John Stuart Mill, né le à Londres et mort le à Avignon, est un philosophe, logicien et économiste britannique. Penseur libéral parmi les plus influents du , il est un partisan de l'utilitarisme, une théorie éthique préalablement exposée par Jeremy Bentham, dont Mill propose sa compréhension personnelle.

En économie, il est l'un des derniers représentants de l'école classique. Précurseur du féminisme, Mill propose en outre un système de logique qui opère la transition entre l'empirisme du et la logique contemporaine. Il est enfin l'auteur du premier grand traité sur la démocratie représentative, Considérations sur le gouvernement représentatif (1861). À la fin de sa vie, John Stuart Mill exprime plus d'intérêt pour les théories socialistes.

Biographie Fils aîné de James Mill, il naît le dans la maison parentale à Pentonville, Londres. Il est instruit par son père, sur les conseils et avec l'assistance de Jeremy Bentham et David Ricardo. Il reçoit une éducation extrêmement rigoureuse, délibérément mis à l'écart des enfants de son âge. Son père, adepte de Bentham et défenseur de l'associationnisme, a pour but avoué de faire de lui un génie qui pourrait poursuivre la cause de l'utilitarisme et de ses applications après sa mort et celle de Bentham.

Il est d'une intelligence et d'une culture exceptionnellement précoces ; son père lui apprend à l'âge de l'alphabet grec et une longue liste de mots grecs avec leurs équivalents en anglais. À , il lit les fables d'Ésope, l'Anabase de Xénophon, tout Hérodote, il est à l'aise avec Lucien de Samosate, Diogène, Isocrate et connaît six dialogues de Platon. Il lit également une grande quantité d'ouvrages sur l'histoire.

Toujours à l'âge de 8 ans, Mill commence le latin, étudie Euclide, l'algèbre et se charge de l'éducation des plus jeunes enfants de la famille. Ses principales lectures concernent l'histoire, mais il lit tous les auteurs latins et grecs communément étudiés dans les collèges et les universités de l'époque. Il n'a pas à composer en latin ou en grec et n'a jamais été scolarisé ; , il lit Platon et Démosthène aisément. L'ouvrage de son père, Histoire des Indes, est publié en 1818. Vers , Mill entame l'étude de la logique scolastique, tout en parcourant les traités de logique d'Aristote dans le texte. Les années suivantes, son père l'introduit à l'économie politique par l'étude d'Adam Smith et de David Ricardo et, finalement, complète sa vision économique avec l'étude des facteurs de production.

vignette|upright|gauche|John Stuart Mill et sa belle-fille Helen Taylor.

À 20 ans, Mill est victime d'une dépression, liée probablement au surmenage. Cet épisode de sa vie l'amène à reconsidérer l'utilitarisme de Bentham et de son père : il en vient à penser que l'éducation utilitariste qu'il a reçue, si elle a fait de lui une exceptionnelle « machine à penser », l'a dans le même mouvement coupé de son moi profond et a presque tari en lui toute forme de sensibilité. Dès lors, il tente de concilier la rigueur scientifique et logique avec l'expression des émotions. Ce sont les œuvres du poète Wordsworth qui, dans un premier temps, l'aident à développer une « culture des sentiments », à faire (re)surgir en lui la vitalité du cœur, et l'amènent à se rapprocher de la pensée romantique.

Il rencontre Harriet Taylor lors d'un dîner auquel l'invite le pasteur , rédacteur en chef du , un journal engagé et féministe. Les enfants d'Harriet et de John Taylor, son mari de l'époque, l'adorent, et lui se prend d'adoration pour la maîtresse de maison. Une amitié fondée sur des vues communes concernant la société, l'éducation, la politique et surtout les droits des femmes naît immédiatement.. La passion vient juste après. Les amants se voient presque quotidiennement, le mari fermant les yeux sur leur conduite.. La tolérance de Taylor atteint toutefois ses limites en 1833 et Harriet s'installe à Walton-on-Thames avec sa fille Helen Taylor, tandis que leurs deux fils demeurent avec leur père. Celui-ci reste au domicile sur Regent Street et John Stuart Mill chez ses parents. John Stuart Mill et Harriet échangent des lettres et des essais sur de nombreux sujets. Les textes qui sont parvenus jusqu'à nous montrent qu'elle a des idées plus radicales que lui. Elle est attirée par le socialisme et critique les effets dégradants de la dépendance des femmes aux hommes.

Le mari d'Harriet Taylor Mill meurt, et cette dernière se remarie en 1851 avec John Stuart Mill. Ils vivent d'abord dans le sud-est de Londres, avec Helen, qui s'occupe de sa mère, et un autre de ses enfants, Algernon (« Haji »), mais très vite, ils s'installent dans le sud de la France en raison de la santé précaire d'Harriet ; celle-ci meurt d'une hémorragie pulmonaire à Avignon le . John est très affecté par la mort de son épouse et il reste dès lors en France, avec Helen, et s'installe dans une petite maison d'où il peut voir le cimetière Saint-Véran d'Avignon.

John Stuart Mill attribue une importance majeure aux pensées de son épouse et de sa belle-fille Helen. Il indique, dans l'un de ses ouvrages, que « ceux-ci ne sont pas le travail d'un esprit, mais de trois ». Notamment, il décrit son essai De la liberté comme issu de la « conjonction » de l'esprit de sa femme et du sien, et souligne dans des pages de ses Mémoires que son amour se double d'une forte complicité intellectuelle :

thumb|Lettre adressée à John Stuart Mill de Nouvelle-Zélande et passée à Avignon en transit le . thumb|Tombe de John Stuart Mill au cimetière Saint-Véran d'Avignon.

