François Perroux est un économiste français né le à Lyon. (Rhône) et mort le à Stains (Seine-Saint-Denis).
Nourri de la pensée des plus grands économistes étrangers, comme von Mises, Marx, Schumpeter, Antonelli ou Keynes dont il a contribué à diffuser les pensées en France, François Perroux a eu le souci constant de construire à travers ses cours, ses articles, ses ouvrages, une « économie d'intention scientifique », rigoureuse. Présenté comme un théoricien majeur du courant hétérodoxe, il a forgé des concepts comme l'effet de domination, les espaces économiques, les pôles de développement, les asymétries, les industries motrices, la création collective, les coûts de l'homme, etc. qui trouvent écho aujourd'hui dans tous les champs de l'économie politique et en gestion.
Il fonde, en , l’Institut de Science Économique Appliquée (ISÉA), rebaptisé, en 1975, Institut de Sciences Mathématiques et Économiques Appliquées (ISMÉA).
En 2007, les archives ont été déposées par l'Institut auprès de l'IMEC, où elles ont été répertoriées et classées et où elles sont consultables.. Tandis que ses « héritiers » : Raymond Barre, Gérard Destanne de Bernis et Jean-Yves Haberer ont constitué un fonds, peu après sa disparition, auprès de la Fondation de France pour rééditer son œuvre.. Enfin, 191 documents sont disponibles en consultation à la BnF. Il avait épousé Eveline Coste (1908-1965).
Biographie De la naissance à 1934 Né en 1903 dans une famille catholique de négociants lyonnais. Il effectue ses études secondaires chez les Pères maristes, à Lyon. Puis, il fait ses études universitaires à la faculté de Droit de Lyon. Diplômé d'études supérieures ès lettres, en 1924, il soutient son doctorat de droit : Le problème du profitF. Perroux, Le problème du profit, Presses universitaires de Grenoble, 1926., sous la direction de René Gonnard (1874-1966). L'ouvrage comprend un grand nombre de références autrichiennes, allemandes, et italiennes, nourries par d'importantes correspondances. En 1928, il est reçu major de l’agrégation et nommé agrégé à la faculté de Droit de Lyon. Grâce à sa connaissance des écrits allemands et autrichiens, il est chargé par l'Association de politique sociale, de la contribution française à l'enquête internationale sur les traitements des fonctionnaires, entreprise en 1932, qui débouche sur son ouvrage, très juridique, publié en 1933 : Les traitements des fonctionnaires en FranceF. Perroux, Les Traitements des fonctionnaires en France, Librairie du Recueil Sirey, 1933.. Préfacé par le doyen de la faculté de Droit de Paris, M. Edgard Allix, ce travail laisse entrevoir les perspectives parisiennes qui lui seront ouvertes peu aprèsJ.-L. Perrault, « Perroux, le missionnaire d'une utopie “réaliste” », Vers une économie humaine. Pensées critiques d'hier pour aujourd'hui : Desroche, Lebret, Lefebvre, Mounier, Perroux., ISMEA-IMEC, Caen, 2012..
