La période des « Six Dynasties » () de l'histoire chinoise commence en 220 avec la chute de la dynastie Han et s'achève en 589 lors de la réunification de Sui Wendi. Elle tire son nom de six dynasties s'étant succédé dans le Sud, ou bien de six dynasties considérées comme légitimes, la différence étant que la première débute par le royaume de Wu, tandis que la seconde débute par le royaume de Cao-Wei. Mais cette longue période, marquée par la division politique de la Chine (on parle souvent de « période de division/désunion »), notamment suivant un découpage Nord-Sud, comprend en fait plus de dynasties, en particulier dans le Nord qui est souvent lui-même subdivisé entre plusieurs royaumes. Elle recouvre les périodes des Trois Royaumes (220-280), de la dynastie Jin (265-420) et des Seize Royaumes (304-439), puis celle des dynasties du Nord et du Sud (428-589) qui s'achève par la réunification de la Chine par la dynastie Sui (581-618). Plus récemment s'est développé un cadre chronologique alternatif, mais avec des bornes chronologiques similaires ou du moins proches, celui du « haut Moyen-Âge chinois ».
Sur le plan politique c'est une période confuse, pendant laquelle la Chine, divisée, est régulièrement en proie à de grands troubles politiques. Malgré cela, de nombreuses avancées scientifiques ont pu être faites, notamment en médecine, en astronomie et en chimie. La poésie s'est beaucoup développée, et de nombreux poèmes sur l'amour, la beauté et les relations humaines ont été composés à cette époque. C'est aussi la période d'essor du bouddhisme en Chine.
Histoire
La période que l'historiographie chinoise traditionnelle désigne comme celle des « Six dynasties » doit son nom aux six dynasties jugées légitimes qui se sont succédé (dont la composition varie), ce qui permet de présenter une image idéale d'une continuité impériale.
Dans la pratique, la situation est beaucoup plus complexe puisque la période est marquée par une fragmentation politique quasi-continue. Elle a de ce fait souvent été présentée comme une « période de désunion », entre les empires unificateurs des Han et des Sui-Tang, parce que la situation « normale » de la Chine serait d'être unifiée. Cette vision a été critiquée, car la Chine est souvent divisée politiquement au cours de sa longue histoire et que la réunification politique ne semble pas être un objectif politique des empires de la période.
+La période des Six dynasties / Haut Moyen-Âge chinois « Trois Royaumes » 220-280 : 60 ans Chine du Nord : Wei à Luoyang Chine du Sud-Ouest: Shu, Chine du Sud-Est : Wu brève unification : Jin occidentaux à Luoyang 265-316 : 51 ans nouvelles fragmentations au Nord : « Seize Royaumes » : 304-439 : 135 ans au Sud : Jin orientaux 317-420 : 103 ans « Dynasties du Nord » « Dynasties du Sud »Wei du Nord 386-534 : 148 ans Song du Sud 420-479 : 59 ans Wei de l'Est 534-550 : 16 ans Qi du Sud 479-502 : 23 ansWei de l'Ouest 535-556 : 21 ans Liang 502-557 : 55 ansQi du Nord 550-577 : 27 ans Liang postérieurs, ou Liang du Sud 555-587 : 32 ansZhou du Nord 557-581 : 24 ans Chen 557-589 : 32 ans
Fin des Han et Trois royaumes (180-280)
Entre les dernières décennies du et 220, les empereurs de la longue dynastie Han perdent peu à peu leur emprise sur leur empire, à la suite de révoltes ayant entraîné l'autonomisation de plusieurs grands généraux qui réussirent à se tailler des principautés dans les provinces. En 220, quand le dernier empereur Han est destitué, trois royaumes se partagent la Chine : Wei, Han et Wu ; .
Les Jin de l'Ouest (280-316)
La période des Trois royaumes a pourtant semblé s'achever en 280 par l'unification de la Chine sous l'égide du lignage Sima, fondateur de la dynastie Jin de l'Ouest, mais ce fut de courte durée. Les troubles politiques du ont permis l'ascension de grands lignages qui n'entendent pas laisser le pouvoir impérial empiéter sur leur autonomie dans leur province, constituant ainsi des poches de révoltes potentielles. Mais les troubles les plus graves furent ceux existant à l'intérieur du clan Sima, qui débouchent en 291 sur une terrible guerre civile connue sous le nom de « révolte des huit princes ». Cette situation favorisa au début du la montée en puissance des populations barbares situées dans la partie nord de l'empire, depuis longtemps déjà intégrées aux armées chinoises. Des généraux Xiongnu se taillèrent ainsi des principautés dans le Shanxi, et l'un d'entre eux réussit en 311 à prendre la capitale Luoyang, massacrant alors une grande partie de la famille impériale et des hauts dignitaires. Durant les troubles qui suivirent, le dernier foyer des Jin en Chine du Nord, Chang'an, tomba en 316 ; ; .
Seize Royaumes et Jin de l'Est (316-420/439)
C'est dans le Sud qu'un membre du clan Sima en poste de gouverneur à Jiankang (l'actuelle Nankin), capitale de la région du Bas Yangzi, Sima Rui, assura alors la continuité de la dynastie Jin, mais il ne put étendre son autorité que sur la partie méridionale de la Chine (au sud du Yangzi), laissant le Nord aux royaumes barbares : c'est la période de la dynastie des Jin orientaux (317-420) au Sud, et des Seize royaumes des cinq barbares (304-439) au Nord. La nouvelle dynastie Jin s'appuyait sur de nombreux émigrés chinois depuis le Nord, fuyant les régimes fondés par les non-Han. Certains tentèrent même de se servir du Sud comme base de reconquête du Nord, foyer de la civilisation chinoise, mais ce fut peine perdue face à la résistance des troupes des royaumes septentrionaux, en dépit de quelques succès éphémères. Le plus actif des généraux Jin fut Huan Wen, qui dirigea de fait le royaume entre 345 et 373, mais échoua dans ses ambitions septentrionales. Au Nord, les rivalités entre les chefs de guerre, fondateurs de royaumes peu durables, empêchèrent une unification de la région et donc la constitution d'une puissance militaire à même de menacer durablement le Sud. Seuls les Qin antérieurs (d'ethnie Di apparentée aux Tibétains) parvinrent à placer temporairement une majeure partie du Nord sous leur coupe, mais ils échouèrent à conquérir le Sud en 383 (lors de la bataille de la rivière Fei, restée célèbre dans l'histoire de la Chine médiévale). Ce revers fut l'occasion pour plusieurs de leurs vassaux de s'émanciper et de les vaincre ; ; .
