André Siegfried, né au Havre le et mort à Paris le , est un sociologue, historien et géographe français, pionnier de la sociologie électorale.

Biographie

Jeunesse et études André Siegfried passe les dix premières années de sa vie au Havre. Il suit des études secondaires au lycée Condorcet, qu'il évoque dans son autobiographie, Mes souvenirs d'enfance (1957).

Il intègre ensuite l'École libre des sciences politiques (dont son père fut, des décennies plus tôt, l'un des actionnaires-fondateurs) mais n'y étudie qu'un an. Il étudie parallèlement le droit à l'université de Paris, où il obtient une licence de droit et une licence de lettres. Il obtient un doctorat en histoire en 1904, avec une thèse sur la démocratie en Nouvelle-Zélande, puis un doctorat de droit.

Parcours professionnel D’abord tenté par la politique, à l’instar de son père Jules Siegfried qui fut maire du Havre, député de la Seine-Inférieure et ministre du Commerce, il y renonça après plusieurs échecs, dont quatre aux élections législatives (1902, 1903, 1906 et 1910)..

Libre-penseur et protestant au moment où la loi Combes interdit tout enseignement aux membres d’une congrégation (1904) et où la loi de la séparation des Églises et de l'État (1905) est votée, il rédige un essai sur la société canadienne dans laquelle il dénonce les écoles confessionnelles ainsi que l’influence religieuse ambiante. D’abord critiqué par le théologien Dominique-Ceslas Gonthier, son ouvrage est encore aujourd'hui perçu de manières diverses, certains le jugeant trop critique tandis que d'autres en font un reflet fidèle du passé religieux du Canada.

Engagé en politique aux côtés des radicaux indépendants et des républicains de gauche, André Siegfried se présente en 1902 dans les Basses-Alpes, dans la circonscription de Castellane, dont le député sortant est le progressiste antidreyfusard Boni de Castellane. Battu par ce dernier, il l'accuse de diffamation et obtient l'annulation de l'élection le suivantJournal officiel de la République française. Débats parlementaires. Chambre des députés, , .. Cependant, à l'élection partielle du , Siegfried est à nouveau battu, avec plus de 500 voix d'écart.

Lors des élections législatives de 1906, il se présente dans la circonscription du Havre contre le député sortant progressiste Louis Brindeau, qui le bat dès le premier tour avec contre Le Petit Journal, , ..

En , il brigue un poste de conseiller général dans le canton du Havre. Arrivé en seconde position au premier tour derrière le maire radical-socialiste de Graville-Sainte-Honorine, le docteur ValentinoLe Temps, , ., il est battu au second tour.

Le , il tente une dernière fois sa chance dans la circonscription du Havre. Arrivé en deuxième position (avec ), devant Valentino () mais loin derrière Brindeau ()Le Travailleur normand, mai 1910, ., il est battu au second tour, avec (contre à Brindeau)Le Travailleur normand, , ..

Il est à la fois géographe, sociologue, historien, économiste et écrivain. Il enseigne à partir de 1911 à l'École libre des sciences politiques.

Il exerce en tant qu'interprète pendant la Première Guerre mondiale.

Très attaché à sa ville natale., il sera le premier président d'honneur de l'Institut havrais de sociologie économique et de psychologie des peuples, fondé en 1937.

vignette|gauche|Plaque au 8, rue de Courty (Paris). En 1932, il est élu à l’Académie des sciences morales et politiques. En 1933, il obtient la chaire de géographie économique et politique au Collège de France. À partir de 1934 et jusqu’à sa mort, il collaborera de façon régulière au Figaro, devenant administrateur de la société fermière du quotidien en 1950.

Grand officier de la Légion d'honneur, André Siegfried est élu à l’Académie française deux mois après la Libération de Paris, le , en même temps que Louis de Broglie et Louis Pasteur Vallery-Radot, avec 13 voix au fauteuil de Gabriel Hanotaux. Il s'agit de la première élection depuis l'invasion allemande. L'Académie, dont une douzaine de membres décédés n'ont pas été remplacés depuis quatre ans, et dont plusieurs autres membres vivent en exil ou sont emprisonnés, ne peut réunir ce jour-là que dix-sept votants, soit moins que le quorum exigé. Ces trois élections sont malgré tout considérées comme valables et les trois nouveaux académiciens pourront même prendre part aux élections suivantes avant d'avoir été reçus en séance solennelle. André Siegfried est reçu le par le duc de La Force.

