Jérusalem-Est (en arabe : , al-Quds ash-Sharqiya ; en hébreu : , Mizraa Yerushalayim) est le secteur de Jérusalem situé à l'Est de la ligne verte (ligne d'armistice du ), et faisant partie des territoires palestiniens occupés. Il est conquis et occupé par l'armée israélienne depuis 1967, et annexé unilatéralement par Israël. Selon la loi internationale, Jérusalem-Est est considérée comme une partie de la Cisjordanie et, par conséquent, comme un territoire occupé. La communauté internationale considère également les colonies israéliennes de peuplement à Jérusalem-Est comme illégales au regard du droit international.
Jérusalem-Est comprend la vieille ville, d'une superficie restreinte d'environ un kilomètre carré, et abritant de nombreux sites religieux importants pour les trois grandes religions abrahamiques (judaïsme, christianisme et islam), notamment le mont du Temple/esplanade des Mosquées, la mosquée Al-Aqsa, le mur des Lamentations, le dôme du Rocher, l'église du Saint-Sépulcre
En 2020, Jérusalem-Est comptait , dont (61 %) sont des Palestiniens et (39 %) sont des colons israéliens.
Dans le cadre du plan de partage de la Palestine adopté par l'assemblée générale des Nations unies le , Jérusalem est envisagée comme une ville internationale (un corpus separatum). Elle est cependant divisée par la guerre de 1948 qui suit la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël. Après les accords d'armistice du , la moitié occidentale de la ville passe sous contrôle israélien, tandis que sa moitié orientale, contenant la célèbre vieille ville, passe sous le contrôle de la Jordanie. Puis, à compter du , au cours de la guerre des Six Jours de 1967, toute la ville est sous contrôle israélien. La partie orientale de Jérusalem, ainsi qu'une zone de de terres cisjordaniennes est annexée par Israël. Celle passe alors. de à . Enfin, le , par une loi fondamentale, le parlement israélien déclare « Jérusalem unifiée », capitale de l'État d'Israël.
L'occupation et l'annexion par Israël depuis le du secteur Est de Jérusalem ont été constamment condamnées par le Conseil de sécurité des Nations unies et par la communauté internationale, à l'exception notable des États-Unis qui se sont abstenus lors du vote des résolutions 476 et 478 du Conseil de sécurité en 1980.
Un certain nombre d’États reconnaissent Jérusalem-Est comme capitale de l’État de Palestine, comme l'Argentine, le Brésil., la ChineChina supports Palestinian UN bid (Xinhua, 8 September 2011) "China recognizes Palestine as a country with east Jerusalem as its capital and possessing full sovereignty and independence, in accordance with borders agreed upon in 1967, according to Jiang", la RussieMedvedev reaffirms Soviet recognition of Palestine (Ynet News, 18 January 2011) "Russian president says Moscow has not changed its position since 1988 when it 'recognized independent Palestinian state with its capital in east Jerusalem'", les 57 membres de l'Organisation de la coopération islamiqueMuslim leaders urge world to recognise East Jerusalem as capital of Palestine (France 24, 2017-12-13) "their final statement declared "East Jerusalem as the capital of the State of Palestine" and invited "all countries to recognise the State of Palestine and East Jerusalem as its occupied capital."", tandis que d'autres États (tels que l'Australie, la France, la Finlande et d'autres) considèrent Jérusalem-Est comme la « future capitale de la Palestine ». et comme un « territoire occupé ».
Les définitions palestiniennes et israéliennes de Jérusalem-Est sont différentes. Pour la partie palestinienne, l'occupation du secteur Est de Jérusalem le est nulle et non avenue, car elle est uniquement le résultat d'un fait de guerre, gagnée par l'armée israélienne. La conquête de Jérusalem-Est n' a donc aucune valeur pour le droit international et les diverses mesures prises par la partie israélienne afin d'augmenter la surface de Jérusalem et d'annexer des villages anciennement sous compétence jordanienne autour de Jérusalem sont nulles et non avenues, de surcroît illégales, étant le fait d'une puissance occupante. Pour la partie israélienne, Jérusalem-Est n'existe plus depuis la décision du prise par le gouvernement israélien, déclarant de façon unilatérale qu'il n'y a plus de secteur Est dans Jérusalem, que le conseil municipal de Jérusalem-Est est dissout et que la municipalité de Jérusalem-Ouest, celle dirigée par Teddy Kollek, maire de Jérusalem-Ouest depuis 1965, est désormais compétente pour l'ensemble de la ville, qui avait été partagée depuis 1948 entre Israéliens et Jordaniens, en deux secteurs : Jérusalem-Ouest avec une superficie d'environ et Jérusalem-Est de .
La politique de « discriminations systématiques et le régime de ségrégation » imposée par l’État israélien aux habitants palestiniens de Jérusalem-Est constitue un « apartheid » selon la Cour internationale de justicehttps://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/israel-presse-devacuer-la-cisjordanie-par-la-cour-internationale-de-justice-2109127.
Histoire récente de Jérusalem-Est
Plan de partage de la Palestine voté par l'ONU en 1947
Le plan de partage de la Palestine fut adopté par l'ONU au moyen de la résolution le ; 33 pays votèrent pour, 13 votèrent non, 10 recoururent à l'abstention et un autre (le Siam ou Thaïlande) n'avait pas alors de représentation présente. Selon cette résolution, la ville de Jérusalem (ainsi que Bethléem), soit 2 % de la superficie de la Palestine mandataire, devait être placée sous juridiction internationale et devenir un , qui ne soit géré ni par le futur État juif prévu sur 54 % du territoire., ni par le futur État arabe, devant s'étendre sur 44 % de la superficie du territoire palestinien, les deux États étant prévus par le plan onusien élaboré au vu à d'un rapport présenté par le diplomate suédois Folke Bernadotte, envoyé spécial de l'ONU, et des travaux du Comité spécial des Nations unies sur la Palestine (connu sous ses initiales en anglais : UNSCOP), qui avait été créé par l'ONU en .
