Michel, comte Ordener, né le à Huningue et mort le à Paris, est un général et homme politique français.

Biographie Michel Ordener naquit à Huningue le , fils du général Michel Ordener (1755-1811) et de Marie-Madeleine Walter (1767-1836). Son père était alors militaire et poursuivit une brillante carrière dans les armées d'Italie avec Bonaparte, puis fit les campagnes de l'Empire jusqu'à Austerlitz. Il termina sa carrière comme général de division (), puis fut nommé premier écuyer de l'Impératrice Joséphine, et enfin gouverneur du palais impérial de Compiègne où il mourut en 1811. Fait Comte d'Empire par Napoléon, le titre passa alors à son fils Michel.

Engagé volontaire à l'âge de 15 ans, après ses études au Prytanée (Compiègne-Châlons 1800), il fut admis sur la demande de Bonaparte à l'École Militaire de Fontainebleau. Il en sortit sous-lieutenant en 1803 et affecté au régiment de Dragons en Italie. Son père le prit avec lui comme aide de camp en dans le régiment de Grenadiers à cheval de la Garde qu'il commandait alors. Il rejoignit avec lui la Grande Armée à Ulm.

Participant à la bataille d'Austerlitz, Michel Ordener aimait raconter comment son père, dès les premiers coups de canon qui atteignirent les Grenadiers à cheval lors de leur charge contre les Chevaliers-Gardes Russes, le sermonna quelque peu lorsqu'il s'inclinait sur sa selle pour tenter d'éviter les boulets : « tu salues l'ennemi, lui dit-il, c'est ton droit, tu le vois pour la première fois ; mais n'oublie pas que c'est là une politesse qu'un homme d'honneur ne renouvelle jamais ! ». C'est au cours de cette fameuse charge que le jeune officier, qui avait eu son cheval tué sous lui, fut enveloppé de toute part par les Chevaliers-Gardes. Avec impétuosité, il en renversa trois sous son sabre, mais fut heureusement dégagé et sauvé par le capitaine Walter, son oncle maternel, arrivé à temps à la rescousse.

Cette action lui valut la croix de chevalier de la Légion d'honneur ().

Sur recommandation de son père, le grand maréchal Duroc le prit ensuite sous son aile comme aide de camp dans son état-major, en . C'est dans les rangs du Hussards qu'il prit part aux grandes charges de cavalerie qui décidèrent de la victoire d'Iéna.

Mais, à sa position d'aide de camp, il préférait de beaucoup l'existence ordinaire des régiments : dès qu'il entendait le canon, il se précipitait aux côtés des combattants. C'est ainsi qu'à Eylau () et à Friedland (), il donna des preuves d'une rare intrépidité. À Eylau, malgré la grave blessure qu'il reçut d'un coup de sabre à la main gauche, il continua à charger à la tête de nos Cuirassiers. Il gagna ainsi ses épaulettes de capitaine ().

Duroc connaissait bien son jeune aide de camp et n'ignorait pas que cette situation ne convenait pas à son caractère combatif. Il la remplissait malgré tout avec devoir : ce fut lui qui fut chargé, alors qu'il était en mission à Bayonne, d'aller annoncer la capitulation de Baylen à l'Empereur qui se trouvait à Bordeaux. Il  fit le trajet à franc-étrier, ne s'arrêtant que pour changer de cheval (), et se souvint toute sa vie de la froide colère avec laquelle Napoléon accueillit la honteuse nouvelle.

Le capitaine Ordener suivit encore Duroc en Espagne et assista à ses côtés, entre autres, au siège de Burgos et à la prise de Madrid. Puis il fut nommé chef d'escadron, d'abord au régiment de Chasseurs (), ensuite au Cuirassiers le suivant. Toujours à l'état-major du duc de Frioul, il fit la campagne d'Autriche où il prit part aux sanglants combats d'Abensberg, Eckmühl, Ratisbonne, Lobau et Essling.

A Wagram, Michel Ordener prit le commandement du Cuirassiers à la place de son chef, le colonel Dubois, qui avait été mis hors de combat au tout début de la bataille. Il en dirigea les charges et reçut les félicitations de prince d'Eckmühl (Davout). Il avait en effet réussi à arrêter le régiment dont les cavaliers se débandaient, en proie à la terreur panique que l'artillerie adverse leur infligeait en les criblant de mitraille. En saisissant ses pistolets, il menaça de brûler la cervelle à qui refuserait de se rassembler pour continuer à combattre. Il avait 22 ans.