Il a écrit régulièrement dans la revue du diplomate Montguerre, L'Échauguette.

Parcours professoral Il enseigne à l'École libre des sciences politiques à partir de 1909 ou 1910, recruté par Anatole Leroy-Beaulieu pour donner le cours de géographie économique. Il y enseigne jusqu'à la transformation de l'école en Institut d'études politiques de Paris en 1945, puis de ce moment jusqu'à 1955. Dans les années 1930, il donne notamment un cours sur les États-Unis, et un autre sur les politiques commerciales. Il refuse de devenir directeur de l'école, et c'est Roger Seydoux qui est choisi. Élu professeur au Collège de France en 1933, il conserve ce poste jusqu'en 1945.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il aide à la création d'une antenne de l'école à Lyon, afin que puissent continuer à y faire leurs études les étudiants qui vivent en zone libre ou qui ne pourraient vivre en zone occupée. Il est nommé président du conseil d'administration de l'école à la fin de l'Occupation. Il fait partie d'un groupe de travail mis en place par le directeur, Roger Seydoux, également composé de Pierre Renouvin et de Jean-Jacques Chevallier, qui est chargé de proposer une réforme des études et des programmes pour l'après-guerre.

Siegfried négocie avec Roger Seydoux, à la Libération, pour garantir la survie de l’École libre et sa transformation en Institut d'études politiques. Il devient le premier président de la Fondation nationale des sciences politiques, en 1945. En 1955, il est professeur détaché à l'université Harvard.

Il reprend dans ses cours à l'Institut d'études politiques de Paris ses analyses raciales développées dans les années 1920 : « Il y a des races qui s'assimilent vite, d'autres plus lentement, d'autres enfin, pas du tout », en France, « les Chinois demeurent toujours des étrangers », « la race noire reste inférieure », « le Juif est un résidu non fusible dans le creuset ».. En 1954, il fonde l’Institut des sciences et techniques humaines (Quai de Javel), classe préparatoire aux grandes écoles.

Son épouse, née Paule Laroche, est décédée en 1964.

Idées Proche du sociologue Gustave Le Bon (cf. L'âme des peuples), il publie en 1913 son Tableau politique de la France de l’Ouest sous la Troisième République, ouvrage fondateur de la sociologie électorale. dans lequel il insiste notamment sur l’influence de la géologie sur le vote des habitants d’une quinzaine de départements de l’Ouest de la France durant les quarante premières années de la Troisième République.

Dans cet ouvrage, il explique notamment les préférences électorales par la nature des sols. Les sols granitiques favoriseraient les partis conservateurs et les sols calcaires les partis progressistes. André Siegfried explique cette corrélation ainsi : l'accès plus facile à l'eau sur les sols granitiques tend à concentrer les terres entre les mains de grands propriétaires et donc à disperser les populations, qui ne se fréquentent donc le plus souvent qu'à l'église.

De ce fait, les populations des sols granitiques étaient sous l'influence, très puissante pendant la Troisième république, des propriétaires terriens et des prêtres qui favorisaient les partis conservateurs. Du côté des sols calcaires, les points d'eau étaient moins nombreux, les populations plus pauvres et plus concentrées avaient plus l'occasion de se fréquenter ailleurs qu'à l'église (marché, taverne, etc.). Ainsi, ces populations se tournaient majoritairement vers les partis progressistes de l'époque.

Dès le début du siècle et durant l'entre-deux-guerres, jusqu'à ses derniers écrits et cours à l'Institut d'Études Politiques à la fin des années 1950, André Siegfried promeut les représentations suprémacistes et préjugés racistes hérités de la fin du siècle précédent, et il y défend la nécessité de la ségrégation raciale, tel l'Appartheid auquel le professeur au Collège de France d'alors accorde des circonstance atténuantes car dit-il "il y a là un avant-poste de notre race qui se défend"Carole Reynaud Paligot. “ André Siegfried et la question raciale ”. Sociétés & Représentations, 2005, 2 (20), . ⟨hal-04686093⟩.

