Iaroslav Stetsko (), né à Ternopil, Autriche-Hongrie, le et mort à Munich, Allemagne, le , est un homme politique ukrainien. Militant nationaliste et anticommuniste, il devint le premier adjoint de Stepan Bandera au sein de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) en 1932.. En 1941, pendant l'opération Barbarossa, Stetsko est proclamé premier ministre de la République auto-proclamée d'Ukraine, à la suite de la déclaration de l'Indépendance de l'Ukraine. Stetsko est aussi le chef du Bloc des nations anti-bolchéviques (ABN) depuis l'époque de sa fondation jusqu'en 1986, année de sa mort.

Biographie Enfance Iaroslav Stetsko est né le à Ternopil, Autriche-Hongrie (aujourd'hui en Ukraine), au sein d'une famille appartenant à Église grecque-catholique ukrainienne John Armstrong (1963). Ukrainian Nationalism. New York: Columbia University Press, pg. 54.. Son père, Semen, et sa mère, Teodoziya, née Chubaty, l'encouragent à poursuivre de hautes études, ce qui est difficile pour des ukrainiens en Autriche-Hongrie. Iaroslav, non seulement obtint son diplôme d'études supérieures à Ternopil mais, plus tard, à partir de 1929, il poursuit ses études de droit et de philosophie à l'université de Cracovie et à celle de Lviv jusqu'à l'obtention de son diplôme terminal en 1934.

Activités de jeunesse Iaroslav Stetsko est actif au sein des organisations nationalistes ukrainiennes depuis son plus jeune âge. Il est membre de trois organisations différentes : « Ukrayinska Natsionalistychna Molod » (Jeunesse nationaliste ukrainienne, ), dont il devient membre de l'exécutif national en 1932, de l'Organisation militaire ukrainienne UVO () et, finalement, de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) ().

À cause de ses activités anti-polonaises et de l'assassinat de Bronisław Pieracki par des nationalistes ukrainiens, Stetsko est arrêté en Pologne par les autorités, en 1934, et condamné à cinq ans de détentionОрганізація українських націоналістів і Українська повстанська армія. Інститут історії НАН України.2004р Організація українських націоналістів і Українська повстанська армія, Раздел 1 http://www.history.org.ua/LiberUA/Book/Upa/1.pdf стр. 17–30.. Cette sentence est réduite et, dès 1937, Stetsko bénéficie d'une amnistie générale.

Seconde Guerre mondiale Invasion de l'URSS, Opération Barbarossa Le , Stetsko préside la Déclaration de l'Indépendance de l'Ukraine dans le palais Lubomirski de Lviv, dont la troisième clause est ainsi rédigée : .

La Gestapo et l'Abwehr protègent les partisans de Stepan Bandera du fait que les organisations qu'il dirige pourraient être utiles pour leurs propres desseins ОУН в 1941 році: документи: В 2-х ч Ін-т історії України НАН України К. 2006 – У владних структурах рейху знайшлися сили яки з прагматичних міркувань стали на захист бандерівців. Керівники гестапо сподівалися використовувати їх у власних цілях а керівники абверу а радянському тилу..

Le , Stepan Bandera, leader de la fraction OUN-BLes deux fractions de l'OUN, qui sont constituées après la scission du mouvement en deux, sont désignées OUN-B et OUN-M suivant la première lettre de nom de famille des deux dirigeants respectifs Stepan Bandera et Andriy Melnyk. est arrêté administrativement à Cracovie et transporté à Berlin le lendemain, où il est rejoint, le 12, par Stetsko, « premier ministre » désigné lors de la déclaration de l'indépendance de l'Ukraine. Les Allemands le transfèrent à Lviv après un attentat manqué contre sa personne par des inconnusПісля проголошення держави й уряду наложили на нього дня 5.7. почесний арешт (Еренгафт) та перевезли його до Берліна. Дня 14.7 провідника організації звільнено із забороною опускати Берлін. ОУН в 1941 році: документи: В 2-х ч Ін-т історії України НАН України К. 2006 .. Le 14 du même mois, il est relâché à condition de rester à Berlin. Pendant les mois de juillet et d'août, les deux leaders reçoivent des dizaines de propositions pour coopérer avec les différentes institutions nazies : OKW, Reichssicherheitshauptamt, « Office central de la sécurité du Reich »RSHA, etc Голова уряду Я.Стецько майже до кінця серпня вільно проживав у Берліні і закидав посланнями відомства Розенберга, Ріббентропа, Гіммлера і Кейтеля) ОУН в 1941 році: документи: В 2-х ч Ін-т історії України НАН України К. 2006 ..

