L'abbaye Saint-Nicolas d'Hermières (latin Hermeriae, ou HermeriaGallia Christiana, op. cit. infra, col. 939.) est une abbaye disparue qui était située sur le territoire de l'actuelle commune de Favières, en Seine-et-Marne.
Histoire
La fondation de l'abbaye fut attribuée à Maurice de Sully, évêque de Paris d'abord par Rigord, chroniqueur du règne de Philippe-Auguste, puis un siècle après lui par Guillaume de Nangis. En réalité, l'abbaye d'Hermières fut fondée en 1160 par un dénommé Regnaud (Reginaldus), mentionné à la date du de cette année dans le nécrologue de Saint-Just de Beauvais« Die prima Novembris Reginaldi fundatoris de Hermeriis », cit. par Gallia Christiana, op. cit. infra.. Il était probablement associé dans cette entreprise avec la famille de Thibaut IV, comte de Blois et de Champagne, mort quelques années auparavant le , et notamment sa femme Mathilde de Carinthie, morte l'année de la fondation de l'abbaye le , ainsi que sa fille, Adèle de Champagne, qui épousa le roi Louis VII le de cette même année. La confusion opérée par Rigord et Guillaume de Nangis est probablement due au fait que Maurice de Sully accéda à la charge d'évêque de Paris (diocèse dont dépendait l'abbaye) le , année de fondation de cet établissement, et fut de celui-ci un des principaux donateurs.
L'abbaye d'Hermières était située près d'un bois dit des Trente-Arpents, au nord de Tournan, entre Crécy-sur-Morin (ou Crécy-en-Brie) et Lagny-sur-Marne, alors dans la juridiction du diocèse de Paris. Cet emplacement dépend aujourd'hui de la commune de Favières.
Fille de l'abbaye de Val-SecretCe qui signifie que les premiers moines d'Hermières étaient originaires de l'abbaye de Val-Secret (près de l'actuel village de Brasles, en Picardie)., l'abbaye d'Hermières appartenait comme sa mère à l'ordre des Prémontrés. L'église abbatiale fut placée sous la double protection de la Vierge Marie et de saint Nicolas.
Les principaux donateurs de l'abbaye d'Hermières furent, on l'a vu, Adèle de Champagne et Maurice de Sully. Adèle donna notamment en 1202 aux moines de cette communauté le monastère dans lequel ils vivaient, les cimetières adjacents ainsi que 90 arpents de bois autour de l'abbaye, avec droit de haute et basse Justice sur tout cet ensemble. Ces bois atteignaient jusqu'au bois de BucyAbbé Jean Lebeuf, op. cit. infra, page 249.. D'autres donateurs importants furent Gui, Anseau II et Robert, seigneurs de Tournan, qui appartenaient à une branche de la famille de Garlande. Plusieurs des membres de cette puissante famille seigneuriale furent d'ailleurs inhumés dans l'abbatiale.
L'abbaye fut déclarée bien national lors de la Révolution, et les moines durent la quitter en 1790. Les bâtiments furent vendus en 1794 à un certain Derosne. Son fils céda le domaine en 1852 à un dénommé Moïana, puis les héritiers de ce dernier le vendirent à leur tour au baron Alphonse de Rothschild en 1872. Pendant toute cette période, les constructions furent peu à peu démantelées, probablement pour en vendre les pierres. Le logis abbatial notamment fut totalement démoli en 1846. À sa place, fut construite une imposante maison bourgeoise appelée château d'Hermières, elle-même très abîmée pendant la Seconde Guerre mondiale, et finalement détruite en 1951Voir ..
Description Il ne subsiste rien de visible aujourd'hui de l'abbaye Saint-Nicolas d'Hermières.
L'abbé Jean Lebeuf, qui la visita au milieu du , décrit ainsi très succinctement son église abbatiale médiévale : « L'édifice est petit et bas, dans le goût du et en forme de croix. Il est de plus orné de galeries vitrées, et les voutes en sont supportées par des petites colonnades réunies. La nef a été raccourcie »Abbé Jean Lebeuf, op. cit. infra, page 250..
Il décrit aussi, tout aussi succinctement, le reste de l'abbaye : « Le cloître de cette maison a été rebâti de briques. Les jardins en sont spacieux »Abbé Jean Lebeuf, op. cit. infra, page 253..
