vignette|droite|Jument postier breton parée des couleurs de la Bretagne.|alt=Tête d'une jument marron avec une crinière noire et une grande marque blanche, portant un bonnet blanc avec hermine noire.

Le cheval en Bretagne a une nette importance historique, économique et culturelle, depuis son introduction souvent attribuée aux Celtes. En Bretagne, le cheval, généralement un bidet breton, est essentiellement employé comme animal de selle jusqu'au milieu du . La plupart des éleveurs se spécialisent ensuite dans le cheval de trait et d'attelage avec l'amélioration des routes. Ils s'implantent surtout à l'ouest, en Basse-Bretagne, dans le Trégor et le Léon. Le cheval de trait Breton, animal de travail réputé, s'exporte en très grand nombre au début du , depuis Landivisiau.

L'élevage du cheval en Bretagne concerne aussi des races légères, notamment les chevaux de course qui naissent avec la multiplication des hippodromes, en particulier le cheval de Corlay. Si l'élevage du cheval de trait Breton reste prédominant, les sports équestres sont désormais bien implantés. Jadis force de traction des paysans et auxiliaire des forces armées, le cheval a changé de rôles, mais il suscite toujours un fort attachement. La Bretagne compte cinq pôles hippiques dont les haras nationaux de Lamballe et d'Hennebont. Le cheval est au cœur de nombreuses traditions bretonnes, incluant des pardons, des contes, des légendes et des chansons.

Histoire Plusieurs théories concernent l'arrivée des premiers Equus (ferus) caballus en Bretagne. Selon les ouvrages de vulgarisation, l'espèce est apportée au cours de migrations aryennes depuis l'Asie ; une variante mentionne que ces chevaux asiatiques se seraient mêlés à une population équine locale.. Quoi qu'il en soit, le cheval domestique arrive en Europe à la faveur de migrations indo-européennes, entraînant avec lui de profonds changements culturels.. Sa présence en Armorique est certaine vers -750 / -1000. ; elle s'accroît vraisemblablement vers -500..

La Bretagne est réputée pour la place importante que le cheval y a toujours tenue.Un document daté de 1730 loue notamment l'utilité du cheval. Voir . et pour son histoire de terre d'élevage équin, tout comme la Normandie avec laquelle elle est fréquemment entrée en concurrence. C'est l'actuel département du Finistère (Basse-Bretagne historique) qui possède le plus fort lien avec le chevalCollectif, Dominique Auzias, Jean-Paul Labourdette, Finistère 2013-2014, Petit Futé, 2013, , ., particulièrement le pays de Léon.. Au cours de son histoire sous l'Ancien Régime, la Bretagne a toujours exporté des chevaux.. Un certain nombre de sources sont biaisées, car émanant de l'administration des haras nationaux français. Selon Daniel Roche, ces sources évoquent souvent la population chevaline bretonne sous les termes d'« abondance » et de « médiocrité », bien que les animaux locaux répondent avant tout aux besoins des cultivateurs locaux. L'opinion générale des haras est que les Bretons aiment les chevaux, mais ne savent pas les élever..

Antiquité

De petits chevaux sont élevés par les guerriers celtes avant leur conquête de la Grande-Bretagne.. Il existe de très solides preuves de l'importance du cheval parmi la civilisation celtique., domestiqué et non chassé.. Animal surtout militaire, il s'implante en Armorique comme l'attestent de nombreuses pièces de monnaie à son effigie, bien qu'il n'existe pas d'estimation de la population équine à l'époque.

Les sources romaines (notamment César) évoquent par contre des tabous alimentaires chez les tribus d'Armorique. L'hippophagie est probablement sacrilège ou illégale.. Les Romains ne sont pas un peuple cavalier. Cependant, leurs unités de cavalerie principalement d'origine étrangère, et notamment d'Afrique du Nord, ont peut-être laissé une trace sur le cheval breton..

Moyen Âge

thumb|left|Sceau de Jean de Bretagne.|alt=Sceau avec un cavalier en armure Au Moyen Âge, le cheval devient le symbole d'une élite aristocratique en raison de son coût d'achat et d'entretien.. Des efforts d'élevage sont entrepris pour obtenir les meilleurs animaux possible, si besoin en important à grand frais des reproducteurs étrangers.. Cet élevage bien documenté à partir de l'an mil est presque entièrement entre les mains des seigneuries et des communautés religieuses, qui rivalisent (les paysans ne possèdent vraisemblablement pas plus d'une ou deux juments). Le duché de Bretagne est autosuffisant, voire exportateur. Il fait naître des montures dont la qualité est attestée par de nombreuses sources. Le palafre de Bretanha, palefroi de Bretagne, est renommé au-delà de ses frontières. La Bretagne demande, durant tout le Moyen Âge, un grand nombre de chevaux pour les usages militaires.. Seuls les mâles sont employés, pendant que les femelles sont mises à la reproduction.. Ces animaux sont élevés de manière semi-sauvage, dans les forêts et sur la lande, ce qui leur confère vraisemblablement une grande résistance.. Ils sont rassemblés en cas de besoin par les sujets qui habitent les terres d'élevage, à titre de corvée. Le seigneur choisit ses bêtes le premier.

