María est un film colombien, muet et en noir et blanc, réalisé par Máximo Calvo Olmedo et Alfredo del Diestro, sorti en 1922.
Premier long métrage de fiction cinématographique réalisé en Colombie, ce film est une adaptation du roman du même nom de Jorge Isaacs. Il relate l'histoire d'amour entre Efraín, fils d'un riche propriétaire d'hacienda, et sa cousine germaine María. Si la plupart des sources disent que l'initiative de produire María serait due au prêtre franciscain Antonio José Posada, d'autres indiquent que l'idée reviendrait à Alfredo del Diestro. Le tournage, qui débute en , se déroule en partie dans les mêmes lieux que le roman, notamment dans l'hacienda El Paraíso. Ce long métrage est présenté pour la première fois le à Buga et à Cali.
Ce film est au centre de ce qui est considéré comme la première polémique sur les droits d'auteur dans l'industrie cinématographique colombienne, lorsque la famille Isaacs intente un procès contre Valley Film, la société de production du film, que cette dernière remporte. Cette controverse provoque l'interdiction de projection du film par les autorités locales dans plusieurs villes colombiennes, mais cette affaire juridique sert aussi de publicité additionnelle au film, qui bat des records d'affluence en Colombie.
C'est le seul film colombien de l'époque à être projeté dans les salles nationales durant plusieurs années. Si ce long métrage est un succès au niveau national, il aurait été un échec à l'étranger. L'accueil positif et le succès commercial de María permettent de donner une impulsion à la production cinématographique colombienne, d'autres producteurs étant à l'origine d'une vingtaine de films pendant l'époque du cinéma muet.
Malgré son importance, il ne reste aucune copie du film ; seul un fragment de a pu être préservé, ainsi que quelques dizaines de photographies. Un court métrage documentaire, a été réalisé en 1985 par Luis Ospina et Jorge Nieto, avec la volonté de retracer l'histoire du tournage de María.
Synopsis thumb|upright=1.2|Une scène du film : Efraín pleurant sur la tombe de María.|alt=Photo en noir et blanc montrant un homme agenouillé sur une tombe ornée d'une croix, avec un autre homme debout à côté, tenant une couronne de fleurs Ce film est une adaptation du roman du même nom de Jorge Isaacs, qui relate l'histoire d'amour entre Efraín et María .. Dans la mesure où il ne reste qu'un fragment de du film, l'adaptation ne peut être suffisamment analysée, mais il est très probable qu'elle ne soit pas très différente de l'œuvre littéraire.. En effet, le fait que le roman soit un best-seller, donc familier du public, est censé garantir un certain succès au film à sa sortie.
María relate l'histoire d'amour entre Efraín, fils d'un riche propriétaire d'hacienda dans le Valle del Cauca, qui étudie à Bogota, et sa cousine germaine María. Lors de l'une de ses visites à l'hacienda, le jeune homme fait la connaissance de María et tous deux tombent amoureux. Cependant, Efraín doit partir en Europe pour compléter son éducation. Pendant son absence, María, qui est atteinte d'une maladie grave, meurt après une lente agonie, soupirant toujours d'amour pour Efraín. Lorsque ce dernier revient en Colombie, il ne lui reste plus que la tombe de sa bien-aimée et une immense douleur.
Fiche technique Titre original : María Réalisation : Máximo Calvo Olmedo, Alfredo del Diestro. Scénario : Máximo Calvo Olmedo et Ricardo Nieto, d'après le roman María de Jorge Isaacs Photographie et montage : Máximo Calvo Olmedo Costumes : Emma Roldán.. Production : Francisco José Posada Producteur délégué : Mario Fernández de Soto . Société de production : Valley Film Pays de production : Format : noir et blanc - muet - 35 mm Durée : long métrage (environ 180 minutes), coupé en deux parties. Genre : fiction, drame, romance Date de sortie : Colombie :
Distribution Stella López PomaredaSelon les sources, le prénom est orthographié Stella ou Estela. : María, dans . Hernando Sinisterra : Efraín Margarita López Pomareda : Emma, la sœur d'Efraín . Juan del Diestro : le père d'Efraín Emma Roldán : la mère d'Efraín Ernesto Ruiz : Efraín, lorsqu'il est enfant Jorge González : José Alfredo del Diestro : Salomón et Don Chomo Ernesto Salcedo : Braulio Francisco Rodríguez : Guao Angel Edy Salospi (pseudonyme d'Eduardo Salcedo Ospina) : Carlos
Selon Máximo Calvo, deux autres actrices, dont il ne se rappelle pas le nom, ont également joué dans María : une Italienne, Lucia, dans le rôle de l'épouse de José, et Elvia, originaire de Buga, dans le rôle de Tránsito.
