C'est probablement à l'époque romaine que les premiers Juifs sont arrivés en Suisse mais des communautés juives ne sont attestées sur le territoire de la Suisse actuelle que depuis le . Après avoir été chassés du pays du , les Juifs obtiennent la citoyenneté suisse à part entière (liberté de mouvement) en 1874.
Les communautés juives se monteraient en 2015 à environ, essentiellement représentées dans les trois plus grandes villes du pays que sont Zurich, Genève et Bâle.
Antiquité Des pièces de monnaie judéennes datant du siècle ont été découvertes à Martigny et à Augst mais elles ne prouvent pas la présence de Juifs en Suisse car elles auraient très bien pu y être apportées par un militaire en garnison en Judée puis en Helvétie, PDF.. Toutefois, la découverte à Kaiseraugst d'une bague ornée d'une menorah et datant du atteste beaucoup plus probablement de la présence d'au moins un Juif ou une Juive à cette époque mais, en l'absence d'autres découvertes, on ne peut en dire plus.
Les premières communautés Dans les archives, les Juifs sont mentionnés à Genève, dans la seconde moitié du , mais le plus vieux document connu mentionnant une communauté juive de l'actuelle Suisse date de 1213 et permet d'identifier à Bâle une des plus grandes communautés juives d'Europe de l'époque, constituée de Juifs venant d'Allemagne ou de France.. Tout au long du , les Juifs s'établissent dans diverses villes de Suisse, à Berne en 1259, à Saint-Gall en 1268, à Zurich en 1273 et à Lucerne en 1299. D'autres communautés s'établissent dans la première partie du à Neuchâtel, Bienne, Vevey, en Argovie et en Thurgovie.
Les Juifs de Suisse ont alors le statut de Kammerknechte, c'est-à-dire de serfs de la Chambre impériale placés sous la protection personnelle de l'empereur. (une grande partie de la Suisse fait alors partie du Saint-Empire romain germanique). Certaines villes avaient toutefois obtenu le droit de protéger les Juifs et donc de leur imposer des taxes spécifiques (Judenregal). Parfois, les Juifs ont même le statut de citoyens, même s'ils n'ont pas tous les droits des chrétiens. Les Juifs sont principalement prêteurs et cette occupation leur vaut d'être haïs et ostracisés. Ils doivent porter un chapeau juif, à l'exception parfois des médecins. Ils habitent dans des rues ou quartiers qui leur sont imposés où l'on trouve aussi synagogues, mikvot, écoles, cimetières et abattoirs rituels.
Dès 1293 ou 1294, des Juifs sont victimes d'une accusation de meurtre rituel à Berne. mais c'est surtout lors de la peste noire au milieu du que de telles accusations se multiplient, accompagnées d'exécutions sur le bûcher et d'expulsions. Les Juifs de Villeneuve sont brûlés en 1348« Procès des Juifs à Chillon : (1348) », Le Conservateur suisse ou Recueil complet des étrennes helvétiennes, Lausanne, éd., t. 13, 1857, pp. 223-244 et P.A. Bezat, « Procès et persécutions des Juifs de Villeneuve en 1348 », Monthey illustré, 51, 1980, pp. 4-7. puis les Juifs bâlois sont brûlés vifs sur une île du Rhin en 1349 et leurs enfants baptisés de force.
La plupart des Juifs sont expulsés de Suisse la même année. Comme l'économie ne peut fonctionner longtemps sans eux, le prêt avec intérêt étant interdit aux chrétiens par l'Église, ils sont autorisés à revenir dès 1352 à Zurich et 1361 à Bâle. Leur retour n'implique pas la cessation des accusations de « meurtre rituel » et, à nouveau des Juifs sont brûlés vifs, en 1401, à Schaffhouse et à Winterthour. Tout au long des , les expulsions se multiplient, de Berne en 1427, de Fribourg en 1428, de Zurich en 1436, de Schaffhouse en 1472 et de Bâle en 1543. Seuls quelques Juifs sont autorisés à Bâle pour relire les textes en hébreu produits par des imprimeurs chrétiens.