Postérité Un lycée d'Haguenau et un collège de Saint-Romain-de-Colbosc ont reçu son nom.

Le est publié un timbre français à son honneur, dessiné et gravé par Pierre Gandon..

Une plaque commémorative lui rend hommage 8 rue de Courty (Paris ), où il vécut.

Publications

Ouvrages Afrique du Sud ; notes de voyage, Paris, A. Colin, 1949 Albert Schweitzer études et témoignages, Éd. Robert Amadou, Bruxelles, Éditions de la Main jetée, 1951 Amérique latine, Paris, A. Colin, 1934. Aspects de la société française, Paris, Pichon, 1954 Aspects du , Paris, Hachette 1955. Cinq propos sur la langue française, avec Mario Roques, Paris, Fondation Singer-Polignac, 1955 Cotonniers aux Indes, Paris, 1950 Croisade. Conférences contradictoires, avec Alfred Wautier d’Aygalliers, Charles Riandey, Union de libres-penseurs et de libres croyants pour la culture morale, Paris, Fischbacher, 1931 De la à la République, Paris, B. Grasset 1956 De la à la République au jour le jour, Paris, B. Grasset, 1958 Deux Mois en Amérique du Nord à la veille de la guerre (juin-), Paris, A. Colin, 1916. Discours de réception à l’Académie française. , Éd. Maurice Garçon, Paris, A. Fayard, 1947 Discours prononcés dans la séance publique tenue par L’Académie française pour la réception de M. Daniel-Rops, le jeudi , Paris, Typographie de Firmin-Didot, 1956 Édouard Le Roy et son fauteuil, avec Henri Daniel-Rops, Paris, A. Fayard 1956 Edward Gibbon Wakefield et sa doctrine de la colonisation systématique, Paris, Armand Colin, 1904 En Amérique du Sud : Articles parus dans le Petit Havre de juillet à , Le Havre, Le Petit Havre, 1932 Enquête politique, économique & sociale sur la Nouvelle-Zélande, Paris, Bureaux de la Revue politique et parlementaire, 1900 États-Unis, Canada, Mexique : lettres de voyage écrites au Petit Havre, Le Havre, Le Journal, 1936 Fourrure et pelletiers à travers les âges, avec Jean H. Prat, Paris, Éd. du Tigre 1960 France, Angleterre, États-Unis, Canada, Paris, Emile-Paul 1946 Géographie économique. Cours de Université de Paris, Institut d’études politiques, année 1953-1954, Paris, Centre de documentation universitaire, 1954 Géographie électorale de l’Ardèche sous la République, Paris, Colin, 1949 Géographie humoristique de Paris, Paris, La Passerelle, 1951 Géographie poétique des cinq continents, Paris, La Passerelle, 1952 Histoire politique de la République. Tome premier, L’avant guerre (1906-1914), avec Georges Bonnefous, Paris, Presses universitaires de France, 1956, 1994 Impressions de voyage en Amérique : 1914, Le Havre, Randolet, 1915 Impressions du Brésil. Articles parus dans le Petit Havre du 5 au , Le Havre, Impr. du journal le Petit Havre, 1937 Itinéraires de contagions. Épidémies et idéologies, Paris, Armand Colin, 1960. La Civilisation occidentale, Oxford, Clarendon Press, 1945 La Crise britannique au , Paris, A. Colin, 1931 La Crise de l’Europe, Paris, Calmann-Lévy, 1935 La Démocratie en Nouvelle-Zélande, Paris, A. Colin, 1904 La Dignité humaine, avec Russel W. Davenport, Paris, Nouvelles éditions latines, 1958 La Fontaine, Machiavel français, Paris, Ventadour, 1955 La Langue française et les conditions de la vie moderne, avec Josef Felixberger, Munich, Hueber 1968 La Mer et l’empire. Série de vingt-deux conférences faites à l’Institut maritime et colonial, Paris, J. Renard 1944