Les sculptures du Kong Wang Shan () (« Montagne où [Maître] Kung (Confucius) regardait [la mer]») se trouvent en république populaire de Chine, au sud-ouest du port de Lianyungang, sur la mer Jaune et à 440 km au nord de Suzhou, au Jiangsu.

De nombreux indices iconographiques et textuels convergent pour y voir des signes de la présence du bouddhisme à l'époque des Han orientaux dans cette région. Et comme le Bouddha était alors associé à des figures majeures du taoïsme religieux qui se constituait aussi à cette époque, il n'est pas étonnant de reconnaître dans cet ensemble des figurations taoïstes dont celle de la Reine-Mère de l'Ouest, Xiwangmu, une figure très populaire du taoïsme d'alors.

Une redécouverte, en 1980 Ces sculptures, pour l'essentiel des reliefs, étaient connues mais ont été examinées avec plus d'attention en 1980Yu,Weichao 俞伟超 (1980). Dong Han Fojiao Tuxiang Kao 东汉佛教图像考 (Notes on the Eastern Han Dynasty Images of Buddha). Wenwu 文物 (Cultural Relics) 5: 68–77. Cité par . La présence de l'image d'un crapaud et de personnages présentant des offrandes ou dansant, avaient fait tout d'abord classer cet ensemble parmi les bas-reliefs Han illustrant des thèmes confucéens. Mais, à proximité du « crapaud », la sculpture en ronde-bosse d'un éléphant a attiré l'attention des spécialistes, car il s'agit là d'un thème largement lié au bouddhisme. Les savants ont alors reconnu des figures incontestablement bouddhiques sculptées en bas-relief parmi d'autres. Cependant la datation du proposée alors a surpris, car l'apparition ancienne du bouddhisme correspondait à des sources chinoises datant des Han de l'Ouest, au . Les datations proposées depuis reviennent à cette période des Han de l'Ouest, ou aux s. Wenwu Magazine, Ding Yi zhen et al. (Wu), 1981, . Cette information est commentée par Anne Cheng, qui constate qu'elle a singulièrement disparu immédiatement après la parution de l'article et qu'aucune suite ne lui a été donné

Description Chaque figure de cet ensemble est identifiée par une référence constituée d'une lettre et d'un nombre. Un dessin réalisé par les archéologues chinois en 1980 permet de repérer ces références à côté des sculpturesReproduction de l'ensemble avec leurs codes d'identification dans (en ligne) et .

Ces sculptures se présentent comme un ensemble de 105 images en relief sur la roche-mère de la montagne, mise à nu à cet endroit escarpé. La montagne est constituée de roche métamorphiqueA simplified regional geological map of Jiangsu Province, uploaded by Les Evans., du gneiss, et éventuellement du granite, 18/01/2017 par Lan Jia Yiwen publié dans "Culture" sur kknews.cc/zh-cn. Le granite se dégrade en surface sur la longue durée, ce qui pourrait expliquer l'usure prononcée de certaines parties. Les sculptures sont réparties sur un espace relativement limité, de 8 mètres de haut par 17 mètres de large, mais ces reliefs ne présentent nullement une continuité à 34:50, comme cela se produit aussi pour la plupart des ensembles de gravures rupestres. Elles se situent sur différents plans et à des niveaux différents. Elles ne présentent pas l'aspect continu et linéaire d'une friseOn peut en avoir une vue générale dans le cours d'Anne Cheng à -36:25. Seules plusieurs vues pourraient englober l'ensemble du site..

Ce sont donc 105 images sculptées. Dans la plaine en contrebas, plusieurs gros rochers sont sculptés en forme d'animaux et en d'autres formes, et semblent associés à cet ensemble, dont un éléphant, traité en ronde-bosse dans un gros rocher isolé, et un crapaud, traité en relief sur un autre rocher isolé.

L'historienne d'art Marylin Martin Rhie, en 1999, qui reconnait que les rochers et les reliefs sont déconcertants (puzzling), précise néanmoins que des figures bouddhistes et d'autres, issues des religions populaires - elle entend par là le taoïsme populaire - sont associées à des laïques.