Après l'assassinat de deux membres de l'OUN de la tendance Andry Melnyk (OUN-M), dont la responsabilité est attribuée à des membres de l'OUN de la tendance Bandera (OUN-B), Stetsko et Bandera sont enfermés à la prison centrale de Berlin-Spandau. En janvier 1942, ils sont transférés au camp de concentration d'Oranienburg-Sachsenhausen et internés dans une section de la prison (Zellenbau) destinée aux prisonniers politiques Berkhoff, K.C. and M. Carynnyk, « The Organization of Ukrainian Nationalists and Its Attitude toward Germans and Jews : Iaroslav Stetsko's 1941 Zhyttiepys » in Harvard Ukrainian Studies, vol. 23 (1999), nr. 3/4, —184..

En , Stepan Bandera et son adjoint, Iaroslav Stetsko, sont approchés par Otto Skorzeny pour discuter de plans de sabotages contre l'Armée rougeЗавдання підривної діяльності проти Червоної армії обговорювалося на нараді під Берліном у квітні того ж року (1944) між керівником таємних операцій вермахту О.Скорцені й лідерами українських націоналістів С.бандерою та Я.Стецьком» D.Vyedeneyev O.Lysenko OUN and foreign intelligence services 1920s–1950s Ukrainian Historical Magazine 3, 2009 – Institute of History National Academy of Sciences of Ukraine..

En , Stetsko et Bandera sont relâchés par les Allemands (le Sicherheitsdienst) dans l'espoir qu'ils aillent encourager la population ukrainienne à combattre l'avancée de l'Armée rouge. Bandera reçoit l'autorisation, de la part des Allemands, d'installer son quartier-général à Berlin "West Germany: The Partisan, " Time magazine (Monday, 2 Nov. 1959).. Les Allemands aident l'OUN-B et l'UIA en leur parachutant du ravitaillement en armes et en équipement. Des Allemands sont choisis et formés pour mener des activités terroristes et d'espionnage derrière les lignes de front soviétique. Des hommes de l'OUN-B sont transportés par avion vers l'Ukraine, jusqu'au début de l'année 1945 D.Vyedeneyev O.Lysenko OUN and foreign intelligence services 1920s–1950s Ukrainian Historical Magazine 3, 2009 – Institute of History National Academy of Sciences of Ukraine..

En , Stetsko est sérieusement blessé durant une attaque alliée sur des véhicules allemands militaires en convoi en BohêmeВєдєнєєв Д. Проблеми історії України: факти, судження, пошуки. – Київ: Інститут історії України НАН України, 2003. – . – page 405..

Après la guerre Stetsko continue son activité politique après la Seconde Guerre mondiale, durant la guerre froide qui oppose le bloc de l'Ouest au bloc de l'Est communiste. En 1968, il devient le premier dirigeant de l'.

Le Bloc des nations anti-bolchéviques, maillon d'un réseau anticommuniste mondial En 1946, Stetsko lance l'idée de la création d'une nouvelle organisation antisoviétique, le Bloc des nations anti-bolchéviques (Anti-Bolshevik Bloc of Nations en anglais, d'où l'acronyme ABN). Il préside jusqu'à sa mort cette organisation transnationale qui regroupe des réfugiés d'Ukraine et plus généralement d'Europe de l'Est et de territoires intégrés à l'URSS, installés en Europe de l'Ouest, en Amérique et en Océanie notamment. Le siège de l'ABN se trouve à Munich, en Allemagne de l'Ouest. L'ABN affirme avoir été fondée les 21 et ABN correspondence, september-october 1973, .

En 1955, Stetsko visite l'Espagne et rencontre le général Franco. L'année suivante, il est reçu à Madrid par le ministre espagnol des affaires étrangères, Alberto Martín-Artajo. Il prend part alors dans cette ville à un congrès du Centre européen de documentation et d'information (CEDI)ABN correspondence, august-september 1956, .

