Le prieuré de Saint-Orens d'Auch est un ancien prieuré clunisien construit au situé à Auch (Gers).
Localisation Le prieuré de Saint-Orens se trouve dans la basse ville d'Auch, dans le département du Gers en région Midi-Pyrénées et dans la province historique de Gascogne. Il est situé sur la rive gauche du Gers, entre le pont du Prieuré (anciennement passerelle du Prieuré) et le pont de la Treille (construit au à l'emplacement du bac à traille primitif). L'emprise des bâtiments, dans sa plus grande extension, occupait l'îlot actuellement délimité par le boulevard Sadi-Carnot à l'est (ils s'étendaient jusqu'aux rives du Gers avant la création de la route nationale 21), les rues Gilbert Brégail (anciennement rue de la Passerelle) au sud, Diderot (anciennement rue du Prieuré) à l'ouest, et Viala (anciennement rue du Petit Saint-Orens) au nordFrançois Canéto, « Prieuré de Saint-Orens d'Auch », Revue de Gascogne, 1867, tome 8, à 357Archives départementales du Gers, « Inventaire des archives communales de la ville d'Auch » (lire en ligne)Voir la localisation sur un plan de la ville d'Auch en cliquant sur les coordonnées indiquées dans le cartouche de droite.
Conservation du patrimoine Une grande partie de l'édifice du prieuré de Saint-Orens a disparu sous l'effet conjugué du temps, des vandalismes, et des restructurations successives. Seules subsistent trois travées voûtées sur croisée d'ogivesPhotographie de la voûte sur croisée d'ogives sur la base Mémoire du ministère français de la Culture de la chapelle prieurale et l'imposante tour carréePhotographie de la tour sur la base Mémoire du ministère français de la Culture présentant des fenêtres à croisillons et une bretèche, remontant au . Les bâtiments subsistants bénéficient d'une protection au titre des monuments historiques dont le périmètre, défini par l'arrêté d'inscription du , concerne les trois travées de la chapelle et la tourPrieuré de Saint-Orens d'Auch .. Actuellement à l'état d'abandon, le site est en attente des travaux nécessaires à sa conservation« Le prieuré Saint-Orens à Auch : patrimoine en perdition », association des amis du vieil Auch, 3 novembre 2012.
Historique Antiquité Saint Taurin Après le sac d'Eauze vers 293, saint Taurin se réfugie à Auch. La cité gallo-romaine des Ausques se trouve depuis la conquête de la Gaule aquitaine par Jules César au sur la rive droite du Gers. Au la limite nord de la cité novempopulanienne d'Augusta Auscorum se situe au niveau du confluent avec le ruisseau du Lastran. Plus en aval s'est établi, d'abord secrètement, dès les débuts de la christianisation, un lieu de culte dédié à saint PierreVoir la délimitation de la civitas Augusta Auscorum dans l'article de Jacques Lapart, « Les tombeaux monumentaux gallo-romains du quartier du Hallai à Auch », dans Actes de la des archéologues gersois, Auch, Société archéologique, historique, littéraire et scientifique du Gers, 1997, , (en ligne sur Gallica).
Saint-Jean-de-l'Aubépine C'est encore plus en aval, et sur la rive gauche, en dehors de l'enceinte de la cité gallo-romaine, dans une église vouée aux deux saints Jean, le Baptiste et l'Évangéliste, désignée sous le nom de Saint-Jean-de-l'Aubépine et entourée d'un important cimetière, que Taurin dépose les reliques de ses prédécesseurs avant d'y être lui-même inhumé après avoir subi le martyre en forêt de Verdale près d'Aubiet en 313. Il a auparavant remplacé le temple de Vénus situé sur l'emplacement de la future cathédrale par un oratoire dédié à sainte Marie. Saint-Jean-de-l'Aubépine est dès lors le siège des premiers évêques d'Auch, également ensevelis dans l'église comme saint Clair, autre martyr, décapité à Lectoure dans les premiers temps de l'évangélisation.