La sinologue Anne Cheng, en 2018, qui s'appuie sur des références universitaires reconnues, montre que de nombreuses figuresRelevé partiel dans Anne Cheng à -35:12, ensuite d'autres vues nous montrent les animaux isolés, l'éléphant et le crapaud. peuvent être des divinités, des êtres humains et même des animaux. Dans cet ensemble, elle signale que des universitaires ont cru pouvoir reconnaitre le Bouddha debout, le Bouddha assis et le Bouddha en parinirvana à -35:50. Quant aux représentations d'animaux isolés, l'éléphant semble peut-être d'inspiration indienne, et le crapaud, peut-être d'inspiration taoïste.

Angela Falco Howard, en 2006, et Marylin Martin Rhie évoquent, au centre de cet ensemble, la Reine-mère de l'Ouest (Xiwangmu), divinité taoïste qui est souvent représentée, à cette époque, assise en tailleur ou dans la position du lotus, les mains dans les manches de son habit, un vêtement traditionnel des Han. Marylin Martin Rhie reprend, à ce propos, l'interprétation faite en 1982 de la figure qui domine tout l'ensemble (X68). À propos de ces proximités entre images bouddhiques et images taoïstes, Angela Falco Howard signale que les Taoïstes considéraient le Buddha comme une manifestation de Lao Tseu et qu'ils se sont approprié aussi certaines images bouddhiques.

L'un des personnages (X76), situé à droite, est identifié comme une image du Bouddha par Marylin Martin Rhie et Anne Cheng. Ce personnageVisible sur , photographie, et à -35:15 (situation), et -33:22 (photographie). est assis dans la position du lotus. Il a la main ouverte, paume tournée vers nous, ce qui semble être le geste de l'absence de crainte (abhaya-mudrā). Nicolas Zuffery interroge cette interprétation, en effectuant la comparaison avec un bas-relief similaire de la colline de Mahao (Sichuan, datée du )Ce Buddha de Mahao est reproduit dans (en ligne) et dans . mais où le nimbe est soigneusement taillé, comme sur les premières images du Bouddha dans l'empire Koushan, y compris sur le monnayage de Kanishka marqué BODDO. Notons que la plus ancienne représentation confirmée de Bouddha, sur le reliquat de Bimaran est daté 50 de notre ère. Il n'est pas impensable que des images similaires circulaient dans le milieu des commerçants. Une autre figure, mais debout (X2), fait le geste de l'abhaya-mudrā, canoniquement fixé, de la main droiteWu Hung dans . Cette figure, à la gauche de l'ensemble sculpté, n'a pas plus de nimbe ou d'auréole que le précédentCinquième vue, de haut en bas : personnage vu de face, sur Zh-cn/culture. Cette figure tient un objet dans la main gauche. Martin Rhie l'identifie comme étant une autre représentation de Bouddha.

Notons qu'un money-treeSur le type money-tree : . . daté de la fin du et découvert au Sichuan, à Mianyang, porte une image identifiée comme un bouddha, dépourvu, lui aussi, d'auréole.

Parmi les autres personnages, la possibilité d'une scène à nombreux personnages s'est présentée aux sculpteurs dans un espace de roche offrant un angle, verticalement, avec un vaste bloc horizontal reliant ces deux plans verticaux (X4 - X60). Cet espace permet d'évoquer une scène. Un grand nombre de visages les uns à côté des autres sont ainsi gravés sur les côtés verticaux, comme s'ils assistaient à ce qui se passe sous leurs yeux, sur le bloc horizontal qui a pris la forme d'un personnage allongé, Bouddha lors de son parinirvana à -32:28, et Martin Rhie, 1999, fig. 1.10.. D'autres scènes ont suggéré des épisodes légendaires de la vie de Bouddha (les jātaka).

Enfin deux figures non religieuses portent des coiffes de militaires Han (X1 et X66). X1 est à l'extrême gauche, assis en position frontale avec les mains glissées à l'intérieur de ses manches. Selon le spécialiste chinois Li Hung-fuLi Hung-fu (1982), p. 66, cité par , il s'agirait d'un "gardien" qui tiendrait un bouclier devant lui. Quant à l'autre militaire, vu légèrement de profil et dans une pose formelle de respect, il est accompagné d'un serviteur qui tient un mortier médicinal, où Li Hung-fu voit qu'ils font à leur maître le vœu d'une longue vie.

