La guerre russo-ukrainienne ou guerre d'Ukraine est un important conflit post-soviétique, militaire et diplomatique, opposant l'Ukraine d'une part, à la Russie alliée aux forces séparatistes ukrainiennes prorusses d'autre part. Elle a commencé en , à la suite de la révolution ukrainienne de , et s'est initialement concentrée sur le statut de la Crimée et de certaines parties du Donbass, internationalement reconnues comme faisant partie de l'Ukraine. Les huit premières années du conflit ont vu l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014 et la guerre du Donbass (commencée dès entre l'Ukraine et les séparatistes ukrainiens, militairement soutenus par la Russie), ainsi que des incidents navals, la cyberguerre et des tensions politiques. À la suite de la crise diplomatique russo-ukrainienne de 2021-2022, le conflit s'est considérablement étendu lorsque la Russie a envahi l'Ukraine le , au petit matin, et annexé de fait, encore quatre oblasts situés le long de la frontière entre la Russie et l'Ukraine : Louhansk, Donetsk, Zaporijjia et Kherson. En , le nombre de victimes est estimé à par le CSIS.

L'origine de la guerre remonte au , à la suite de la décision de dernière minute, du gouvernement ukrainien prorusse de refuser de signer l'accord d'association entre l'Ukraine et l'Union européenne.. Des manifestations de grande ampleur (l'Euromaïdan ou la révolution de la Dignité) se déclenchent alors et aboutissent le à la fuite du président ukrainien Viktor Ianoukovytch, destitué par vote de l'Assemblée nationale ukrainienne (la Rada de Kiev) et remplacé par Oleksandr Tourtchynov qui devient président intérimaire. Un gouvernement provisoire, dirigé par Arseni Iatseniouk, est mis en place. En réaction, des groupes armés russes prennent le contrôle du Parlement de Crimée, qui élit un nouveau Premier ministre favorable à l'union avec la Russie. Un référendum, organisé sous le contrôle de la Russie, aboutit à un vote favorable au rattachement de la Crimée à la Russie, provoquant une crise diplomatique internationale. Plusieurs autres provinces ukrainiennes à forte population russophone, notamment le Donbass, connaissent des soulèvements prorusses similaires et organisent à leur tour des référendums d'autodétermination afin de se séparer du gouvernement ukrainien en place. La Russie est accusée de soutenir militairement les insurgés en y menant une guerre hybride...

Face à ces évènements, le président ukrainien décide d'envoyer l'armée ukrainienne pour rétablir l'ordre dans ces territoires séparatistes. Commence alors la guerre du Donbass.

Le , le vol 17 est abattu près de la frontière russo-ukrainienne alors qu'il survole le Donbass. La destruction de cet avion civil amplifie la crise diplomatique, l'armée ukrainienne et les séparatistes ukrainiens s'en accusant mutuellement. Une enquête identifie les tireurs comme appartenant à l'armée russe.., n'étant pourtant pas censée être présente sur le terrain.

Le , dans le cadre de la crise russo-ukrainienne de -, le président russe Vladimir Poutine annonce la reconnaissance russe de l'indépendance des « républiques populaires » autoproclamées de Donetsk et de Lougansk et les forces armées russes pénètrent dans l'Est de l'Ukraine contrôlé par les républiques séparatistes.. Le au soir, Poutine annonce lors d'une allocution télévisée lancer une « opération militaire spéciale » en Ukraine. Dans la nuit du au , le territoire ukrainien est bombardé et les troupes russes commencent l'invasion générale du territoire ukrainien..

Les Russes occupent l'oblast de Kherson rapidement et une grande partie de l'oblast de Zaporijjia lors d'une offensive au Sud qui réussit, mais ils sont repoussés lors d'offensives infructueuses contre Kiev et contre Kharkiv. Les Russes occupent Marioupol après une bataille de trois mois, prenant le contrôle de toute la côte de la mer d'Azov. Une nouvelle offensive du Donbass fait passer l'oblast de Louhansk sous contrôle russe.

