Le baptême de l'eunuque éthiopien est un épisode du Nouveau Testament de la Bible. L'histoire de sa conversion au christianisme est racontée dans les Actes, au chapitre 8 ().

Récit biblique L'Apôtre Philippe reçoit d'un ange la mission d'aller sur la route de Jérusalem à Gaza, où il rencontre l'eunuque éthiopien. Celui-ci était allé à Jérusalem pour adorer (Actes 8:27), et rentrait chez lui. L'eunuque, assis dans son char, lisait le Livre d'Isaïe, et en était à Isaïe 53:7-8. Philippe demande : à l'Éthiopien, qui lui répondit que non (), et demande à Philippe de lui expliquer le texte. Philippe lui révèle l'Évangile de Jésus, et l’Éthiopien demande à être baptisé. Ils descendent dans un peu d'eau qui se trouvait là près de la route et Philippe le baptise. Après cela, Philippe est soudain emmené par l'Esprit-Saint, et l'eunuque (verset 39).

L'eunuque Le terme eunuque est un terme biblique pour désigner un officier ou un personnage important qui est castré. L’appellation donnée à ce personnage lui confie donc une dignité importanteP. de Meester,  «Philippe Et L'eunuque Éthiopien» Ou «le Baptême D'un Pèlerin De Nubie»?" Nouvelle Revue Théologique 103 (3), 1981, .. P. De Meester le considère comme une sorte de ministre des finances.

Origines de l'eunuque vignette|redresse=1.5|Le baptême de l'Eunuque (v. 1625–30, attribué à Hendrick van Balen et Jan Brueghel le Jeune). « Candace » est le nom donné dans l'historiographie gréco-romaine à toutes les femmes souveraines ou épouses du royaume de Koush (situé au Soudan actuel). La capitale était Méroé, et le titre de Candace dérive d'un mot méroïtique, kdke, qui faisait référence à n'importe quelle femme royale. « Éthiopien » était un terme grec pour les peuples à la peau noire en général, souvent appliqué à Koush (qui était bien connu des Hébreux et souvent mentionné dans la Bible hébraïque). L'eunuque n'était pas originaire du pays connu aujourd'hui sous le nom d'Éthiopie, qui correspond à l'ancien royaume d'Axoum, qui a conquis Koush au . Le premier écrivain à l'appeler Éthiopie fut Philostorgius vers 440. David Tuesday Adamo suggère que le mot utilisé ici (, aithiops) est mieux traduit simplement par « Africain ».

Religion de l'eunuque

La religion d'origine de l'eunuque éthiopien est importante en raison des implications ultérieures de sa conversion au christianisme. Il existe de nombreuses théories concurrentes sur le statut religieux de l'eunuque avant sa conversion par rapport au judaïsme et au christianisme. vignette|redresse=1.5|Illustration provenant du Ménologue de Basile II et montrant Philippe et l'Eunuque éthiopien. La Recherche moderne tend à placer l'eunuque éthiopien dans une « position intermédiaire entre le Juif et le Gentil »Burke, Sean D. (2013). Queering the Ethiopian Eunuch: Strategies of Ambiguity in Acts. Fortress Press.. Scott Shauf suggère que "le point principal de l'histoire est de porter l'évangile jusqu'au bout de la terre, pas d'établir une mission auprès des Gentils", et ainsi Luc "ne met pas le statut de Gentil de l'Éthiopien au premier plan". Cependant, « la suggestion que l'eunuque est, ou du moins pourrait être, un Gentil dans l'histoire, à la fois par sa description ethnique et peut-être physique » peut laisser plus de possibilités formative que s'il avait été explicitement catégorisé.

Analyse du texte biblique Les Actes sont une histoire hagiographique. S’il a fait l’objet d’une réécriture, la majorité des critiques reconnaissent qu’il repose sur des éléments historiquesPaulin De Poucouta, Quand la parole de Dieu visite l'Afrique, Paris, 2011, ..

Histoire du texte Les Actes des Apôtres sont un livre biblique écrit à la fin du de notre ère. Deux formes anciennes parallèles sont connues: le texte alexandrin et le texte occidental. L'épisode du baptême de l'eunuque ne se trouve que dans le secondPatrick Faure, « Le Mystère d’Israël selon les textes Alexandrin et Occidental des Actes des Apôtres » in Nouvelle revue théologique 2005/1, 127, ..

Dans la Bible du roi Jacques et la Bible de Douai catholique, l’Éthiopien dit : (verset 37), mais cela est omis dans la plupart des versions modernes. Hubbard suggère que la confession n'est « pas prise en charge dans les meilleurs manuscrits [à savoir le texte alexandrin) », bien que l'Ethiopien soit encore « l'un des convertis exceptionnels dans les ActesHubbard, D. A. (1962). "Ethiopian eunuch". In Douglas, J. D. New Bible Dictionary. IVF. .». Le verset 37 pourrait avoir été supprimé tardivement, celui-ci ne correspondant plus aux confession en vigueur.

Rhétorique

Le texte de la rencontre entre Philippe et l'Eunuque est construit selon un principe concentrique, typique de la rhétorique sémitique. Voici la structure proposée par Meester :

Cette structure met en valeur que l'élément pivot, permettant l'interprétation du passage, est la lecture de la prophétie d'Isaïe. Plusieurs oppositions apparaissent alors. Dans la première partie, l'Esprit et Philippe ont l'initiative tandis que la seconde donne cette fonction à l'eunuque. De même, ce récit passe d'une séparation entre les deux personnages et leur cheminement vers une unité.

En outre, dans la forme du baptême lui-même, celui-ci est décrit selon un déroulement liturgique. Ainsi, celui-ci-ci commence par une question stéréotypée, suivi d'une confession de Foi et du baptême.