Le suivant, Napoléon Bonaparte lui conféra le titre de chevalier de l'Empire.

La campagne de Russie (1812) Lors de la campagne de Russie, le Cuirassiers fut placé sous les ordres de Gouvion-Saint-Cyr, qui reçut le maréchalat après  la victoire de Polotsk (). Mais ce régiment acquit surtout ses titres de gloire au cours de la funeste retraite, que ce soit à Smolensk, ou, à nouveau, à Polotsk, mais cette fois au retour de Moscou. C'est au cours de ce dernier combat que Michel Ordener, à la tête de son escadron, fut très gravement blessé. Il chargea à plusieurs reprises des régiments de cavalerie Russes huit à dix fois plus nombreux que le sien et les contraignit à une honteuse retraite. Malgré les trois coups de lance qu'il reçut à la tête, il ne cessa pas de diriger ses cuirassiers. Il eut en outre un cheval tué sous lui à cette occasion.

Malgré ce succès, le maréchal Gouvion-Saint-Cyr, menacé d'être coupé de sa ligne de retraite, dut finir par évacuer Polotsk. Il rejoignit les troupes d'Oudinot et de Victor, sous les ordres du duc de BELLUNE (VICTOR), avec la mission d'arrêter les progrès de l'ennemi sur les flancs de la Grande Armée.

Le Cuirassiers était alors placé sous les ordres de général DOUMERC, dont la division reçut pour mission de contenir l'ennemi dans une ville nommée Lepel. Elle y résista héroïquement durant toute la dernière semaine du mois d' dans des conditions très difficiles : en effet, les Russes tenaient une position particulièrement avantageuse sur la crête dominant la ville, cachant ainsi aux français les manœuvres qu'ils faisaient en arrière de celle-ci. Malgré cela, la cavalerie Russe fut mise en fuite à plusieurs reprises, et, bien que très supérieure en nombre, fut sabrée dans les marais en perdant ainsi plus de 200 hommes. Michel Ordener  « s'est fait remarquer par une intrépidité à toute épreuve et au-dessus de tout éloge ; il a tué trois ennemis de sa main (…) », écrira son chef, le général Doumerc. « je demande, ajoutera-t-il, le grade de colonel pour cet officier, membre de la Légion, et le propose au commandement du régiment de Chevau-légers, en remplacement du colonel LEBRUN, tué le . La belle conduite de monsieur le comte Ordener le rend digne de cette faveur. »

Le , le général Doumerc obtenait satisfaction : Michel Ordener était nommé colonel à la suite du Cuirassiers. Il avait 25 ans !

Pendant que Doumerc résistait à Lepel, les débris de la Grande Armée se dirigeaient vers les ponts que le général Eblé avait construits sur la Bérézina dès le pour permettre leur retraite. La division Doumerc fut chargée de couvrir le mouvement. Le , le Cuirassiers et son nouveau colonel se déployèrent dans les bois de Borisow et de Studianka d'où ils repoussèrent petit à petit les Russes en terrain découvert.

Là, seuls, ils chargèrent un carré de 7000 Russes et leur firent mettre bas les armes. Michel Ordener reçut un coup de feu à la cuisse gauche, et son cheval fut tué sous lui. Malgré cela, il anime ses soldats du geste et de la voix. Il culbute à leur tête les premiers rangs de l'infanterie moscovite, les enfonce, les disperse, et fait plusieurs milliers de prisonniers. Les Russes abandonnent  le champ de bataille… La route est ouverte, et le salut de ce qui reste de la Grande Armée provisoirement assuré.

Mais le pire ennemi de cette épopée restera le froid, très intense : il tue chaque jour beaucoup plus que les ennemis qui ne font plus désormais qu'harceler les fuyards. Les hordes de Cosaques attaquent comme des meutes de loups, et se retirent aussitôt. Malgré ses blessures, Michel Ordener sera pourtant l'un des survivants de cette terrible campagne, grâce à sa robuste constitution et à l'énergie de son caractère. Privé de monture, il s'entourait les jambes de peaux, et, dès l'aurore, marchait sans s'arrêter jusqu'au soir, parcourant de 30 à 40 Kilomètres chaque jour.