Boursier Rockfeller à Vienne, Berlin et Rome Peu après, en 1934, il obtient une bourse de Rockefeller Fellow pour l'Autriche, l'Europe danubienne, l'Allemagne et l'Italie, qui lui permet de se rendre à Vienne, à Berlin et à Rome. Dans la capitale autrichienne il rencontre Ludwig von Mises, dont il suit les séminaires et dont il écrit la préface à l'édition française en 1935Le socialisme : Étude économique et sociologique - Ludwig von Mises, préface de l'édition française.. Plusieurs autres célèbres viennois avaient déjà migré à l'étranger, à l'instar de Friedrich von Hayek, Gottfried von Haberler et Fritz Machlup. Le jeune économiste lyonnais rencontre, lors de ces séminaires, l'economiste Oscar Morgenstern. Et il assiste à des cours de Sigmund Freud. La pensée autrichienne le marque durablement ; et il opte, d’abord, en faveur de la notion d’équilibre d’interdépendance général, telle que l’école viennoise le construisait, c’est-à-dire en opposition à l’école de Lausanne (Léon Walras). En Allemagne, il rencontre Werner Sombart de l'École historique allemande. La confusion dramatique inhérente à la le fait s'intéresser aux travaux de Carl Schmitt, qu'il rencontre et qui devint son ami, sur les fondements philosophiques de la politiqueF. Perroux, « Pérégrinations d'un économiste et choix de son itinéraire », Économie appliquée , 1980 (1987), .. Joseph Aloïs Schumpeter qui enseignait à l'Université de Bonn jusqu'en 1932, et que François Perroux ne rencontre qu'en 1948J. A. Schumpeter, « Lettre au Professeur François Perroux », Schumpeter Correspondance, Harvard University, Cambridge, 1949. Perroux, à cette époque, aura pris ses distances vis-à-vis de l'œuvre de Schumpeter, qui décède deux ans plus tard, en 1950,pour différentes raisons. Les plus explicites sont, la théorie de l'impérialisme de Schumpeter, développée dans son ouvrage de 1919 : Impérialisme et classes sociales, et l'absence de réflexion sur la valeur, chez l'économiste autrichien émigré. Mais, par ailleurs, le caractère privilégié de la théorie de l'équilibre générale, chez Schumpeter marque la rupture de Perroux sur les principaux points de son œuvre, y compris le capitalisme, socialisme et la démocratie, était alors déjà définitivement installé à Harvard.
Parallèlement, à l'ouvrage de Mises, il introduit la traduction française de la Theorie der wirtschaftlichen Entwicklung (Théorie de l'évolution économique)F. Perroux, La pensée économique de Joseph Schumpeter : Une théorie pure de la dynamique capitaliste, Librairie Dalloz, Paris, 1935.J. A. Schumpeter, Théorie de l'évolution économique : Recherches sur le profit, le crédit, l'intérêt et le cycle de la conjoncture, Librairie Dalloz, Paris 1935 (1911).F. Perroux, Marx, Schumpeter, Keynes, Presses universitaires de Grenoble, 1993. de Schumpeter, en 1935 également. Simultanément, il donne des conférences auprès de la toute nouvelle Université prolétarienne de VilleurbanneInauguration de l'Université prolétarienne de Villeurbanne - Commons .. Perroux reste, en effet, toujours sensible et profondément préoccupé de la nécessité d'offrir une véritable place au monde ouvrier. Daniel DufourtFiche : Daniel Dufourt - Groupe de Recherche en Épistémologie Politique et Historique (GREPH). détaille minutieusement comment la critique du marginalisme autrichien, par Perroux, à cette époque, démontre les caractères antinomiques du calcul économique et de la décision politique, et, par ailleurs, la supériorité de la théorie marginaliste autrichienne sur celle de la théorie de l'équilibre généralD. Dufourt, « L'avènement d'une épistémologie politique dans l'œuvre de François Perroux », Économies et sociétés 33, , .. S'appuyant sur ses connaissances de l'Allemagne, il écrit un ouvrage assez décisif sur l'Allemagne nazie : Des mythes hitlériens à l'Europe allemandeF. Perroux, Des mythes hitlériens à l'Europe allemande, Bosc Frères, M. & L. Riou, Lyon, 1935., qui figure, sous l'Occupation, dans la liste OttoSyndicat des éditeurs , Unerwuenschte Literatur in Frankreich/Ouvrages littéraires non désirables en France, Syndicat des éditeurs, Paris, ..
