Le Richelieu est un cuirassé de la Marine nationale française construit à partir de 1935, baptisé en l'honneur du cardinal de Richelieu, pour le rôle fondateur de ce ministre dans la création d'une première puissance navale française au début du .

Premier cuirassé français de classe Richelieu, d'un déplacement égal au maximum autorisé à l'époque par les traités de limitation des armements navals (), il était destiné à contrer les cuirassés italiens de la classe Littorio.

C'était une version plus puissante de la classe Dunkerque, dont il reprenait la disposition spécifique de l'artillerie principale en deux tourelles quadruples à l'avant, mais cette fois au calibre de .

Le Richelieu, échappé de Brest en dans des conditions difficiles devant l'avance allemande, fut ensuite impliqué du côté des autorités de Vichy face aux forces britanniques en 1940, à Dakar, où il est torpillé le , et où il échappe avec des dégâts légers, à une attaque conjointe des Britanniques et des Forces françaises libres du 23 au .

Après les débarquements alliés en Afrique du Nord, il rejoint les Alliés en . Modernisé aux États-Unis en 1943, le Richelieu opéra dans l'Océan Indien, en 1944-1945, sous commandement britannique, contre les Japonais, puis participa au retour des troupes françaises en Indochine.

Contexte

Lorsque le Dunkerque est mis sur cale le ., cela fait presque dix-neuf ans qu'un cuirassé français n'a plus été mis en chantier, et la décision qui vient d'être prise l'a été à l'issue d'une période de tergiversations de près de six ans.

À la fin des années 1920, les plus puissants cuirassés sont des navires armés de huit pièces d'artillerie principale, en quatre tourelles doubles, réparties également entre l'avant et l'arrière, soit de (classes Queen Elizabeth, ou Revenge), soit de (classes Maryland., ou Mutsu. japonais) qui ont été conçus avant le traité de Washington, et dont la vitesse atteint au maximum (avec la classe Queen Elizabeth) voire (la classe Mutsu). Sortent du lot, les deux cuirassés de la classe Nelson, avec trois tourelles triples de , toutes à l'avant, inspirés des projets de croiseurs de bataille britanniques G3., datant de 1921, mais avec un déplacement réduit de près d'un tiers, d'où une coque moins longue et moins hydrodynamique, avec moins d'espace pour les machines et une vitesse de seulement. Dans les eaux européennes, trois bâtiments britanniques, conçus avant 1918, sont dotés d'une vitesse supérieure à , conformément aux idées de Lord Fisher. Celui-ci considérait la vitesse comme un moyen de défense plus important que le blindage. Ce sont les deux croiseurs de bataille de la classe Renown, armés de six pièces de en trois tourelles doubles, et un troisième, le , armé de huit pièces de en quatre tourelles doubles. Le HMS Hood est alors, parmi les navires de ligne à flot, le plus grand, le plus lourd et un des plus rapides.

Les projets inaboutis des années 1920

L'Amirauté française à la fin de la décennie 1920, sous l'emprise des limitations des armements navals édictées par le traité naval de Washington., n'a pas cherché à mettre au point un cuirassé qui rivaliserait avec les mastodontes britanniques, américains ou japonais. Elle s'est contentée de modernisations des cuirassés de la classe Courbet. et de la classe Bretagne. qui datent de la Première Guerre mondiale, modernisations que le traité de Washington autorise plus profondes que pour les marines américaine, britannique et japonaise.. Mais pour contenir une menace italienne, exercée sur les communications entre la France et l'Afrique du Nord, par les croiseurs lourds de dont les premières unités, la classe Trento, seront mises en service en 1927-28, le chef d'état-major général de la Marine le vice-amiral Salaün, fait étudier en 1926 un projet de navires « tueurs de croiseurs ». Ils sont définis comme des navires de ligne d'un tonnage égal à la moitié du tonnage maximum que le traité de Washington a fixé pour construire des cuirassés, soit .. Pour l'artillerie principale, on envisage deux tourelles quadruples de , à l'avant, la protection doit permettre de résister aux obus de et la vitesse doit atteindre 34 à . Ces navires puissamment armés et très rapides pour leur déplacement, auraient eu néanmoins une protection insuffisante pour figurer dans la ligne de bataille..

En 1927-28 le vice-amiral Violette, nouveau chef d'état-major général de la Marine, oriente les études vers des navires d'un déplacement supérieur, définis comme des « croiseurs de bataille de ». Il s'agit en fait de réfléchir à la construction de cuirassés de , un déplacement « normal » de , correspondant à un déplacement « standard », tel que défini par le Traité naval de Washington, de à .. Les plans retrouvés montrent des navires ayant une silhouette inspirée des croiseurs de la classe Suffren, avec deux cheminées inclinées et portant trois tourelles d'artillerie principale, deux superposées à l'avant, une à l'arrière, une artillerie secondaire de en tourelles quadruples et une artillerie anti-aérienne constituée d'affûts simples de , vraisemblablement le Modèle 1926 qui a été mis en place sur les croiseurs lourds Colbert et Foch.. Les installations d'aviation sont situées au centre des navires, avec deux catapultes latérales, une grue entre les cheminées et un hangar accueillant quatre hydravions, entre la cheminée avant et le bloc passerelle.