L'invasion provoque la réaction des pays occidentaux, menant à un isolement sans précédent de la Russie par la mise en place progressive de milliers de sanctions notamment économiques. Certains membres de l'OTAN — principalement les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni — et les pays de l'Union européenne soutiennent l'Ukraine au moyen d'assistances économiques et militaires massives, comprenant notamment des livraisons d'armement et de munitions de toutes sortes ainsi que des aides aux formations techniques et militaires des nouveaux combattants ukrainiens mobilisés en grand nombre.

Contexte

À la chute de l'URSS, l'Ukraine, comme la Russie ou d'autres États de l'Europe de l'Est, connaît un fort développement de la corruption dans tous les rouages de la société, et la mainmise d'oligarques sur l'économie et le pouvoir. Ces oligarques bénéficient d'une impunité qui révolte la population (entre autres, l'affaire Oksana Makar.).

Statut de la Crimée

Le , le Præsidium du Comité central du Parti communiste décide de transférer la Crimée de la république socialiste fédérative soviétique de Russie à la république socialiste soviétique d'Ukraine. Bien que la ville de Sébastopol ne soit pas spécifiquement mentionnée dans les documents, elle devient une partie de la république soviétique ukrainienne avec le reste de la péninsule de Crimée. Sébastopol devient une ville à statut spécial, un statut mentionné explicitement dans la . L'île de Touzla est également reconnue comme faisant partie du territoire de la république soviétique ukrainienne.

L'initiative est venue de Nikita Khrouchtchev, même si le président du Præsidium et successeur officiel de Joseph Staline est Gueorgui Malenkov. La discussion solennelle du ( point à l'ordre du jour) dure un quart d'heure. Il n'y a pas de consultation publique en Crimée. En planifiant le transfert, Khrouchtchev avait plusieurs raisons. Formellement, le transfert fait partie de la célébration du du traité de Pereïaslav (1654), célébré comme le tricentenaire de l'union de l'Ukraine à la Russie.

Le , la Crimée est devenue l'unique république autonome au sein de la RSS d'Ukraine, dans le cadre de l'Union soviétique.

Après la déclaration d'indépendance de l'Ukraine du , le sort de la flotte de la mer Noire de l'ancienne Marine soviétique occasionne de nombreux différends. Les officiers des forces terrestres de l'ancienne Armée rouge avaient été répartis relativement facilement entre les nouveaux États indépendants. Les officiers de la marine de la mer Noire reconnaissent que l'Ukraine ne peut pas maintenir une vaste flotte et qu'il y aurait plus d'opportunités de promotion et d'avancement dans la marine russe que dans la marine ukrainienne. La division de la flotte de la mer Noire est le début des appels en Russie au de la Crimée. Le vice-président russe Alexandre Routskoï est le premier haut responsable de la Russie post-soviétique à préconiser le transfert de la Crimée à la Russie. En , le Soviet suprême de la fédération de Russie adopte une résolution déclarant annulé l'acte de transfert de la Crimée à l'Ukraine. Cette décision continue d'influencer la diplomatie russe.

En , la Russie a reconnu l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud vis-à-vis de la Géorgie, une action condamnée par les Occidentaux. Le , les autorités ukrainiennes imposent des restrictions aux mouvements de la flotte de la mer Noire, impliquée dans la guerre russo-géorgienne. Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, dénonce lors d'un entretien à Europe 1 la campagne russe en Géorgie, notant qu'. Son homologue, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov accuse Kouchner d'une . Fin , pendant la guerre russo-géorgienne et en prévision d'un sommet ministériel européen extraordinaire à Bruxelles, le journaliste Thomas Roth de l'ARD allemande réalise une interview de Poutine.... Roth demande si Sébastopol et la Crimée seront le prochain objectif de la Russie. Poutine le nie et déclare : .

