Armand de Madaillan de Lesparre ( - ), plus connu sous son titre de marquis de Lassay, est un noble français des XVIIe et XVIIIe siècles. Il est aussi baron du Horps.

Sainte-BeuveCauseries du lundi, t. IX, pp. 129 à 162. l'appelle un figurant du grand siècle. Mais il se reprend à la seconde page de son article et dit de lui qu'il fut « bien moins un figurant... qu'un homme qui n'a pu avoir les beaux rôles ».

Biographie Origine Il est le fils de Louis Louis II de Madaillan-Lespare, marquis de Montataire, et de Suzanne de Vipart. Il manifesta rapidement un esprit avide d'indépendanceMaison de Madaillan, p. 129..

Je ne me soucie point de commander mais l'obéissance m'est insupportable... Je sens que toute ma nature se révolte dès qu'on veut prendre quelque empire sur moi ; il n'y a aucune considération qui put me le faire souffrir, non pas même l'intérêt de ma santé et de ma vie s'il fallait être soumis à un médecin. Ce sentiment est né avec moi, je l'ai eu dès mon enfance ; et à peine en étais-je sorti, que je secouai le joug de la domination paternelle, aux dépens de tout ce qui m'en pouvait arriver ; et pendant plusieurs années je me réveillais la nuit avec un mouvement de joie que me donnait la pensée de ne plus dépendre de personne. Extrait du Recueil de différentes choses d'Armand de Madaillan de Lesparre.

Carrière militaire Il fit ses premières armes en qualité d'aide de camp du Grand Condé, en 1672, et assista à toutes les conquêtes de la Guerre de Hollande. Dans l'hiver 1672, il suivit Condé à l'armée de la MoselleMaison de Madaillan, p. 130.. C'est à cette époque que son père acheta pour lui, du marquis de Pompadour, la charge de guidon des Gendarmes de la garde du roi. Le marquis de Pompadour se repentit de l'avoir vendue. Cela donna lieu à des démêlés assez graves entre les deux familles. Le marquis et Armand s'étant rencontrés sur le Pont au Change, le , eurent entre eux quelques paroles désobligeantes. Un duel s'ensuivit puis un procèsBibliothèque Nationale de France. Imprimés, 3 facturas antérieurs à 1790. N° 3. Faits du procès instruit en la cour du parlement contre Armand de Madaillan de Lesparre, et le sieur marquis de Pompadour, sur ce qui s'est passé au bout du Pont-au-Change, le 25 avril 1673. — Voir aussi Biographie universelle de Michaud, article Lassay.. Dans ce duel qui lui fit honneur, Madaillan-Lespare reçut tout d'abord un terrible coup d'épée qui lui traversa le corps ; mais il voulut continuer le combat, fit quatre blessures à son adversaire, le désarma et exigea que M. de Pompadour fut soigné le premier.

En 1674 il devint enseigne dans le même corps. Cette charge valait 100 000 écus ; il n'y avait pas d'exemple qu'elle eut été occupée par un titulaire aussi jeune. A la Bataille de Seneffe, François de Rohan-Soubise ayant eu la jambe cassée, au début de l'action, Armand de Madaillan se trouva seul officier à la tête des Gendarme de la garde. Cette circonstance stimulant son courage, il porta vaillamment le poids de sa responsabilité, et sa conduite fut importante dans cette journée où il reçut trois blessures et eut deux chevaux tués sous lui.