Intratextualité C. K. Barrett oppose l'histoire de l'eunuque éthiopien à celle de Corneille le Centurion, un autre converti. Il note que tandis que l'Éthiopien continue son voyage de retour et sort du récit, Corneille et ses disciples forment une autre église en Judée. L'auteur pense que cela reflète un désir de se concentrer sur Pierre plutôt que sur PhilippeBarrett, Charles Kingsley (1998). A Critical and Exegetical Commentary on the Acts of the Apostles: Preliminary introduction and commentary on Acts I-XIV. Volume 34 of International critical commentary on the Holy Scriptures of the Old and New Testaments. Volume 1. Edinburgh: T&T Clark. .. Robert O'Toole soutient que la façon dont Philippe est emmené est parallèle à la façon dont Jésus disparaît après avoir parlé aux disciples sur la route d'Emmaüs dans Luc 24.

Il existe des parallèles littéraires entre l'histoire de l'eunuque éthiopien dans les Actes et celle d'Ebed-Melech, un eunuque éthiopien dans le livre de Jérémie. Le texte de ce récit trouve ainsi un écho dans le Livre de Jérémie. Ainsi, l’Eunuque baptisé par Philippe est mis en parallèle de l’eunuque, sauveur de Jérémie, donnant à ce récit une dimension d’accomplissement eschatologique. Dans le texte lucanien, l’eunuque est associé à la figure du Serviteur Souffrant du livre d’Isaïe.

Interprétations

Dans la tradition chrétienne En , le père de l'église Irénée de Lyon dans son livre Advers us haereses (« contre les hérésies ») a écrit à propos de l'eunuque éthiopien : Dans la tradition orthodoxe éthiopienne Tewahedo, il était appelé Bachos et est connu comme un juif éthiopien du nom de Siméon, également appelé « le Noir », un nom utilisé dans Actes 13.1Yohannes, Paulos (1988). Filsata : the feast of the Assumption of the Virgin Mary and the Mariological tradition of the Ethiopian Orthodox Tewahedo Church (PhD). New Jersey: Princeton Theological Seminary. OCLC 22377610."History of the Church". stmichaeleoc.org.

Plusieurs lieux ont été proposés pour ce baptême. L'un des sites traditionnels du baptême est la source d'Ein Hanya. Cet épisode ayant une grande importance pour les chrétiens byzantins, les pèlerins visitaient ces lieux.

Les Éthiopiens revendiquent cette filiation avec Israël tant par le récit de la reine de Saba que par celui du baptême de l'eunuque. Ainsi, "le Kebrä Nägäst atteste que les Éthiopiens sont des Israélites, le « peuple élu », qui ont accepté la Parole de l’Évangile"Alain Gascon "« Chacun devrait porter le nom que l'homme lui aurait donné » : la politique des noms en Éthiopie", L’Espace géographique 2008/2, 37, .. Pour ses membres, ce baptême est l'élément fondateur de L' Église d'ÉthiopieAurélia Hetzel, "Noires, belles, et après ? Reines de Saba africaines, de l’Éthiopie au Rwanda", Revue de littérature comparée 2016/4 (), .. Ce récit est aussi important pour la société chrétienne d'Île MauriceFabien P., "Philippe «l’évangéliste» au tournant de la mission dans les Actes des apôtre", Lectio Divina 232, Paris, Cerf, 2010. Dans les traditions coptes et byzantines, il est aussi l'évangélisateur de l'Arabie du Sud et du Sri Lanka, où il serait mort martyr.

Exégèse récente Certains érudits, tels que Frank M. Snowden, Jr., interprètent l'histoire comme soulignant que les premières communautés chrétiennes acceptaient les membres sans distinction de race : "Les Éthiopiens étaient l'étalon par lequel l'antiquité mesurait les peuples de couleur". Ainsi, l'intégration des non-juifs a interrogé la première communauté chrétienne et cet épisode illustre sa volonté d'élargir le Salut. Ce passage du livre des Actes des Apôtres illustre une " progressive abolition des frontières"Emmanuelle Steffek, "Quand juifs et païens se mettent à table (Ac 10)", Études théologiques et religieuses 2005/1, 80, p.103-111.. Ainsi, "l’entrée dans la communauté chrétienne n’est donc plus soumise aux mêmes lois que la conversion au judaïsme"Armand Laferrère, "Chapitre 9. Religion de lois ou religion d’amour : une distinction plus politique que théologique", Lecture politique de la Bible, 2016, ..

D'autres auteurs comme Clarice Martin, interprète davantage cet épisode comme un commentaire sur la religion plutôt que sur ses adhérents, montrant l'étendue géographique du christianisme naissant ; Gay L. Byron va plus loin en disant : « L'eunuque éthiopien a été utilisé par Luc pour indiquer que le salut pouvait s'étendre même aux Éthiopiens et aux Noirs.

Pour Ismard, « la totalité des exégètes modernes s’accorde à y voir l’archétype de l’étranger dont la conversion réalise le programme de l’Evangile : accueillir les exclus de l’alliance et les méprisés de la société ». Cet épisode permet de s’interroger sur la vision de l’évangélisation de l’Afrique par l’auteur. Dans ce récit, celle-ci est donc le fait d’un éthiopien. De fait, la Nubie a connu très tôt la présence de communautés chrétiennesAnnegret Marx et Alexandra Neubauer (dir.), Steh auf und geh nach Süden, Arise and go toward the South, 2000 jahre Christentum in Äthiopien, 2000 years of Christianity in Ethiopia, Legat, Frankfurt-am-Main, 2007..

Représentations artistiques