Bibliothèque Les ravages de la guerre, notamment de la Guerre de Cent Ans, sont cause du petit nombre de productions littéraires de l'abbaye d'Hermières qui nous sont parvenues. On sait qu'au commencement du , un certain Joannes de Grevia (Jean de Grève), frère ou neveu de Philippe de Grève, chancelier de l'Église et de l'Université de Paris, était moine à Hermières. Il est resté quelques ouvrages de ce Jean de Grève.
Personnages inhumés dans l'abbatiale La Gallia Christiana recense un certain nombre d'abbés de Saint-Nicolas d'Hermières enterrés dans l'église abbatiale. Par ailleurs, l'abbé Jean Lebeuf a relevé lors de sa visite de l'abbatiale les noms de personnages laïcs inscrits sur les dalles funéraires.
Membres de la famille de Garlande, seigneurs de Tournan L'abbaye d'Hermières semble avoir été, au moins pour un temps, la nécropole de la branche de la famille de Garlande qui tenait la seigneurie de Tournan.
Havoise de Montmorency Elle était la fille de Bouchard VI, baron de Montmorency et la femme d'Anseau IV de Garlande, seigneur de Tournan, dont elle n'eut pas d'enfants.
Sa tombe était située dans la chapelle de la croisée, du côté septentrional. Sur celle-ci, une femme joignant les mains et ayant son habit retroussé était représentée. Une inscription latine, en lettres gothiques capitales, accompagnait cette représentation et nous apprend qu'elle mourut en 1286, le jour de la fête de saint Martin :
Tumuluta quiescit Haoisis
Nobilis et clari generis meruit sociari
Nobilitate pari caelo queat illa beari
Quae obiit anno Domini M. CC. octogesimo
Sexto, die Festo S. Martini Yemalis.
Orate pro ea.Abbé Jean Lebeuf, op. cit. infra, page 251.
Anseau III de Garlande (ou Anseau IV de GarlandeL'abbé Jean Lebeuf supposait que le tombeau situé dans la nef était celui d'Anseau III de Garlande, seigneur de Tournan (Anseau V dans la généalogie familiale). Cependant on ne sait rien de la date et du lieu de la mort d'Anseau III. On sait en revanche que son fils Anseau IV (comme seigneur de Tournan, Anseau VI dans la généalogie familiale) mourut en 1287. Or l'inscription figurant sur le tombeau, relevée par l'abbé Lebeuf lui-même, précise que l'Anseau (Anselmus) qui y reposait était mort l'année 1287, le jeudi suivant Pâques. Ce tombeau était donc probablement celui du fils, à moins que le père ne soit mort la même année. ?)
Dans la nef, se trouvait le tombeau d'un chevalier armé, dont le blason était effacé par le temps. L'abbé Jean Lebeuf supposait qu'il s'agissait de celui d'Anseau III de Garlande, père d'Anseau IV et donc beau-père d'Havoise de Montmorency. Cependant, il est probable qu'il s'agissait plutôt de celui d'Anseau IV. Un reste d'inscription en lettres gothiques était lisible, et nous apprend qu'il mourut en 1287, le jeudi suivant Pâques, et qu'il était seigneur de Tournan et de Possesse :
Nobilis Anselmus quem continet iste locellus
Terram Possesse possedit Turnomiique
Jusius utrobique ... [illisible]
Qui obiit anno Domini M. CC octogesimo septimo die Jovis post Pasqua. Orate pro eo.
Autres membres de la famille de Garlande
L'abbé Jean Lebeuf mentionne deux autres tombes situées dans la nef abritant des membres de la famille de Garlande. Des personnages vêtus d'habits longs avec l'épée pendant sur la gauche étaient représentés sur ces tombes. Les écussons n'étaient pas gravés. Sous les pieds du premier de ces personnages était représenté un lion, sous les pieds du second une couronne de roses. L'abbé Lebeuf attribue la tombe à la couronne de roses à Anseau IV, seigneur de Tournan, et celle au lion à son frère puîné, mort avant lui, Jean de Garlande, seigneur de PossesseCette hypothèse serait remise en cause si le tombeau du chevalier armé situé dans la nef était celui d'Anseau IV, et non de son père Anseau III - cf. la note précédente..
Autres personnages laïcs
Jean Gaucher du Châtel Jean Gaucher du Châtel, sire d'Armainvilliers, avait choisi d'être inhumé dans l'abbatiale d'Hermières dans son testament du . L'abbé Lebeuf précise cependant que sa tombe avait disparuAbbé Jean Lebeuf, op. cit. infra, page 252..
