L'harmonisation et l'accompagnement du chant grégorien sont quelques manières de l'exécution du chant grégorien, ou historiquement du plain-chant aussi, mais celles qui étaient toujours discutées ou opposées, en comparaison de l'unisson.

De nos jours, l'accompagnement de l'orgue est formellement autorisé et parfois recommandé, à la suite du concile Vatican II.

Dans le contexte historique et sémiologique, il reste cependant des questions, étant donné que l'orgue n'existait pas encore lors de la composition du chant grégorien.

Par ailleurs, si la doublure à l'orgue peut ne pas modifier le caractère modal originel du chant grégorien, il en est tout autrement dès lors () que ce chant est accompagné d'accords.

Histoire Avant la Renaissance On ignore ce qui concerne les premiers siècles du chant grégorien, à l'exception du mouvement de la polyphonie. Toutefois, il est certain que la pratique de ce chant était toujours effectuée à l'unisson, jusqu’aux innovations polyphoniques expérimentées par les musiciens de l' "École de Saint-Martial" à Limoges" et de "École Notre-Dame". Cependant, les études des manuscrits dans les archives européennes indiquent que perdure une certaine uniformité du chant jusqu'au . Par exemple, Dom Mocquereau de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes trouva que sont identiques un manuscrit d'Ivrée du et celui du dans la même régionhttp://palmus.free.fr/session_2005.pdf p. 11.

Faux-bourdon

thumb|upright=0.8|Pour l'histoire du chant grégorien, Clément VIII était l'un des papes les plus importants. Avec le premier cérémonial, d'abord, il dénonça que celui-ci est le chant liturgique de l'Église par excellence. Ensuite, il autorisa le faux-bourdon. Enfin, il fit préciser et fixer en détail la manière de l'accompagnement de l'orgue ainsi que la pratique du faux-bourdon lors des célébrations. Apparu au , le faux-bourdon pour le plain-chant fut officiellement autorisé en 1600 par le pape Clément VIII, en raison de sa composition parfaitement homophonique. Car, au contraire de la polyphonie, les fidèles peuvent entendre correctement le texte. Il s'agissait du premier cérémonial de l'Église, Cæremoniale episcoporum jussu Clementis VIII, Pont. Max. novissime reformatun, omnibus Ecclesiis, præcipea autem Metropolitanis, cathedralibus & collegiatis perutile ac necessarium, qui admettait l'usage de celui-ci, afin de célébrer plus solennellement les psaumes des vêpres ainsi que pour les hymnes et quelques antiennes. Ainsi, le chœur pouvait sélectionner entre les deux manières, soit à l'unisson en grégorien, soit en faux-bourdon, pour le verset Deus in adjutorium lors du commencement des offices de la liturgie des Heures.

Dans la deuxième moitié du , celui-ci fut rapidement remplacé par l'accompagnement de l'orgue. Comme sa nature ne respecte pas la caractéristique du chant grégorien fortement monodique, le faux-bourdon est aujourd'hui en dehors de l'usage, à l'exception de quelques groupes vocaux.

Accompagnement de l'orgue d'après le cérémonial de Clément VIII

Depuis le , le chant grégorien subissait sa transformation en plain-chant, à cause de plusieurs circonstances : notation à gros carrés depuis le , critiques du mouvement de la Renaissance puis de la Réforme luthérienne, alourdissement par la pratique du faux-bourdon ou du contrepoint improvisé. Toutefois, le chant grégorien était confirmé en tant que chant liturgique de l'Église par excellence dans ce cérémonial de Clément VIII, fixé en 1600.

Par ailleurs, le document admettait également l'accompagnement de l'orgue. Plus précisément, il contient d'un chapitre, intitulé De Organo, organista, & musicis, seu cantoribus, & norma per eos servanda in divinis.