Production Contexte et notoriété du roman adapté thumb|upright|Couverture d'une édition du roman María incluant un prologue de José María de Pereda (1899). |alt=Couverture de roman avec un dessin montrant une femme pensive entourée de fleurs et végétaux, ainsi que des lettres rouges indiquant le titre de l'œuvre, le nom de l'auteur du prologue et l'éditeur à Madrid
Au début des années 1900, l'essor économique de la Colombie favorise le développement du cinéma, ce qui permet à beaucoup de films d'être importés et à plusieurs salles de cinéma d'être construites, comme le de Bogota, inauguré le .. Les frères italiens Di Domenico s'installent à Bogota en 1909, dans . avant de créer en 1913 la Société industrielle cinématographique latino-américaine (en ou SICLA)... Cette initiative est considérée par l'historien du cinéma colombien Luis Alfredo Álvarez comme étant . Les frères Di Domenico profitent de l'assassinat du général Rafael Uribe Uribe, le , pour sortir, un an plus tard, le long métrage , dans ., considéré comme le premier documentaire cinématographique réalisé en Colombie.. Néanmoins, le scandale qui suit sa sortie et les gros titres des journaux, qui le qualifient de , sont la marque d'un échec cinglant pour les frères Di Domenico et pour l'industrie cinématographique nationale naissante.. En effet, la tentative avant-gardiste d'attirer le public avec un sujet d'actualité sensible a pour conséquence de stopper net le projet d'une production régulière de films les années suivantes. Il faut ainsi attendre sept ans pour qu'Alfredo del Diestro et Máximo Calvo Olmedo réalisent, en 1922, le premier long métrage de fiction colombien, María.
Pour le scénario, ils choisissent d'adapter le seul roman de Jorge Isaacs, María (publié en 1867), qui est devenu l'une des œuvres les plus notables du romantisme de la littérature espagnole.. Considéré comme un des chefs-d'œuvre de la littérature hispano-américaine, María raconte plusieurs histoires d'amour impossibles, les personnages appartenant à des classes sociales ou des ethnies différentes, notamment celle entre Efraín et sa cousine María. Dès sa première édition, le livre est un succès littéraire, José Joaquín Ortiz déclarant dans le journal que les vers de ce volume .. Le succès de María est rapide, cette œuvre étant éditée en 1870 au Mexique, en 1874 en France, en 1882 en Espagne et en 1890 aux États-Unis..
Origines du projet thumb|upright=1.1|Fragment du scénario original de María. |alt=Morceau de papier déchiré avec un texte écrit à la machine à écrire en rouge ou en noir selon les lignes Les explications diffèrent à propos de l'origine du projet.
Selon la plupart des sources, l'idée du film vient du prêtre franciscain Antonio José Posada, un Colombien résidant alors au Panama. Passionné de théâtre et de cinéma, il a vu plusieurs films de l'Espagnol Máximo Calvo Olmedo, dont . En 1921, il propose à Calvo, alors au Panama, de réaliser un film d'après le roman María de Jorge Isaacs. Pour cela, il se rend à l'établissement de photographie du réalisateur et lui donne un exemplaire du roman, lui déclarant : . Malgré quelques réticences au début, Calvo est finalement enthousiasmé par sa lecture et décide d'en réaliser une adaptation. De retour en Colombie, il parle de ce projet à Alfredo del Diestro, alors de passage dans le Valle del Cauca. Ils décident de rechercher des financements et l'appui de membres solvables de la société vallecaucana. Grâce à l'aide financière de Federico López, un dentiste revenu de Jamaïque où il était ambassadeur de Colombie, et des membres de la famille Salcedo vivant à Buga qui se joignent à l'aventure, la société de production Valley Film est fondée. Posada envoie également de l'argent à Calvo pour l'achat de matériel, à savoir de négatifs, de positifs et une peinture spéciale pour le visage et les mains des artistes.