Iconographie mixte : bouddhiste et taoïste. Datation Selon l'historien Tansen Sen (Université de New York Shanghai, spécialiste des relations inter-asiatiques) ces figures de la fin du à -30:19 semblent attester la présence d'adeptes du bouddhisme, étrangers à la Chine. Le fait qu'elles soient entrecoupées de motifs taoïstes, indique l'amalgame précoce des enseignements bouddhiques avec les conceptions autochtones. Selon l'historien d'art Wu Hung, qui reconnait la difficulté de dater ces gravures, les figures à caractères bouddhiques sont bien mêlées à un autre groupe. Ce dernier groupe porte les costumes traditionnaux chinois et tient des instruments rituels. Il s'agirait de divinités taoïstes qui étaient souvent adorées avec le Buddha à l'époque des Han de l'Est. La juxtaposition de figures de la Reine-mère de l'Ouest, Xiwangmu, et de Buddha, quasiment juxtaposés ici, se rencontrent aussi au nord-est du Shandong, dans la tombe située à Yinan (datée de la seconde moitié du )Yang Hong in . L'historien d'art Wu Hung a d'ailleurs montré l'interchangabilité des figures du Buddha et des divinités taoïstes à cette époque.

Les collines du mont Kong Wang abritent une grande plateforme empierrée et une stèle disparue qui est mentionnée dans les textes anciens comme celle du temple de la mer de l'Est, construit en 172. Des spécialistes en ont conclu que les gravures auraient été une partie du temple taoïste, un lieu important mentionné dans de nombreux textes taoïstesWu Hung in .

Il s'agirait donc bien, au Kong Wan Shan, des vestiges d'une iconographie bouddhique et taoïste. De l'avis de certains érudits chinois [non précisés par Martin Rhie], le site semble dater de la dernière partie de la dynastie des Han orientaux, au cours de la seconde moitié du . Mais cette proposition est discutée par Nicolas Zuffery car il remarque la grande hétérogénéité des figures, dont certaines ne seraient pas si anciennes. Ce dernier auteur suggère que plusieurs générations de sculpteurs ont travaillé sur ce site, comme cela s'est fait sur les sites de Luoyang (Longmen, après 494 et, pour l'essentiel, jusqu'au ) et Dunhuang (Mogao : des Wei du Nord (386-581) aux Yuan (1279-1368)). La datation reste donc une question sans réponse définitive.

Contexte et sources chinoises Présentation générale du contexte des sculptures et de l'introduction du Bouddhisme en Chine Pour l'historien Tansen Sen, l'introduction du bouddhisme en Chine est le signe de relations diplomatiques et commerciales entre l'Inde et la Chine. Des objets, des pratiques bouddhistes sont bien attestées en Chine au premier siècle de l'ère commune. Il existait deux ensembles de routes commerciales et diplomatiques entre la Chine et le monde Indien, l'un par voies de terre qui contournait par le nord ou par le sud le Taklamakan et l'autre par voies de merThe Journey of Maps and Images on the Silk Road, (Le voyage des images et des cartes sur la route de la soie) Philippe Forest, 2011. Celui par voie de mer aboutissait en Chine, au Sud à Guangzhou (Canton) et au Nord à Hangzhou.

La mention du Bouddha apparait dans une légende reprise dans de nombreux textes. C'est dans le plus ancien qui se trouve dans la préface du "Sūtra en quarante-deux articles", rédigée autour du , que l'on rencontre le songe de l'empereur Ming des Han postérieurs (28-75). La capitale des Han orientaux était à Luoyang) à -57:30. Dans ce songe mis par écrit apparait, "sous les traits d'une divinité volante et dorée", un être que les conseillers interprètent comme étant le Bouddha. . L'empereur décide d'envoyer une délégation afin que l'on rapporte des informations sur cet être merveilleux. Elle reviendra avec le premier recueil bouddhique en Chine, le Sūtra en quarante-deux sections, et les deux premiers moines étrangers qui vont effectuer sa traduction.