Le parc national des Lacs-Waterton () est un parc national du Canada situé à l'extrême sud-ouest de l'Alberta à environ au sud de Calgary.

D'une superficie de , le parc, créé le , partage ses limites avec le parc national américain de Glacier avec lequel il forme le parc international de la paix Waterton-Glacier depuis 1932. Le parc a été reconnu comme réserve de biosphère en 1979 et comme site du patrimoine mondial en 1995.

Situé à la limite des prairies et des Rocheuses canadiennes, le parc possède une biodiversité inégalée dans la région. Le territoire du parc a été fréquenté par les Pieds-Noirs et les Kootenays avant la venue des premiers Européens. Il est reconnu comme milieu exceptionnel dès le début de la colonisation et il obtient le statut de parc national une quinzaine d'années après l'arrivée des colons dans la région.

Le parc est géré par Parcs Canada ; il attire chaque année.

Toponymie Le parc doit son nom à une série de trois lacs qui ont été nommés par le lieutenant Thomas Blakiston, au cours de l'expédition Palliser (1857 à 1860), en l'honneur de Charles Waterton (1782-1865), un naturaliste et explorateur anglais..

Géographie Le parc est situé au coin sud-ouest de l'Alberta, à au sud de Calgary et à au sud-ouest de Lethbridge. Ses limites occidentales et méridionales suivent respectivement les frontières de la Colombie-Britannique et de l'État du Montana (États-Unis). Le parc est bordé au sud par le parc national de Glacier, à l'est par le parc provincial Akamina-Kishinena (Colombie-Britannique). Du point de vue de l'administration municipale, le parc est entièrement situé dans l'. Le parc est traversé par les routes provinciales 5 et 6.

Lors du recensement de 2006, le parc avait une population de ..

Relief thumb|right|Le lac Cameron, en partie situé dans le parc. Situé dans les montagnes Rocheuses, le parc appartient au chaînon Clark, la chaîne de montagnes la plus méridionale des Rocheuses au Canada. L'altitude dans le parc varie de à la sortie de la rivière Waterton à au sommet du mont Blakiston. Le parc est relié à la Colombie-Britannique par trois cols de montagne, les cols Akamina ()., South Kootenay et Sage. Contrairement au parc Glacier, Waterton ne contient aucun glacier..

Géologie thumb|Cartographie des parcs nationaux de Glacier et des Lacs-Waterton. Les plus vieilles roches du parc sont des sédiments marins datant de . Ces roches sont composées de calcaire, de dolomite et de roches ignées. On y observe des fonds marins fossilisés ainsi que des pseudomorphoses de sel.. Il y existe de nombreuses formations de stromatolithes âgées de ..

Contrairement aux Rocheuses canadiennes, dont les strates sédimentaires sont plus ou moins inclinées, les sédiments de Waterton sont caractérisés par un unique chevauchement. Le chevauchement de Lewis a permis aux sédiments du protérozoïque de se déplacer en un seul bloc de manière plus ou moins horizontale sur des roches du crétacé datant d'environ sur une distance de vers le sud-est. Le fait que des roches plus vieilles se retrouvent sur des roches plus jeunes est un phénomène rare en géologie. Sous la couche du protérozoïque, on retrouve une couche datant du crétacé supérieur qui est composée principalement de schiste.

Bien qu'il ne reste plus de glaciers à Waterton, à part quelques étendues de neige éternelle, le paysage a grandement été modelé par la glaciation du Wisconsin. Le parc possède de nombreuses vallées glaciaires, des vallées suspendues, des arêtes, des cirques, des kames et des eskers. Depuis la fin de la dernière glaciation, les rivières Cameron et Blakiston ont formé deux cônes alluviaux à leurs embouchures. Le village de Waterton est d'ailleurs bâti sur l'un d'eux.

