Camille Lepage, née le à Angers (Maine-et-Loire) et morte le en CentrafriqueRelevé des fichiers de l'Insee, est une photographe de guerre et journaliste française.
Biographie Formation Camille Lepage est native d'Angers, où son père est paysagiste et sa mère DRH. Elle y effectue ses études secondaires au lycée Saint-Martin, aujourd'hui ensemble scolaire Saint-Benoît« Camille Lepage, une « force de caractère impressionnante », selon sa mère » par l'AFP sur Liberation.fr et lamontagne.fr le 14 mai 2014. Après un échec au concours d'entrée à Sciences Po, passionnée de photojournalisme depuis son adolescence, elle part étudier le journalisme à l’université de Southampton Solent en Angleterre, avec une année Erasmus à la Hogeschool Utrecht aux Pays-BasCamille Lepage, tuée en Centrafrique, avait fait « un bout de rue » avec nous sur le site Rue89 le 13 mai 2014 et un stage d'étude à Rue89 comme rédactrice.
Travail au Soudan du Sud Lors d'un second stage en Égypte« Le combat de Camille au Soudan », article de Mireille Puau dans Le Courrier de l'Ouest du 30 décembre 2012, elle découvre l'importance de la crise au Soudan, pays frontalier, qui vient d'être divisé, et décide de s'y installer comme photographe multicarteSite du distributeur de ses photos, afin d'y mener un travail journalistique de longue haleine sur un conflit peu médiatisé, dans le plus jeune pays du monde. Son ami Jonathan Pedneault se moque d'elle avec affection, car elle ne parvient pas à placer ses « photos de petits Noirs affamés ». Sa lettre de motivation envoyée au studio Hans Lucas mentionne son souhait de « permettre une meilleure compréhension de fond d’une petite partie du monde, couvrir ces zones délaissées et rapporter de nouvelles images de régions ignorées, voire oubliées ». Cette approche originale lui permet de gagner la confiance des populations, des sources d'information locales, puis d'être récompensée par des publications dans nombre de grands médias prestigieux.
Le conflit des Monts Nubas À Djouba, capitale du nouvel état du Soudan du Sud, elle trouve un emploi au sein du plus grand journal du nouveau pays : . Elle loue pour une tente dans le camping d'un hôtel. Elle vend des photos à l'AFP, qui n'a pas de bureau dans la ville. Elle partage une maison sans électricité avec la photographe roumaine Andreea Câmpeanu, et achète une vieille moto.
Découvrant le conflit des Monts Nouba, elle décide de s'installer en décembre au Kordofan du Sud, malgré l'interdiction de ce territoire aux médias par le gouvernement soudanais. Elle fait un bref retour en France pour son dernier Noël en famille, au cours duquel elle confie à un quotidien français sa colère de voir qu'aucun média ne couvre les bombardements des Monts Nouba.
Camille Lepage trouve ensuite un emploi dans un journal ougandais, ce qui lui permet de traverser à pied la frontière vers les Monts Nouba, où la population meurt de faim dans les grottes où elle a été contrainte de se réfugier, en raison des bombardements militaires, et des tensions liées à l'extraction du pétrole« Le pétrole brouille l'avenir du Sud-Soudan », par Tanguy Berthemet dans Le Figaro du 11/07/2011.
En , elle quitte le Soudan du Sud pour s'installer en Centrafrique afin de couvrir la guerre civile qui vient d'éclater, et à laquelle les médias ne s'intéressent pas encore. À peine arrivée, elle est interviewée par le site spécialisé Petapixel, qui a remarqué « détermination » et « regard intuitif » dans sa couverture des Monts Nouba au Soudan du Sud. Ses réponses dénoncent l'absence de la plupart des médias sur le front des Monts Nouba, car selon elle ils craignent de déplaire aux publicitaires pendant certaines périodes.
Travail en Centrafrique Selon des médias de Guinée, Centrafrique et Burkina Faso, le travail de Camille Lepage révèle l'ampleur de la nouvelle guerre civile centrafricaine, « fratricide et absurde », en « témoignant par l'image de la réalité de la vie des populations prises en otage ». Ses photos sont publiées par Reuters, Associated Press, AFP, BBC, Le Monde, Wall Street Journal, Guardian, Sunday Times, le Washington Post, et La Croix.
Amnesty International et Médecins sans frontières la font également travailler, lui prêtent un gilet pare-ballesAnalyse de l'AFP sur la nécessité de donner plus de moyens, sécurité et publications aux photoreporters de guerre indépendants . Sur le terrain, ses confrères de l'Agence centrafricaine de presse découvrent l'utilité d'avoir dans leur pays une professionnelle assez engagée dans le long terme pour « capter toute l’horreur des conflits des Monts Nuba »Commentaire élogieux sur le site de l'Agence Centrafricaine de presse , se met à l'écoute des réalités locales, va « au contact » et surtout arrive « bien avant la médiatisation de la crise dans le pays avec le débarquement des Sangaris » français. Avoir vécu au milieu de la population soudanaise, sans confort ni électricité, lui a appris les codes intimes de la photo réussie en Afrique (courtoisie, humour, bonne distance physique, acceptation du refus éventuel d'être photographié).
À son arrivée à Bangui le , elle est hébergée chez des expatriés à l'Institut Pasteur, puis par Médecins sans frontières, avant de partager un appartement prêté par des expatriés avec William Daniels, débarqué fin novembre pour un deuxième séjour, qui a entendu parler de son sens du contact, lui permettant d'être « connue dans Bangui ». Elle lui présente une famille dont une des femmes a été tuée par l’explosion d’une grenade. Ses photos des funérailles valent à ce dernier le prix World Press Photo. Début décembre, face à l'aggravation des violences, ils décident de déménager dans un secteur de Bangui moins isolé.