Jacques Goutière Jurisconsulte au Parlement de Paris, historien et auteur de nombreux ouvrages sur le droit romain et sur son histoire, Jacques Goutière (ou Jacques Gouthier) était inhumé dans l'abbatiale d'Hermières.
L'abbé Lebeuf indique qu'un marbre noir gravé était attaché à un des piliers nord de l'abbatiale. On pouvait y lire:
Jacobus Gutherius in Senatu Parisiensi Advocatus, Patricius Romanus, hic beatam spem et adventum magni Dei Salvatoris nostri Jesu Christi expectat in misericordia.
Sur sa tombe située à côté de ce marbre, il était précisé qu'il était décédé en 1638, à l'âge de 77 ans.
Catherine L'Argentier Catherine L'Argentier était l'épouse de Jacques Goutière. L'abbé Lebeuf indique qu'elle survécut dix ans à son mari, et qu'elle était inhumée à ses côtés. Son épitaphe mentionnait son nom en latin Catharina Argentaria, précisait qu'elle avait eu cinq enfants qui se firent religieux, et qu'elle mourut âgée de 80 ans. Cette épitaphe indiquait encore Vicinum Brittachium Societati Jesu legavit, précisait qu'il y avait eu un échange de biens et finissait par ces termes : Hanc vicissim funebrem ei domum pro domo reposuere Patres Societatis Jesu anno XLIX, Obiit anno XLVIII, Septembris XVII. L'abbé Lebeuf supposait que l'inscription latine Brittachium pouvait peut-être correspondre à une maison dite La Bretêche, mentionnée comme voisine de l'abbaye d'Hermières dans la légende de maître Jean Poisle publiée en 1576. Les époux Goutière auraient donc habité ce lieu.
Abbés d'Hermières Les abbés inhumés dans l'abbatiale, recensés par la Gallia Christiana, sont les suivants :
Robert La Gallia Christiana précise qu'il reposait dans la nef, et que son épitaphe était :
Abbas Robertus omni bonitate repletus.
Vitam reddat ei gratia Summa Dei.
Vivat in pace.
Robert II La Gallia Christiana indique qu'il reposait dans la nef, près de l'entrée de l'église, et que son épitaphe était :
Abbas Robertus omni virtute refertus,
Quem tegit haec tumba, fuit in serpente columbaGallia Christiana, op. cit. infra, col. 941.
Thomas II de Montmorency La Gallia Christiana indique qu'il reposait dans la nef, près du seuil de l'église, et que son épitaphe était :
Thomas praelatus, vir pius et moderatus,
Nobis sublatus jacet hoc tumulo tumulatus.
Vitam reddat ei gratia summa Dei.
26. annis vixit abbas anno Domini 1247.
Guillaume La Gallia Christiana indique qu'il reposait au milieu de la nef, sur la droite, et que son épitaphe était :
Abbas Guillelmus gladio feritatis inermus
In grege commisso, tumuli jacet hujus abysso.
Liber ab inferno vivat cum rege superno.
Anno 1263. vixit abbas duobus annis et tribus mensibus.
Jean de Rosoy La Gallia Christiana indique qu'il était inhumé au milieu de la nef et que son épitaphe, écrite en français, était :
Cy gist feu Jehan de Rosoy abbé d'Hermieres, qui fut mort en mois de Decembre MCCLXXIX. Priez por ly.Gallia Christiana, op. cit. infra, col. 942.
Milon La Gallia Christiana indique qu'il était inhumé du côté droit de la nef et que son épitaphe était :
Hic jacet dominus Milo quondam abbas hujus ecclesiae, qui obiit anno Domini MCCLXXXXIX. die Dominica ante Nativitatem Domini. Anima eus et animae omnium fidelium defunctorum requiescant in pace.
Guillaume II La Gallia Christiana indique qu'il était inhumé dans la nef et que son épitaphe était :
Hic jacet Guillelmus quondam abbas hujus ecclesiae, qui obiit anno MCCXCVII. die Martis ante festum B. Andreae apostoli.
Jean III Coldoé La Gallia Christiana indique qu'il était inhumé du côté gauche de la nef et que son épitaphe était :
Cy gist Jean Coldoé abbé d'Hermieres, qui fut né de Montevrin, mil ... [illisible] Priez pour s'ame.
Liste des abbés