Lucien Léger, né à Paris le et mort à Laon le Mort de Lucien Léger, ancien plus vieux prisonnier de France, est un criminel français, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre d'un enfant en 1964L'Express : Le cas Lucien LégerAffaires-criminelles.com. Il fut le plus ancien détenu de France avant d'être libéré le après d'emprisonnement, ce qui constitue l'une des détentions les plus longues en Europe (elle n'égale cependant pas celle du tueur en série qui fut détenu pendant 55 ans au Royaume-Uni).

Il fut surnommé l'étrangleur par la presse en raison de la signature « L'étrangleur » apposée au bas des lettres anonymes envoyées à la police.

Biographie Jeunesse Eugène Lucien Léger naît le dans le de Paris, dans une famille modeste de sept enfants, originaire de Château-Regnault dans les Ardennes. Son père est tourneur sur métaux chez Renault. Incorporé au camp de Mourmelon, Léger effectue son service militaire en Algérie.

En , à 22 ans, il épouse à Charleville-Mézières Solange, sœur d'un ami de régiment. Il travaille d'abord comme magasinier aux Éditions Denoël. Sa femme est internée à plusieurs reprises. Léger devient élève infirmier à l'hôpital psychiatrique de Villejuif.

Il rencontre la comédienne Douchka au conservatoire municipal Darius-Milhaud du de Paris. Habitant le même quartier et partageant un amour pour les arts, ils se lient d'amitié...

Crime Le , en fin d'après-midi, Luc Taron, né le ., disparaît après avoir été grondé par sa mère Suzanne Taron pour lui avoir volé 15 francs. Ses parents croient tout d'abord à une fugue et ne préviennent pas immédiatement la police. Le , vers 5 heures du matin, Jules Beudard, alors qu'il se promène dans les bois de Verrières-le-Buisson, dans l'Essonne, avant d'aller pointer à l'usine, découvre le corps de l'enfant, au lieu-dit « Le Salvart »..

Le soir même de la découverte, à , un appel téléphonique à Europe 1 indique où trouver un message sur le pare-brise d'une voiture.. Le texte manuscrit décrivant le crime et mentionnant des détails non parus dans la presse, annonce d'autres rapts si une rançon par anticipation n'est pas versée. Il est signé L’étrangleur . La presse ne rapporte que le sobriquet d'« étrangleur », omettant le et vexant apparemment l'assassin : dans le mois qui suit, cinquante-cinq lettres anonymes sont envoyées à la presse, à la police, au père de la victime et au ministre de l’Intérieur, revendiquant le crime et en annonçant d’autres, et réclamant de francs, France-Soir, 29 juillet 2009..

Le , Lucien Léger signale au commissariat des Invalides le vol de sa 2 CV. Quatre jours plus tard, il se présente à nouveau au commissariat et déclare avoir retrouvé son véhicule sur un parking à la suite d'un coup de téléphone de L’étrangleur. Il signale également que l'intérieur de la voiture est maculé de taches de sang humain.. Le , la cinquante-sixième lettre signée L'étrangleur arrive à la police. Le criminel y écrit qu'il s'est servi de la 2 CV pour emmener un truand de Pigalle et le tuer. Convoqué le , Lucien Léger est désormais le principal suspect, d'autant que la perquisition de sa chambre d'hôtel montre qu'il conserve des journaux se rapportant à l'affaire et un projet de roman intitulé Journal d'un assassin. Son écriture le confond et il est arrêté le lendemain. Après avoir reconnu avoir tué Luc Taron, Léger est inculpé pour enlèvements et meurtre puis placé en détention provisoire à la prison Saint-Pierre.

Lors d'une reconstitution, en , Lucien Léger revient sur ses aveux et se dit innocent du meurtre de Luc Taron.. Selon Henri Leclerc, qui participera en tant qu’avocat à sa défense, cette rétractation intervient .. Son avocat Maurice Garçon, qui s'est préparé à une défense partant de la thèse de la culpabilité, renonce à le défendre et propose à Albert Naud de le remplacer. Celui-ci se fait assister par Henri Leclerc.

