Le musée des Arts décoratifs de la Faïence et de la Mode, aussi appelé musée Borély, ouvert au public depuis le dans le château Borély, se situe au avenue Clot-Bey à Marseille.
Salles du rez-de-chaussée
Légende :
Vestibule d'entrée
Dans le vestibule d'entrée (repère 1) se trouve le départ de l'escalier à vide intérieur donnant accès au . Le départ de la rampe réalisée en fer forgé est surmonté d'un casque empanaché et doré, fiché sur une massue d'Hercule entourée à sa base d'un faisceau de verges qui évoque celui des licteurs romains. Cette pièce est éclairée par un lustre moderne conçu par le designer Mathieu Lehanneur comme un cordage de lumière traversant le plafond.
Dans cette pièce est exposé un cabinet monté sur pied en bois de sapin avec placage d'ébène et de poirier noirci ; les deux vantaux sont ornés de bas-reliefs illustrant des scènes mythologiques. De part et d'autre de la porte donnant accès au grand salon ont été placées deux statues en faïence de Lunéville datant de 1770-1775 et représentant l'une Flore ou Le Printemps, et l'autre Cérès ou L'Été.
Grand salon Ce grand salon (repère 2) situé dans l'avant-corps de la bastide avec trois portes fenêtres donnant sur le parc avec ses bassins servait aux réceptions données par la famille Borély. Le décor de gypseries placées sous le plafond est constitué de guirlandes fleuries avec des couronnes de lauriers au-dessus des portes. La gypserie placée au-dessus de la porte donnant accès au hall d'entrée est plus imposante : elle représente deux personnages féminins torse nu encadrant un vase orné d'une scène de danse bachique.
Dans ce salon sont disposées quatre vitrines d'exposition de faïence blanc bleu du . En effet, à la suite des centres de production tels que Nevers ou Rouen, Marseille se lance dès 1679 dans la production de faïence grâce à Joseph Clérissy, originaire de Moustiers, qui crée une manufacture dans le quartier de Saint-Jean-du-désert. Cette usine produit des pièces de grande qualité en faïence stannifère décorée en bleu. Pierre Clérissy, frère de Joseph, ouvre également à la même époque une manufacture à Moustiers.
Les principales pièces exposées sont les suivantes : vitrine 1 : fabrique Clérissy-Saint-Jean-du-désert. Assiettes aux armoiries, plat oblong d'inspiration extrême orientale avec paysage au pèlerin, plat circulaire à sujet champêtre et galant, pot à pharmacie ; vitrine 2 : fabrique Clérissy-Saint-Jean-du-désert. Plats circulaires avec motif de chasse à l'autruche ou au lion, assiettes avec représentation de chasse au sanglier ou au cerf, plats ovales ou oblongs, pot couvert en forme de balustre, bassin ovale ; vitrine 3 : fabrique Louis Leroy ou Héraud-Leroy. Assiette à décor de chasse à l'autruche, plats oblongs à décor dit au chinois-fleurs, plat oblong représentant Diane chasseresse endormie entourée de ses chiens, assiette à décor à la « Camargo », du nom de la danseuse belge Marie-Anne de Cupis Camargo, bassin ovale ; vitrine 4 : assiettes et plats avec armoiries, plat circulaire représentant Bethsabée au bain, plats ovale avec décor à sujets mythologiques ou représentant l'adoration des mages, mascaron, sucrier et moutardier, couteau et aiguière en forme de casque.
Salle à manger du nord Cette salle (repère 3) a conservé son décor de gypserie qui couvre essentiellement la partie supérieure des murs. Les deux dessus de porte sont décorés de panneaux polychromes peints par Louis Chaix ; ils sont consacrés aux héros de la Jérusalem délivrée : Renaud (ou Rinaldo) et Armide. Armide a séduit Renaud et le retient dans ses jardins enchantés, loin de l'armée des croisée. Ce thème, très en vogue au , a inspiré de nombreux artistes dont les peintres italiens Pierre de Cortone et Le Guerchin, auxquels Chaix a fait de nombreux emprunts.