Selon ce chapitre, les célébrations en présence de l'organiste et des musiciens devaient être limitées. Il s'agissait de tous les dimanches et de toutes les fêtes chômées, à l'exception des dimanches de l'Avent et du Carême. Concernant la liturgie des Heures, les offices des matines, vêpres étaient admis, tout comme la messe. Lorsque l'office de tierce précédait immédiatement la messe, l'orgue pouvait le soutenir, à condition que la coutume des lieux l'autorise : « Le sommet de la journée liturgique, qui est la Messe, est précédé immédiatement par l'Office de Tierce. Il ne peut plus être question, en ce cas, de laisser dans le silence la cathédrale ou la collégiale pleine de monde... L'Office de Tierce est bref : une Hymne, trois Psaumes, Capitule, Kyrie eleison, oraison finale. Dès le début de l'office, l'orgue est admis à dialoguer avec le chœur pour l'Hymne Nunc sancte nobis Spiritus, puis en redoublement des Antiennes ; les Psaumes de Tierce doivent être chantés très lentement (chorus admoneretur ut psalmos Tertia lente prosequatur), pour leur donner plus de solennité et aussi pour en prolonger la durée. ».

En fait, ce grand document précisait encore. En dépit de l'absence d'orgue durant les offices des matines ou du nocturne, pour le dimanche, l'organiste pouvait assister à la fin du troisième nocturne, afin d'alterner avec le chœur. Il s'agissait de l'hymne Te Deum. De même, il était possible, lors des laudes, de dialoguer avec le chant, pour l'hymne et surtout le cantique de Zacharie, ainsi qu'à la fin des psaumes.

Au regard de la messe, celle-ci devait se commencer à l'unisson et en grégorien. Au contraire, les Kyrie, Gloria, Sanctus et Agnus Dei pouvaient été exécutés par l'alternance entre le chant en grégorien et l'orgue, 75, 76 et 78 ; ainsi, plusieurs compositeurs tels Girolamo Frescobaldi, François Couperin, écrivaient seuls les versets impairs, à savoir les et Kyrie, le Christe, et les et des derniers Kyrie. En bref, l'orgue commença à remplacer partiellement le chœur.. Il est possible que cette façon fût une opposition à la richesse de la messe polyphonique de l'époque. Pour terminer, le Deo gratias était chanté en grégorien, ou en faux-bourdon.

En 1615, l'usage du cérémonial eut lieu en France. Aussi la cathédrale de Troyes établit-elle en 1630 un règlement vraiment précisé, selon ce livre liturgique. Notamment, la registration (jeu) y était strictement déterminée, d'après le degré de gravité :

Bouleversement du roi Louis XIV

thumb|upright=0.8|Cornets à bouquin. Sous le règne du roi de France Louis XIII († 1643), deux joueurs du cornet à bouquin étaient singulièrement autorisés auprès de la Chapelle royale, si cette dernière comptait 51 effectifs.. À la suite du couronnement de Louis XIV († 1715), elle accueillit plusieurs instrumentistes tels les joueurs de violon, de flûte traversière. En effet, le Roi Soleil savait bien que la musique pouvait renforcer le prestige des princes. Alors que la célébration de la grande messe du dimanche et des fêtes demeurait ecclésiastique, celle de la semaine était dorénavant accompagnée de l'ensemble des instruments, à savoir avec l'exécution des motets.

Certes, le chant ecclésiastique conservait encore ses dignité et supériorité et résistait à Versailles. Ainsi, en , le jour où le nouveau roi Louis XV fut sacré à la cathédrale Notre-Dame de Reims, un Te Deum fut chanté en plain-chant, vraisemblablement en grégorien à l'unisson, ou en faux-bourdon. En fait, la version du grand motet de Michel-Richard de Lalande avait été préparée pour cette célébration. Au dernier moment, « un ordre de le chanter en plain chant » fut dénoncé, probablement par le maître de chapelle, Charles-Louis-Auguste Le Tonnelier de Breteuil, évêque de Rennes. Cependant, à la Chapelle royale, le plain-chant devint progressivement un élément des motets, tels le grand motet Dies iræ (S.31) ainsi que le petit motet Miserere mei Deus secundum (S.87) de Lalande.

Moins intéressé à la musique, le roi Louis XV réduisit sérieusement, en 1761, la taille de chapelle, en supprimant pareillement le maître ecclésiastique de celle-ci, en raison de sa dépense annuelle considérable, et non selon la raison liturgique..

