L’aoriste (du grec ancien / , « in-déterminé »Alessandra Lukinovich, Madeleine Rousset, Grammaire du grec ancien, Genève, Georg, 2002, 327 p. ou « non limité » ) est un temps et un aspect que l'on retrouve dans certaines langues indo-européennes telles que le sanskrit, le serbe, le bulgare, le croate, le bosnien, l'ancien tchèque ou encore le grec (ancien et moderne) ; on le trouve également en turcSelim Yilmaz, « Équivalents turcs du conditionnel », Turcica, 29, 1997, p. 377-395 (v. p. 379) , en arménien R.I. Kim, « The prehistory of the classical Armenian weak aorist », Acta Linguistica Petropolitana, 2018, p. 86-126 ainsi qu'en géorgienGeorge Hewitt, Georgian. A Learner’s Grammar Second Edition, Routledge, 2005, V. leç. 8, 11, 12 et 14 . Il n'existe pas tel quel en latin, bien que le parfait de cette langue en provienne, sans en avoir gardé la valeur aspectuelle.
L'aoriste provient de l'indo-européen commun.
Étymologie Selon le Dictionnaire grec français d'Anatole Bailly, l'adjectif signifie « indéfini, indéterminé » et le sens grammatical actuel du mot est donné dans l'expression — c'est-à-dire « [le temps] indéterminé, indéfini » —chez, entre autres, le grammairien du , Denys de Thrace.
Origine C'est de l'indo-européen commun que provient l'aoriste : en effet, le sanskrit comme le grec ont hérité de cette langue les trois thèmes morphologiques (présent, aoriste et parfait) autour desquels s'organise leur conjugaison. L'aoriste est l'un des trois thèmes morphologiques fondamentaux du proto-indo-européen. Initialement, l'aoriste ne dénotait pas une valeur temporelle mais un aspect (qu'on appellera « aspect zéro » ou « perfectif » dans les grammaires de grec ancien), ce qui signifie que le procès verbal (« l'action ») est représenté sans référence à son déroulement, ni à sa situation dans le temps, ni à sa duréeÉloi Ragon, Grammaire grecque, entièrement refondue par Alphonse Dain, J. De Foucault et P. Poulain, Paris, De Gigord, Nathan, 2008 , 282 p. p. 57, § 100.. L'aoriste s'oppose donc directement à l'imperfectif (soit les temps du présent et de l'imparfait), qui marque, lui, une action en train de se dérouler ou une action habituelle, et au parfait, qui note un état ou un achèvementJean-Victor Vernhes, Hermaionn. Initiation au grec ancien, Paris, Orphys, 2020 , 421 p. p. 20; 31; 155.
L'aoriste, cependant, en est venu à prendre une valeur temporelle passée, ce qui se constate bien en grec ancien, mais seulement au mode indicatif (ainsi que, mais de manière moins marquée, aux modes participe et infinitif). Ailleurs, l'aoriste reste un aspect. En sanskrit, il en vient aussi à dénoter un procès passé, en plus de sa valeur de constatation d'un fait.
Exemple Soit le verbe grec signifiant « manquer ». Son thème de présent est / , celui d'aoriste / .
À l'indicatif, le présent / se traduit par « je manque », l'aoriste / par « je manquai » ou « j'ai manqué » voire « j'avais manqué », selon le contexte, la valeur temporelle étant en effet très floue mais l'aspect étant celui d'une action dont la durée n'est pas précisée et qu'on représente dans son intégralité (aspect global). À l'indicatif, l'opposition d'aspect est encore plus visible avec l'imparfait : / est un imperfectif passé, ce que l'imparfait français rend bien. « Je manquais » dénote une action en train de se dérouler ou du moins dont on ne voit pas les deux bornes (commencement et fin) (aspect sécant) alors que « je manquai » montre une action passée pure avec ses deux bornes (elle a eu un commencement et une fin, aspect global ou non sécant).
À l'infinitif, cependant, la valeur temporelle est moins marquée et on ne peut pas réduire l'opposition entre l'infinitif « présent » / et l'infinitif aoriste / à une opposition temporelle présent/passé. Les deux se traduiraient en français par « manquer », mais dans le premier cas ce serait « être en train de manquer » (action qui se déroule), dans le second simplement « manquer », c’est-à-dire l'action pure et simple, sans nuance de duréeÉloi Ragon, Grammaire grecque, Paris, De Gigord, Nathan, 2008, p. 174, § 266..
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Maria Napoli, « Aorist », / Jean Lallot, « Aorist—ἀόριστος » / Joel Christensen, « Aorist Formation » in Georgios K. Giannakis (Ed.-in-Chief), Encyclopedia of Ancient Greek Language and Linguistics, Leyde, Brill, 2013, . Lire en ligne, p. 6-8, l'art. de Napoli et un résumé de ceux de Lallot et Christensen. Lire en ligne l'art. complet de Christensen (pages consultées le )
Articles connexes Aspect (grammaire) Temps Conjugaisons du grec ancien Conjugaisons du sanskrit
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