À la fin de l'année 1812, le Cuirassiers pouvait être considéré comme anéanti.

La fin de l'Empire (1813-1815) Le , le colonel Ordener fut nommé à la tête du Dragons. C'est avec lui qu'il participera à toutes les campagnes de Prusse, de Saxe, sur les bords de l'Elbe, de l'Elster et de France. Il prit une belle part aux dernières victoires de la France, en maintenant la réputation de son nouveau régiment à la hauteur de celle que le Cuirassiers avait atteinte sous ses ordres : à Jaüer (), il eut à nouveau un cheval tué sous lui. À Dresde (), il culbute et sabre les Dragons autrichiens, puis charge leurs fantassins, rompt leurs carrés et les met en déroute. Il leur enlève et 9 pièces de canon.

Ordener fut récompensé de ces faits d'armes par une promotion au grade d'officier de la Légion d'honneur ().

L'étoile de l'Empire continuait cependant à pâlir : Michel Ordener fut amené à couvrir énergiquement la retraite de la bataille de Dresde, puis, jusqu'à Mayence, celle de Leipzig (dite « bataille des Nations » ()), qui fut un désastre pour la France.

1814 : l'entrée des alliés dans Paris Napoléon, définitivement refoulé sur le Rhin, se trouvait réduit à son tour à défendre le sol de la France. Le colonel Ordener prit donc part aux opérations, à la victoire de Montereau () avec un régiment de marche, puis fut attaché au corps du Maréchal Marmont, duc de Raguse, chargé d'organiser le repli sur Paris.

Ordener prit position sur les Butte Chaumont, qu'il défendit avec acharnement (une poignée de jeunes élèves de l'École Polytechnique s'illustra notamment par sa bravoure au cours de ces combats). C'est là qu'il reçut l'ordre du duc de Raguse de mettre bas les armes. Ordener dirigea alors ses troupes sur Essonne () pour y attendre les ordres de l'Empereur. Le , le général Bordesoulle, de l'état-major de Marmont, réunit les officiers à dîner, puis leur donna l'ordre de faire route vers Paris dès trois heures du matin, afin d'accompagner l'Empereur, dont le corps du maréchal formerait l'avant-garde. Comme ses collègues, Ordener mit ses troupes en marche à l'heure dite. L'aube point lorsqu'il parvient à la hauteur de Petit-Bourg. Mais là, de chaque côté de la route, les troupes alliées les attendent, l'arme au bras ! Elles rendent les honneurs militaires et sonnent les fanfares… Marmont a trahi ! et, comble d'outrage, ordre est donné de répondre au salut ! La rage au cœur, Ordener lance à ses soldats : « si mes Dragons tirent le sabre, ce sera pour charger ! ». Et il leur interdit de mettre le sabre à la main. La route se poursuit jusqu'à Versailles, que l'armée étrangère a eu la pudeur de faire évacuer à l'approche des français. Avec ses camarades officiers, Ordener décide de poursuivre jusqu'à Paris, pour rejoindre l'Empereur. Marmont l'arrête à Trappes et le menace du Conseil de Guerre « pour usurpation de commandement ». L'échange est violent : « je vous défie de mettre vos menaces à exécution, car cet acte fera connaître à la France entière votre vile et lâche trahison, dont vous serez à jamais déshonoré »

Mais Napoléon a abdiqué. Le corps est dirigé sur la Normandie, et le colonel Ordener mis en inactivité. Il a alors 27 ans.

Cette affaire eut une suite : il se rendit à Paris chez le maréchal Marmont pour s'expliquer avec lui sur la mesure dont il venait d'être l'objet. L'entretien fut animé et s'échauffa : à une nouvelle menace de le faire passer en Conseil de Guerre, Ordener tira son sabre et le planta avec force dans le parquet (la trace de ce geste resta paraît-il très longtemps dans l'hôtel de la duchesse de Raguse, rue de Paradis-Poissonnière), en s'écriant « encore un coup, et je vous en défie ! ». La décision fut maintenue, et le Dragons licencié le .

Quelques mois plus tard, le Ministre de la Guerre le plaça comme colonel à la suite du Dragons et il reçut la croix de Chevalier de Saint Louis ().

Les Cent-Jours