Les critiques de la psychanalyseReprenant le titre du livre de Renée Bouveresse. portent notamment sur : la non-réfutabilité de la théorie ; la fondation théorique sur la base d'exemples historiques mensongers et la prise en compte de l’absence de preuve d'efficacité, voire parfois le caractère sectaire d’une branche de la psychanalyse. Il existe quatre formes de psychanalyse très différentes les unes des autres : la freudienne, la jungienne, la lacanienne et celle de l’école anglaise (Winicott, Bowlby, Bion, Klein, etc.).
Les critiques de la psychanalyse présentent, schématiquement, deux temps majeurs : l'élaboration de la psychanalyse en tant que méthode d'exploration du fonctionnement psychique avec ses principaux concepts ; l'évolution ultérieure de la théorie et de la pratique ; et deux versants : l'un théorique comme connaissance du psychisme, centrée sur le déterminisme psychique inconscient ; l'autre pratique, en filiation directe avec la théorie, comme thérapie ou clinique.
Corrélativement, les critiques de la psychanalyse portent sur : le moment fondateur (contexte historique, épistémologique, scientifique, culturel, innovation, statuts des « découvertes freudiennes », méthode, prétentions scientifiques.…) qui recouvre le personnage même de Freud (intentions, ambitions, compétences…) ; la construction de la « légende Freud » à partir de la manipulation des sources et de la réécriture de l'histoire des origines, par Freud lui-même et ses successeurs sans compter les « réhabillages » structuralistes ou herméneutiques ; les inflexions ultérieures de la psychanalyse ; le noyau conceptuel commun à l'ensemble des courants psychanalytiques ; l'efficacité de la cure analytique ; les modes de formation des psychanalystes (valeur d'une analyse didactique, réglementation, institutions).
Cette démarche de réévaluation de la psychanalyse concilie donc un abord épistémologique et scientifique avec un abord historiographique (et aussi thérapeutique).
Mise en perspective Les critiques de Freud et de la psychanalyse sont extrêmement nombreuses et variées. Il faut distinguer les critiques qui portent sur Freud lui-même (sa personnalité, son manque de rigueur supposé) de celles qui portent sur la psychanalyse, discipline dont les bases théoriques (dont le freudisme) ont amené à des écoles, des théorisations, des pratiques fort différentes, aujourd'hui, les unes des autres.
Les différentes écoles de la psychanalyse, depuis leurs débuts jusqu'à aujourd'hui, ont été soumises à des critiques qui portent sur des aspects fondamentaux tels que l'inconscient, son influence sur le comportement, le mécanisme de refoulement et le rôle de la sexualité. Malgré des thèmes communs, en dehors de la légende freudienne, la diversité des acceptions de ces concepts chez les psychanalystes proscrit toute unité doctrinale de la psychanalyse, autre qu'institutionnelle. Ainsi, Mikkel Borch-Jacobsen affirme dans Le Livre noir de la psychanalyse :
Critiques de Freud et du freudisme Les thèses de Freud (neurologue praticien et chercheur sur les neurones de 1872 à 1893) ont pu parfois provoquer l'opposition de scientifiques, médecins, philosophes et psychologues de son tempsPar exemple Charcot critique vertement Cité par .
Freud a surtout synthétisé et généralisé des conceptions en vogue dans les milieux littéraires philosophiques et médicaux de son époque au risque de se contredire au fil de son œuvre comme le remarquent des psychanalystes tels que Patrick Mahony. Selon Ernst Kris, l'un de ses plus fidèles partisans, la plupart des options théoriques de Freud se fondent sur des présupposés biologiques déjà obsolètes à la naissance de la doctrine (voir par exemple, l'histologiste Ramon y Cajal lequel jette, très tôt, les bases de la théorie neuronale moderne).
Freud propose une explication spéculative métapsychologique des névroses et des psychoses, qu'il ancre, tout comme le développement psychique général, dans le développement de la sexualité infantile et de ses éventuels conflits : les symptômes névrotiques deviennent ainsi l'expression (symbolique) de conflits inconscients.