Cette salle à manger est actuellement décorée de grandes toiles réalisées à la détrempe et attribuées à Philippe Rey. Elles décoraient une autre bastide contemporaine du château Borély et représentent des vues relatives à l'activité maritime sur le littoral marseillais : retour de la pêche, accostage d'une chaloupe, entrée dans le port de Marseille, pêche à la ligne et levée des filets.
Au centre de la pièce une table dressée donne une idée de ce que pouvait être une réception du temps des Borély. Le service provient de la fabrique Joseph Fauchier avec en son centre un surtout de table et tout autour un service de table de 21 pièces décorées en jaune de scènes mythologiques ou tirées de Don Quichotte. Sur cette table se trouvent également une paire de flambeaux en argent et une saucière artichaut de la fabrique Gaspard Robert. Au fond de la pièce, deux petites consoles reçoivent le service de verres à pied.
À gauche, une cheminée surmontée d'une glace est décorée d'une paire de pots-pourris de la fabrique de la veuve Perrin et d'une paire de flambeaux. La salle est éclairée par un lustre moderne composé de 25 carafes du .
Petit cabinet et salle de bains
Le cabinet des bains comprend deux pièces : un petit cabinet (repère 4) ou alcôve pour le repos et une salle de bains (repère 5) avec baignoire. Ce cabinet des bains est une particularité du château Borély qui possédait un système perfectionné d'adduction d'eau jusqu'à l'intérieur du bâtiment.
Dans l'alcôve sont exposés seize peintures miniatures sous verre représentant divers personnages : Incroyable, Merveilleuse, Mademoiselle Duclos, Le Duc de Berry futur Louis XVI, Le Duc d'Artois futur Charles X, Miss chance, Miss Fortune, une femme au chapeau de paille, un portrait d'homme et deux portraits de femme.
Dans la salle des bains où se trouve une baignoire, est présentée une collection de flacons à parfum ou à sels confectionnés en cristal, opaline ou verre, de formes diverses avec des bouchons plus ou moins ouvragés. Les sels étaient le plus souvent du carbonate d'ammonium destinés à ranimer les personnes évanouies.
Salon doré Ce salon (repère 6) qui était destiné aux réceptions donne sur la façade nord avec vue sur les jardins du parc. C'est, avec la chapelle du , la pièce qui a reçu le décor le plus somptueux du château. Une restauration minutieuse entreprise pendant la fermeture du château a permis de la restituer à l'identique ou presque.
Au fond de la pièce et dans une alcôve délimitée par des colonnes dorées, se trouve un très long sofa à huit coussins, appelé « radassière » en Provence. Au-dessus de cette banquette est accroché un tableau représentant L'Enlèvement des Sabines peint par Louis ChaixClassé monument historique (). d'après une œuvre de Pierre de Cortone (1596-1669). Sur la gauche, une console en bois doré avec dessus de marbre est surmontée d'une glace. Elle supporte des chandeliers en bronze doré et une paire de vases avec couvercle en porcelaine de Chine de la famille rose. Sur la droite, une cheminée en marbre est décorée d'un cartel en bronze, émail et bois avec de part et d'autre des vases avec couvercle en porcelaine du Japon du .
Dans ce salon destiné à la détente et au jeu, se trouvent deux tables de jeu pour le trictrac et une suite de dix fauteuils à la reine en bois doré recouverts recouverts de tapisserie. Enfin, le plafond est décoré d'une vaste composition représentant L'Apothéose de Psyché, également réalisée par Chaix.
Galerie des céramiques Cette galerie (repère 7) occupe toute la façade ouest du château ouvrant par cinq fenêtres sur la mer. Dans cette pièce étaient présentés de nombreux tableaux dont la suite de L'histoire de Tobie peinte par Pierre Parrocel. Ces peintures au nombre de seize avaient été commandées par le duc de Noailles ; une partie avait été exécutée à Avignon, l'autre chez le duc à Saint-Germain-en-Laye.. Étienne Parrocel, dans son livre Les annales de la peinture, raconte dans quelles circonstances l'acquisition de ces tableaux a été faite. Louis XV chassant dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye est hébergé par le duc de Noailles ; le roi n'apprécie pas ces œuvres et dit à son hôte : . En courtisan zélé, le collectionneur met ses tableaux en vente après avoir commandé à François Boucher une série plus aimable. Louis-Joseph Denis Borély de passage à Paris s'en rendit acquéreur en 1770 pour le prix de alors qu'ils en avaient coûtés au duc de Noailles. Ces tableaux sont aujourd'hui conservés au musée des beaux-arts de Marseille.
