Doris Ulmann, née le à New York où elle est morte le , est une photographe américaine.
Elle est connue pour ses portraits des personnalités de la ville de New York, de la population rurale des Appalaches, des Gullah, réalisés entre 1928 et 1934.
Son style d'abord pictorialiste a évolué pour s'en détacher, créant ainsi le sien propre.
Elle a illustré le roman Roll, Jordan, Roll de Julia Peterkin publié en 1933 puis l'essai de Handicrafts of the Southern highlands publié en1937.
Biographie
Jeunesse et formation Doris Ulmann est la fille de Bernhard Ulmann, né en Allemagne, et de Gertrude Maas Ulmann, tous les deux rattachés au courant du judaïsme dit du Judaïsme réformé a elle a une sœur cadette Edna. Elle passe son enfance et son adolescence dans un appartement de Park Avenue. Sa mère meurt alors qu'elle est encore une enfant. Son père l'emmène avec lui voyager à l'étranger. Elle apprend le français, l'allemand et l'italien. Dès son enfance elle souffre de maux d'estomac qui évoluent vers un ulcère, malgré une opération réussie, elle restera fragile tout au long de sa vie, précarité également liée à son tabagisme et ses abus de consommation de café noir .
Études universitaires En 1900, Doris Ulmann entre à la de New York en vue de devenir enseignante. elle y a pour professeur Lewis Hine connu pour ses photographies de migrants et d'enfants-ouvriers qui ont permis des changements quant à la législation américaine sur le travail des enfants.
Désireuse d'approfondir ses connaissances sur le droit et la psychologie elle entre au Teachers College de l'université Columbia en 1903.
Après l'obtention du Bachelor of Arts en 1907, elle étudie la photographie artistique auprès de Clarence Hudson White. Quand en 1914, ce dernier ouvre la , Doris Ulmann s'y inscrit avec sa condisciple Laura Gilpin et d'autres futurs personnalités de la photographie telles que Margaret Bourke-White, Dorothea Lange, Paul Outerbridge et Ralph Steiner. Clarence H. White regroupe autour de lui de nombreux photographes membres du mouvement dit de la Photo-Secession sous l'impulsion de pictorialistes tels que Alfred Stieglitz et de Paul Strand. En 1916, Clarence H. White fonde le groupe Pictorial Photography in America.
En 1917, Doris Ulmann épouse Charles H. Jaeger un chirurgien orthopédiste et professeur au , le couple s'installe dans un appartement de la à proximité de Central Park et du Metropolitan Museum of Art.
Carrière professionnelle Une fois installée, Doris Ulmann commence à prendre des photos selon le style du pictorialisme, mais plusieurs clichés de portraits s'en écartent, elle commence à créer son propre style. Cependant son époux Charles H. Jaeger est élu trésorier du groupe et les photos de Doris Ulmann illustrent leurs documents cela jusqu'en 1926 . À la suite de la mort de Clarence H. White en 1925, cette même année est prononcé le divorce de Doris Ulmann d'avec Charles H. Jaeger.
La montée des femmes dans le monde la photographie vignette|261x261px|Autoportrait de Doris Ulmann. Depuis le début du , l'influence des femmes dans le monde la photographie ne cesse de croître et c'est ainsi qu'en 1914 est créée la , parmi ses membres figurent des femmes qui deviendront célèbres comme Julia Margaret Cameron, Gertrude Käsebier, Annie Brigman, Imogen Cunnigham et bien d'autres. En 1929, Doris Ulmann déclare que les femmes photographes développent leurs propres styles, leurs propres esthétiques indépendamment de leurs collègues masculins.
La professionnalisation gauche|vignette|198x198px|Rolleiflex C'est en 1918 que débute la carrière de Doris Ulmann en tant que photographe professionnelle. Pendant sa carrière elle utilise un équipement qu'elle qualifie de elle se méfie des nouveaux appareils photos dotés "d'astuces mécaniques", elle privilégie le purisme, c'est pourquoi elle refuse un Rolleiflex que lui offre et préfère les appareils tripode.
