L’enlèvement des lycéennes de Chibok a lieu en , pendant l'insurrection de Boko Haram. Dans la nuit du 14 au , 276 lycéennes, la plupart chrétiennes, sont enlevées par des combattants islamistes du Groupe sunnite pour la prédication et le djihad, dit « Boko Haram » lors d'un raid dans la ville de Chibok, dans l'État de Borno, au Nigeria. L'attaque est revendiquée le par le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, qui condamne l'« éducation occidentale » et annonce la mise en « esclavage » des jeunes filles. Celles-ci sont mariées de force à des combattants islamistes et détenues pendant des années dans la forêt de Sambisa, le sanctuaire des djihadistes.
Sur les 276 lycéennes enlevées, 57 parviennent à s'échapper peu après le raid, 107 sont libérées en 2016 et 2017 à la suite de négociations entre le gouvernement nigérian et Boko Haram tandis que 112 sont toujours portées disparues en 2018. En 2024, une centaine sont toujours portées disparues, et selon certaines sources, seule une quinzaine seraient toujours en vie .
Contexte
Le nom officiel de Boko Haram est « Jamāʿat ʾahl al-sunnah li-l-Daʿwah wa-al-Jihād » qui signifie en arabe « Peuple engagé dans la propagation de l'enseignement du prophète Mahomet et du djihad » ou « Groupe sunnite pour la prédication et le djihad » selon les traductions. Dans sa définition abrégée en haoussa, « Boko Haram » signifie « L'éducation occidentale est interdite ». Boko Haram cible donc particulièrement les lycées et les écoles où est dispensé un enseignement jugé trop occidental par les islamistes.
Les islamistes attaquent à plusieurs reprises des établissements scolaires, tuant professeurs et lycéens. Ainsi, le , à Mamudo, des hommes armés massacrent 41 lycéens et un professeurFrance 24 : Les lycées de l'État de Yobe fermés après un massacre attribué à Boko Haram, le , à Gujba, au moins 44 étudiants sont abattus dans leur dortoirGuardian : Gunmen kill 44 students in Yobe et la nuit du au , à Buni Yadi, 59 lycéens sont tués dans un autre massacreReuters : Cinquante-neuf morts dans l'attaque d'un pensionnat au Nigeria.
Si les lycéennes sont épargnées lors de ces trois attaques, des enlèvements commencent à être commis par les islamistes : ainsi, le , lors de la bataille de Bama, des femmes et des enfants sont capturés par les hommes de Boko HaramAFP : Nigeria: une offensive contre Boko Haram tue des civils, détruit des villages. Le , des femmes sont enlevées lors du massacre de KawuriVOA : Bilan des attaques au Nigeria: plus de 85 morts, plus de 50 personnes hospitaliséesJeune Afrique : Nigeria : massacres de villageois dans deux États du nord-est. Le , lors du deuxième massacre de Konduga, une vingtaine de combattants vont enlever une vingtaine de jeunes filles dans un collège. Selon un professeur, les terroristes leur auraient ordonné d'abandonner leurs études et leur foi, et de se marierReuters : Un assaut de Boko Haram fait 51 morts au Nigeria-témoinsAFP : Nigeria: 39 morts dans l’attaque d’un village par Boko Haram.
Le raid de Chibok vignette|Le lycée de Chibok après l'attaque. Après le massacre de Buni Yadi, l'État de Borno décide de fermer plus de 85 établissements scolaires pour une durée indéterminéeRFI : Nigeria: seulement 14 lycéennes libres, selon les autorités. L'établissement de Chibok est également fermé, néanmoins il accueille dans ses murs les jeunes filles venues passer l'examen de sciences du baccalauréatRFI : Nigeria: près de 100 lycéennes enlevées dans l'Etat de Borno.