La critique de la psychanalyse freudienne se confond partiellement avec la critique de Freud logiquement comme pour les deux autres psychanalyses : la jungienne (Jung) et la lacanienne (Lacan).
La « guerre contre Freud » aux États-Unis Le débat sur la psychanalyse a émergé dans les années 1980 avec le changement de paradigme du DSM-4 devenant cognitiviste et non plus basé sur la théorie psychanalytique ainsi qu'à partir de la parution en 1984 du livre de Jeffrey Masson, Le Réel escamoté.. Selon cet auteur, Freud aurait minimisé voire négligé les viols dont auraient été victimes certaines de ses patientes prenant leurs dires comme fantasmatiques au lieu de porter plainte. A noter que Freud exerçait dans l’empire Austro-hongrois, sous Sissi l'impératrice et François Joseph, époque à laquelle le droit sur le viol ne correspondait pas à celui du . La polémique s'est intensifiée pendant les dix années suivantes, et elle fut si intense que le Congrès américain décida en 1995 du report d'une exposition consacrée à Freud, sous la pression d'historiens, d'idéologues et d'épistémologuesCastel P.H. La psychanalyse depuis les années 1980 : crises, dévoiements et replis. . Ce groupe de Freud comprend des chercheurs et des polémistes issus d'horizons différents et qui appliquent à la psychanalyse des critiques historiques, épistémologiques et thérapeutiques.
Ces Freud ont essaimé vers le monde francophone, notamment avec la parution de deux ouvrages : Mensonges freudiens : histoire d'une désinformation séculaire de Jacques Bénesteau ; Le Livre noir de la psychanalyse, condensant toutes sortes de critiques émanant de plusieurs auteurs et reprenant notamment les critiques des Freud .
Critiques historiques Freud et hagiographie La stricte vérité historique, dont la restitution fidèle nécessite un travail d'archiviste et de déconstruction, est toujours compliquée à faire surgir du passé, comme l'illustre le cas Anna O. que Henri Ellenberger fut le premier à démystifier.
Comme l'écrivent Mikkel Borch-Jacobsen et Shamdasani, le principal obstacle à l'hégémonieDidier Pleux, « Hégémonique psychanalyse », dans Le Monde du 13 décembre 2012. de la psychanalyse réside dans son historicisation, grâce à une histoire véritable, non révisée et expurgée par ses hagiographesMikkel Borch-Jacobsen, « Freudomachies et guerres picrocholines », dans Revue en ligne : Books, mars 2011 sur booksmag.fr..
Anhistoricité Pour l'universitaire Sarah Winter, la psychanalyse, en reprenant la mythologie grecque, s'est construit une légende psychanalytique qui nie l'histoire réelle Freud . Sarah , 1999..
Critiques de philosophes La psychanalyse n'a pas toujours fait bon ménage avec la philosophie. Sans parler des critiques marxistes, existentialistes…, elles varient selon leur auteur ou les courants.
La critique s'est également portée sur les prétentions scientifiques de la psychanalyse. Freud conteste la suprématie de la conscience, du libre-arbitre et de la volonté, au demeurant comme d'autres l'avaient déjà fait avant lui à l'instar de Nietzsche ou de Schopenhauer : au sujet « cartésien » était substitué un sujet psychologique dominé, à son insu, par l'inconscient refoulé et les vicissitudes de sa libido. Paradoxalement, Freud thématise l'inconscient sur le mode de la conscience forgeant une représentation homonculaire du « ça », que Jean-Paul Sartre ne manque pas de relever et de critiquerLa thèse de Sartre apparaît dans L'Être et le Néant (1943), notamment : .
Le philosophe Alain, résume sa position d'un trait : Adolf Grünbaum considère la psychanalyse comme pseudo-scientifique mais pouvant en partie être testée scientifiquement.
