thumb|150px|Portrait du Duc de La Rochefoucaud-Liancourt

L'École nationale supérieure d'arts et métiers (ENSAM), communiquant sous le nom d'Arts et Métiers Sciences & Technologies, est l'une des plus anciennes grandes écoles publiques d'ingénieurs de France, fondée en 1780 par le duc de La Rochefoucauld-Liancourt. Ses élèves – portant l'uniforme des gadzarts – et ses anciens élèves, réunis dans la Société des ingénieurs Arts et Métiers, constituent aujourd’hui le plus important réseau européen d’ingénieurs issus d'un même établissement.

Fondée à ses débuts pour instruire les pupilles du régiment de dragons du duc, elle est, avec plus de étudiants, entre élèves-ingénieurs, mastériens et doctorants, l'école française d'ingénieurs formant le plus d'étudiants et fait figure de référence pour l’enseignement du génie industriel et mécanique. Elle dispose d’un réseau de huit campus sur tout le territoire français, et occupe des locaux voués à l'enseignement et à la recherche. Ces locaux sont des monuments historiques liés à sa longue histoire (tels que l'abbaye de Cluny ou l'abbaye du Ronceray d'Angers) ainsi que des bâtiments modernes (CER de Metz). Création de l'école

thumb|left|202px|La ferme de la Montagne, première école en 1780, musée national gadzarts. Arts et Métiers ParisTechLa dénomination règlementaire de l’école n’a pas changé (cf. décret du 22 avril 1988). Toutefois, depuis son adhésion à ParisTech, l’École nationale supérieure d’arts et métiers, comme toutes les autres écoles faisant partie de ce PRES, s’est dotée d’un nom d’usage avec l’identité « ParisTech ».., est une des rares écoles d'ingénieurs françaises dont les origines sont antérieures à la RévolutionSon nom a fluctué selon les époques, son statut et les régimes politiques : successivement « École impériale d'arts et métiers », puis « royale », puis « nationale », puis « École nationale d'ingénieurs arts et métiers » à partir de 1907, et enfin « École nationale supérieure d'arts et métiers », le terme « École » étant au singulier ou au pluriel selon la situation juridique des établissements..

La première école est fondée en 1780 à Liancourt dans l’Oise (ferme de la Montagne) par le duc François de La Rochefoucauld-Liancourt pour accueillir une vingtaine de pupilles de son régiment de dragons, avec le concours de Monge, Berthollet, Chaptal et Laplace. Cette ferme existe toujours et appartient aux anciens élèves depuis 1980. Le duc va essayer d'intéresser les autorités de Versailles à ce projet d'établissement d'enseignement en intervenant auprès de ses relations et obligés, comme le conseiller d'État Jacques-Antoine-Hippolyte de Guibert, fils du gouverneur des Invalides ou Jean François d'Avrange du Kermont, commissaire des Guerres d'artillerie à la Maison du roi, ou le comte d'Avranges, commandant des gardes de la porte du roi. En vain. En 1783, ne voyant pas son projet avancer, il choisit alors d'installer une filature dans sa ferme. Les élèves doivent se former sur les métiers installés.

Au début de 1786, Jacques de Guibert l'interpelle sur son projet car son père est « surchargé d'enfants de ces invalides dans son hôtel » et il est prêt à l'aider auprès du ministre de la Guerre, le maréchal de Ségur. François de La Rochefoucauld, duc de Liancourt, écrit au ministre en lui renouvelant sa proposition de créer une école en prenant à sa charge les investissements et les aléas du projet. Le , le maréchal de Ségur lui écrit que le roi a donné son accord de principe pour établir une école pour cent enfants de soldats invalides à Liancourt, et il précise : « Sa majesté vous accorde avec plaisir comme vous le désirez le titre d'inspecteur de cette école ». Il conclut la lettre en demandant au duc de rédiger un projet d'ordonnance fixant les modalités de fonctionnement sur une base de 100 élèves dès la première année et permettant le financement nécessaire. Le duc envoie son projet qui est reçu le par le ministre qui lui signale que le roi doit signer l'ordonnance après son voyage à CherbourgArchives de la Manche : Visite du roi à Cherbourg (juin 1786). Le duc lance les travaux d'aménagement dès le dont le coût s'est élevé à Michel Mignot, Une école sur ordonnance, , Arts & Métier Mag, Février 2015, .