Du siècle au De petites communautés arrivent à se maintenir dans des villages autour de Bâle en territoire impérial du ..
Quelques Juifs ayant été réadmis dans la Confédération, la Diète fédérale les en expulse « à jamais » en 1622.. Toutefois, les Juifs sont autorisés à continuer de s'établir dans les villages de Lengnau et d'Endingen., dans le canton actuel d'Argovie. Leur statut légal était fondé sur des lettres de protection renouvelables à partir de 1696 moyennant finances, tous les 16 ans. Les dernières furent signées en 1792. Le métier de la plupart des Juifs était alors le commerce de bétail et ils étaient généralement très pauvres. Ils s'exprimaient dans un yiddish proche du judéo-alsacien. Ils vivaient dans une complète autarcie administrative et culturelle : le rabbin faisait office de juge et officier d'état civil et les communautés étaient responsables des pauvres, de l'école et du culte.
En 1750, ils sont autorisés à construire une synagogue à Lengnau (qui ne possède alors pas d'église) et une autre à Endingen en 1764. La population juive des deux villages s'élevait à 20 ménages en 1634, 94 en 1761, 108 en 1774 et 240 en 1890. Après un maximum de en 1850, la communauté était réduite sur les deux villages à en 1950 et 17 en 1962.. C'est à Lengnau que naît en 1828 Meyer Guggenheim, le patriarche de la famille Guggenheim.
L'émancipation (1798-1874) Le , la jeune République française impose la création de la République helvétique.. La résistance à l'influence française se cristallise notamment sur l'émancipation des Juifs, malgré leur faible nombre.. Après une guerre civile, Bonaparte impose en 1803 l'Acte de médiation qui rétablit une Confédération où la liberté de culte n'est pas totale. Par exemple, la constitution de l'Argovie prévoit explicitement : . Seuls quelques Juifs français continuent à bénéficier plus ou moins de tous les droits, en tant que citoyens français.
Le cas de Genève est quelque peu différent : la ville était indépendante de la Confédération suisse avant la Révolution. Dans sa proche banlieue, Carouge en territoire sarde accueille des Juifs venus de France depuis 1783. Carouge et Genève sont annexées à la République française respectivement le et le . Les Juifs y jouissent alors des mêmes droits qu'en France. La chute de Napoléon entraîne la restauration de la république de Genève puis son rattachement à la Suisse. Le , la propriété de terrains est interdite aux Juifs par une loi qui n'est abolie qu'en 1857, même si plusieurs mesures prises depuis 1841 avaient amélioré leur sort..
Après la chute de Napoléon, les Juifs français établis en Suisse doivent faire face à l'hostilité des conservateurs mais beaucoup se maintiennent en Suisse car ils sont protégés par la France. La diplomatie américaine protège aussi les Juifs américains venus pour affaires en Suisse. En 1845, l'avocat et député français Adolphe Crémieux représente les intérêts d'ouvriers français en horlogerie à la Chaux-de-Fonds, expulsés de Suisse parce que juifs, en application des lois de divers cantons, qu'il n'hésite pas à fustiger ainsi que sa réputation de « terre de liberté » à la Chambre des représentants, au motif que « les traités entre la France et la Suisse déclarent que les Suisses seront traités en France comme les citoyens français, et que les Français seront traités en Suisse comme les citoyens suisses », et qu'ils ne sont pas exécutés par la Suisse, « simulacre de république ». En 1848, une nouvelle constitution apporte l'égalité des droits aux chrétiens mais les Juifs ne jouissent toujours pas de la liberté de religion.