Procès Le procès de Lucien Léger se déroule du 3 au à la cour d'assises de la Seine-et-Oise, qui siège à Versailles, dans une atmosphère de grande tension. Les parents de l'enfant réclament la peine de mort. Défendu par Albert Naud, Lucien Léger clame son innocence, arguant que le véritable meurtrier, un certain « Monsieur Henri », lui aurait expliqué les circonstances du meurtre et serait un ennemi du père de l'enfant. Les jurés ont finalement pitié de la de Léger (comme il souffre d'un ostéome au niveau du front, son avocat invoque la folie de son client) et le condamnent non pas à la peine de mort mais à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une durée d'épreuve de quinze ans (la période de sûreté n’existant pas encore à l’époque). Lucien Léger est alors âgé de 29 ans.

Détention Détenu modèle, il aide de nombreux prisonniers à reprendre courage et à tenir..

La durée de son emprisonnement suscite la création de comités de soutien. Il est incarcéré dans une quinzaine d'établissements pénitentiaires pour finir par la prison de Bapaume, dans le Pas-de-Calais. Sa femme Solange meurt en 1970.

Lucien Léger est libérable à partir de : ses treize demandes de libération conditionnelle et ses trois demandes de grâce présidentielle sont toutes rejetées. Yves Taron, père de la victime et fondateur de la Ligue nationale contre le crime et pour l'application de la peine de mort, avait affirmé en 1980 : La libération de Lucien Léger est d'ailleurs intervenue après la mort d'Yves Taron. La mère du petit Luc Taron, devenue veuve, fait simplement la demande que Lucien Léger ne publie jamais de livre sur l'affaire.

Son dernier avocat, Jean-Jacques de Felice, déclare que Lucien Léger serait sorti bien plus tôt de prison s'il avait avoué le meurtre..

En 2004, Lucien Léger déclare à un journaliste : Narcissique, mythomane et manipulateur, d'après les psychiatres, Lci.fr, 26 avril 2005., il parle régulièrement de lui à la troisième personne et se targue d'une jurisprudence le concernant, Libération, 9 décembre 2000..

Libération et mort Lucien Léger est libéré le , à l'âge de 68 ans, après 41 ans de détention. Il élit domicile à Landas dans le Nord chez un ami, boulanger en retraite. Il travaille à la Croix-Rouge de Douai pour distribuer des vêtements et de la nourriture aux plus démunis..

En 2006, il saisit la Cour européenne des droits de l'homme contre l’État français en invoquant la violation des articles 5 § 1 a) et 3 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le , une chambre de la Cour conclut par cinq voix contre deux à la non-violation de ces deux articlesCEDH, Léger c./France, 11 avril 2006, requête /02.Voir sur jurisprudence.cedh.globe24h.com.. L'affaire est ensuite renvoyée en appel devant la Grande chambre.

Lucien Léger meurt à son domicile de Laon début Décès de Lucien Léger, ex-plus ancien détenu de France, AFP, 18 juillet 2008., son corps n'étant découvert que le , L'Express, 18 juillet 2008.. À la suite de son décès, la poursuite de la procédure n'étant pas demandée par une personne justifiant de sa qualité d'héritier ou de parent proche, ou de l'existence d'un intérêt légitime, et compte tenu de l'évolution de la législation française ainsi que du fait que la CEDH avait résolu des questions similaires dans d'autres affaires, la Grande chambre radie l'affaire Léger c. FranceLéger c./France, 30 mars 2009, requête /02..

Une erreur judiciaire ? En 2012, les journalistes Jean-Louis Ivani et Stéphane Troplain publient Le voleur de crime, un livre qui met en doute la culpabilité de Lucien Léger, l'enfant n'ayant pas été étranglé contrairement aux aveux de Léger qui se serait accusé dans un désir pathologique de reconnaissanceJean-Louis Ivani, Stéphane Troplain, Le Voleur de crimes. Affaire Léger - 1964, Éditions du ravin bleu, 2012, 800 p..

