une croissance rapide par rapport aux autres oiseaux, qui permet aux Huîtriers pie de compenser l'usure due à leur mode d'alimentation. Cette croissance est nécessaire pour que le bec reste suffisamment long afin de briser des coquillages et permet à sa forme de s'adapter en fonction des proies. Le bec varie en effet selon l'alimentation, avec trois formes définies : pointue, en forme de ciseau (aussi appelé forme intermédiaire) ou émoussée. Swennen (1983) et Zwarts (1996) ont défini ces types selon la longueur totale du bec et la hauteur moyenne à son extrémité ( pour le bec pointu, pour le bec en ciseau et pour le bec émoussé)..

Les becs pointus se retrouvent à 70% chez les femelles et sont les plus fréquents chez les jeunes. Ils sont associés à une alimentation à base de petits coquillages ouverts par insertion du bec dans la coquille ou de vers marins comme la gravette ou l'arénicole. Les becs en ciseau sont associés à la recherche de coquillages profondément enfoncés dans le sol et à un régime mixte, composés de coquillages et de vers. Enfin les becs émoussés se retrouvent à 90% chez les mâles et sont associés aux coquillages ouverts par martelage, comme la Telline de la Baltique.

Les individus consomment un type de proies précis d'une année sur l'autre et sont plus efficaces dans la technique de chasse pour laquelle leur bec est adapté. En cas de changement de régime, la forme du bec doit s'adapter elle aussi, ce qui prend 2 à 3 semaines. La forme du bec et l'alimentation peuvent aussi découler d'aptitudes individuelles ou de l'âge : ainsi les individus aux becs les plus longs peuvent sonder plus profondément dans le sol, les individus les plus grands peuvent se nourrir des proies les plus grandes, et les oiseaux les plus âgés se montrent les plus aptes à ouvrir des moules.

La forme et les dimensions du bec sont utilisées comme critère pour différencier mâles et femelles lors d'observations sur le terrain, bien que certains auteurs jugent cette pratique peu fiable. Zwarts et al. (1996) rapportent un taux de réussite de 87% sur un panel d'individus identifiés d'après les dimensions du bec.

Espèces ressemblantes Seul représentant du genre Haematopus en Europe, son apparence très reconnaissable rend l'Huîtrier pie impossible à confondre avec d'autres limicoles.

Seuls d'autres Huîtriers à plumage noir et blanc lui ressemblent, tel que l'Huîtrier de Finsch (Haematopus finschi) en Australie, considérés par certains auteurs comme une sous-espèce de l'Huîtrier pie. D'autres Huîtriers d'apparence proche vivent dans des zones trop éloignées pour qu'ils puissent être confondus, comme l'Huîtrier d'Amérique (Haematopus palliatus) en Amérique, l'Huîtrier des Chatham (Haematopus chathamensis) en Nouvelle-Zélande et l'Huîtrier à long bec (Haematopus longirostris) en Australie. La sous-espèce H. o. osculans n'est pas considérée comme une espèce à part entière mais elle pourrait le devenir.

Comportement vignette|Pêche aux moules. Envol.

Alimentation Espèces consommées alt=Photographie d'un Huîtrier pie juvénile avec un gastéropode dans son bec.|vignette|Juvénile ayant attrapé un gastéropode (Oblast de Léningrad, Russie, 2022). Malgré son nom, il ne consomme pas d'huîtres car a disparu à l'état sauvage.

Son régime alimentaire est principalement constitué de coques communes, de moules communes, de Tellines de la Baltique et de lavagnons, ainsi que, sur les estrans rocheux, de patelles, de bigorneaux et d'autres littorines. Il consomme aussi de petits coquillages fins et peu résistants comme la telline-papillon et la donace des canards, qui se cachent en profondeur dans le sable, et des polychètes. Il mange aussi des vers de terre, notamment en hiver, et occasionnellement des crabes enragés et des crevettes grises, ainsi que très rarement des petits poissons et des insectes. Comme les autres limicoles, l'Huîtrier pie lave ses proies avant de les avaler, vraisemblablement pour éliminer les particules non digestibles, telles que la vase.

La taille des proies varie de pour les plus petites coques communes à près de pour les Anadara ou les Myes communes. Les coquillages en dessous d'une certaine taille ne sont pas consommés, de même que certains trop volumineux qui pourraient endommager le bec. Les individus semblent préférer certaines tailles de proies, selon leur facilité à les ouvrir, leur statut de dominant ou non et leur habitat.

Contrairement à de nombreux oiseaux côtiers, l'estomac musculaire de l’Huîtrier pie est peu développé. En raison de la technique d'ouverture de la nourriture, cet oiseau n’a pas besoin d'écraser les coquilles dans son gésier. L’Huîtrier pie peut avaler entièrement les petits coquillages. Pour les bivalves, c’est possible jusqu'à un diamètre de  ; pour les moules, jusqu'à .

Repérage des proies alt=Photographie d'un Huîtrier adulte remuant un tas d'algues avec son bec.|gauche|vignette|Adulte remuant des algues (Plage d'Ytri Tunga, Snæfellsnes, Islande, 2024). alt=Photographie d'un Huîtrier pie adulte, sur une zone légèrement immergée, plongeant son bec dans l'eau.|gauche|vignette|Adulte sondant l'estran à marée basse, à la recherche de coquillages (Kennacraig, Royaume-Uni, 2014). Il est attesté que l'Huîtrier pie repère ses proies principalement à la vue ou au toucher, mais certains auteurs suggèrent qu'il pourrait aussi utiliser d'autres sens, notamment le goût, comme c'est le cas chez d'autres limicoles, ou l'ouïe.

Afin de trouver les proies qui composent son régime alimentaire, l'Huîtrier pie doit s'alimenter pendant les périodes de marée basse, y compris la nuit. Puis, une fois rassasié, il rejoint des reposoirs lorsque la marée remonte.

En journée, il repère ses proies vivant à la surface, comme les moules et les patelles, par la vue. Les traces laissées sur le sable par les coquillages enfouis, comme les Tellines de la Baltique, sont un indice qui augmente ses chances de capture. Il peut aussi utiliser le toucher, par une méthode de ou : il enfonce son bec de quelques centimètres dans le sol et effectue un mouvement répétitif qui rappelle celui d'une machine à coudre. Cela lui permet de repérer des proies cachées sous des algues ou de la vase ou légèrement enfouies, grâce aux nerfs situés à l'extrémité de son bec appelés .

La nuit, où il dépend entièrement du toucher, son succès alimentaire est plus bas. Son sens du toucher lui permet néanmoins de faire la différence entre les coquillages vivants et les coquilles vides.

Techniques de chasse alt=Photographie d'un Huîtrier pie adulte, sur une plage, penché vers un bivalve qu'il touche avec son bec.|vignette|Adulte avec un bivalve (Oblast de Léningrad, Russie, 2023). L'Huîtrier pie enfonce généralement sa tête dans le sol jusqu'à l'œil lorsqu'il chasse et peut ouvrir des bivalves sans les extraire du sable. La longueur de son bec conditionne sa capacité à atteindre ces proies. Les proies qui s'enfoncent le plus profondément échappent à l'Huîtrier et aux autres prédateurs : c'est le cas pour des coquillages ou des vers de grande taille. En revanche, les coquillages les plus jeunes et les plus petits restent proches de la surface et constituent donc des proies faciles. En outre, certains coquillages, comme la Telline de la Baltique, vivent moins profond en été qu'en hiver et peuvent donc être consommés plus ou moins facilement selon la saison.

Deux techniques sont utilisées pour ouvrir les coquillages : l'insertion du bec et le martelage.