Le , le canton d'Argovie, où réside alors la majorité des Juifs de Suisse, leur accorde l'émancipation.. Mais ce sont les puissances étrangères qui imposent l'émancipation dans l'ensemble de la Confédération. Les pressions diplomatiques, particulièrement des États-Unis, des Pays-Bas et du Royaume-Uni, se font plus intenses. Quant à la France, elle obtient, le , un traité de commerce avec la Suisse stipulant que les soient traités de la même manière qu'un ressortissant suisse dans un autre canton que le sien.. La ratification en Suisse rencontre des difficultés puisque cette égalité n'est pas valable pour les Israélites suisses, ce qui amène à envisager une révision constitutionnelle. L'enseignant et publiciste Markus G. Dreyfus et le rabbin et historien Meyer Kayserling étaient très engagés dans la lutte pour l'émancipation. C'est en deux temps que la pleine égalité est accordée aux Juifs : une votation populaire organisée le donne la majorité au droit d'établissement dans tous les cantons et à l'égalité civique et juridique pour tous les Suisses sans distinction de croyance, lire en ligne.. Finalement, une autre votation populaire, le , reconnaît la pleine liberté de conscience et des cultes, lire en ligne..
De l'émancipation à nos jours Dès l'émancipation en voie d'être acquise, les Juifs font construire des synagogues dans les styles prévalant alors en France ou en Allemagne pour ce type de bâtiments, principalement le style mauresque, à Genève en 1857, à Bâle en 1868 puis à Zurich (en) en 1884 et à Berne (de) en 1905. En tout, il se crée une vingtaine de communautés sur tout le territoire de la Suisse où la population juive atteint les à la veille de la Première Guerre mondiale du fait de l'immigration en provenance d'Allemagne (y compris de l'Alsace alors allemande depuis la guerre franco-allemande de 1870) et d'Europe orientale.. La communauté juive, rurale avant 1866 devient urbaine et dès 1910, plus des deux tiers des Juifs suisses vivent dans les grandes villes de Zurich, Bâle, Berne ou Genève..
L'essor démographique (relatif) se couple à une réussite sociale qui suscite l'antisémitisme qui se traduit principalement par l'adoption d'une modification constitutionnelle interdisant l'abattage rituel du gros bétail adoptée par votation, à la suite d'une initiative populaire, le . Jusqu'en 1907, les Juifs doivent faire face aussi à des tentatives d'interdiction de l'abattage rituel de la volaille. Pour permettre de mieux combattre l'antisémitisme, les communautés juives créent en 1903 la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) qui les regroupe.
L'essor démographique est lié à l'arrivée d'environ Juifs d'Europe orientale ainsi que d'autres des provinces limitrophes d'Alsace, du pays de Bade et du Vorarlberg. Moins favorisés que les Juifs établis depuis plus longtemps en Suisse, ils sont souvent vus comme une menace par leurs coreligionnaires plus aisés et souffrent aussi d'une certaine discrimination par les administrations cantonales. Quelques étudiants juifs viennent aussi fréquenter les universités suisses, dont Albert Einstein qui publie la théorie de la relativité restreinte en 1905 alors qu'il est employé à l'Office des brevets à Berne. À l'immigration de Juifs ashkénazes d'Europe centrale et orientale s'ajoute aussi une petite immigration de Juifs séfarades et particulièrement de romaniotes des Balkans en Suisse romande dont le plus illustre représentant est Albert Cohen qui fut haut fonctionnaire à l'Organisation internationale du travail et à l'Agence juive. Il trouvera dans cette expérience l'inspiration qui lui permet de construire l'univers des personnages de Belle du Seigneur, Adrien Deume et Solal des Solal..
Les congrès sionistes thumb|Theodor Herzl au balcon de l'hôtel des Trois Rois (de) à Bâle.En marge de la vie des Juifs de Suisse se déroule, en 1897, un événement fondateur de l'histoire juive moderne, la réunion du premier congrès sioniste à Bâle. Si Bâle est choisie, c'est parce qu'une telle réunion y rencontre beaucoup moins d'opposition qu'à Munich de la part du rabbinat local.. Jusqu'à 1945, de nombreux congrès sionistes se tiennent de nouveau à Bâle.
D'une guerre à l'autre, 1918-1945 thumb|Publicité pour la yechiva de Montreux (1936).|alt=|gauche vignette|Ce passeport allemand appartenait à Agatha Süss. Il est aujourd’hui dans la collection du musée juif de Suisse à Bâle.|alt=