Le Ghetto de Sloutsk (d'août 1941 au ) fut un lieu de déportation sous la contrainte des Juifs de la ville de Sloutsk et de villages et hameaux environnants dans le cadre de la Shoah en Biélorussie et de l'extermination des Juifs durant la période de l'occupation des territoires de l'URSS par les forces armées du troisième Reich et leurs complices durant la Seconde Guerre mondiale. Le nombre de victimes juives assassinées pendant la période d'existence du ghetto s'élève à environ . Le nombre de victimes juives de la Shoah en Biélorussie atteint près de dont la plupart dans les 300 ghettos de Biélorussie.
Histoire de la présence juive à Sloutsk Sloutsk est une ville de l'oblast de Minsk en République de Biélorussie. Les premières mentions de la présence juive remontent à 1583. Au début du , une communauté juive s'organisa dans la ville. Elle dépendait juridiquement de la ville de Brest-Litovsk.
En 1655, quand les armées russes envahirent la Biélorussie, les Juifs s'enfuirent à Vilnius. Après la fin de la guerre, la communauté juive de Sloutsk se réinstalla et le nombre de ses membres augmenta considérablement. Cela était dû surtout au fait que le Prince Radziwill, qui régnait sur la ville au début du , y invita des marchands et artisans juifs et leur accorda, en dépit des protestations du clergé orthodoxe, différentes franchises. Sloutsk devint un des centres de l'érudition juive.
Au , la communauté de Sloutsk devint une des plus importantes et influentes de Biélorussie. Vers 1766 le nombre de Juifs dans la ville s'élevait à 1577 personnes.
À partir de 1793, Sloutsk fit partie de l'empire russe. Au la population juive s'accrut et en 1800 elle atteignait le chiffre de habitants (47 marchands et 1537 bourgeois), soit 71 % de la population, en 1847 — 5897 habitants, в 1897 — habitants (71 % de la population). Les Juifs pratiquent le petit commerce, diverses activités artisanales, l'horticulture et le jardinage. Bien qu'au début du l'importance de la ville eût diminué et que le niveau de vie de la plupart des membres de la communauté ne fût pas très élevé, la ville entretenait 18 synagogues, une école Talmud Torah et quelques heders. vignette|100px|gauche|talmudiste De plus, vers 1910 deux écoles juives privées pour garçons existaient à Sloutsk, et dans l'une de celles-ci une classe était réservée pour les jeunes-filles.
vignette|120px|gauche|Synagogue de Minsk, Y. Krouger 1921
À la fin du et au début du , les idées sionistes se répandirent à Sloutsk. En 1905–1906 se créèrent des détachements d'auto-défense du fait de la situation révolutionnaire dans ces régions de l'empire russe. Peu après l'établissement du pouvoir soviétique en 1919, les organisations politiques juives furent dissoutes. Les groupes clandestins sionistes continuèrent à agir jusqu'au milieu des années 1920, puis les organes du ministère de la défense les firent disparaître. En même temps et progressivement les institutions juives religieuses et sociales furent liquidées. Les Synagogues furent fermées. En 1920, les bâtiments de la Yeshiva furent confisqués par les autorités puis fermés. En hiver 1923, le rabbin Meltser du s'enfuir en Pologne avec ses élèves. Plusieurs d'entre eux furent tués lors du passage illégal de la frontière polonaise, d'autres furent attrapés et envoyés en prison par le service de contre-espionnage qui les accusa d'espionnage. Seuls quelques-uns parvinrent à partir en Israël par la suite.
Dans les années 1920–30, à la suite du départ de Juifs vers les grandes villes (Moscou, Leningrad, Minsk, etc.), le nombre de Juifs diminua à Sloutsk. En 1926 le chiffre de la population juive pouvait être établi à habitants soit 53,3 % de la population totale (encyclopédie juive électronique).