Retour à Lyon À l'échéance de sa bourse Rockfeller, de retour à Lyon, il est élu représentant des sciences économiques au Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSRS)La longue marche vers le CNRS (1901 – 1945) - Jean François Picard, Elisabeth Pradoura, CNRS, 2009 ., créé le , qui se réunit pour la première fois au printemps 1934F. J. Perroux, Curriculum, Archives de l'ISMÉA, Paris, 1944.. Puis, quelques années plus tard, il quitte la chaire de Législation et d'économie industrielle et rurale, qu'il occupe à la Faculté de droit de Lyon depuis 1934, et est nommé à la Faculté de droit de Paris, le . Il y occupe bientôt la chaire d'Économie rurale. C'est au tournant de ces années qu'il écrit trois ouvrages décisifs constituant sa vision d'une utopie réaliste : Capitalisme et communauté de travail, Syndicalisme et capitalisme, et L'artisanat dans le capitalisme moderne, tous trois édités en 1938F. Perroux, Capitalisme et communauté de travail : Corporatisme et capitalisme, corporatismes réalisés, communauté de travail, déclarations des droits du groupe, révolution française, Librairie du Recueil Sirey, Paris, 1938.F. Perroux, Syndicalisme et capitalisme : Syndicat et système économique. Syndicat et État. Syndicat et personne, Gaillon, 1938.F. Perroux, L'Artisanat dans le capitalisme moderne, J. Lesfauries, Paris, 1938.. Il y fonde, dans la lignée dEsprit, sa conception de la Révolution nationale, nécessaire à ses yeux au regard du délabrement politique et social de la France. Simultanément, il adhère en 1936 à la Société d'économétrie, fondée en 1930 par Ragnar Frisch, et plusieurs autres universitaires et mathématiciens aux États-Unis.
La guerre de 1940 et l'occupation Perroux et l'école d'Uriage
Mobilisé comme officier lieutenant dans le de zouaves, il y obtient la croix de Guerre. Après l'humiliation de l'Armistice du 22 juin 1940, les fonctionnaires sont démobilisés et investis de la mission de permettre le fonctionnement du Gouvernement institué. Ils sont invités à se conformer aux règlements des autorités militaires allemandesNathalie Carré de Malberg, « Les fonctionnaires (civils) sous Vichy : essai historiographique », Histoire@Politique , , Centre d'histoire de Sciences Po, Paris .. François Perroux est affecté comme adjoint au Secrétaire Général de la Famille et de la Jeunesse, d'août à septembre, jusqu'à la rentrée de l'Université, en F. J. Perroux, Curriculum, Archives de l'ISMÉA, Paris, 1943.. Cela lui permet de jouer un rôle actif dans la fondation de l'École nationale des cadres d'Uriage, près de Grenoble, par le capitaine Pierre Dunoyer de Segonzac, au mois d'P. Bitoun, Les hommes d'Uriage, Éditions la Découverte, Paris, 1988.. Perroux y assure plusieurs séminaires, avant que Laval ne soit rappelé par Pétain, au printemps 1942 et ne finisse par signer le décret de fermeture de l'École, le C. Ayati, « L'économie politique d'Uriage », Idées , , .. Il y rencontre, entre autres, Gilbert Gadoffre, avec lequel il anime, au sein du Collège de France, à compter de 1969, un séminaire interdisciplinaire, en compagnie également de André Lichnerowicz. Lors de son passage au Ministère de la Famille et de la Jeunesse, il écrit à Mounier :
Perroux et la création d'économie et Humanisme et de la revue Renaître
Dans sa ville natale, il accompagne la création de l'association Économie et humanisme par le Père Lebret, en , puis la création de la revue du même nom (E&H) en 1942. Il accepte de codiriger la revue maréchaliste La Communauté française avec Jacques Madaule, à partir de l'été 1941. L'ambition de la revue est claire : La revue se situe, avec une ligne éditoriale plus prudente, dans la lignée dEsprit, revue d'abord autorisée par le régime de Vichy, en , puis interdite en E. Mounier, Emmanuel Mounier et sa génération : Œuvres, Le Seuil, Paris, 1963, . : , écrit alors Emmanuel MounierE. Mounier, Emmanuel Mounier et sa génération, Œuvres, Le Seuil, 1963, ..
Dès lors que Vichy ne s'incarne plus que dans la réaction, Perroux crée en 1942, avec Yves Urvoy, un groupe de réflexion et une revue, Renaître, Cette revue, qui comprend six numéros, révèle son désappointement à l'égard de Vichy : Perroux et les centres de recherche : la fondation Institut de sciences économiques appliquées - ISÉA