Saint Orens À la fin du , saint Orens est arraché de son ermitage du Lavedan par une délégation du clergé auscitain qui l'a choisi pour assurer la charge pastorale du diocèse. Sa lutte contre le paganisme et sa défense de la cité contre les Vandales lui valent l'élection au rang de Defensor civitatis et la vénération des fidèles. À sa mort vers 450, il est enseveli à Saint-Jean-de-l'Aubépine, rebaptisée Saint-Orens, et autour de laquelle s'établit une première communauté monastique.
Moyen Âge Saint-Martin siège épiscopal Au début du , Clovis accorde à Perpétue, cinquième successeur de saint Orens, la juridiction entière de la ville et de ses églises. Assortissant son ordonnance de dons personnels, le roi des Francs fait ériger à ses frais, dans l'enceinte de la cité gallo-romaine sur la rive droite du GersAu niveau de l'ancien couvent des Filles de Marie dans l'actuelle rue Augusta, une fastueuse église dédiée à saint Martin. Le nouvel édifice devenant le plus important de la province, le siège épiscopal y est transporté, conformément aux prescriptions du quatrième concile de Carthage. L'évêque nomme un supérieur claustral à la direction du monastère de Saint-Orens, qui obéit désormais à la règle de saint Augustin, et lui confie la charge du faubourg alentour.
Léothade, abbé de Moissac, est choisi pour être, à la fin du , le trente-sixième évêque d'Auch. Il meurt en Bourgogne où il se rend en ambassade. Le duc d'Aquitaine, Eudes, son parent, fait transférer son corps à Auch. Il est inhumé à Saint-Orens, où se pratiquent les sépultures de la cité gallo-romaine, dans un sarcophage roman de marbre blanc finement sculpté.
L'oratoire Sainte-Marie sur l'ancien oppidum des Ausques, l'église et le monastère de Saint-Orens sur la rive gauche du Gers, la basilique Saint-Martin, l'habitation claustrale des évêques, et toute la cité gallo-romaine d'Augusta Auscorum, sur la rive droite, sont victimes au des coups portés par les Sarrasins dans toute la Vasconie.
Abbaye bénédictine de Saint-Orens Couronné roi d'Aquitaine, Louis le Pieux s'attache, dès la fin du , à restaurer discipline cléricale et dignité sacerdotale bien mises à mal et à remettre sur pied l'enseignement profane comme sacré dans les écoles cathédrales et monastiques. À Auch, les moines de Saint-Orens se placent sous le patronage de saint Benoît dont la règle s'accorde à leur dénuement. Ils relèvent patiemment le monastère de la ruine pour le voir à nouveau pillé par les Normands. Seuls les sarcophages en marbre blanc de saint ClairUn petit sarcophage en marbre dit de saint Clair découvert dans l’ancien prieuré Saint-Orens d’Auch est conservé au musée Saint-Raymond de Toulouse (voir en ligne) et de saint LéotadeLe sarcophage de saint Léotade est transféré à Sainte-Marie au (voir la dernière illustration sur le site padredelisle) échappent à leur convoitise. Ce n'est qu'au milieu du que les Orientains parviennent à reconstituer leur communauté et leur cloître ébranlés.
Dans le même temps, Taurin II, d'Auch, remplace la basilique Saint-Martin par un nouvel édifice, non plus sur la rive droite, mais à l'emplacement de l'oratoire à sainte Marie érigé par Taurin sur l'ancien oppidum des Ausques plus de cinq siècles auparavant. Il entoure la nouvelle église de la résidence des clercs destinés à son service leur accordant droits et revenus sur leur nouvelle parcelle ainsi que la propriété du moulin de ChelèreVoir le plan de la ville d'Auch au Moyen Âge par l'abbé Loubès, de l'ouvrage de Françoise Bagnéris, La Cathédrale d'Auch et son quartier des chanoines (Cf. bibliographie) (pour moulin des Clercs), par la suite accaparé par les comtes de Fezensac. C'est à cette époque que Sainte-Marie d'Auch est élevée au titre de caput provinciae, et le successeur de Taurin II, Ayrard, à celui d'archevêque.