Histoire du Ghetto
Création du premier Ghetto
Sloutsk fut occupée par les forces armées de la Wehrmacht pendant 3 ans du jusqu'au Периоды оккупации населенных пунктов Беларуси (Périodes d'occupation des régions peuplées de Biélorussie). Après la prise de la ville par les forces armées allemandes Heinrich Carl fut nommé commissaire de district (Gebietskommissar). À Sloutsk débuta l'isolation des Juifs du reste de la population. En juillet commença la classification des habitants de la ville par leur passeport. Sur ces passeports étaient indiqués le sexe, l'âge et la profession. Les Juifs étaient obligés de porter une étoile de David sur la poitrine et l'autre dans le dos. Les avanies, les outrages et les humiliations les plus sordides étaient de règle dans le ghetto à l'égard des Juifs, quand il ne s'agissait pas de coups, de viols, d'assassinats pour des vétilles. La confiscation des biens des Juifs était la règle par toutes sortes de procédés : chantages, contributions obligatoires. La faim, l'absence de soins médicaux, la maladie entraînèrent beaucoup, parmi les plus faibles, vers la mort avant même les exécutions de masse.
En , la plus grande partie des Juifs Répertoire des lieux de résidence forcée de populations civiles en Biélorussie de 1941 à 1944 - Справочник о местах принудительного содержания гражданского населения на оккупированной территории Беларуси 1941-1944. fut transférée dans un territoire ou actuellement se situe le militaire de la ville. Ne purent rester à l'endroit où ils étaient déjà que les travailleurs artisans spécialisés.
Les habitants du ghetto devenus incapables de travailler furent conduits à Gorevakha et fusillés. Au début du mois d'octobre, 500 juifs âgés furent tués en même temps par fusillade. Les Allemands leur faisaient croire qu'ils étaient envoyés à des travaux agricoles. Ceux qui étaient capables de travailler étaient astreints au travail dans les ateliers et les usines allemandes, en particulier dans les tanneries.
Pogrom d'octobre 1941 Les 27 et une « action » se déroula dans le ghetto (c'est par cet euphémisme que les allemands désignaient les massacres de masse). Elle fut accomplie par les collaborateurs lituaniens du de défense sous la direction du major Antanas Impulevičius S. G. Tchouev, Les unités de la police locale, Olma-Press, 2003, , . Le commissaire de district Carl écrivit au commissaire-général de Biélorussie Wilhelm Kube : En ce qui concerne la manière de conduire cette « action », je suis obligé de faire remarquer avec un profond regret, qu'il confinait au sadisme. La ville elle-même présentait au moment de l'« action » un tableau effroyable. Avec une cruauté indescriptible, tant du côté des policiers allemands, que du côté des partisans lituaniens, la population juive mais aussi pas mal de Biélorusses furent expulsés de leurs maisons et chassés vers un seul lieu de rassemblement. Partout dans la ville c'étaient des fusillades et dans beaucoup de rues des cadavres de Juifs trainaient partout. De plus la population juive, parmi lesquels les artisans tanneurs, durent subir ce traitement cruel sous les yeux mêmes de la population biélorusse, mais qui plus est la population biélorusse dut elle-même subir des coups de matraques et de crosses de fusils.
Carl attira l'attention sur le fait que le massacre s'accompagna de pillages généralisés, d'extorsions et de vandalisme et demanda qu'à l'avenir lui soit épargné à jamais des « actions » avec ce bataillon lituanien. Mais d'autres raisons animaient Carl lorsqu'il fit son rapport. Il avait demandé au commandant de bataillon de surseoir à l'opération, faisant valoir que les Juifs occupaient des emplois qualifiés et que les mécaniciens biélorusses étaient « pour ainsi dire inexistants ». L'entrevue avec le commandant s'était déroulée dans un climat de compréhension. Mais la police par la suite encercla le quartier juif et entreprit d'arrêter tout le monde. « Ce n'était plus une action contre les Juifs, écrivit-il, mais cela ressemblait plutôt à une révolution ». Les ateliers étaient saccagés. Quand le bataillon se retira, le commissaire régional Carl n'avait plus qu'une poignée de travailleurs juifs..