Climat Le climat de Waterton est le plus humide de l'Alberta. Les précipitations s'élèvent à par année. Malgré sa petite taille, le parc connaît de fortes variations de pluviométrie. Les précipitations passent de au lac Cameron à seulement par année à l'entrée du parc. Cela est dû en particulier à la présence des montagnes Rocheuses qui bloquent l'humidité en provenance de l'océan Pacifique. Les étés dans le parc sont courts et frais et les hivers longs et doux. Durant la saison hivernale, la température peut s'élever jusqu'à lors des chinooks, ce qui en fait l'un des endroits les plus chauds en Alberta. La température peut cependant chuter jusqu'à ..

Hydrographie thumb|Les chutes Cameron. Waterton comprend de cours d'eau et 80 lacs et étangs. Ceux-ci s'écoulent par deux rivières, la Waterton et la Belly, qui s'écoulent toutes deux dans la rivière Saskatchewan puis dans le fleuve Nelson. La rivière Waterton récupère les eaux des deux tiers du parc, dont celles des principaux lacs, soit les lacs Maskinongé, Cameron, Waterton Inférieur, Waterton Moyen et Waterton Supérieur. La frontière des États-Unis traverse finalement les lacs Cameron et Waterton Supérieur..

Histoire On retrouve 250 sites archéologiques dans le parc, dont les plus anciens remontent à . Entre et avant le présent, les habitants du parc se diversifièrent en deux modes sociaux, l'un reposant sur la chasse au bison et l'autre sur la pratique de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Entre et 200 avant le présent le territoire était partagé entre les Kootenays qui vivaient à l'ouest de la ligne de partage des eaux et la confédération des Pieds-Noirs à l'est de celle-ci. L'apparition du cheval, entre 1725 et 1800, changea grandement l'équilibre géopolitique et les techniques de chasse. Elle eut pour effet de chasser définitivement les Kootenays des plaines en faveur des Pieds-Noirs. La traite des fourrures débuta au début du . L'arrivée des arpenteurs, des militaires et des colons européens mit fin au mode de vie des Amérindiens, qui furent déplacés dans des réserves indiennes. Les derniers bisons de Waterton disparurent en 1879.

thumb|upright=0.7|Vue de la frontière au . L'expédition Palliser visita la région entre 1857 et 1860. Entre 1858 et 1861, une commission conjointe de la Grande-Bretagne et des États-Unis borne la frontière au . La police montée du Nord-Ouest monta une expédition dans la région en 1874 pour éliminer la contrebande de whisky et établit un poste à Fort Macleod. La région fut divisée en lots pour la colonisation durant les années 1880 ; les premiers colons furent des agents démobilisés de la police montée.

Création et évolution du parc thumb|left|Waterton et le lac Waterton Supérieur En 1893, un éleveur de Pincher Creek, F.W. Godsal, recommanda au gouvernement de créer un parc national dans la région des lacs Waterton. Le , le gouvernement fédéral créa le « parc forestier Kootenay » de dans la région des lacs Waterton..

En 1902, on découvre le premier gisement de pétrole de l'Ouest du Canada dans la vallée Cameron. Sa production s'établissait à . En 1904 la Western Coal and Oil Company de Vancouver trouve un autre puits produisant un baril par jour. La compagnie est par ailleurs responsable de la création du village de Waterton Park, où elle installa un bureau administratif, une cuisine du chantier, une baraque, une forge, une étable et une salle des machines.

En 1910, on divise le village en 150 lots et on y loue les terrains à par année pour les terrains riverains du lac et pour les autres. Le parc changea son statut et est renommé en « parc du Dominion des Lacs-Waterton» en 1911. Sa superficie fut réduite à . Les deux premiers commerces de la ville sont un hôtel et une écurie. La même année, le président de la Great Northern Railway, James Hill, eut pour vision de faire du parc des Lacs-Waterton et Glacier (qui a été créé l'année même) le . Il entreprit alors avec son fils Louis de construire des infrastructures — hôtels, routes, chalets et sentiers — pour développer le tourisme dans le parc. Louis Hill visita la région de Waterton en 1913 et choisit un site en surplomb du lac Waterton Supérieur pour construire un hôtel. La superficie du parc passe à en 1914 pour être réduite à seulement en 1921.