En , il se rend à Taïwan où il rencontre Tchang Kaï-chek et entre en relation avec une autre organisation transnationale anticommuniste, la Ligue anticommuniste des peuples d’Asie (Asian Peoples' Anti-Communist League ou APACL), fondée deux ans plus tôt, avec laquelle il signe un accord. Stetsko participe en 1958 à Mexico à une réunion internationale ambitionnant de fonder une association anticommuniste mondiale, sans grand succèsSlava Stetsko, « ABN ideas assert themselves : the 20th anniversary of the Anti-bolshevik bloc of nations (ABN), 1948-1963 », autumn 1963, courrierinternational.com, « Histoire. De 1955 à 1960, les tribulations des anticommunistes ukrainiens à Taïwan », courrierinternational.com, 30 octobre 2020AF ABN strength, september 1958, cia.gov, rapport de la CIA sur son séjour à Taïwan en 1955 : extraits de journaux locauxcia.gov, rapport, 1956, copie de l'accord signé par Stesko et Ku Cheng-kang, 24 octobre 1955, cia.gov, Rapport sur le séjour de Stetsko à Taïwan en 1957. Il prend part aux réunions annuelles de l'APACL par la suite.

Stesko cherche à aller aux États-Unis dans les années 1950cia.gov, copie d'une lettre de Stesko, 30 mai 1952. Il rencontre en 1956 à Madrid l'ambassadeur américain en Espagne John Davis LodgeABN correspondence, august-september 1956, . Mais les autorités américaines ont un temps hésité à lui attribuer un visacia.gov, rapport, 1956, Lettre du directeur de l'Office of security, du Département d'État à un cadre de la CIA, 20 novembre 1956, cia.gov, Lettre de la CIA à l'Office of investigation refugees relief program, juillet 1957, Rapport sur Stesko. Il séjourne dans ce pays pour la première fois en 1958 ; il témoigne cette année-là devant le House Un-American Activities Committee (Comité parlementaire sur les activités antiaméricaines) et le House Foreign Affairs Committeecia.gov/ rapport, avril 1973ABN correspondence, november-december 1958, . Il cherche à rencontrer des personnalités anticommunistes comme Allen Dulles, directeur de la CIAcia.gov, Lettre de Stesko à Allen Dulles, 1958 (contient une liste des dirigeants de l'ABN).

Dans la deuxième moitié des années 1960, Stesko accueille à Munich au siège de l'ABN des dirigeants d'organisations anticommunistes rencontrés aux conférences de l'APACL, tels en 1965 le Japonais Juitsu Kitaoka, de la Free Asia association, ou l'Argentin Apeles Marquez, président de la Federacion Argentina de Entidades Democracias AntiCommunistas (FAEDA)ABN correspondence, november-december 1965, .

En , il participe à Lisbonne, avec son épouse, au congrès d'une autre organisation transnationale qui combat le communisme athée, le Comité international de défense de la civilisation chrétienne (CIDCC), alors présidé par l'Espagnol José Solís Ruiz, aux côtés de délégations de plusieurs pays européens, dont la RFA - représentée notamment par le ministre CDU Bruno Heck ou l'ancien ministre Theodor Oberländer - et la France, représentée notamment par Antoine Pinay et Marie-Hélène Cardot, mais aussi américains ou asiatiques« Crusade for God and dignity of Man », ABN correspondence, juillet-août 1966, . Sur le CIDCC, cf. Johannes Grossmann, « L'Internationale des Conservateurs ». Cercles d’élites transnationaux, diplomatie informelle et biographies croisées en Europe occidentale depuis 1945, dans Histoire, économie et société, 2016/2 (Lire en ligne). En novembre de la même année, il contribue à la fondation à Séoul (Corée du Sud) de la Ligue anticommuniste mondiale, plus connue sous son nom et son acronyme anglais, (WACL). Il participe aux réunions annuelles de la WACL, par exemple à Bangkok en ABN conference, january-february 1970, (photographie), à Manille en 1971ABN conference, september-october 1971, , à Genève en Ibid., september-october 1980, et est membre de son comité exécutif.