Statuts de l'île de Touzla et du détroit de Kertch

Le détroit de Kertch est le seul débouché de la mer d'Azov vers la mer Noire, et donc stratégiquement important pour la Russie et l'Ukraine. Au milieu du détroit se trouve l'île de Touzla, plus proche toutefois du côté russe que du côté de la Crimée, mais qui n'y est plus rattachée depuis , lorsque la mer a provoqué l'érosion totale de l'isthme. Depuis , l'île de Touzla fait partie de la RSS d'Ukraine, avec le reste de la région de Crimée. En conséquence, toute la partie navigable du détroit appartient aux eaux territoriales de l'Ukraine conformément au droit de la mer. Certains politiciens russes contestent cela, affirmant que Touzla est en fait un cordon littoral (), et donc une partie du continent russe. Si l'île devait faire partie du continent russe, la frontière maritime russo-ukrainienne passerait par le milieu du détroit de Kertch.

Les autorités du kraï de Krasnodar en Russie commencent à construire une chaussée reliant le territoire russe à Touzla, entraînant la crise frontalière d'. Pendant un certain temps, les gardes-frontières se sont fait face de l'autre côté du détroit et la situation ressemblait à la frontière entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. Le président ukrainien Leonid Koutchma autorise à tirer pour tuer si les Russes tentent de prendre le contrôle de l'île. La crise est résolue, le statut de Touzla ne change pas. Les deux gouvernements conviennent de l'utilisation conjointe du détroit de Kertch et acceptent d'exclure les navires de pays tiers sans consentement mutuel. Le président russe Vladimir Poutine accepte d'arrêter la construction, et un accord est trouvé entre Nestor Choufrytch, le ministre ukrainien des Urgences et son homologue russe Sergueï Choïgou. En , l'isthme artificiel incomplet a été érodé. À cette époque, sa construction a de nouveau été suggérée par Oleg Mitvol, chef adjoint du , dans le contexte d'une marée noire en mer Noire.

Opinions de Vladimir Poutine sur l'URSS et son effondrement Selon l'agence de presse russe Tass, Poutine parle depuis des décennies de posées au cours de l'histoire de l'Union soviétique. Dans sa première interview publique en , lors de l'effondrement de l'URSS, Poutine décrit les dirigeants de la révolution d'Octobre comme ayant posé une mine sous la Russie. Poutine accuse les Bolcheviks d'avoir .

En , Poutine accuse Vladimir Ilitch Lénine d'avoir . En , Poutine fait référence à une en préconisant les amendements à la Constitution russe de 1993 et le référendum constitutionnel russe, qui, selon lui, renforceraient l'État russe et empêcheraient son effondrement de la même manière que l'URSS..

En , dans son essai De l'unité historique des Russes et des Ukrainiens, Poutine décrit le droit des républiques soviétiques à quitter l'Union soviétique comme . En , Poutine déploie à nouveau cette métaphore dans son allocution télévisée du , : qu'il considère comme ayant conduit à leur séparation d'avec la Russie, étaient . Selon Poutine, bien que l'URSS ait maintenu l'unité de l'État, .

Au Club Valdaï en , Poutine déclare que .

Opinions de Vladimir Poutine sur l'Empire russe En , avant le début de la guerre russo-géorgienne, Poutine et Viktor Iouchtchenko discutent du prochain tricentenaire de la bataille de Poltava. Iouchtchenko appelle à la réconciliation historique entre l'Ukraine et la Russie, notant le cas des relations polono-ukrainiennes et recommandant le film Par le fer et par le feu ; historiquement, les relations étaient sanglantes mais s'étaient améliorées avec des excuses mutuelles. Selon Iouchtchenko, Poutine répond : . Louchtchenko dit à Poutine qu'ils ne peuvent pas être présents sur le champ de bataille de Poltava sans visiter ensemble le site du massacre de Batouryn.