Cette galerie est maintenant entièrement consacrée à la présentation de faïence marseillaise dont la production connaît son plein épanouissement durant la première moitié du . Malgré une dispersion des manufactures de faïence sur le territoire, leur production présente une réelle homogénéité avec des pièces d'une grande qualité avec un émail blanc et brillant.
Entre les cinq fenêtres de la façade ouest sont placées quatre vitrines, chacune consacrée à un thème particulier : le choix du vert (Gaspard Robert), le décor aux poissons (Veuve Perrin et Honoré Savy), formes et détails animés (toutes manufactures) et décor de rocaille (Joseph Fauchier). Contre le mur faisant face à la façade ouest et de part et d'autre d'une cheminée en marbre blanc de style Louis XVI, deux longues vitrines permettent de comparer les innombrables variations du thème floral. Enfin, sur une longue table centrale, sont présentées des œuvres d'une grande qualité technique et artistique.
Salon de compagnie ou salle des cuirs Cette salle (repère 8) était primitivement un salon. Les dessus-de-portes sont décorés de peintures ou grisailles consacrées à Apollon et à sa sœur jumelle Diane. Entre les deux fenêtres se trouve un miroir dont le cadre en bois doré représente les attributs d'Apollon : une lyre encadrée de deux cygnes. Une cheminée, située en face des fenêtres, est surmontée d'une glace dont le sommet est décoré d'un médaillon représentant la nymphe Mélia, aimée d'Apollon, encadré de guirlandes de feuilles de chêne et de laurier.
Les murs de ce salon sont recouverts d'une grande tenture de cuir polychrome d'origine italienne datant de 1710 environ. Cette tenture provient d'un salon de la villa Luce du boulevard Michelet à Marseille.
Dans ce cadre particulier sont exposées des faïences de Moustiers-Sainte-Marie, village proche de Digne-les-Bains. Recherchée par la noblesse et la bourgeoisie, cette faïence connut un remarquable essor au . La première fabrique est celle de Pierre Clérissy fondée en 1679 ; puis la manufacture Olérys-Laugier fondée par Joseph Olérys et son beau-frère Jean-Baptiste Laugier s'impose à partir de 1738. Joseph Olérys crée le motif à « guirlandes et médaillons » polychromes à fleurs de jasmin ou à grotesques.
Salle à manger du midi Cette salle (repère 9) est située côté sud donnant sur la cour. Les gypseries des murs qui représentent les cinq sens ont fait l'objet d'une restauration minutieuse. Les cinq médaillons encadrés de guirlandes sont de la même composition, des putti illustrent par leur activité et les objets qui les entourent chacun des cinq sens, à savoir : L'Ouïe avec trois Amours jouant de la musique ; à l'extérieur du médaillon un luth, un cor de chasse et une partition de musique sont enchevêtrés ; La Vue : sous une branche trois Amours lisent et observent le ciel ; à l'extérieur du médaillon un télescope et un miroir ; L'Odorat : devant un autel trois Amours font une offrande ; deux d'entre eux présentent une guirlande de fleurs tandis que le troisième offre un panier de fleurs ; Le Goût : trois angelots mangent et boivent ; à l'extérieur du décor on reconnait lapins, faisans et hure de sanglier ; Le Toucher : des angelots chantent ; à l'extérieur du médaillons deux pigeons se becquettent.
Entre les deux fenêtres une autre gypserie évoque Le Temps : un Amour sur un nuage et tenant une faux présente un sablier à un vieillard barbu et ailé, tenant au-dessus de sa tête une draperie.