Quand Wilhelm Kube reçut ce rapport il fut pris d'une colère noire. Il le transmit à Hinrich Lohse et envoya une copie au ministre Alfred Rosenberg. Il y ajouta un commentaire de son cru : le fait d'enterrer des gens gravement blessés, mais encore capable de sortir de leur tombe était répugnant et il fallait en informer Goering et Hitler.La réponse de Rosenberg prit la forme d'un sévère avertissement à l'encontre de Wilhelm Kube. .Nazi Conspiracy and Aggression: Volume III. Office of United States Chief of Counsel for Prosecution of Axis Criminality. Washington, DC: U.S. Government Printing Office. 1946. . Retrieved January 2008..
Cette « aktion » du est souvent qualifiée de « pogrom ». Ce qui ne manque pas d'étonner vu qu'elle se passa dans un ghetto juif. Dans son rapport le commissaire allemand de district Carl, utilise pour décrire l'action le mot « banditisme ». Mais pas « pogrom » S. G. Tchouev, Les unités de la police locale, Olma-Press, 2003, , , . Carl insiste sur différents aspects qui donnent à cette « aktion » un caractère particulier : Les Lituaniens s'en prennent aussi à des Biélorusses non-Juifs et hors ghetto. Il insiste sur le fait que le traitement sadique à l'égard des juifs se produit devant des Biélorusses, à leur vue. Il signale qu'il a du lui-même expulser des Lituaniens des magasins où ils pillaient les réserves de marchandises (vêtements, nourriture). Il a vu enlever des bagues des doigts des Juifs « en public ». Il semble que l'utilisation du mot « pogrom » provient du fait que cette « aktion » ne s'est pas maintenue dans le cadre référentiel militaireHarald Welzer, Les exécuteurs, Gallimard 2007 . Même si ce sont des militaires qui l'organisaient. Le cadre n'est pas complet parce que l'action est organisée par les Lituaniens, parce qu'elle s'accompagne de pillage, parce qu'elle se passe dans la rue devant les habitants biélorusses qui deviennent victimes eux aussi. Suivant le témoignage de témoins oculaires, ce jour-là à Gorevakha, Juifs furent fusillés. Le composé d'Allemands et la police auxiliaire de Sloutsk, composée de Biélorusses vint en aide aux Lituaniens pour ce massacre.
Des forces de la Wehrmacht prirent également une part active au massacre des Juifs le 27-К. Козак. (Kozak: extermination des populations juives pendant l'occupation allemande de la Biélorussie).Le général von Bechtolsheim qui était à la tête de la d'infanterie (Allemagne) dirigea les opérations mobiles de tueries des Juifs. La division, qui ne comptait que deux régiments était déployée de Baranavitchy à Minsk. À l'intérieur de l'ancien territoire soviétique, il employa des éléments du de réserve de la police. Ils étaient assistés par des compagnies de la police lituanienne. Du début au début il fit exécuter les Juifs des villages de Sloutsk, Kletsk, Smilovitchi, Roudensk, Smolevitchi, Kliniki et Koydanov. Le bilan de ces opérations en Biélorussie fut de victimes : partisans et criminels en majorité juifs. Les actions de Sloutsk et de Kletsk coûtèrent ensemble la vie à JuifsVoir le rapport mensuel de l'officier d'opération de von Bechtolsheim (von der Osten) appendice 4, 11 novembre 1941 ; Archives fédérales allemandes RH 26-707/2.
Sur l'ordre de Eduard Strauch d'exterminer les Juifs de Sloutsk Под кодовым названием «Рига», газета «Советская Белоруссия»(Sous le nom de code "Riga", journal Biélorussie soviétique):