Recommandation du pape Benoît XIV thumb|upright=0.8|Serpent selon sa forme. Il s'agit d'un cornet à bouquin amélioré. (Musée de la musique à Barcelone). À dire vrai, l'exécution à la cour si puissante de Louis XIV était un cas particulier. Lorsque ce souverain voulait ajouter les violonistes à la Chapelle royale, l'un des sous-maîtres depuis Louis XIII, sans doute musicien ecclésiastique Pierre Robert, aurait tenté de persuader le roi de ne pas les y introduire, en citant la contradiction du concile de Trente..

Environ cent ans plus tard, en 1750, l'abbé Léonard Poisson précisait la situation de l'époque :

Le pape Benoît XIV qui avait proclamé, le ., une constitution au regard de ce sujet. Dans cette bulle, le Saint-Père recommandait officiellement que le chant grégorien soit exécuté à l'unisson, vocibus unisonis, en raison de sa solennité. Quant aux chants harmonisés, il s'agissait des chants au second rang, à cause des paroles confuses et moins intelligibles.. De plus, Benoît XIV choisit rigoureusement les instruments autorisés dans les églises, après avoir consulté des spécialistes dont des maîtres de chœur. Ceux qui restaient favorables n'étaient pas nombreux : l'orgue, le basson, le violoncelle, le violon et la viole de gambe qui sont capables de corroborer et de soutenir la voix de chantres. Tout autres instruments furent exclus, car ils excitaient la musique trop théâtrale..

Instrumentistes auprès de la cathédrale de Rodez au vignette|Cathédrale Notre-Dame de Rodez. vignette|upright=0.8|Cathédrale Notre-Dame de Rodez. En dépit des vœux du pape Benoît XIV, le favorisait de plus en plus la pratique des instruments dans les églises. La cathédrale Notre-Dame de Rodez conserve effectivement les noms des instrumentalistes, tels ceux des maîtres de chœur, grâce à un grand nombre de documents dans ses archives. Les musiciens y exécutaient leur accompagnement déjà dans les années 1730. Le choix des instruments par Benoît XIV était quasiment respecté, à l'exception du hautbois, c'est-à-dire des artistes invités pour la célébration des fêtes. La paroisse hésitait toujours à dépenser au regard du basson jusqu'en 1747, hormis l'occasion de cette célébration de l'Assomption. Le premier contrat avec un joueur de cet instrument fut conclu le , un mois plus tard. Quant aux organistes, la cathédrale comptait 17 musiciens, depuis qu'Anthoine Rivallier avait succédé à Pierre Chambert le , et jusqu'à ce qu'un certain Sauvage y arrive le .

(selon Françoise Talvard, La Maîtrise de la cathédrale de Rodez aux , 2005 Cahier Philidor 031, Centre de musique baroque de Versailles) : Instrumentistes auprès de la cathédrale basson Fauchameau : - après 1773 violon Laporte : - ? Dalban : 1722? - - 1751 - ? Gres : - ? Teyssendier : - ? Lefèvre : - ? viole de gambe Jean Martin : ? - 1722 - ? Gres : - ? Cusser : - 1729 - 1741 - ? Benoît : - ? Jean-Jacques Dalmayac : - ? Las Mayons : - 1766 - ? serpent Lombard : - ? Espinasse : ? - - ? Feral : - 1741 - ? Sinchele : avant 1759 - après 1761 - vacance de poste - : Filibert : - ? Musiciens extérieurs venus pour les fêtes de l'Assomption et le reste : Gasanhe (basson, d'Albi) : Gafargue (basson, d'Albi) et Ganaheir (hautbois, de Millau) : Herbert (hautbois, de Millau) : Gasanhe et Rouger (basson, d'Albi) : Gasanhe (basson, d'Albi) : Gazanhe (sic, basson, d'Albi) : ? (basson, de Cahors) : ? (violon, d'Albi) 5 et : ? (violon, d'Albi) : ? (hautbois ou basson, de Toulouse) : ? (violon, d'Albi ainsi que 3 hautbois, de Cahors) : ? (2 violons et violoncelle)

Harmonisation habituelle au Strictement, l'harmonisation et l'accompagnement du chant grégorien n'existaient guère, au .