Le , le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, qui est aussi grand maître de la Garde-Robe du Roi, obtient de Louis XVI une ordonnance à la ferme de la Montagne. Le roi accorde une indemnité de huit sous par jour et par élève, plus deux sous pour l’éclairage et le chauffage, soit pour 100 élèves pendant une année. Fin , les ateliers sont en état de marche. L’école professionnelle ouvre ses portes quelques mois plus tard. Les 26 premiers élèves arrivent le . Pendant la Révolution, le duc s’exile en 1792, voyage aux États-Unis en 1797 et 1798, et revient en France en 1799.

Après l'exil du duc de La Rochefoucauld-Liancourt, un décret est pris par la Convention nationale le 25 nivôse an II () décidant de l'institution de l'école de Liancourt et de la paie accordée à chaque élève. Le 23 floréal an III () un secours est accordé par la Convention à l'école. Le 30 floréal an III () une proposition est faite pour transférer cette école à Versailles. Le 9 prairial an III (), décision sur la somme à accorder à cette école. Le 20 prairial an III () il est décidé de réunir les élèves de l'école de la patrie à l'école de Liancourt. Le 19 messidor an IV (), il est décidé des bâtiments, jardins et terrains qui lui sont destinésTable générale par ordre alphabétique des matières, des lois, senatus-consultes, décrets, arrêtés, avis du Conseil d'État, etc. publiés dans le Bulletin des lois et les collections officielles depuis l'ouverture des États généraux, au 5 mai 1789, jusqu'à la restauration de la Monarchie française, au avril 1814, tome second, Com.=Ext., , chez Rondonneau et Decle, Paris, 1816 (lire en ligne).Michel Mignot, Notre École à Versailles ? Que nenni !, , dans Arts & Métiers Mag, juin-juillet 2016, .

En 1800, il existe au château de Compiègne un des quatre collèges qui formaient le Prytanée françaisLes quatre collèges du Prytanée français sont situés à Paris, à Saint-Cyr (Versailles), à Saint-Germain et à Compiègne.. Ces établissements avaient un statut militaire. Après une visite du collège de Compiègne, le Premier Consul Napoléon Bonaparte constate que l’investissement fait par l’État n’est pas très utile sauf pour ceux qui poursuivent une carrière militaire. Ayant visité peu auparavant des établissements industriels du nord, il y avait constaté l’absence de contremaîtres capables de faire des plans ou des calculs simples. Il décide alors de changer l’enseignement au collège de Compiègne pour combler cette lacune. Quelques jours après cette visite, Le 19 pluviôse an (), le collège de Compiègne est renommé « Collège des arts et métiers ». Puis paraît au Moniteur l’acte du 6 ventôse (). Il dit : Jean Joseph Labâte, un ancien chirurgien militaire, bientôt assisté par Emmanuel-François Molard pour les aspects techniques, dirige l'établissement.

Expansion et nouveaux centres Le 28 floréal an XIII (), Napoléon signe un décret qui ordonne l'établissement d'une école d'arts et métiers pour l'éducation des enfants des treize départements nouvellement réunis. Il prévoit de l'établir dans l'abbaye de Saint-Maximin, près de Trèves et doit recevoir 400 élèvesJ. B. Duvergier, Collection complète des lois, décrets, ordonnances, réglemens et avis du Conseil d'État depuis 1784 jusques et y compris 1824, volume 15, ,Paris, 1826.