Mais le soir du , vers , des combattants islamistes effectuent un raid sur la ville de Chibok. Selon Amnesty International, l'armée nigériane et le gouverneur de l'État de Borno sont informés quatre heures avant l'attaque qu'un rassemblement de 200 djihadistes avait l'intention de gagner Chibok, mais aucune mesure n'est prise pour empêcher le raid. Seuls 17 militaires et policiers sont présents dans la ville ce jour-là, trop peu nombreux ils sont rapidement mis en fuite par les islamistes après un court combat qui fait un ou deux morts dans leurs rangsRFI : Nigeria: selon Amnesty, l'armée était prévenue d'une attaque de Boko Hara.
Les islamistes gagnent ensuite le lycée de la ville. Ils incendient l'établissement et enlèvent les élèves en les faisant monter dans des camionsLe Monde : Nigeria : 5 questions sur l’enlèvement de plus de 200 lycéennes.
Au total, 237 lycéennes âgées de 12 à 17 ans sont capturées, certaines parviennent cependant à s'échapper selon la police nigérianeAFP : Plus de cent lycéennes enlevées au NigeriaVOA : Nigéria: les lycéennes enlevées étaient 234 au totalLe Figaro : Nigeria: les lycéennes enlevées seront traitées en "esclaves", "vendues" et "mariées"20 Minutes : Boko Haram : Ce qu’on sait de l’enlèvement des jeunes Nigérianes. Après avoir effectué leur raid, les islamistes se replient ensuite probablement sur leur base, dans la forêt de Sambisa.
Deux élèves de Chibok, Amina Sawok et Thabita Walse, déclarent dans un témoignage au journal :
Nombre des disparues Le nombre des lycéennes enlevées n'est pas connu avec exactitude. Le , la directrice du lycée déclare que 129 élèves ont été enlevées et que seulement 14 sont parvenues à s'échapper.
À la fin du mois d'avril, la police nigériane estime que 276 élèves ont été enlevées et que 53 d'entre elles sont parvenues à s'échapperLe Monde : L'enfer des 200 lycéennes enlevées au Nigeria.
De son côté, le président d'une association d'enseignants de Chibok affirme avoir comptabilisé 257 disparues. Enfin l'association des chrétiens du Nigeria publie une liste de 180 noms et précise que 165 de ces jeunes filles sont chrétiennes.
Première offensive de l'armée nigériane
La nuit du 24 au , des affrontements éclatent entre l'armée nigériane et les rebelles islamistes dans les environs de Bulanbuli, entre la ville d'Alagarmo et la forêt de Sambisa. Les militaires prennent l'avantage et selon les autorités nigérianes, les combats font quatre morts et neuf blessés du côté de l'armée contre 40 morts chez les rebelles ainsi que plusieurs prisonniersRFI : Nigeria: l'armée patrouille dans les zones contrôlées par Boko HaramRFI : Nigeria: combats dans l'Est entre l'armée et Boko Haram.
Après la bataille, des milices d'autodéfense effectuent des patrouilles dans la forêt de Sembisa, mais selon les informations de RFI, les lycéennes ont probablement été conduites par minibus vers une base arrière de Boko Haram, à l'extrême nord du CamerounRFI : Nigeria: des lycéennes enlevées par Boko Haram acheminées au Cameroun.
Le Département d'État des États-Unis estime de son côté que les captives ont probablement été transférées dans des pays voisins. Selon certains informations, elles auraient été vendues pour 12 dollars chacune.
Ces déclarations sont contestées par les gouvernements du Tchad et du Cameroun qui affirment que les lycéennes enlevées ne se trouvent pas sur leurs territoiresAFP : Boko Haram enlève huit nouvelles lycéennes.
La revendication de Boko Haram Le , le rapt des lycéennes de Chibok est revendiqué par Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram qui déclare : RFI : Nigeria: Boko Haram va «vendre» les lycéennes enlevéesAFP : Nigeria : les lycéennes enlevées seront traitées en "esclaves", selon Boko Haram.
Le , à Warabe, dans l'État de Borno, huit filles âgées de 12 à 15 ans sont kidnappées par des combattants islamistes. Trois autres sont capturées le même jour à Wala, non loin du premier villageAFP et Libération : La France et le Royaume-Uni vont aider à retrouver les lycéennes nigérianes.