Arrivée des Sangaris, menaces, sanctions et assassinats de journalistes dix jours avant sa mort Une meilleure couverture du drame centrafricain dans la grande presse européenne et américaine contribue à la sensibilisation d'une partie de l'opinion publique. Le , une résolution de l'ONU confie à la France l'Opération SangarisCommentaire de l'Agence Centrafricaine de presse , qui est plutôt bien accueillie par l'opinion publique française. Ce bon accueil a lieu malgré un contexte centrafricain plus complexe, et plus difficile à comprendre que celui du MaliSondage, dans Ouest-France , où les groupes islamistes combattus par les militaires français sont plus faciles à identifier. Peu après, la Cour pénale internationale envoie une mission chargée d'enquêter sur les exactions commises notamment par l'ex-rébellion Séléka, à majorité musulmane, au pouvoir entre et .
L'intervention internationale coïncide avec des menaces et tracasseries contre les journalistes, dont Camille Lepage s'inquiète lors de conversations avec RSF en décembre, deux mois seulement après son arrivée. Les militaires français lui signalent assez rapidement que ses reportages lui font « prendre des risques ». Elle reçoit au même moment un du Pictures of the Year International.
En janvier, le procureur de Bangui Ghislain Gresenguet demande la fermeture du journal Le Démocrate et requiert un an et demi de prison contre son directeur Ferdinand Samba, accusé de diffamation à l'encontre de Sylvain Doutingai, ministre d’État aux finances et cousin du chef de l’État Michel Djotodia"Affaire Ferdinand Samba, les magistrats donneront-ils raison à François Bozize?" . En janvier, le gouvernement est renversé mais les persécutions continuent. Menacé de mort, Ferdinand Samba fuit le pays. En avril, c'est Régis Zouiri et Patrick Stéphane Akibata, respectivement directeurs des journaux Palmarès et Le Peuple, qui sont détenus plusieurs jours à Bangui, à la suite d'articles jugés diffamatoires contre la présidente de transition, Catherine Samba-Panza"RCA: des journalistes poursuivis pour «outrage au chef de l’État", par RFI .
Dans la nuit du , des bandes armées attaquent le domicile de deux autres journalistes centrafricains. Le rédacteur au journal Le Démocrate, Désiré Sayenga, est atteint au thorax« Centrafrique: un journaliste tué dans des violences intercommunautaires », par l'AFP, sur le site de Jeune Afrique, le mai 2014 et succombe à ses blessures le lendemain. Un journaliste de la radio protestante Voix de la Grâce, René Padou, est mortellement blessé et survit jusqu'au , en même temps que son frère aîné, selon une source policière« Centrafrique: décès d'un journaliste grièvement blessé », par l'AFP, le 5 mai 2014 . Au soir d’une marche pour protester contre ces deux assassinats, des menaces de mort sont proférées contre des journalistes de Radio Ndeke Luka. Camille Lepage, après une semaine à New York pour rencontrer des rédacteurs en chef « Meurtre d'une photojournaliste » par Flore Olive, dans Paris Match du 21 mai 2014, est alors revenue en brousse. RSF constate au même moment que nombre de journalistes "ont été contraints de se cacher ou de quitter le pays après avoir fait l’objet de menaces de mort" et que "la majorité des journalistes centrafricains n’exerce plus et ceux qui l’osent se voient régulièrement menacés".
Tuée à moto, lors d'un reportage à la frontière camerounaise Camille Lepage est tuée le . Elle souhaitait couvrir le problème de l'exploitation diamantifère. Avec son ami canadien Jonathan Pedneault, formateur radio, envoyé par une ONG pour une tournée d'un mois dans l’ouest du pays, elle s'était rendu à Berbérati, au cœur du premier bassin diamantifère du monde (un million de carats par an). Ils sont hébergés par Hassan Fawaz, négociant libanais en diamants, et y rencontrent le « colonel Rock » , des anti-balaka« Meurtre d'une photojournaliste » par Flore Olive, dans Paris Match du 21 mai 2014 . Le , Camille Lepage accompagne le groupe de ce dernier à Nao pour une journée. Elle repart avec eux pour cinq jours, seule, Jonathan Pedneault devant rentrer à Bangui. Une amie commune, Katarina, reçoit un appel vers 20 heures, le , deux jours avant le retour : , explique Jonathan Pedneault à Paris Match. Mais le message texte n'aboutira jamais. Elle est tuée le lendemain, alors qu'elle vient de traverser le village de Ngambongo, en direction de la frontière camerounaise, selon John Miladé, responsable d'une petite équipe de militants anti-balaka qui l'escortaientTémoignage de John Miladé au micro de Radio Siriri, le 15 mai 2014, dans le diocèse de Bouar . Tôt le matin, elle avait filmé et photographié les attaques de mercenaires de l'ex-Seleka, lourdement armés, contre un village habité par les anti-balaka. Les motos se rendaient au village de Gbambia, près de Gbiti, la localité voisine camerounaise, pour un autre reportage de Camille Lepageselon des informations recueillies par le père Jean Marius Zoumlade, de la mission catholique de Bouar et directeur de la Radio Siriri « Comment Camille Lepage a été assassinée ! » sur le site LNC Agence centrafricaine de presse citant des déclarations faites au micro de Radio Siriri.