Mais, lors de la première guerre israélo-arabe en mai 1948, les belligérants ne respectent pas cette résolution. Alors que les Israéliens contrôlent la partie ouest de la ville (soit environ ) dès la création de l’État juif le , la partie Est, d'une superficie d'environ , passe en sous contrôle des forces armées de la Légion arabe jordanienne. L'armée israélienne va essayer lors de l' de conquérir la partie Est le mais elle échoue à le faire. Jérusalem-Est compte environ 70 000 habitants et passe sous contrôle de facto du royaume hachémite de Jordanie formé depuis .
Guerre israélo-arabe de 1948 et division de Jérusalem
La résolution de l'ONU du n'est pas respectée par les protagonistes. Fin , la Légion arabe jordanienne, commandée par le futur général , conquiert la zone Est de Jérusalem et est victorieuse face aux forces armées israéliennes. A la même période, Jérusalem-Ouest est conquise par la jeune armée israélienne (Tsahal), qui a été créée par ordonnance du gouvernement provisoire israélien le à partir de la Haganah, du Palmach et des groupes sionistes de droite Irgoun et Lehi. Côté Ouest, plus de la moitié de la population arabe palestinienne s’enfuit ou est expulsée. Côté Est, conquise par la Légion arabe, les habitants juifs - plus de 3000 personnes - sont expulsés de leurs maisons et doivent se rendre alors dans le secteur Ouest de Jérusalem, devenu secteur israélien. Leurs habitations sont soit détruites, soit pillées et près de 30 synagogues et écoles religieuses -yeshivas - sont détruites par les unités du génie de la Légion arabe jordanienne.
Après les accords d'armistice conclus à Rhodes le entre le royaume hachémite de Jordanie et l’État juif, Israël se maintient sur tous les territoires qu'il a conquis au cours de la guerre israélo-arabe de 1948/1949. Israël gagne ainsi environ 23 % de la Palestine en plus de la superficie initiale du territoire juif prévu dans le plan de partage du 29 novembre 1947, qui devait représenter environ 55 % de l'ancienne superficie de la Palestine sous contrôle britannique. L’État juif détient ainsi, en , 78 % de la superficie totale de la Palestine mandataire. Il est à noter que le , le dernier représentant britannique (haut commissaire en Palestine) quitte la Palestine.
Dès 1950, Israël fait de Jérusalem-Ouest sa capitale de facto en y installant ses principales institutions gouvernementales. Une déclaration unilatérale du gouvernement israélien, faite dès le , proclame Jérusalem comme étant la capitale de l’État d'Israël, créé le à Tel-Aviv, par le Conseil du Yishouv présidé par David Ben Gourion. Le chef du gouvernement israélien avait déjà par deux fois, le 9 et , précisé devant la Knesset que « Jérusalem était naturellement la capitale de l’État juif » ; ces deux affirmations n'avaient été contestées par aucun député présent, de toutes tendances politiques, lors de la première législature de la Knesset, à la suite des élections législatives de .
L’État d' Israël devient membre de l'ONU le par 37 voix « pour », 12 voix « contre » et 9 absentions, après avoir été reconnu dès le par l'Union soviétique, second pays à reconnaître l’État juif après les États-Unis (reconnaissance effectuée le , selon la volonté expresse du président Harry Truman, 11 minutes seulement après la fin de la lecture de la proclamation d'Indépendance de l’État d'Israël au musée des Beaux Arts de Tel Aviv par David Ben Gourion, président du Yishouv), et la Grande-Bretagne, ayant également établi des relations officielles avec le nouvel État, également au lendemain de la fin du mandat britannique fixée au , soit le . La France, qui avait pourtant soutenu les divers groupes sionistes sur son sol et qui avait permis le départ par exemple de bateaux d'armes et de munitions pour la Haganah et l'Irgoun, puis des bateaux d'immigrants clandestins, notamment le célèbre Exodus 1947 du port de Sète, reconnaît de facto l’État d'Israël, le , par la lettre signée par M. Chauvel, alors directeur des affaires politiques du ministère des affaires étrangères (ayant reçu une délégation pour le faire, de la part de Robert Schumann, alors ministre en titre) adressée à M. Fisher, représentant de l’État d'Israël à Paris. La reconnaissance de jure par la France de l’État d'Israël aura lieu le .
À la même période, Jérusalem-Est, qui avait été conquise par les forces armées jordaniennes dès le et qui a une superficie d'environ 6 kilomètres carrés comprenant notamment la vieille ville, est géré par le pouvoir jordanien puis annexé en 1950 par le royaume hachémite de Jordanie, en même temps que la Cisjordanie. Le roi de Jordanie y fait appliquer les mêmes lois et règlements que dans l'ancienne Transjordanie (située à l'est du Jourdain, devenue en royaume hachémite de Jordanie). Cet État, un émirat, avait été créé en par les Britanniques, au moment où la Société des Nations décide de confier au Royaume-Uni le mandat d'administration et de gestion d'une partie des terres de l'ancien Empire ottoman qui avait été défait en 1918 par les puissances alliées et qui deviendra après son effondrement en 1923, la république de Turquie avec comme dirigeant principal Kemal Atatürk.
Le , le roi de Jordanie Abdallah Ier, qui s'était fait proclamer « roi de Palestine » le à Jéricho, est assassiné à Jérusalem devant la mosquée Al-Aqsa, par un jeune militant palestinien qui lui reprochait ses contacts passés jusqu'en avec des leaders sionistes, tel Chaïm Weizmann ou Golda Meïr.