Deux types de navires ont été dessinés, le premier qui date de 1927-28, aurait eu une artillerie principale de douze canons de en tourelles quadruples, une artillerie secondaire anti-navires de douze canons de en trois tourelles, l'artillerie antiaérienne (AA) en huit canons de AA, et douze pièces de AA Modèle 1925, et enfin deux plates-formes triples de tubes lance-torpilles. La protection aurait comporté une ceinture blindée verticale de 220 à , un pont blindé principal de , et pour la protection anti-torpilles des compartiments situés entre une cloison longitudinale de et la coque, servant de soutes à mazout mais également à charbon, même sans avoir de chaudières fonctionnant au charbon comme c'était le cas sur les croiseurs Foch et Dupleix.. La propulsion, en deux groupes associant turbines et chaudières, entrainant chacun deux lignes d'arbres, développant ainsi , aurait permis d'obtenir une vitesse de , grâce à une coque de de long pour de large. Le second type, datant de 1928, aurait été un cuirassé rapide plutôt qu'un croiseur de bataille, avec trois tourelles doubles de et quatre tourelles quadruples de . L'autre différence importante résidait dans la propulsion, moins puissante sans doute d'un tiers, une coque un peu plus courte () et plus large (), d'où une vitesse de , le gain de poids sur les machines et la coque plus courte permettant un meilleur blindage.

Mais la construction de bâtiments de cette taille, avec une coque de ou plus, aurait excédé les capacités techniques des chantiers de construction navale français, dont la plus grande forme de construction dans un arsenal était le bassin du Salou à Brest, qui est long de . Le plus grand navire français de l'époque était le paquebot Île-de-France mis en service en 1927, de , seulement. Pour le futur transatlantique géant Normandie qui dépassera , il faudra que les Ateliers et Chantiers de la Loire à Penhoët construisent une nouvelle cale de construction, dite cale . La construction de telles infrastructures, s'ajoutant au coût de la construction proprement dite, aurait déséquilibré complètement le budget de la Marine Nationale, et compromis le programme de construction des autres types de navires, croiseurs, destroyers, et sous-marins prévus par le Statut Naval.

Dans le même temps des négociations ont eu lieu, depuis 1926, à Genève, devant le Comité Préparatoire pour le Désarmement de la Société des Nations. On se dirige vers une prolongation jusqu'en 1936 des « vacances navales », en ce qui concerne la construction de cuirassés. Le Gouvernement du Royaume-Uni pousse néanmoins fortement à un nouvel abaissement du déplacement maximal et du calibre maximum de l'artillerie principale des cuirassés à et . Or, le Gouvernement français ne veut pas être celui qui fera échouer cette politique de réduction des armements. L'Amirauté française en revient à des navires plus petits, avec un déplacement de l'ordre de . Un « croiseur protégé » de est étudié en 1929.. Son artillerie principale se présente comme celle du croiseur de bataille de , en trois tourelles de , une triple et une quadruple, à l'avant, et une triple à l'arrière. L'artillerie secondaire est constituée de huit canons de . L'artillerie anti-aérienne comporte huit tourelles doubles de , nouveau calibre qu'on retrouvera sur le croiseur Algérie. Les machines sont constituées de trois salles pour les chaudières entourées de deux salles pour les turbines, ce qui permet l'évacuation des fumées par une cheminée unique, en développant pour une vitesse de . Toutefois, le blindage se serait limité à une protection contre les obus de des croiseurs lourds italiens. La silhouette ne comporte plus de mât tripode à l'avant, mais une tour, proche de ce qui sera fait sur le croiseur Algérie et préfigurant la silhouette du Dunkerque.

La riposte au « cuirassé de poche » allemand Tout va changer lorsqu'en , la Reichsmarine allemande va mettre sur cale, en grande pompe, en présence du président Hindenburg, la première unité de la nouvelle classe Deutschland. Il s'agit d'un navire dénommé « Panzerschiff », c'est-à-dire « navire blindé ». vignette|Le « Panzerschiff » Deutschland mis sur cale en 1929, communément désigné comme un « cuirassé de poche ».

Son déplacement, officiellement de , respecte la limite que l'article 190 du traité de Versailles a fixé au déplacement des cuirassés allemands. Il doit porter deux tourelles triples de , l'une à l'avant, l'autre à l'arrière, et être doté de moteurs Diesel développant , lui assurant un long rayon d'action et une vitesse maximale de .. C'est une réussite technique remarquable pour la construction navale allemande, le recours à la soudure plutôt qu'au rivetage permet d'économiser du poids, même si le déplacement réel est supérieur de 25 % au déplacement annoncé, ce qu'on ne sait pas à l'époque. Capable de distancer tous les bâtiments de ligne à flot dans les eaux européennes, à l'exception de trois croiseurs de bataille britanniques, le , et les et , plus puissamment armés que tous les croiseurs respectant le traité de Washington, c'est une très sérieuse menace pour les routes maritimes commerciales.. Ce type de navire fut communément qualifié par la presse britannique de « cuirassé de poche », alors qu'il s'agissait en réalité, comme l'indiquait sa dénomination allemande, d'un « croiseur-cuirassé»..

Après le Deutschland, furent mis sur cale deux unités supplémentaires, Admiral Scheer, en , et Admiral Graf Spee, en ..