Il accompagna le roi Louis XIV lors de la Seconde conquête de la Franche-Comté ; assista aux sièges de Besançon, de Dôle, de Salins, où il fut blessé, et de Faucogney où il entra des premiers avec la Maison du roi qui emporta la place l'épée à la main. Pendant les années suivantes il se trouva aux sièges de Condé, Bouchain, ValenciennesAu camp de Valenciennes ce 19 mars. — On vient de prendre Valenciennes d'une manière si extraordinaire qu'il faut avoir recours pris d'assaut en plein jour, sans surprise et sans trahison, une ville dont la profondeur des fossez, la rapidité de l'eau qui coule dedans, la hauteur des remparts, et les autres fortifications font seulement peur à regarder, et cela dans un temps où l'on ne songeoit encore qu'à attaquer un ouvrage en corne, éloigné de plus de cinq cent pas du corps de la place, et qui en étoit séparé par tant d'autres ouvrages et par tant de fossez : je me suis trouvé à cette action, et quand je me suis vû dans la ville, j'ai été quelque temps sans le pouvoir croire, et m'y voïant accompagné seulement de dix ou douze personnes, ma première pensée a été que les ennemis alloient venir fermer le guichet de la porte par où nous avions passé, et qu'au lieu d'avoir pris la ville, que c'étoit la ville qui nous avoit pris ; une aventure si heureuse et si extraordinaire met le roi en état de faire encore d'autres conquêtes; le bruit de l'armée est qu'il va assiéger Cambray : je vous rendrai compte de ce qui se passera à ce siège...., Cambrai où il fut blessé de nouveau ; à ceux de Gand et d'Ypres qui furent les derniers de cette guerre.

On trouve dans le Recueil d'Armand de Madaillan de Lesparre un curieux chapitre ainsi intitulé Maison de Madaillan, p. 158.: Ce qui s'est passé à l'égard de la Toison que le roi d'Espagne m'avoit donnée. Grâce au crédit de Louis-Joseph de Vendôme, duc de Vendôme et à l'influence de Marie-Anne de La Trémoille, princesse des Ursins, tout puissants à la cour de Madrid, le marquis de Lassay avait obtenu la décoration de l'Ordre de la Toison d'or. Louis XIV qui n'avait pas été prévenu des démarches faites en sa faveur, fut très irrité et lui refusa l'autorisation d'en porter les insignes. Madame de Maintenon intervint sans succès auprès de son protégéJ'ai toujours recours à vous, Madame Je suis pénétré de douleur de la grâce qu'on m'a accordée en Espagne, puisqu'elle a déplu au Roi, et je lui en fais le sacrifice de bon coeur il étoit naturel après les services que M. de Vendôme a rendus au Roi d'Espagne, n'aïant rien à lui demander pour lui, qu'il lui demandât la Toison pour un homme qui est son serviteur presque depuis son enfance, et qui a l'honneur d'apartenir de si près à Madame de Vendôme ; je sçais parfaitement bien de quel côté, mais enfin c'est un côté dont on fait assez de cas en Espagne... D'ailleurs la Toison est une chose qui n'a point de suite qui finit avec moi qui suis très mortel... C'est une grâce qui a toujours été donnée à des étrangers et dont la plupart des Espagnols ne veulent point...Comme elle ne donne ni rang ni prérogatives en France, elle ne nuit à personne, et si le roi d'Espagne la donnoit à un homme de quelque nation qu'il fut, le Roi (de France) ne l'empêcheroit pas de demeurer dans son roïaume et de la porter; suis-je de pire condition parce que je suis son sujet, et est-ce une raison pour m'exclure de cet honneur ? J'ose encore ajouter que ma naissance me le pouvoit faire espérer, et mes preuves auraient remonté à des temps où mes pères étoient plus grands seigneurs que je ne suis. J'abuse de vos bontés ; je me flatte pourtant que vous me le pardonnerez, et que vous aurez pitié d'un malheureux qui l'est depuis si longtemps, que vous avez quasi vu naître, et qui a un si parfait attachement pour vous. Voilà la lettre de Madame des Ursins, par laquelle elle me mande que le Roi d'Espagne veut bien m'accorder la Toison ; je vous supplie d'avoir la bonté de la rendre à Madame de Caylus..

Il sollicita plus tard l'Ordre du Saint-Esprit, mais Louis XIV ne fit point de chevaliers à la fin de son règne, et c'est seulement en 1724 qu'il obtint le Cordon BleuMaison de Madaillan, p. 159..

