Le bombardement de Chios, appelé aussi « affaire de Chios » est une expédition menée par une escadre française commandée par Duquesne contre les pirates barbaresques de Tripoli à l'été 1681. Le , il bombarde et détruit leur flotte qui s'était réfugiée dans le port de Chios. Après une période de tension avec les autorités ottomanes qui ont la souveraineté sur Chios, celles-ci prennent conscience de la puissance navale française et poussent les Tripolitains à signer la paix en .

Les causes de l’expédition

En , des corsaires Barbaresques de la régence de Tripoli capturent quelques bâtiments français sur les côtes de Provence. Louis XIV et Colbert, qui depuis les années 1660 ont entrepris une lutte active contre ces attaques en Méditerranée, réagissent de la même façon qu’ils l’ont fait précédemment contre Djidejelli (1664), Cherchell (1665) et Alger (1661, 1665) : par la force armée..

C’est ainsi qu’Abraham Duquesne, l’un des meilleurs marins du roi, part à leur recherche à la tête d'une escadre de neuf vaisseaux et frégates, et les rejoint près de l'île de Chios (également orthographié « Scio »), le long des côtes d'Asie mineure. En , les navires barbaresques trouvent refuge à l'intérieur du port avec leurs captifs. Chio a été récemment annexée par les Ottomans et se trouve sous l’autorité directe du kapudan pachaJean Béranger, dans ..

Le bombardement et le blocus de Chio

Duquesne envoie un émissaire, M. de Saint-Amand, sommer le pacha commandant à Chios de faire sortir les corsaires, sous peine de destruction du port et des forteresses, ce que celui-ci refuse. Le Duquesne ordonne aux navires de son escadre de bombarder la ville et le port. Le feu français est si vigoureux, qu'en moins de quatre heures, la flotte barbaresque, les forteresses et le port sont très endommagés. Un récit turc de l'époque narre cette attaque : De nombreux grecs figurent parmi les victimes car ils sont majoritaires sur l’île. Plusieurs églises orthodoxes sont touchées.

Malgré cela, les Tripolitains refusent de céder, ce qui pousse Duquesne à établir un blocus de l’île et à patrouiller jusqu'aux Dardanelles.. Dans un premier temps, cette affaire provoque une grave crise diplomatique entre l’Empire ottoman et le royaume de France. Le Grand vizir de Constantinople, Kara Mustafa, qui n’est pas loin d’y voir un casus belli, proteste vigoureusement et demande à l’ambassadeur français, M. de Guilleragues, qui venait de remplacer le marquis de Nointel, réparation de cette agression. Guilleragues est même menacé de prison.

Cette violation de la neutralité turque n'est pas non plus du goût de Louis qui ne veut pas d'une guerre avec Constantinople, car les intérêts économiques français, avec le fructueux commerce des Échelles du Levant, sont importants dans la région. Les marchands français qui commercent avec Constantinople, versent d’ailleurs immédiatement aux autorités turques pour apaiser leur courroux. Après plusieurs semaines de blocus, sous la pression du Vizir et du Kapudan pacha, les Tripolitains finissent par signer, fin D’autres sources, cependant, donnent la paix signée le 25 octobre 1681. , un traité avec Duquesne qui stipule la restitution immédiate des esclaves, mettant un terme provisoire à l’affaire.

Les suites de l’affaire

Le retournement des autorités turques, qui passent rapidement de la menace à la conciliation, n’a en fait pas grand-chose à voir avec l’argent versé par les marchands français. C’est la présence de Duquesne dans les Dardanelles qui contribue à apaiser les esprits, en faisant prendre conscience au Grand Vizir que l’escadre française constitue une menace directe sur Constantinople. C’est pourquoi il change complètement d’attitude à l’égard de la France ; il devient soudain coopératif au point de se tourner — poussé par l’ambassadeur Guilleragues — vers l'Europe centrale. En 1682, il intervient en Hongrie, puis met le siège devant Vienne en 1683.

L’intervention contre Chio est donc une réussite pour la flotte française qui pour la première fois a été capable d’opérer, pendant près d’un an, loin de Toulon en Méditerranée orientale. « C’était un incontestable succès de la marine de Colbert » (Jean Béranger). La paix avec les Tripolitains, pourtant, est fragile. Désavoués à leurs retour, les capitaines de vaisseaux barbaresques sont décapités et la course musulmane reprend comme auparavant, ce qui force Louis XIV à lancer une expédition de grande envergure contre Tripoli en 1685.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

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Articles connexes Régence de Tripoli Liste de batailles navales Histoire de la marine française de Richelieu à Louis XIV

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