D'autres sources proposent une autre hypothèse .. En effet, selon deux sources de l'époque, l'idée reviendrait à Alfredo del Diestro qui, afin de la concrétiser, se serait rapproché de Francesco Di Domenico mais sans parvenir à un accord. Par ailleurs, le , un rédacteur du journal Mundo al Día écrit dans l'article « »Littéralement : . qu'Alfredo del Diestro avait en tête l'idée de filmer la María de Jorge Isaacs et avait tenté d'obtenir le soutien de la société Di Doménico Hermanos & Compañía pour réaliser ce projet. Néanmoins, malgré des négociations, aucun arrangement n'aurait été trouvé entre les deux parties. Ensuite, Del Diestro aurait décidé de tourner le film dans l'hacienda El Paraíso lors d'un de ses passages à Cali. Pour obtenir les droits, il se serait ensuite rendu à Bogota auprès de la famille Isaacs, mais celle-ci aurait alors exigé pour les droits d'adaptation, ruinant temporairement l'espoir de voir aboutir le projet. Peu de temps après, selon Pedro Moreno Garzón, secrétaire général de la SICLA, le prêtre Antonio José Posada, alors à Cali, aurait eu la même idée que Del Diestro et l'aurait rencontré à Buga pour travailler d'un commun accord sur un projet d'adaptation cinématographique du roman d'Isaacs. Alfredo del Diestro, qui cherchait un directeur de la photographie, aurait tenté de s'attacher les services de Vicente Di Domenico, mais ce dernier, déjà occupé, lui aurait alors conseillé Máximo Calvo avec qui il s'alliera par la suite pour réaliser María.
D'autre part, une polémique existe sur la paternité du scénario du film. Selon les sources, il aurait été écrit soit par Alfredo del Diestro soit par Ricardo Nieto, un poète vallecaucano... Cette dernière hypothèse est appuyée par le témoignage d'Esperancita Calvo dans le documentaire (1985) de Luis Ospina et Jorge Nieto.
Réalisation Le rôle principal d'Efraín est attribué dans un premier temps à Hernando Domínguez mais cet acteur, ayant trop d'exigences, est finalement écarté au profit de Hernando Sinisterra, ce qui lui vaut d'être considéré plus tard comme étant le premier acteur de cinéma colombien.. Le personnage de María est joué par Stella López Pomareda (1904-1987), une des filles du dentiste et ambassadeur Federico López Pomareda. Elle avait deux points communs avec le personnage : elle était juive et née en Jamaïque. Arrivée en Colombie à 17 ans, l'actrice ne parle alors pas l'espagnol mais cela ne lui porte pas préjudice puisqu'il s'agit d'un film muet. Sa sœur, Margarita López Pomareda, est également engagée pour interpréter Emma, la sœur d'Efraín.
thumb|upright=1.2|alt=Photo en couleurs d'une maison aux murs blancs, avec un chemin pavé puis des escaliers menant à une terrasse couverte à l'entrée|L'hacienda El Paraíso, l'un des lieux du tournage. Le tournage débute en ., dans l'hacienda El Paraíso, lieu où se déroule la trame du roman de Jorge Isaacs, les scènes intérieures étant néanmoins tournées dans la municipalité de Buga. Certaines scènes sont tournées dans les mêmes lieux que ceux décrits dans le roman, comme celle montrant le passage à cheval du río Amaime par Efraín, situé à un kilomètre de l'hacienda.