Ludwig Wittgenstein a lui aussi été un contradicteur des œuvres psychanalytiques, tout en reconnaissant leur importance Il considère la psychanalyse comme mythologique, et encore comme d’. Fondamentalement il s'oppose à Freud sur le plan de ce que signifie pour Freud le déterminisme. Morris Lazerowitz dit de lui qu’il est le psychanalyste de la philosophie, . Selon Michel Onfray, l’inconscient freudien est idéal, idéel, nouménal, immatériel et Michel Onfray, Les Freudiens hérétiques : contre-histoire de la philosophie, volume 8, chapitre 13 : Misère de la psychanalyse, Grasset, Paris, 2013., c'est-à-dire lié à l’évolution de l'espèce. Freud a pour théorie l'évolution par transmission des caractères acquis, largement réfutée depuis que le darwinisme et la théorie synthétique de l'évolution se sont imposés, que l'inconscient psychique est une instance psychique qui se développe pendant le stade œdipien (sauf chez le psychotique puisqu’il n’aborde pas ce stade) et qui va se transmettre de génération en génération depuis les premiers temps de l'espèce humaineMichel Onfray, Apostille au « Crépuscule » : pour une psychanalyse non-freudienne Grasset, 2010. Chapitre 4, partie 2 : « L'ontogenèse contre la phylogenèse », et suiv. puisqu’il considère que c’est un stade de développement humain.
Critiques de la validité scientifique La scientificité de la psychanalyse a été vivement contestée, en particulier, en raison : de son absence de falsifiabilité (elle n'est pas « réfutable » au sens où l'entendait Karl Popper dans la Logique de la découverte scientifique (1934), en d'autres termes la psychanalyse est toujours « vraie » dans sa logique interne, peut réinterpréter toute nouvelle donnée et son contraire sans remettre en cause la théorie. Il n'existe pas de données que la théorie ne peut pas interpréter a posteriori. La théorie peut donc survivre même quand les faits semblent la démentir grâce à l'usage de notions comme l'ambivalence, la résistance, la dénégation…). Sans juger ici de l'existence de Dieu, on peut faire une analogie avec le principe « les voies du Seigneur sont impénétrables », qui entraîne l'impossibilité logique pour un fait de contredire l'existence de Dieu. Cet aspect implique sa non-scientificité (ce qui ne veut pas dire sa fausseté) dans le chef de Popper (Grünbaum, malgré sa critique de la psychanalyse, affirme qu'elle n'est pas irréfutable dans le sens de Popper), pour lequel une théorie scientifique doit se confronter à l'expérience, et donc pouvoir être mise à mal par cette dernière (les théories scientifiques les plus abouties étant d'après lui celles qui permettent logiquement, a priori, le plus de remises en cause par l'expérience, mais qui dans les faits, a posteriori, n'est pas remise en cause par l'expérience)Roger Perron, « Une psychanalyse est-elle réfutable ? », dans Revue française de psychanalyse, 2008/4, vol. 72, 109-111.Utilisation de cet exemple pour vulgariser Popper. ; de son absence d'ancrage empirique et clinique« Le dualisme méthodologique peut-il sauver la psychanalyse ? » par Jean Bricmont, Science et pseudo-sciences , hors-série Psychanalyse, décembre 2010. : nombre faible de cas, notions issues de l'auto-analyse de Freud lui-même comme le complexe d'Œdipe… de la quasi-absence de démonstration expérimentale et de la validation statistique des assertions et des conséquences de la théorie psychanalytique (Adolf Grünbaum). de l'usage inapproprié de certaines conceptions structuralistes et mathématiques (topologie, théorie des nœuds) comme chez LacanImpostures intellectuelles de Jean Bricmont et Alan Sokal. donnant d'après eux une apparence spécieuse d'objectivité mais confinant au non-sens ; Le sexologue et urologue Gérard Zwang critique de façon virulente l'absence de scientificité de la psychanalyse, notamment dans l'imposant livre "La statue de Freud" paru en 1985 chez Lafont.
La psychanalyse est d’ailleurs une des disciplines que conteste la zététique« Divan le terrible » surpseudo-medecines.org. par, en grande partie, la critique épistémologique.
La réfutabilité