thumb|L'hôtel Prince of Wales. Le , le gouvernement céda la gestion du parc à la Canadian Rockies Hotel Co. Ltd, une filiale de la Great Northern Railway pour 42 ans. Celle-ci entreprit la construction de l'hôtel Prince of Wales, inauguré l'année suivante. L'hôtel constitue l'un des grands survivants des hôtels de villégiature développés par les réseaux ferroviaires du Canada et des États-Unis. Il a été reconnu comme lieu historique national en 1995. On construit aussi la même année un navire de , le M.V. International, qui navigue dans les eaux du lac Waterton Supérieur. Le navire y est toujours en service.

Le village connut aussi un fort développement et en 1931 il possédait la plupart des infrastructures modernes de l'époque : un garage, un terrain de golf, un terrain de tennis, un terrain de camping, un bureau de poste, des hôtels, une salle de danse, une pharmacie, deux boucheries, cinq restaurants, deux églises, un poste de la Gendarmerie royale du Canada, une piscine, une école, un terrain de jeux, service téléphonique et plusieurs chalets d'été. Entre 1947 et 1954, le parc connut plusieurs réductions mineures jusqu'à la superficie actuelle.

Coopération canado-américaine Le désir de coopération entre le parc des Lac-Waterton et Glacier s'est manifesté dès la création du parc américain en 1910. Elle fut proposée pour la première fois par le premier fonctionnaire du parc des Lac-Waterton, John George Brown, et le garde forestier américain Henry Reynolds. Ce n'est cependant qu'en 1931 que les Clubs Rotary de l'Alberta et du Montana adoptèrent à l'unanimité la création du parc international de la paix Waterton-Glacier, lors d'une réunion à l'hôtel Prince of Wales. À la suite des pressions des clubs sur les élus, l'entente fut entérinée par une loi américaine le et une loi canadienne le ..

En 1979, la réserve de biosphère de Waterton englobant le parc fut reconnue par l'Unesco comme la seconde réserve de biosphère du Canada, après celle du mont Saint-Hilaire, au Québec. Elle jouxte ainsi celle des Glaciers, située aux États-Unis.. En 1995, le parc international de la paix Waterton-Glacier fut reconnu comme site du patrimoine mondial..

Milieu naturel On retrouve dans le parc de plantes vasculaires et de vertébrés. Le contact avec les prairies, qui sont toutes proches, contribue à la richesse de la faune et la flore de Waterton, qu'on ne retrouve ni plus au nord, ni plus au sud des montagnes Rocheuses.

On retrouve tout de même dans le parc quelques espèces rares. Parmi la liste du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, on retrouve une espèce en voie de disparition, le porte-queue demi-lune (Satyrium semiluna), un papillon. Sept espèces sont aussi considérées menacées, soit le bison des prairies (Bison bison bison), la buse rouilleuse (Buteo regalis), l'engoulevent d'Amérique (Chordeiles minor), l'isoète de Bolander (Isoetes bolanderi), la moucherolle à côtés olive (Contopus cooperi), le pipit de Sprague (Anthus spragueii) et la truite fardée (Oncorhynchus clarkii). Sept autres espèces sont considérés comme préoccupante, soit le carcajou (Gulo gulo), le courlis à long bec (Numenius americanus), le crapaud de l'Ouest (Bufo boreas), le faucon pèlerin (Falco peregrinus), la grenouille léopard (Rana pipiens), le hibou des marais (Asio flammeus) et le grizzli (Ursus arctos)..

Le parc fait partie de l'écorégion des Rocheuses canadiennes selon le cadre écologique de la commission de coopération environnementale.. En plus de ce parc, l'écorégion comprend le parc national américain de Glacier, et les parcs nationaux canadiens de Banff, Kootenay, de Yoho et de Jasper.

Flore thumb|Forêt près du lac Summit.