Vers l'an mil, l'abbaye de Redon dispose d'un haras. En 1108, les archives de Vannes relatent que le père abbé offre un cheval à un certain Alain Fergent pour 300 sous, une somme énorme à l'époque. En 1213, la maison de Rohan (qui par ailleurs porte un intérêt tout particulier à l'élevage équin) obtient neuf étalons égyptiens et les place dans les forêts de Quénécan et de Poulancre. Olivier Ier de Rohan interdit toute exportation de cheval mâle issu de ces étalons arabes. En 1225, un don d'Alain III de Rohan concerne la moitié des chevaux semi-sauvages de Quénécan pour l'abbaye du bon repos, qu'il a fondée en 1184 près de Gouarec. L'abbaye obtient un peu plus tard un droit de pâture sur ces mêmes terres.. Une chronique affirme que Jean le Roux achète la ville de Brest vers 1260 contre une haquenée blanche et de renteBulletin mensuel de la société polymathique du Morbihan, Vannes, 1888, . Cité également par .. Par un acte signé en 1269, Aliénor de Porhoët, dame de la Chèze, cède ses haras sauvages de la forêt de Loudéac aux Rohan.. Les terres sont distribuées à certains de leurs vassaux pour qu'ils y établissent des haras., si bien qu'à la fin du Moyen Âge, la maison de Rohan possède des haras sauvages dans le Léon, le Porhoët et Lanouée. En 1479, ils détiennent 500 chevaux dans la seule forêt de Loudéac. En 1300, le seigneur de Loudéac Sevestre de la Feuillée établit en partie sa fortune sur le commerce des chevaux. Pendant la guerre des deux Jeanne, 300 montures des chevaliers de Jeanne de Flandre proviennent de Brec'h. La maison de Laval établit également des haras, dont l'existence est confirmée en 1467, dans la forêt de Brecelien (Paimpont). En 1481, la montre de la noblesse à Quimper permet d'y recenser plus de . Les ducs de Bretagne ont certainement encouragé l'élevage et l'utilisation des chevaux chez les seigneurs vassaux, la chevalerie imposant de posséder et maîtriser cet animal.

La noblesse bretonne prend très souvent soin de consigner par écrit les dons et legs de chevaux, en donnant des détails sur leur physique, leur robe ou encore leur nom. L'animal est un cadeau précieux témoignant d'une haute estime. ; ainsi, le duc de Lancastre offre un cheval à Bertrand du Guesclin pour le remercier de ses prouesses au siège de DinanAnnales de la Société d'histoire et d'archéologie de l'arrondissement de Saint-Malo, 1996, .. C'est sur un destrier breton que Du Guesclin aurait renversé seize adversaires au tournoi de la place des Lices à Rennes, en 1338. À sa mort en 1380, ses montures sont bénies par l'imposition des mains de l'évêque..

La fin de la féodalité et les guerres de religion au entraînent un déclin de l'élevage chevalin.. Malgré quelques attestations de poursuite de l'élevage à la fin du , il semble que les haras sauvages périclitent. Seul un petit groupe de chevaux est signalé dans la forêt de Loudéac en 1613.. Quelques riches propriétaires laissent leurs étalons gratuitement à la disposition de leurs fermiers et métayers pour en perpétuer l'espèce, mais l'attirance pour la vie de cour à Paris entraîne l'abandon de ces élevages. À partir du , l'influence française se fait nettement sentir. Jusqu'à la fin du , de nombreux chevaux sont importés en Bretagne pour les animaux locaux, depuis le Danemark, le Holstein, l'Espagne, la Normandie ou encore l'Angleterre. La pénurie de chevaux dans le royaume de France devient telle que l'établissement des Haras nationaux vise à y remédier.. En 1664, Jacques de Solleysel écrit qu'. Deux ans plus tard, le 10 janvier 1666, un édit de Colbert établit officiellement des haras nationaux en Bretagne. :

La mesure est tardivement votée par le Parlement de Bretagne, en 1685. sont investies pour acheter des étalons à l'étranger, puis les confier à des garde-étalons disséminés dans toute la province. Gabriel Calloet-Kerbrat reproche alors aux éleveurs locaux de nourrir leurs animaux de légumes et de plantes au lieu d'avoine et de foin, et de les faire saillir trop tôt. Il conseille le croisement de la jument bretonne avec des étalons d'Allemagne et d'Angleterre, signalant aussi l'exportation de 7 à bêtes par an.. Cette théorie du croisement des races pour leur amélioration correspond aux idées de l'époque. Le Boucher du Crosco, membre de l'Académie royale d'agriculture de Bretagne, est très critique envers les chevaux bretons qu'il trouve sans distinction et trop petits (entre et , cité par .). Il propose un plan pour assurer à la province un commerce, dont l'établissement des courses hippiques sur le modèle de l'Angleterre.. De même, le directeur général des haras Pontchartrain signale en 1700 la difficulté à trouver de bons animaux. Le règlement des haras pour « améliorer » les chevaux est appliqué par la contrainte sur les locaux. Desclouzeaux, intendant des haras de Brest, parle en 1689 des « légères amendes » qu'il fait infliger aux propriétaires de « médiocres » bidets pris à errer et à couvrir des juments..

Les exportations de chevaux doublent entre le et le .. La statistique établie en 1690 montre que 334 étalons nationaux sont répartis., dont 109 dans les évêchés de Saint-Pol-de-Léon, Tréguier et Nantes, permettant la naissance de poulains la même année..

vignette|Seigneur breton partant à la chasse.|alt=Cavalier avec un chien.