Les portraits Tout en continuant de photographier des paysages, Doris Ulmann commence à photographier les personnes qu'elle rencontre au gré de ses pérégrinations. Les premiers clichés sont ceux de célébrités de la société new-yorkaise.
Le succès de ses portraits lui permettent de les publier en trois volumes, le premier en 1919, The Faculty of the College of Physicians & Surgeons, Columbia University in the City of New York suivi en 1922 de A book of portraits of the faculty of the Medical Department of the Johns Hopkins University, Baltimore et enfin en 1925 A Portrait Gallery of American Editor, ce dernier livre est tiré à , avec une préface de ainsi que la mise page et les fontes de caractères créées par son ami Frederic Goudy.
Les portraits des célébrités du monde des arts, du spectacle, des sciences et de la politique
Littérature gauche|vignette|270x270px|Paul Robeson photographié par Doris Ulmann. Parmi les portraits de célébrités il y a ceux de la littérature américaine comme Sinclair Lewis, James Weldon Johnson, Fannie Hurst, Lewis Mumford, Esther Forbes, Waldo Frank, Oliver Lafarge, Max Eastman, Joseph Wood Krutch, Hamlin Garland, Thomas Wolfe, Thornton Wilder, puis ceux de la poésie américaine, Stephen Vincent Benet, Robert Frost, , Edna St. Vincent Millay, auxquels il faut ajouter les auteurs britanniques comme John Galsworthy, John Drinkwater, Robert Bridges et le poète irlandais William Butler Yeats.
Théâtre et cinéma Les portraits sont ceux de Katherine Cornell, Lillian Gish, Paul Robeson.
Danse Parmi les danseurs il y a Ruth St. Denis, Martha Graham, Anna Pavlova, Doris Humphrey .
Peinture et sculpture Les portraits de Jose Clemente Orozco, Max Weber, Boardman Robinson, Childe Hassam, Malvina Hoffman, George Grey Barnard et Isamu Noguchi.
Illustration et photographie Sont cités Charles Dana Gibson, , Carl van Vechten.
Divers gauche|vignette|265x265px|Albert Einstein photographié par Doris Ulmann Doris Ulmann prend des clichés de diverses personnalités en dehors de la littérature et des divers arts comme Albert Einstein, Helen Keller, John Dewey, Felix Adler, Will Durant, William Averell Harriman ou Rabindranath Tagore.
Portraits réalisés sur place Si la majorité de ces clichés sont pris dans son studio de New-York, quand il le faut, elle se déplace sur les lieux de résidences des personnalités. C'est ainsi qu'elle photographie Blair Niles dans son appartement de Manhattan, puis elle se rend en Virginie pour photographier Sherwood Anderson. Lors d'un voyage à Northampton dans l'État du Massachusetts elle fait une halte pour prendre un cliché du président Calvin Coolidge puis se rend à Washington pour photographier le vice président Charles Dawes.
À la recherche de son style Ce n'est pas par hasard, si dans sa série de clichés concernant les photographes sont omis ceux de Alfred Stieglitz et des photographes qu'il protège comme Georgia O'Keeffe, Arthur Dove, Marsden Hartley, Joseph Stella et autres. En effet si à ses débuts Doris Ulmann est influencée par Alfred Stieglitz, peu à peu elle s'en écarte pour se tourner vers un style plus "conservateur", une esthétique plus traditionnelle la rapprochant de Lewis Mumford, Martha Graham, Edna St. Vincent Millay.
La renommée La publication de A Portrait Gallery of American Editor et d'autres collections de portraits d'écrivains sont publiés dans le Wings magazine qui sera diffusé par la Literary Guild of America. Le numéro de présente d'autres portraits réalisés par Doris Ulmann comme ceux de J. Frank Dobie, , John Galsworthy, Dorothy Parker, William Seabrook et de .