Le collège de Compiègne du Prytanée françaisInstitut français de l'éducation ! Prytanée français est devenu l'École d’arts et métiers par un arrêté du 6 ventôse an XI () puis école impériale d'arts et métiers en 1804<ref>François-Alexandre-Frédéric de La Rochefoucauld-Liancourt, Discours prononcé à la distribution des prix de l'École impériale d'arts et métiers de Compiègne, le , par M. L. R. Liancourt, 1806, (lire en ligne</ref>. Elle est déménagée dans deux anciens monastères à Châlons-sur-Marne à la suite du décret du pour devenir l'école impériale d'arts et métiers de Châlons-sur-Marne. Ce déménagement fait suite à une décision de Napoléon Bonaparte qui, lors d'une visite de l'école trouva, les locaux de Compiègne inappropriés. Le premier directeur de l'établissement est Jean Joseph Labâte, un chirurgien militaire qui a fait la campagne d'Égypte, et restera à ce poste jusqu'en 1823. Emmanuel-François Molard, chef des travaux à l'école de Châlons quitte Châlons-sur-Marne en 1811 pour aller fonder la deuxième école impériale d'arts et métiers à Beaupréau, près de Cholet, puis la transfère à Angers en 1815André Guettier, Histoire des écoles impériales d'arts et métiers. Liancourt, Compiègne, Beaupréau, Châlons, Angers, Aix, , Siège de la Société des anciens élèves des écoles impériales d'arts et métiers, Paris, 1865 (lire en ligne).

L'ordonnance royale du maintient les écoles royales d'arts et métiers de Châlons et d'Angers et en précise l'organisationJean Baptiste Duvergier, Collection complète des lois, décrets, ordonnances, réglemens et avis du Conseil d'État publiée sur les éditions officielles du Louvre ; de l'imprimerie nationale par Baudouin ; et du Bulletin des lois de 1788 à 1824 inclusivement, par ordre chronologique, tome 21, , Paris, 1827 (lire en ligne). L'ordonnance du prévoir la translation de l'école de Châlons à Toulouse. Ce transfert est rapporté par l'ordonnance du . Les écoles de Châlons et d'Angers sont réorganisées par l'ordonnance du J. H. Bénard, Table générale analytique et raisonnée, Tome 1, , Paris, 1929.

L'enseignement dans ces établissements reste préindustriel. Par exemple, à Châlons, les élèves réalisent des pièces d'ébénisterie d'art., dont certaines, prestigieusesPar exemple, l'actuel bureau du ministre de l'intérieur,à l'hôtel de Beauvau., font toujours partie du mobilier national.. On appelle d'ailleurs à cette époque « artistes » les élèves.. Trois décennies plus tard, en 1843, le centre d'Aix-en-Provence est fondé dans des bâtiments ayant servi de casernes et de monastères.. Sous le Second Empire, l'enseignement devient beaucoup plus technique au sens où nous l'entendons en 2014, comme en témoignent les dessins industriels des élèves, dont certains sont parvenus jusqu'à nous.. Ces dessins, réalisés à la main, à l'encre de Chine, et parfois gouachés, décrivent essentiellement des éléments de machine à vapeur, engin technique phare de l'époque. Mais la réalisation d'œuvres d'art subsiste, par exemple la fontaine de la place d'Albertas, coulée en 1912 à l'école d'Aix-en-ProvenceUn modèle réduit de cette fontaine, à l'échelle 0,5, réalisé par les élèves en 2014, est installé dans une des cours du centre.. Le même centre coule également maillon par maillon la chaîne qui entoure la fontaine de la RotondeLes moules métalliques utilisés sont toujours visibles au centre d'Arts et Métiers ParisTech (2014)..

À partir de 1880, la création du réseau des écoles nationales professionnelles (une vingtaine d'établissements répartis en particulier dans les centres industriels traditionnels français) renforce le potentiel de recrutement. right|thumb|150px|Façade de l’École à Paris Au cours du , l'expansion de l'école s'accélère. En 1891 l'abbaye de Cluny est choisie pour abriter la quatrième école d'Arts et Métiers. En pleine révolution industrielle, la création d'un cinquième centre est votée. Il s'installe en 1900 à Lille, ville alors en plein développement. Le centre de Lille est le premier dont les installations ont été expressément construite pour accueillir l'école. Peu après, le projet du centre de Paris est lancé, sa construction dure de 1906 à 1912, là où se trouvaient auparavant les anciens abattoirs de Villejuif. Destiné à devenir le plus grand centre des Arts et Métiers, le centre de Paris connaît une ouverture difficile en raison des débuts de la Première Guerre mondiale.