De leur côté, les moines de Saint-Orens qui avaient temporairement inféodé leur propriété aux seigneurs de Montaut, l'une des quatre baronnies du Fezensac« Montaut-les-Créneaux » sur le site de la communauté d'agglomération du Grand Auch, supposés les défendre contre les invasions, se trouvent confrontés aux plus grandes difficultés pour récupérer leur bien. Cependant, le partage du domaine à la mort du comte Guillaume Garcie, en 960, crée un revirement inattendu : Odon, le successeur de la lignée des Fezensac, bâtit une abbaye sur les ruines d'Eauze qui lui échoit et Bernard-le-Louche, qui reçoit l'Armagnac en apanage, prend en charge la reconstruction du monastère de Saint-Orens d'Auch après l'avoir échangé contre les terres de Villepinte ou Villepeinte ou Villepique Henri de Bastard d'Estang, La Noblesse d'Armagnac en 1789, Paris, E. Dentu, 1862, notice BnF (voir en ligne et 109).
Débutent alors les travaux qui vont métamorphoser le site et lui donner l'emprise qui est la sienne encore au (à l'exception du boulevard Sadi-Carnot, le monastère se déployant alors jusqu'aux rives du Gers) : nivellement du sol au moyen d'une coupe franche dans la colline, du nord au sud, sur une longueur de et une hauteur de , tracé, à l'ouest, de la rue du Prieuré (actuelle rue Diderot) et, d'ouest en est, sur de chaque côté, des deux descentes vers la rivière (les actuelles rues Gilbert Brégail et Viala) ; fondation et élévation des nouveaux bâtiments du cloître, dont les quatre galeries de chacune entourent un préau découvert, et de l'église abbatiale, adossée à la galerie nord du cloître, sur un axe ouest-est de , avec une largeur de , un transept de et trois chapelles absidiales. Parallèle au chevet, éclairé par des baies percées à l'est, s'ouvre, par le croisillon sud sur la nef voûtée en berceau, l'avant-chœur voûté de même. À l'extérieur, est alignée, entre les contreforts du mur nord de l'avant-chœur, une série de tombes profondes et étroites en pierres d'assise, suivie d'une seconde rangée, séparées par des pierres d'appareilElles sont trouvées à en contrebas du sol actuel, leur intégrité conservée par une fermeture maçonnée mais dépourvues, en dehors d'une seule, de la dalle supérieure). À l'intérieur de l'église, le même type de tombes est disposé au droit du mur pignon ouest dans le même alignement. Le soin apporté à ces constructions dénote le souci de Bernard-le-Louche de faire de l'église sa dernière demeure et celle de son ancêtre Sanche Mitarra. Par ailleurs, les anciennes constructions, reprises en sous-œuvre au niveau de la rue du Prieuré et confortées par un mur de soutènement, sont utilisées comme celliers et surmontées des pièces nécessaires à la réalisation des travaux monastiques pendant que les cellules prennent place au-dessus du cloître, surplombant le préau.
Sans doute les craintes fondées sur l'approche de l'an mille refroidissent-elles les enthousiasmes et ralentissent-elles le rythme de la construction. Toujours est-il que Bernard-le-Louche meurt en 995 sans voir l'achèvement de son œuvre. Il a cependant pris les dispositions nécessaires pour assurer la pérennité du monastère à la tête duquel il a placé un abbé.
Saint-Orens prieuré clunisien Passé l'an mille, les travaux de construction reprennent sous les auspices de l'abbé Austinde nouvellement élu et du comte d'Armagnac Bernard II Tumapaler. Nommé d'archevêque d'Auch, Austinde poursuit la reconstruction de Sainte-Marie et fonde la ville de Nogaro avec le soutien de Guillaume Astanove, cinquième comte de Fezensac, laissant à l'abbé Raymond, son successeur, la charge de terminer les travaux à Saint-Orens. En 1068, Hugues de Cluny représentant l'autorité pontificale, préside à Auch, en présence des évêques suffragants des Vasconies ultérieure et citérieure et des abbés et seigneurs de Novempopulanie, le concile provincial lors duquel Saint-Orens est uni à l'abbaye de Cluny avec rang de prieuré. Les séances se tiennent vraisemblablement entre les murs du nouveau cloître du fait du chantier en cours à la cathédrale. En raison du coût de sa propre reconstruction, et en l'honneur de son saint patron, le monastère auscitain est dispensé du versement annuel à la fabrique du quart de la dîme, imposé par le concile à toutes les églises de la province pour la reconstruction des cathédrales de leur circonscription, ruinées par les invasions.