En 2021, Philippe Jaenada publie Au printemps des monstres (Mialet-Barrault éditeurs), consacré à l'affaire Luc Taron, et qui pousse plus loin les recherches d'Ivani et Troplain. Il y dépeint tous les aspects de l'affaire :

De très nombreuses incohérences sont à relever dans les aveux de Lucien Léger. En premier lieu, la cause du décès, comme spécifié plus haut : Luc Taron est mort non par étranglement mais par asphyxie (la tête pressée contre l'humus). Ce terme de strangulation était une erreur de la part d'un journal. Les circonstances de la rencontre entre Luc et son assassin sur le quai du métro posent également problème, car elles sont incompatibles avec le lieu. Les temps de trajets entre le lieu de rencontre et le lieu du crime, décrits par Léger, sont surréalistes. Quant aux circonstances du meurtre, il est peu probable de penser que Luc, enfant peureux et craignant les loups, aurait enlevé son blouson par une nuit glaciale de 12°C (comme l'a affirmé Léger), et accepté de suivre un inconnu dans un bois où l'obscurité était totale, malgré la pleine lune.

Anne-Marie Labro, connue dans sa profession sous le pseudonyme Madame Détective, semblait avoir compris avant tout le monde - et avant le changement de discours de Lucien Léger - que cette histoire n'avait rien de plausible.

Pour ce qui est des autres acteurs de l'affaire, nombre d'entre eux sont dignes d'intérêt : tout d'abord, de nombreux témoignages recueillis (ceux de la comédienne Douchka - que Léger avait rencontrée à un cours de guitare -, des parents de Luc Taron, de Solange Léger, épouse de Lucien) ont été nettement changeants au cours de l'affaire voire réellement contradictoires. Philippe Jaenada révèle que durant sa détention provisoire, Léger a eu une longue correspondance avec Maurice Garçon, son avocat, qui lui aurait conseillé de conserver le rôle de coupable assumé afin de plaider l'irresponsabilité psychiatrique. Dans cette correspondance (et dans celle qu'il échangeait avec son épouse Solange), on découvre que Léger doute de plus en plus de cette stratégie, ce qui colle avec son brusque revers dans lequel il clame son innocence. D'autres personnages équivoques semblent avoir aussi un rôle indéfini dans cette affaire : Yves Taron, en plus d'une attitude sujette à caution au moment des faits et après les faits, avait un casier judiciaire admirablement chargé (nombreuses infractions routières et demandes de remboursements des amendes de ces mêmes infractions, agressions sur personnes âgées, affaire de mœurs dans laquelle il humiliait sexuellement de jeunes femmes...). D'après les dépositions recueillies, selon toute vraisemblance, Luc n'était pas son vrai fils. Il y a Jacques Salce, un graphométricien qui connut Lucien Léger et fut l'un des seuls à le soutenir (en apparence). Salce portait le titre de déporté-résistant ; toutefois il publiait avant et pendant la guerre des propos d'un antisémitisme percutant et faisait l'apologie du nazisme. D'après les travaux de Philippe Jaenada, un lien semble exister entre ces deux hommes et Lucien Léger. Celui-ci les accusa d'ailleurs - en plus d'un certain Henri Molinaro, dont l'existence n'a jamais pu être prouvée - de lourde responsabilité dans le meurtre de Luc Taron.

D'autres acteurs, tels qu'Albert Naud et Jacques Delarue, ainsi que les personnalités et références culturelles ou de société sont développés au fil des pages (telles que Patrick Modiano, Édouard Molinaro, Simone de Beauvoir et Maurice Papon...). Sans pouvoir le prouver de manière indubitable, Philippe Jaenada dévoile de nombreux détails négligés, un travail rigoureux voisinant des conclusions truquées et une enquête bâclée. Il estime que Lucien Léger a endossé seul un meurtre qu'il n'a pas commis et protégé son véritable auteur.

Ces deux ouvrages présentent donc cette affaire comme une erreur judiciaire...

Notes et références

Annexes

Bibliographie Philippe Jaenada, Au printemps des monstres, Mialet-Barrault éditeurs, 2021 , 752 p.

Audiographie Christophe Hondelatte, « Lucien Léger, 41 ans passés en prison », Europe 1, . Affaires sensibles, Le cas Lucien Léger, la perpète, France Inter, .

Articles connexes Liste d'affaires criminelles françaises depuis 1900

Liens externes