Une vie agitée A l'occasion de son second mariageMaison de Madaillan, p. 131., il a rompu avec sa famille, quitté la cour, renoncé à ses emplois et à ses grades et s'était confiné dans une retraite qui avait fort mécontenté le roi. A la longue, fatigué de cette inaction, familier des princes de Condé et Conti, il partit avec eux en Autriche défendre Vienne de l'attaque de l'Empire Ottoman, sans l'autorisation de Louis XIV qui lui en tint rigueur et ne lui confia aucune grande charge par la suite. Ils allaient sous les ordres de Charles V de Lorraine, duc de Lorraine guerroyer contre les TurcsLa Fare (Mémoires, p. 292.) dit, au sujet de ce voyage, que Lassay était homme d'esprit et d'un grand courage, capable d'aller, comme un second Don Quichotte, en chevalier errant, chercher les aventures et les occasions de se signaler.. Lassay se joignit à eux avec le prince Eugène de Savoie-Carignan, le Comte de Turenne et quelques autres. Au moment de partir il écrivait à la Maréchale de SchombergMaison de Madaillan, p. 132.: Je pars pour aller en Hongrie ; j'ai eu vingt fois la bouche ouverte pour vous parler de ce voïage et la peur me l'a toujours fermée : j'ai craint l'amibe que vous avez pour moi, qui vous auroit peut-être engagée a essaïer de m'en détourner Ecoutez moi, s'il vous plait, Madame, avant que de me condamner ; voici mes raisons : demeurer aux Incurables sans dévotion; être à Paris sans voir le roi; porter une épée à mon côté sans aller à la guerre ; passer ma vie avec des femmes, sans être amoureux d'aucune, étoit une vie qui me rendoit trop ridicule à mes yeux, pour que je la pusse supporter plus longtemps On traitera encore ce voïage de folie, je le scai ; on dira qu'il ressemble au reste de ma vie mais aïant à être blâmé, ce dernier blâme blesse moins mon amour-propre; et puis je ne le sentirai pas tous les jours comme je sens celui que je quitte ; je serai bien loin et je n'entendrai point les discours du monde Le voïage de Hongrie ne me convient gueres ; mais il me convient encore moins de demeurer dans la place où je suis, et je ne voi que cette porte pour en sortir. A l'égard du Roi, je ne me fais pas l'honneur de croire qu'il fasse aucune attention à moi, et si par hazard il y songe un moment, il ne sçauroit trouver ni mauvais, ni extraordinaire qu'un homme qui est assez malheureux pour lui avoir déplu, aille en Pologne, en Hongrie, à la mort. Adieu, Madame, votre lettre m'a fait une peine effroïable : je n'aurais garde de supporter votre vue; j'ai dit à tout le monde que je parfois, il n'est plus temps de délibérer. Ne me désaprouvez point, plaignez-moi plutôt, et aimez-moi toujours. Extrait des Recueil de différentes choses d'Armand de Madaillan de Lesparre.

Sous forme de lettres adressées à son ami le maréchal Bernardin Gigault de Bellefonds, Lassay a inséré dans son RecueilMaison de Madaillan, p. 133., un récit de cette campagne de HongrieCes lettres précieuses et très détaillées occupent soixante pages dans la première édition. Elles sont écrites dans un langage simple, clair, parfois vigoureux, et constituent une relation complète des événements qui se sont accomplis sur les bords du Danube depuis le jusqu'au ..

Après ceci, Lassay se garda bien d'aller à Versailles affronter la colère du roi qui avait refusé aux princes de Conti et à leurs compagnons l'autorisation de partir. Il résida quelque temps à Vienne et en ItalieMaison de Madaillan, p. 136..

Au commencement d', il quitta le camp de Presbourg avec le prince Louis-Guillaume de Bade-Bade pour aller à Vienne et reçut à la cour de l'empereur Léopold Ier un bon accueilMaison de Madaillan, p. 154.. A la fin de novembre; il partit pour aller visiter l'Italie, et rencontra à Rome, Marie-Anne de La Trémoille, princesse des Ursins deux fois veuve. Il semble avoir été lié avec elle par la plus étroite amitié et la façon dont il parle de la villa que Madame des Ursins possédait à Bagnaïa près Viterbe prouve qu'il y commandait en maître. Il connut aussi à Rome, Sophie-Dorothée de Brunswick-Lunebourg, femme du Duc de Brunswick-Lunebourg, et noua avec elle une intrigueSon Recueil renferme quatorze de ses lettres adressées à cette princesse.. Le duc prit ombrage de cette liaisonIl se vengea cruellement dans des circonstances analogues, de Philippe-Christophe de Kœnigsmark.. Lassay redoutant un scandale, quitta Rome et fit ainsi ses adieux à la duchesseMaison de Madaillan, p. 155..