Il meurt le et est inhumé au cimetière Saint-Véran d'AvignonJohn Stuart Mill : biographie.

Philosophie Paradoxe de l'induction et pensée économique En 1843 est publié Système de logique déductive et inductive. Cet ouvrage n'est pas, malgré son titre, une répétition de la logique d'Aristote, ni un manuel supplémentaire pour une discipline codifiée. En réalité, le système est l'expression d'une philosophie nouvelle, chaînon indispensable qui relie David Hume à Bertrand Russell. Le système de logique offre sans doute un récapitulatif de tout ce qu'il faut entendre sous le terme de logique, mais il propose aussi une nouvelle théorie des sophismes, des noms propres, de la référence, et surtout de l'induction. Le lecteur trouve chez Mill des propositions de réponses au paradoxe de l'induction mis en évidence par Hume, comme il y lit la critique, devenue classique, de la déduction comme raisonnement circulaire, et condamné par nature à ne pouvoir remettre en cause, donc ne pas dépasser, ses axiomes et prémisses. Enfin, le système de logique de Mill met en place une théorie générale des sciences humaines et de leurs méthodes propres, à l'image de son contemporain Karl Marx.

Dans en 1848, Mill développe ses idées sur les droits sociaux et les libertés des travailleurs. Il définit les bornes du progrès des sociétés industrielles, notamment par la baisse tendancielle du taux des profits. Il constate que les mobiles d’agressivité et de gain ne sont utilisés que, faute de mieux, pour accroître les richesses matérielles ; leur déchaînement, accompagné d’une lourde apathie, dégrade les hommes . Les progrès économiques ne sont pas parvenus à engendrer les grands changements qui feraient, comme il conviendrait, des inventions mécaniques la propriété commune du genre humain. Aussi, la société en vue du mieux-être de tous ses membres, peut-elle être réorientée et remodelée sans peur, même si elle doit pour cela perdre un peu de ses dynamismes matériels et manifestes. L’épanouissement de tout individu est desservi par les ruées des êtres vils sur une nature humiliée. L'humanité devrait choisir un état stationnaire de son développement avant que la nécessité ne l'y contraigne (à travers la surexploitation des ressources).

Pour Robert Heilbroner, auteur de Les Grands Économistes, Mill est à l'origine du . En effet, Mill pose que la science économique s’applique à la production de biens et de services et permet d’utiliser au mieux les ressources, mais elle ne s’applique pas au champ de la répartition : c’est à la société de choisir le mode de répartition des richesses créées, ce qui laisse le champ libre à la politique, au rôle de l'État, à des choix de société, etc. Il développe une critique de la croissance économique, qu'il considère comme positive, mais nécessairement finie dans un monde fini. Selon lui, la redistribution des richesses prime sur la croissance : une croissance qui ne profite qu'aux riches, ou aux plus riches, n'a pour lui aucun sensPrincipes d'économie politique, livre IV, chap. 6 .. Il estime qu’il faut dissocier le progrès humain de la croissance économique, empêcher le développement illimité de l’agriculture et diminuer le temps de travail dans l’industrie (idée reprise par John Maynard Keynes).

John Stuart Mill et la théorie de l'avantage comparatif La théorie de l'avantage comparatif est établie pour la première fois par l’économiste britannique David Ricardo en 1817 dans Des principes de l'économie politique et de l'impôt. Mill en fait un élément central de la théorie classique et la diffuse, notamment dans ses Principes d’économie politique :

Le pouvoir de la société sur la liberté de l'individu vignette|upright|De la liberté (On Liberty), première édition de 1859. En 1859, Mill rédige De la liberté où il traite de la nature et des limites du pouvoir que la société exerce sur l’individu. Cependant, Mill énonce clairement que son souci de liberté ne s’étend pas à tous les individus et à toutes les sociétés. Il déclare que . Mill défend l'idée d'empêcher les individus de se causer des blessures sérieuses sur eux-mêmes ou sur leurs propriétés en vertu du principe de non-nuisance. Étant donné que personne ne vit dans un état d’isolement total, les blessures faites à soi-même peuvent aussi nuire à autrui. Saccager ou détruire ses propriétés cause du tort à soi-même autant qu’à la communauté. Mill exclut de ce principe ceux qui sont incapables d’autonomie, comme les enfants, les personnes jugées malades mentales ou les individus vivant dans les strates les plus reculées de la société. Par exemple, Mill énonce explicitement que « nuire » peut inclure les actes d’omission (ne pas secourir un enfant de la noyade, ne pas payer ses impôts, ne pas se présenter comme témoin lors d’un procès, etc.) autant que les actes de commission. Par conséquent, ces omissions pourraient être contrôlées. En revanche, Mill considère qu'il n'y a pas nuisance à autrui si l’individu concerné consent à assumer les risques. Ainsi, une personne peut offrir des emplois dangereux à autrui, tant qu’il n’y a pas tromperie. Mill reconnaît néanmoins une limite à ce consentement : la communauté doit empêcher toute personne de se vendre comme esclave.

Les arguments avancés dans De la liberté seraient liés aux principe d’utilité et ne seraient pas des droits naturels. La définition des actions, omissions ou commissions qui peuvent être considérées comme nuisibles et doivent donc être sujettes à contrôle continue à être débattue parmi les spécialistes de Mill. Ce dernier ne considère pas que le fait d'offenser serait une nuisance ; une action ne devrait pas être restreinte du fait qu’elle viole les conventions ou les mœurs d’une société donnée.