Dynasties du Sud et du Nord (420/439-581)
Les conquêtes Sui (581-589)
Le nouvel empereur des Zhou, Yuwen Yun/Xuandi, ne se préoccupa pas vraiment de conquêtes militaires, mais plutôt d'intrigues de cour qui coûtèrent la vie à plusieurs hauts dignitaires. Ce fut un général du nom de Yang Jian, dont la fille était l'épouse principale de l'empereur, qui tira son épingle dans le jeu politique de la période. Quand le monarque mourut en 580, il élimina ses derniers rivaux à la cour des Zhou, puis destitua finalement l'empereur Yuwen Chan en 581, fondant la nouvelle dynastie Sui sous le nom impérial de Wendi. Les premières années de son règne furent marquées par la fondation d'une nouvelle capitale très vaste près de Chang'an, à Daxingcheng. En 587, il annexa le royaume des Liang postérieurs, ce qui lui offrit une porte d'entrée vers le Sud. Une grande campagne fut préparée pour l'année suivante : le commandement de l'armée fut confié au second fils de l'empereur, Yang Guang, qui s'empara de Jiankang, aboutissant en 589 à la fin de la dynastie Chen. La Chine était unifiée.
Le Nord face au Sud
La période des Six dynasties fut marquée par une césure croissante entre le Nord et le Sud de la Chine, durant laquelle l'opposition géographique devint politique puis culturelle. Elle était une des données majeures de la période des dynasties du Sud et du Nord.
Deux espaces géographiques distincts
Le Nord de la Chine s'organisait autour de la vallée du fleuve Jaune. Cette région était elle-même marquée par une séparation Ouest/Est, entre la partie appelée l'« Intérieur des Passes » (Guanzhong, parce qu'on y parvenait depuis l'Est en franchissant plusieurs passes ; on trouve aussi Guanxi, « Ouest des Passes »), centrée sur la vallée de la rivière Wei et la capitale occidentale, Chang'an (Xi'an de nos jours, dans le voisinage de l'ancienne capitale Xianyang des Qin et bien avant Feng et Hao des Zhou), et celle appelée l'« Est des Passes » (Guandong), centrée sur la région moyenne du fleuve Jaune, autour de la capitale orientale Luoyang (elle-même proche d'une ancienne capitale des Zhou, Chengzhou) ; .
Le Sud est pareillement constitué de plusieurs grandes régions, qui à la différence du Nord sont marquées par la présence de nombreuses collines, montagnes, cours d'eau et lacs pouvant constituer des obstacles naturels : la région du « Sud du fleuve » (Jiangnan, c'est-à-dire la rive droite du Yangzi), autour de Jiankang (Nankin) et du cours inférieur du Yangzi ; le Moyen Yangzi (autour des provinces de Jingzhou et Xiangyang), région où le fleuve est rejoint par de nombreux affluents, située à la charnière entre le Nord et le Sud (ce qui explique qu'elle soit souvent le théâtre de batailles) ; le Sichuan à l'ouest, isolé par les Trois Gorges, ce qui permit à plusieurs reprises l'émergence d'entités politiques indépendantes hors de portée des autres royaumes ; .
Une séparation politique
Après la chute des Han, c'est du Nord que vinrent les plus puissants royaumes chinois, les Wei et les Jin occidentaux, qui assurèrent la continuité des traditions impériales, qui étaient déjà ancrées profondément dans ces régions. Le Nord fut très marqué par l'émigration de nombreuses populations nomades qui y fondèrent des États à l'époque des Seize Royaumes, y firent souche, en se mélangeant à la population originaire de la région (voir plus bas). Le Sud de la Chine, autour et au sud de la vallée du Yangzi, était dans l'Antiquité une région peu peuplée, qui connut un essor important à partir de la chute des Han, quand les premiers troubles militaires dans le Nord entraînèrent une vague de migration vers ses régions. La formation du royaume de Wu au puis l'implantation des Jin orientaux le siècle suivant dans la basse vallée du Yangzi autour de Jiankang où trouvèrent refuge de nombreuses familles du Nord. L'opposition politique entre Nord et Sud fut permanente durant la période des Six dynasties, hormis l'intermède d'unification par les Jin occidentaux de 280 à 317. En général, le Nord était partagé entre plusieurs entités politiques fondées et dirigées par des non-chinois. Le Sud fut en revanche contrôlé par des dynasties fondées par des Chinois se succédant l'une après l'autre. Seul le Sichuan, en raison de son isolement, fut plus difficile à contrôler pour celles-ci et connut des périodes d'autonomie ou de contrôle par un royaume septentrional. Les conflits militaires entre Nord et Sud furent constants en raison de la persistance de la volonté d'unification de la Chine offre une présentation de ces affrontements..
Différences et relations culturelles thumb|left|Sages jouant de la musique dans un paysage de montagnes du Sud chinois, brique funéraire de la période des Dynasties du Sud (420-589) exhumée à Dengxian (Henan).