Ruralité, Mennonites et Shakers gauche|vignette|292x292px|Portrait de Hamlin Garland. Après cela, Doris Ulmann est en quête de personnes ordinaires au visage de caractère, elle parcourt les environs ruraux de New-York, puis se rend à Dunkard en Pennsylvanie où elle photographie des Mennonites et enfin visite les implantations des Shakers dans les États de Virginie, Pennsylvanie, New-York. Ses premières photographies sont publiées en 1926 par la revue Pictorial Photography puis en par le Scribner's Magazine et le Mentor Magazine en 1927 et 1928. Les clichés publiés par le Mentor Magazine sont réunis dans un recueil titré accompagnés d'un d'article titré "Doris Ulmann's Photograph" par Hamlin Garland dans lequel il écrit : . vignette|265x265px|Portrait de John Jacob Niles.
John Jacob Niles En 1927, Doris Ulmann fait la connaissance du musicien , elle voit en lui l'homme qu'elle cherchait. Ce dernier formé au conservatoire de musique de Cincinnati est notamment connu pour ses tournées américaines et européennes avec la chanteuse d'opéra Marion Kirby titré . Ses tournées lui rapportaient seulement par mois, aussi accepte-t-il la proposition de Doris Ulmann de l'accompagner dans les Appalaches afin de compléter les clichés de sa patronne par ses connaissances des musiques locales. Dans un premier temps il devient son assistant photographe, il la suit à bord d'une Chevrolet qu'elle lui a achetée pour l'occasion pendant que Doris Ulmann roule dans une Lincoln conduite par son propre chauffeur.
Plus tard dans les années 1930 l'amitié entre Doris Ulmann et John Jacob Niles devient une relation amoureuse.
Les Appalaches Dès 1928, Doris Ulmann commence à s'intéresser aux populations descendantes des Irlandais et Ecossais venus s'installer au cours des et siècles dans la région des Appalaches. Populations qui vivent dans des bourgades et villages à l'écart du reste des États-Unis conservant leurs mœurs et activités artisanales traditionnelles. écrit dans on livre Handicrafts of the Southern Highlands pense que ces populations des Appalaches sont probablement les seuls "purs" Américains d'origine anglo-saxonne vivant aux États-Unis, mais populations réputées illettrées et dans une grande précarité. Les clichés de ces populations pris Doris Ulmann sont rassemblés dans un album titré sont expédiés au Scribner's Magazine pour publication.
Julia Peterkin vignette|227x227px|Photographie Doris Ulmann (à gauche) en compagnie de Julia Peterkin, prise par Doris Ulmann grâce à un retardateur. Au début de l'année1929, Doris Ulmann fait la connaissance de celle qui deviendra une de ses amies intimes, Julia Peterkin qui a remporté le Prix Pulitzer du roman pour son roman Scarlet Sister Mary. Ensemble elles projettent de réaliser un livre qui aurait pour titre Roll, Jordan, roll, basé sur la vie d'une communauté d'Afro-Américains les Gullah qui travaillent et vivent dans les près de dans l'État de la Caroline du Sud. Elles partent ensemble rencontrer les Gullah, Julia Peterkin rassemble les données nécessaires pour écrire son roman pendant que Doris Ulmann prend les photographies qui illustreront son roman.
Doris Ulmann fait au moins deux voyages en Caroline du Sud, le premier en 1929, le second durant l'hiver de l'année 1930. Lors de son premier voyage, elle fait une première halte à Bryson City dans la Caroline du Nord, plus précisément dans les Monts Great Smoky, puis une seconde à Lumberton près de la côte atlantique avant de s'arrêter à Charleston. Elle commence à se documenter sur les Gullah, mais sans grands succès, les habitants de Charleston restent dans leur quant à soi. Elle se rend à Columbia en 1929 puis en 1930 pour finir les prises de photographies des plantations de Julia Peterkin. La Grande Dépression n'aura pas d'impact du fait de l'éloignement de la Caroline du Sud.
Avec la parution de Roll, Jordan, roll plusieurs de ses clichés font l'objet d'expositions comme celle qui s'est tenue en à Boston et organisée par la Harvard Society for Contemporary Art titrée "International Photography". Sa réputation est faite, elle est associée aux grands noms de la photographie comme Berenice Abbott, Eugène Atget, Walker Evans, Charles Sheeler, Alfred Stieglitz, Paul Strand ou Edward Weston.