Réactions vignette|Banderole lors d'une manifestation du mouvement « Bring back our girls ». vignette|gauche|Michelle Obama tenant un message portant le hashtag « #bringbackourgirls ». Photographie postée le sur le compte twitter officiel de la Première dame des États-Unis.
Le rapt et sa revendication par Boko Haram provoquent une vague d'indignation au Nigeria. Un groupe baptisé « Bring back our girls » (Ramenez nos filles) organise une série de manifestations dans tout le pays pour réclamer la libération des lycéennes et demander au gouvernement et à l'armée de faire plus d'efforts. Bilkisu Yusuf, journaliste nigériane, est une des membres de ce mouvement.
Le au Caire, al-Azhar, l'une des principales universités d'étude de l'islam, appelle Boko Haram à libérer les lycéennes captives.
La vague de réactions s'étend rapidement au Monde entier, notamment par les réseaux sociaux et twitterFrance 24 : Les réseaux sociaux contre Boko HaramRTL : #BringBackOurGirls : le monde se mobilise pour les lycéennes enlevées par Boko Haram. De nombreuses personnalités politiques ou médiatiques viennent apporter leur soutien au mouvement « Bring back our girls », notamment Michelle Obama, Hillary Clinton, Wyclef Jean, Jessica Alba, Christiane Taubira et Malala YousafzaiLe Nouvel Observateur : Boko Haram : le soutien de Malala à ses "sœurs" du Nigeria.
Cependant des critiques ont également été formulées à l'encontre de cette forte mobilisation internationale. Ainsi, Bertrand Monnet, directeur de la chaire Management des risques criminels de l'EDHEC, estime qu'elle est contre-productive : . Bertrand Monnet estime également qu'il est , que peu de réactions aient suivi le massacre de Gamboru Ngala, commis trois semaines après le raid de Chibok et où environ 300 habitants avaient été massacrés ; L'Express : Nigeria: "Boko Haram n'avait sans doute pas rêvé une telle promotion". De même Mathieu Guidère, professeur d'islamologie à l'Université Toulouse-Jean-Jaurès, estime que cette forte mobilisation pourrait avoir son revers de la médaille :
Aide internationale au gouvernement nigérian Après la revendication de Boko Haram, plusieurs pays proposent leur aide au gouvernement nigérian qui avait demandé l'aide de la communauté internationale. Le , les États-Unis déclarent qu'une «équipe interdisciplinaire», incluant des militaires, va être envoyée au Nigeria. Cette équipe compte 26 experts civils et militaires, membres du département d'Etat, du département de la Défense, du Pentagone et du FBIBFM TV : Enlèvements au Nigeria: quel rôle peuvent jouer les Occidentaux?.
La France annonce également l'envoi d'une « équipe spécialisée » mise « à la disposition du Nigeria pour aider à la recherche et à la récupération de ces jeunes filles ». Il s'agit d'une équipe d'experts en renseignement « humain et technique » et en analyse d'images afin de travailler sur les vidéos diffusées par Boko Haram. La France pourrait également engager ses avions Rafale et Mirage basés à N'DjamenaLe Monde : L’armée nigériane, le maillon faible dans la traque des terroristes de Boko Haram.
Le Royaume-Uni approuve également l'envoi d'une équipe de conseillers gouvernementaux. Israël dépêche de son côté deux experts du contre-terrorismeLe Figaro : Lycéennes enlevées: des Israéliens au Nigeria, et la Chine propose de partager des informations recueillies par ses satellitesLe Figaro : Les Occidentaux au secours des captives de Boko HaramLe Parisien : VIDEOS. Nigeria : plusieurs pays annoncent leur aide pour retrouver les lycéennes.
Le , le Conseil de sécurité de l'ONU condamne le rapt de Chibok commis par Boko Haram, ainsi que le massacre de Gamboru Ngala et déclare que ces exactions AFP : Lycéennes enlevées au Nigeria: condamnation du Conseil de sécurité.
Deuxième revendication